ÉPILOGUE
Une considëratioD dont Tesprit libéral ne tient pas compte ordinairement et qui pourtant est une des plus importantes par ses conséquences, c'est celle de la différence qui se manifeste dans la vie des États comme dans celle des individus entre les progrès réguliers et les progrès par soubresauts. Dans le progrès normal, les conditions se développent avec une suite logique et naturelle, tandis que le progrès irrégulier brise Tenchainement qui les unit. Tout dans la nature suit la voie du développement, de Tagrégation des choses; une marche pareille rend seule possible l'élimination des mauvais éléments et le développement des bons. Les transitions brusques déterminent toujours de nouvelles créations; or les hommes ne peuvent rien créer.
Dépasser les limites du terrain sur lequel les principes ont de la valeur, pour se hasarder sur celui de théories aventureuses, a toujours été à mes yeux une faute dont les conséquences échappent à tout calcul. Donner carrière à Tespérance que le gouvernement ainsi que les partis resteront libres de s'arrêter au moment voulu sur la pente où ils se sont lancés, a toujours été, selon moi, une illusion, une erreur, ainsi que le prouve Texpérience de tous les temps ; jamais je n'ai reconnu aux forces naturelles plus de droits ou moins d'influence qu'il ne leur en revient.
J'ai toujours envisagé les choses en entier, non pas à moitié; je n'ai jamais connu de différence entre faire une promesse et tenir une promesse ; aussi, par une suite naturelle de tout ce qui constitue mon être moral, je n'ai ni pu ni voulu être le promoteur de bouleversements qui se cachaient sous le masque du progrès, ou de réformes qui ne sont réalisables que par le bouleversement. Ce témoignage, la Révolution elle-même me l'a donné par tous les moyens dont elle dispose.
Je n'ai jamais été un docteur à symptômes. J'ai su tenir compte des symptômes comme signes distinctifs des choses, mais j'ai toujours tourné mes regards vers la chose elle-même, qu'elle fût bonne ou mauvaise, salutaire ou dangereuse. En toutes choses il y a toujours un élément essentiel ; feivoriser ou combattre cet élément unique, tel a toujours été à mes