‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 5)Chapitre 91 sur 96 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

des hommes qui fournissent les matériaux des faits servant à constituer Thistoire, est ég^alement très-différente de celle des historiens.

Les premiers ne sauraient se soustraire au contrôle dont les archives sont les éléments. S'il est peu de ministres seulement qui se soient maintenus dans une position toujours également active pendant un espace de temps aussi long que celui qu'a duré ma vie publique, je puis être tranquille en ce qui concerne ces pages ; je puis en toute sécurité renvoyer les amateurs d'études historiques aux archives de l'État, sans m'exposer au danger de voir mes assertions démenties par les actes

officiels.

La devise adoptée par moi : « La force dans le droit » , est l'expression de ma conviction même ; elle marque la base de ma manière de penser et d'agir.

Je n'ai jamais attribué aux mots d'autre valeur que celle de l'expression d'idées justes ; je n'ai jamais considéré les théories comme équivalant à des actes ; je n'ai jamais considéré des systèmes préconçus que comme le produit de cervelles oisives ou comme l'explosion d'esprits agités.

Ce n'est pas dans les -pénibles efforts de la société pour réaliser des progrès, mais dans l'ardeur à conquérir les vrais biens, — la liberté considérée comme la conséquence inévitable de l'ordre; la seule égalité possible, c'est-à-dire l'égalité devant la loi ; le bien-être, qu'on ne saurait con* cevoir sans la base du repos moral et du repos matériel ; le crédit, qui ne peut reposer que sur la confiance, — c'est dans la poursuite de ces objets que j'ai reconnu le devoir du Gouvernement et le véritable salut pour les gouvernés.

J'ai toujours regardé le despotisme, quel qu'il fût, comme nn symptôme de faiblesse. Là où il se montre, il est un mal qui trouve en lui*même sa punition ; mais il est funeste surtout quand il se masque du nom de progrès de la liberté I

La Monarchie et la République sont des idées que je comprends. Des Monarchies assises sur des bases républicaines et

des Républiques assises sur des bases monarchiques, ce sont des formes qui se contredisent elles-mêmes et que je ne comprends pas. Toutes deux, Monarchies et Républiques, ne peuvent prospérer que sur les bases propres aux unes et aux autres. La meilleure constitution pour un État quelconque sera toujours celle qui s'adapte le mieux aux traits particuliers qui disting[uent tout corps politique. La forme monarchique possède dans les grands États Tavantage d*une plus grande stabilité ; c'est un fait constaté par Thistoire. Gomme ministre d'un État organisé monarchiquement, je n'ai eu à m'occuper que de questions de controverse portant sur la forme monarchique. J*ai exclu toute discussion sur la forme républicaine, ce qui s'entend de soi-même après ce que je viens de dire.

Je considère un État sans constitution comme une abâfrao-

' tion, de même que l'hypothèse d*un individu n'ayant pas de

constitution qui lui soit propre. Je retrouve la même idée

dans l'application d'un système de constitution uniforme à

tous les États.

L'idée de la pondération des pouvoirs (imaginée par Montesquieu) ne m'a jamais paru qu'une manière Causse d'envisager la constitution anglaise ; j'ai toujours trouvé qu'elle n'était pas pratique dans l'application, parce que l'idée d'une pondération pareille a sa racine dans la supposition d'une lutte perpétuelle, au lieu d'être basée sur celle du repos, qui est le premier besoin pour les États qui veulent vivre et prospérer.

Le développement de la vie intérieure des États a toujours été à mes yeux le premier devoir des Gouvernements.

Comme bases de la politique, je reconnais les idées de droit et d'équité, et non les simples calculs de l'intérêt, tandis que je considère la politique capricieuse comme un trouble d'esprit qui trouve en lui-même son châtiment.

Les circonstances m'ont jeté malgré moi dans la vie politique, pour laquelle j'étais armé d'un esprit qui n'est capable de défendre que ce qui est positif.

Page 1