EPILOGUE
tudes particulières de ceux qui sont appelés à intervenir dans les discussions. Dans aucun genre d'af&ires ces vérités ue s'affirment plus positivement que sur le terrain gouvernemental.
Les deux éléments qui exercent Faction la plus fâcheuse sur l'administration publique sont les systèmes préconçus et les considérations personnelles. Les premiers sont aux prises avec Jes difficultés pratiques ; les autres mettent des considérations mesquines et passagères à la place des considérations sérieuses.
Un des plus grands obstacles contre lesquels j*aie eu à lutter pendant la longue durée de mon ministère a été le manque d'énergie dans l'administration intérieure : c'est un fait que je ne puis passer sous silence ; il est indispensable à connattre pour expliquer certains événements considérables de l'histoire du monde» et il a exercé nécessairement une grande influence sur mon action dans le champ de la diplomatie, qui m'était ëchu en partage.
Dans l'organisation intérieure de l'Empire, les nationalités avaient une importance qui devait s'affirmer dans le choix et dans l'avancement des fonctionnaires depuis le bas de l'échelle jusqu'au sommet. Dans un État ainsi constitué, il est difficile, pour des raisons toutes naturelles, de trouver des hommes capables d'opposer une digue à l'influence excessive de la nationalité et d'observer fidèlement, dans toutes les direct tiens, l'impartialité rigoureuse qu'elle commande impérieusement.
J'étais seul sur le terrain moral et politique; je le savais, je devais le savoir, attendu que j'étais à même de contrôler le fait tous les jours et à tous les points de vue. Aurais-je dû pour cela changer ma manière de voir et d'agir? Je ne l'ai pas voulu, et, l'eussé-je voulu, cela m'eût été impossible. Je n'ai jamais su agir contre ma conscience ni rompre avec mes idées sur ce qui est juste ou injuste, prudent ou hasardeux, et j'ai toujours été*plus sévère pour mes propres actions que pour celles d'autrui !
La vie active d'un homme d'État qui a été en fonction pendant de longues années prête matière aux explications les plus diverses sur les idées justes ou fieiusses dont son esprit
était préoccupé, sur ce quMl voulait ou ne Toulait pas, sur ce qu'il a atteint ou manqué. Si tous ceux qui ont joué un rôle considérable dans les affeires politiques sont soumis à ce destin, cette fatalité ne doit-elle pas peser bien davantage sur le nom d'un homme qui, à une époque extraordinairement agitée, a dirigé pendant près de quarante ans la politique d'un grand Empire !
Avec quelle période concorde ma vie publique? Qu'on jette les yeux sur les situations dans lesquelles notre Empire et toute l'Europe se sont trouvés entre 1809 et 1848, et qu'on se demande ensuite si un homme pouvait, par sa seule intelligence, réussir à changer Tétat de crise en guérisou définitive! J'ose dire que j'ai reconnu la situation, mais j'avouerai aussi mon impuissance à élever un nouvel édifice dans notre Empire et en Allemagne ; voilà pourquoi je me suis appliqué avant tout à conserver ce qui existait.
Au printemps de l'année 1848, les édifices politiques da centre de l'Europe se sont écroulés ou se sont mis à chanceler) comme cela arrive dans les tremblements de terre TÎoleots. Cette fois, comme toujours depuis la fin du dix-huiliéme siècle, la secousse est partie de la France. Son action s'est manifestée d'après les lois de la physique; la commotion a agi tout autrement sur les grands édifices indépendants que sur les petits édifices intercalés de force entre eux. Les premiers Font éprouvée à un degré plus fort. La France, dont V étage supérieur était construit en matériaux légers, s'est couverte de poussière. Dans le grand empire du centre, le sol a été jonché de masses de pierres et de poutres sous lesquelles a été enseveli l'ancien ordre de choses. Je devais subir le même sort, cela était inévitable. Mais parmi les destinées étranges il iaut compter la mienne : j'ai vécu pendant la crise suprême que traversait le monde, et je lui ai survécu,
J'ai/atïde l'histoire ; voilà pourquoi je n'ai pas eu le temps de Vécrire.