DERNIÈRES EXPÉDITIONS DU CHANCELIER D*ÉTAT
à la main à M. de Lamartine, et déposer Tautre aux archives de l'ambassade.
DERNIERES EXPÉDITIONS DU CHANCELIER d'ÉTAT.
1688. Mettemich à Woyna^ à Bruxelles (D.). Vienne, le 12 mars 1848. — 1689. Mettemich à Liitzow, k Rome (Lettre confid.). Vienne, le 12 mars 1848.
1688. Vos rapports de ce mois nous ont ofFert à la fois un vifintërét et de justes motifs de satisfaction.
C'est une grande épreuve que celle par laquelle le jeune Royaume né en Belgique depuis 1830 est appelé à passer; il en sortira victorieux, on peut l'espérer, si les choses continuent à y marcher dans la voie où, dès les premiers jours de la révolution de Février, on les a fait entrer.
Si le Gouvernement persiste à être fort et courageux ; si la représentation nationale, sans distinction de partis, se groupe fidèlement autour de lui; si le peuple belge enfin, fier du sentiment de sa nationalité, se montre décidé à rester ce qu'il est et à défendre, s'il le faut, son indépendance et sa neutralité, — l'une et l'autre, s'il faut en croire les calculs d'une prudence ordinaire, seront respectées, et, ne le fussent-elles pas, la Belgique, forte de son union et de la conscience de son droit, sera en mesure de s'opposer avec vigueur et succès aux tentatives d'agression dont elle serait l'objet.
Votre Excellence saisira la première occasion pour témoigner à M. le ministre des affaires étrangères l'intérêt et la sympathie avec lesquels la Cour Impériale, vouée de conviction au culte des traités, suit les efforts que Ton fait en Belgique pour s'assurer les bénéfices et remplir les obligations des traités qui la concernent.
Mettemich à Liitzow, à Rome (Lettre confid.). Vienne, le 12 mars 1848.
1689. Vos dernières nouvelles de Rome sont du 2 de ce mois. Je ne conçois pas qu'à cette date on n'y ait point encore
été informe des premiers ëvënements qui ont, dans un si court espace de temps, broyë les institutions de Juillet. Je ne me permets pas de préjuger TefFet que la catastrophe aura produit sur le Gouvernement pontifical et sur TËtat de Rome. Il m*est permis de le regarder comme terrifiant pour le premier et comme très-dangereux pour le second.
Il en a été ainsi à Tégard des pays placés dans une tout autre situation que TÉtat de Rome. Les États du midi et de Touest de TAIlemagne sont livrés à un mouvement qui ne diffère guère d'une complète anarchie, et ce mouvement réagît tout naturellement sur nos propres pays. Placé entre Tllalie et l'Allemagne en révolution, et se trouvant en butte aux provocateurs et aux protecteurs de la grande œuvre, un Empire, quelque grand qu'il puisse être et quelque sage que soit son Gouvernement, doit se sentir remué quand la terre tremble autour de lui. Ce que dans une position pareille il ne peut éviter, c'est d'en ressentir les contre-coups. Aussi nos forces se concentrent-elles journellement davantage sur nous-mêmes et sur les plus intimes relations avec les Gouvernements qui sont encore debout.
L'effet que la proclamation de la république en France a produit sur le Royaume lombard-vénitien est plutôt favorable que contraire au maintien de son repos intérieur. Les riches propriétaires lombards ne sauraient aimer le mouvement com-munisle qui se trouve au fond du régime auquel la France se trouve pour la seconde fois en proie dans le court laps de temps d'un demi-siècle, et ils le craignent en effet. Venise craint pour sa vie commerciale et, par suite, pour son existence. La conséquence de cette situation est de faire considérer aux deux provinces comme des forces tutélaires celles qu'on a voulu leur faire regarder comme oppressives.
Arrêtez-vous à cette courte esquisse de la situation à Tégard de tout ce qui nous regarde directement, et n'ajoutez pas foi à ce que vous apprend une presse placée sous la férule d'une faction qui ne peut vivre que par le mensonge, car les armes de la vérité ne sont pas à sa disposition.
Les grandes puissances, y compris l'Angleterre, se sont
placées, à Tégard du nouveau régime en France, dans une attitude passive et expectante. Elles n'entendent point se mêler des afiaires intérieures de ce pays ; elles ont interrompu avec son Gouvernement les relations officielles et se sont restreintes à des relations officieuses. Les ambassadeurs ont quitté leur caractère représentatif, et ont chargé leurs premiers secrétaires de la tâche d'entretenir les rapports internationaux.
La révolution des nouvelles trois journées est radicale ; elle a répudié les dernières apparences de la fentasmagorie libérale qui a servi de voile au radicalisme. La meilleure des républiques se contente aujourd'hui d'être une république sans adjectif. Le plus fort appui, la représentation vivante du ptincipe de l'autorité, ayant fléchi et s'étant pour le moins soustrait à la vue des masses, tout ce qui a la valeur du pouvoir a dû se ressentir de la situation. Les rêves passent, la vérité reste; c'est ce qui deviendra clair pour nos arriérer-neveux * !
1690. Metternicb à TEmpereur Ferdinand (Acte de démission). Vienne, le
13 mars .1848. — 1691. L'Empereur Ferdinand à MeUernich (Lettre de Cabinet). Vienne, le 18 mars 1848. — 1692. Mettemich à l'Empereur Nicolas (Lettre). Vienne, le 14 mars 1848. — 1693. L'Empereur Nicolas à Metternicb (Lettre). Saint-Pétersbourg, le (23 mars ▼. st.) 4 avril 1848. — 1694. Metternicb au Roi Frédéric>6nillaume IV (Lettre). Vienne, le
14 mars 1848. — 1695. Le Roi Frédéric-Guillaume IV à Metternicb (Lettre). Poudam, le 18 avril 1848. — 1696. Metternicb au baron de Lebzeltern, directeur de la chancellerie d'État ( Lettre). Vienne, le 15 mars 4848. — 1697. Metternicb à Mûncb-Bellingbausen (Lettre). Vienne, le 16 mars 1848. — 1698. Metternicb à Ficquelmont (Lettre). Vienne, le 20 mars 1848.
Metternicb à l'Empereur Ferdinand (Acte de démission). Vienne, le 13 mars 1848.
1690. Sire, je me vois forcé de faire une démarche sur la cause de laquelle je vous dois ma confession pleine et entière ; ce sera remplir un devoir de conscience.
* Le lendemain, la révolution éclatait à Vienne. Les documents suivante.
€06 RECUEIL DE DOCDMBNTS (1895-1848).
Mes sentiments, mes idées, mes résolutions n'ont jamais varié; dans tout le cours de ma vie ce sont, pour ainsi dire, des forces qui ne périront jamais en moi. Je les ai déBnies dans la devise que je laisse à mes descendants pour qu'ils s'en souviennent toujours. Cette devise est : La force dans le droit.
Je suis resté fidèle à ce principe dans ma vie privée comme dans ma vie publique; ma conscience me l'atteste, et, je ne crains pas de le dire, les faits le prouvent.
Je me relire devant une puissance supérieure à celle du Souverain lui-même.
Mes vœux les plus sincères auront toujours pour objet la personne sacrée de Votre Majesté, le Trône comme étant le plus sûr appui de TEmpire , et le bonheur de ce dernier.
Que Votre Majesté daigne agréer Texpression de ces sentiments comme la preuve de mon plus profond respect, au moment où je résigne mes fonctions.
Metternich, m. p.
Vienne, le 13 mars 1848.
L*Ënipereur Ferdinand à Mettemicli (Lettre de Cabinet). Vienne, le 18 mars 1848.
1691. Mon cher Prince de Metternich, c'est avec émotion que j'ai lu l'écrit par lequel vous avez donné votre démission le 13 de ce mois. Bien que vous ayez dû céder à une puissance supérieure en vous séparant inopinément de moi, je garderai toujours le souvenir reconnaissant des grands services que vous avez rendus pendant une si longue suite d'années à ma Maison, à mes États et à toute l'Europe. A toute époque, je serai heureux de trouver une occasion de vous prouver par des faits que je suis animé de ce senti-
que le prince de Mettemidi a réunis lui-même en un paquet , et sur lesquels il a mis de sa main la suscriptîon : « Ma retraite • , marquent la fin de la vie publique du chancelier d*£tat. (JS'o:e de C Éditeur,)
ment; de même, je suis convaincu que vous serez toujours prêt à m'être utile de toutes les manières, à moi et à mon Empire, même après avoir résigné des fonctions que vous avez déposées avec tant de {p*andeur d'âme , ne cédant qu'à la force des circonstances.
Puisse le Ciel vous fSsiire jouir encore pendant de longues années du contentement et du bonheur que vous puiserez dans le souvenir de toutes les grandes choses accomplies dans le monde grâce à votre sagesse et à votre énergie , pendant les trente-huit années que vous avez dirigé les affaires étrangères de mon Empire !
Ferdinand, m. p.
VienDe, le 18 mars 1848.
Metternicli h l'Empereur Nicolas (Lettre). Vienne, le 14 mars 1848.
1692. Sire, la plus invincible des forces, celle des choses, a mis un terme à ma longue vie publique.
Votre Majesté Impériale a toujours daigné m'honorer du sentiment qui à mes yeux a le plus de prix , celui de la confiance dans les principes et dans le courage que Thomme de bien doit puiser dans sa conscience.
C'est aujourd'hui encore ma conscience qui me fait regarder comme un devoir de mettre aux pieds de Votre Majesté Impériale l'expression de ma profonde gratitude pour le sentiment que je crois avoir mérité de sa part et dont, durant tout le •cours de son glorieux règne. Elle a daigné me donner des preuves.
L'Europe, Sire, est livrée à une crise qui dépasse de beaucoup un mouvement politique ; cette crise a lieu dans le corps social. J'ai pressenti l'événement; je l'ai combattu avec constance durant un ministère de près de quarante années; arrêter un torrent n'est pas au pouvoir des hommes : tout ce qu'ils peuvent, c'est l'endiguer.
Mes efforts ont été vains, et, ne sachant nager ni entre deux eaux ni dans une eau qui ne convient pas à mes fiacultés
morales, je me suis retire de la scène. Trop avancé en âge pour espérer voir ce qui de loin pourrait à mes yeux marquer le terme de la crise , il ne me reste à ofFnr à mon Mattre et à mon pays que les vœux que je ne cesserai de former pour leur inséparable bonheur. Ces voeux portent également sur Votre Majesté Impériale, dans Tauguste caractère de laquelle j^ai toujours su vénérer Tami et Tallié le plus véritable de TEmpire au soutien duquel j'ai voué de si longs et de sî constants eCForts.
Daignez, Sire, me conserver un souvenir bienveillant, et agréer l'assurance du sentiment de profond respect avec lequel je suis, de Votre Majesté, etc., etc.
Metternich, m. p.
Vienne, le 14 mars 1848.
L'Empereur Nicolas à Metternich (Lettre). Saint-Pétersbourg, le 4 avril 1848.
1693. J^ai reçu ,* mon prince , la lettre que vous m'avez adressée à Toccasion des déplorables événements qui vous ont forcé à vous retirer de la scène politique. Vous exprimer la pénible et douloureuse impression qu'elle ma causée serait pour moi une tâche superflue. — Vous connaissez dès longtemps mes vues , mes principes , mon attachement pour TAutriche et son Souverain : c'est vous dire qu'à mes yeux, mon prince, rAutriche et moi, nous avons fatii une double perte. Votre pays perd eu vous Thomme d'État qui l'avait tiré une première fois de l'abfme, et qui depuis l'avait maintenu plus de trente ans au point de grandeur politique où il avait sa l'élever; — et quant à ce qui nous concerne, nous voyons disparaître avec vous tout un système de relations d'idées, d'intérêts et d'action commune que, dans la nouvelle voie où va entrer désormais la Monarchie autrichienne , et nonobstant la bonne volonté de ses gouvernants , il sera bien difficile de retrouver au même degré sous une autre forme. Selon vos
paroles , mon prince , la force irrésistible des choses Ta voulu ainsi. Que votre conscience vous serve au moins de consolation en vous disant que si vous n'avez pu briser cette force , vous Tavez combattue avec constance aussi longtemps qu'elle a pu Tétre. Mes vœux sincères vous accompagneront dans votre retraite.
Quant à mes sentiments d'estime et d'affection, ils vous sont acquis depuis longtemps. Dans les circonstances nouvelles où vous vous trouvez, vous y avez doublement droit, et je m'empresse de vous en assurer, ainsi que de mon inaltérable souvenir.
Nicolas, m. p.
Saiot-Pétersboui^, le 23 mars (4 avril) 1848.
Metternich au Roi Frédéric-Guillaume IV (Lettre). Vienne, le 14 mars 1848.
1694. Sire , je ne pourrais me résigner à ne faire entendre ma voix à Votre Majesté que du sein d'une autre vie. Elle ne vous apporte que des assurances d'un attachement inaltérable, d'un respect qui ne se conçoit pas sans affection, et des vœux les plus sincères pour le bonheur personnel de Votre Majesté, de votre Royaume et de la commune patrie allemande.
Le 13 mars a mis fin à ma carrière de plus d*un demi-siècle, remplie par la direction des affaires publiques et un ministère qui a duré trente-neuf ans. Je me suis retiré de la vie active avec la ferme conviction que je n'étais plus en état de continuer la lutte que j'ai soutenue sur le terrain social. La conscience de n'avoir jamais manqué à mon devoir m'accompagne dans la vie qui devrait être le partage des particuliers et qui aujourd'hui est plus agitée , plus troublée que toute autre.
Que Dieu conserve à Votre Majesté la plénitude de sa force morale ! Que Votre Majesté daigne , de son côté, me conserver la faveur , j'oserai dire les sentiments affectueux qui , pendant de longues années, ont tenu dans tout mon être la place de l'orgueil absent!
Que Votre Majesté me permette, dans ces graves circon- ▼n. 89
stances, de lui renouveler l'expression de Tinaltërable dévoue* ment et du profond respect avec lesquels je suis et serai toujours, etc., etc.
Metternigh, m. p.
Vienne, le 14 mars 1848.
Le Roi Frédéric-Guiilanme IV à Meuemidi (Lettre autographe }• Poudam, le 18 avril 1848.
1695. Mon très-cher, très-honoré et très-aimé prince» ima* ginez-vous que je n'ai lu qu'avant-hier votre lettre du 14 mars, cette lettre si touchante par sa simplicité, si émouvante par la date qu'elle porte. C'est un méchant hasard qui en est cause. Le ministre baron d'Amim m'a remis votre lettre le 24 ou le 25 du mois dernier, pendant une conférence ministérielle trèsimportante et très-animée. Cette conférence est devenue orageuse surtout vers la fin; j'ai quitté la salle après avoir parlé longtemps, et dans ma distraction j'ai laissé la lettre sur la table. J'avoue qu'ayant la tète pleine de tracas et d'ennuis^ j'avais oublié la lettre. Mais après être rentré dans mon paisible Potsdam, j'ai songé avec douleur à mon oubli, et, à ma première visite à Berlin, j'ai essayé de retrouver cette lettre, mais en vain. Je vous assure, mon cher prince, que j^en ai été inconsolable et que j'ai failK vous répondre tant bien que mal , en avouant ma faute dans toute son étendue, cela s'entend.* Voilà qu'avant-hier je trouve un paquet de papiers bien en ordre , qu'on avait emporté lors de notre émigration de Berlin, et, à ma grande surprise, je vois votre lettre pliée dans une lettre d'Arnim. En lisant ces lignes si nobles d'un bout à l'autre, j'ai senti mon cœur se remplir d'admiration et de douleur, et j'ai eu les larmes aux yeux. Qui ne s'écrierait pas : « Quel homme !» et : « Quel temps que celui qui ne supporte pas un homme pareil ! »
J'ai une ferme confiance en Dieu. Il changera cette triste situation et il saura de nouveau affirmer son droit, et cela plus
tôt peut-être que nous ne le croyons. Cependant j*ai patience; mais f ai aussi bon espoir, et mon espérance ne sera pas déçue. Si vous, mon très-cher prince, et la chère et dévouée princesse, vous êtes dans les mêmes sentiments, je vous estime heureux. Vous avez tous deux professé la foi chrétienne dans Téclat de la puissance. II en naîtra de beaux fruits dans TafRiction, et la religion, je Tespère, abrégera pour vous les jours de tristesse.
L'esprit de mes États, si vous en exceptez la plus grande partie des provinces rhénanes, nest pas mauvais; même dans le Brandebourg, en Poméranie et en Prusse, dans la plaine de Silésie et dans la partie la plus considérable de la Saxe et de la Westphalie , il est tout à fait excellent. Il n'y a que quelques grandes villes qui soient mauvaises, et Berlin, où le bon esprit s'agite et se fortifie, mais reste malheureusement inactif , présente de grands dangers; c'est une ville indisciplinée, sans respect de l'autorité , qui ne connaît ni l'ordre ni l'obéissance , bien qu'il n'y ait qu'une voix sur les bons services de la garde civique. Il y a probablement encore un coup monté pour le jeudi saint (comme celui du 18 mars). On ne peut prédire qu'il avortera £aute d'acteurs, mais cela est probable. S'il réussit , cela peut produire un revirement sérieux !
Je ne sais pas , mon très-cher prince , si vous êtes encore en Hollande ou déjà en Angleterre. Si vous pouvez me faire connaître (par une voie sûre) votre opinion sur la situation, qui a tant de prix à mes yeux, vous me rendrez bien heureux. Mes relations personnelles avec vous sont toujours les mêmes qu'autrefois; elles sont même rajeunies, resserrées, affermies par nos malheurs réciproques. J'éprouve pour l'Autriche les mêmes sentiments qu'en 1840. Je ferai loyalement tout ce que je pourrai pour faire donner à son Empereur héréditaire la dignité héréditaire de Chef du Saint-Empire; il feut que l'Empereur redevienne le chef honorifique de la nation allemande. Un César à côté de cet Auguste, comme Souverain électif de TEmpire d'Allemagne en particulier, semble inévitable. Mais je ne veux pas être ce César. Mon ambition est de devenir « généralissime de l'Empire » : mais avant que ces beaux rêves
- puissent se réaliser, il faut que Dieu nous aide à franchir maint écueil; at spes non f racla.
Je dépose aux pieds de Madame la princesse rhomniage de mon respect et de mon admiration. Ma bonne , admirable et souffrante Élise éprouve, ainsi que moi, une vive et sincère affection pour vous, comme celle que j'ai vouée à la princesse. Elle m'a chargé de vous exprimer à tous deux , aussi vivement que possible, sa profonde sympathie et son attachement dévoué. La manière dont vous accueillerez tous deux l'expression de notre amitié répondra mieux que quoi que ce soit à mes vœux et à ceux de la Heine.
Que Dieu vous garde , mon cher prince. Qu^il vous conserve au monde pour des temps meilleurs. Recevez, je vous prie, l'expression de la haute considération avec laquelle je suis Tami dévoué de Yolre Altesse.
Frédéric-Guillaume, m. p.
Poudam, le 18 avril 1848.
Metternich au baron de LebzelterD, directeur de la chaDceUerie d*Éut (Lettre). Vienne, le 15 mars 1848.
1686. En quittant le poste que j'ai eu Thonneur d^occuper pendant les trente-neuf années qui viennent de s'écouler comme chef de la chancellerie intime de Cour et d'État, je considère comme un devoir de vous faire , en votre qualité de direo* i teur intérimaire de cette chancellerie, les communications I suivantes : '
Vous trouverez ci-joint la copie de Tacte par lequel j'ai ' résigné entre les mains de Sa Majesté l'Empereur mes fono- i lions de chancelier de Cour et d'État. Cette copie est à garder i dans les archives du département ; je vous prie de Ty déposer.
A commencer par vous , j'assure les fonctionnaires de tout rang qui sont attachés à la chancellerie intime de Cour et d'État, de toute ma satisbction et de ma reconnaissance personnelle pour le concours actif et dévoué quMls m'ont prêté dans le cours d'une carrière si souvent agitée par les orages.
MA RETRAITE (iSift). 613
Je ne crains pas d'en appeler à la conscience de tous ceux à qui s'adressent mon témoignage et mes remerclments. Recevez, etc., etc.
Metternich, m. p.
Vienne, le 15 mars 1848.
Metternich à Mûncli-Bellingliausen (Lettre). Vienne, le 16 mars 1848.
1697. Je considère comme une des tâches les plus importantes du jour la création immédiate d'une feuille quotidienne conservatrice.
Je ne puis pas me mettre à la tête d'un pareil journal; il faut même que je paraisse complètement étranger à sa rédaction. Cette feuille ne peut pas être V Observateur ^ car j'aurais l'air d'exercer une influence sur elle.
Que V Observateur reste Torgane semi-officiel du Gouvernement, et qu'à ce titre il professe les doctrines conservatrices. Il faut que le journal dont je parle soit nouveau, indépendant; il faut qu'il se fonde, qu'il soit de création nouvelle, car une feuille déjà existante devrait ou bien renier son caractère antérieur, ou bien imputer au Gouvernement l'absence de caractère qui la signalait auparavant.
Tout journal a besoin d'un capital de premier établissement.
Ce capital devrait être fourni par des actionnaires, au nombre desquels je figurerais volontiers, mais sous un nom emprunté, car mon nom ne doit paraître jamais à aucun titre sur le terrain de l'action.
Ce serait renier mon caractère que d'agir autrement; je ne m'engage jamais à moitié ; aussi je ne sais pas m'intéresser à moitié seulement à une cbose. Je serais satisfait si la feuille que je propose de fonder était purement conservatrice sans être limitée dans le choix des matières , mais aussi en excluant rigoureusement tout esprit de parti. Le principe conservateur a une cause et non un parti è défendre ; il est la base même de la cause et ne prend jamais l'offensive. Ses champions jouent le rôle et font l'office de juges. La sentence de mort que prononce un juge est un acte préservatif qui porte en lui la
répression et la prëventioD ; elle n*est pas une œuvre de parti, une mesure agressive. Une feuille conservatrice doit, selon moi, exercer la mission d'un jug[e et avoir tout à fiait la valeur d'un tribunal ; elle réunit les rôles de Taccusateur public , des juges , et laisse au public , ce jury par excellence , le soin de se prononcer sur « la culpabilité ou la non-culpabilité » .
Il feut que la direction de la rédaction soit confiée à un rédacteur responsable vis-à-vis des entrepreneurs du joamal. Une commission de censure, composée de trois membres, aura à se prononcer sur l'admission des articles dont le rédacteur en chef devra s'occuper.
Il ne faut point que l'entreprise soit fondée en vue de feire des bénéfices. Le but qu'elle poursuit est purement moral. Si la feuille a de la valeur sous le rapport de la forme et du fond, elle percera et fera ses frais.
Metternigh, m. p.
Vienne, le 16 mars 4848.
MeUernicb à Ficquelmont (Lettre). 20 mars 1818.
1698. Mon cher comte, je viens d*étre informé de votre nomination au département des affeires étrangères. Mes vœux les plus sincères vous accompagnent; ma prédiction que vous y seriez appelé vous était depuis longtemps acquise.
Ma conscience est ainsi satisfaite, et c'est à ce bien que je tiens plus qu'à tout autre. Vous aurez une tâche bien difficile à remplir; elle le sera moins cependant que ne l'a été la mienne, car elle sera plus facile à définir. Jusqu'au 13 mars dernier, l'Empire s'était trouvé dans une position exceptionnelle ; ces situations placent les hommes en présence de Eublesses et de forces appréciables. L'Autriche est en voie de transformation ; elle a dû y arriver, mais elle a pris un mauvais chemin. L'ennemi est entré dans le camp, parce que celui-ci n'avait pas été gardé ! Ce n'est pas à vous que j'aurais rien à apprendre à l'égard du passé; vous le connaissez, et vous savez également ce que j'ai voulu sans pouvoir l'atteindre. Ce
MA RETRAITE (lUS). 616
que, dans le cours des années qui se sont ëcoulëes depuis la paix générale, j^ai avant tout réclamé, c'est la création d'une Jorce gouvernementale, sans laquelle il n'y a point d'État. Mes efforts ont été vains; on ne m'a point compris, et il a dû résulter du fait ce qui en effet en a été la conséquence. Mon Cabinet, et même mon individualité, ont représenté la puissance autrichienne à Textérieur, tandis que le vide s'est établi dans Tintérieur. Je suis ainsi devenu (ce qui répugne à mon essence morale) une fantasmagorie, un être imaginaire, un esprit sans corps, le représentant de ce qui aurait dû exister et n'a point existé. Voilà de l'histoire, et non du roman.
Je ne connais pas de situation plus dangereuse que celle où se trouve aujourd'hui placé l'Empire. Le danger spécial qu'il court, à côté de ceux qui pèsent sur le reste des États européens, c'est d'être placé en face d'inconciliables exigences, les unes réclamées par les tendances de l'esprit qui court les rues, et une autre qui est particulière à la puissance autrichienne. La tendance générale est le nivellement, et la centralisation qui en est la conséquence voulue; la condition matérielle sous laquelle vit notre Empire est la séparation des parties dont cet Empire est formé. Si tout corps politique a besoin, pour prospérer et même pour vivre, d'un Gouvernement fortement constitué, celui qui est composé de parties séparées par la nationalité, par les mœurs et les habitudes des populations, ainsi que par des constitutions jurées et différentes, peut moins encore que tout autre se passer d'une force gouvernementale centrale et compacte, vigilante et toujours active. J'ai, en conformité de cette conviction, soumis à l'Empereur (en 1817, si je ne me trompe) un plan d'organisation du pouvoir central qu'il est essentiel de ne pas confondre avec la centralisation, qui de toutes les tyrannies est la plus absurde. Mes idées ont paru justes à Sa Majesté ; elles n'en sont pas moins restées à l'écart. Un seul fait a marqué d'une manière passagère l'existence de mon plan : le comte de Saurau a été nommé ministre de l'intérieur. J'avais proposé un conseil d'Empire, un conseil d'État fortement organisé, des ministères revêtus de dénominations généralement com-
* préhensibles, le contact des ministres en un conseil. Ce que j'avais ainsi réclamé en temps utile vient d'être accordé, et le sera, autant que faire se pourra, après ce temps écoulé.
Les justes plaintes que vous avez entendu former dans nos provinces italiennes n'eussent point été élevées si mes vues avaient été réalisées. Ce ne sont pas là des récriminations auxquelles j'entends me laisser aller ; ce sont des éclaircissements historiques que je tiens à vous donner, et qui, dans leur grand ensemble, servent à expliquer ce qu'il y a de particulier dans ma position. La tâche la plus difficile à remplir dans la situation où se trouve aujourd'hui l'Empire, c'est de satisGaire à la fois aux représentations nationales et provinciales séparées, et à l'exigence d'une représentation centrale. II suffit sans doute d'un parlement dans un corps politique ; deux parlements sont contraires à toute idée d'ordre pratique. L'Autriche serait même appelée à supporter trois parlements, l'un superposé à l'autre : les états des diverses parties, le corps représentatif central de l'Empire, et le parlement allemand pour les parties comprises dans la Confédération germanique. C'est de l'utopie au superlatif. Que pensent de ce fait les députés des états de la basse Autriche, les plus intéressés sans doute à ne pas se trouver réduits à la proportion du corps le plus restreint de l'Empire actuellement existant? Qu'en pensent les professeurs et les étudiants des diverses universités, et les boutiquiers de- Vienne, qui préfèrent sans doute voir Vienne rester la capitale d'un grand Empire que déchoir de cette position? Tous ces penseurs ne pensent pas; il doit m'étre permis de ne point abdiquer un rôle que j'ai su remplir dans tout le cours de ma longue existence !
C'est la Hongrie qui est la partie la plus dangereuse pour l'Empire, placée dans la phase où elle se trouve engagée. Le pays est livré à une bande bien dangereuse, car des hommes comme Kossuth et Louis Batthyany ne prêtent pas à une autre qualification. Bien conduit, ce Royaume pourra, par contre, offrir des ressources ; mais où se trouvent les moyens de le bien conduire? Les esprits les plus droits que l'Empereur puisse consulter sur les affaires hongroises, ce sont le comte
Georges A^pponyi et le baron de Josika, hommes que je déclare être à toute épreuve. Je n'ai, dans ma longue pratique, point appris à en connaître un troisième.
Je vous envoie ci-inclus, cher comte, deux lettres que je vous prie de confier aux premiers courriers que vous expédierez à Berlin et à Saint-Pétersbourg, ou à des courriers que les missions y enverront. Mes lettres aux ministres en renferment d'autres adressées aux Souverains. Ma conscience me fait un devoir de prendre congé d'eux.
Je vous envoie également ci-joint des copies de mes lettres, que je vous prie de me renvoyer.
Je charge mon homme d'affaires de demander vos ordres pour le placement de meubles de prix dans quelque partie de la chancellerie d'État dont vous n'auriez pas besoin. Les gros meubles pourront être transférés dans mon établissement du Rennweg, sauf à y être saccagés, un jour ou l'autre, avec la maison qui les contient.
Je ne crois pas devoir exposer de même ma vaisselle, le& objets d'art et de prix.
Laissez dans le salon, en attendant, le grand vase dont TEmpereur de Russie m'a fait cadeau, ainsi que les bronzes;, le tout selon votre convenance.
Mille hommages et amitiés, mon cher comte.
Metternich, m. ;;.
Le tt> mars 1848.