LE COURONNEMENT DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE
Peu après sa sortie du ministère, le cardinal Consalvi m'a raconté le fait suivant, relatif à la nullité du mariage de l'Empereur Napoléon et de l’Impératrice Joséphine.
L'Empereur Napoléon n'avait invité le Pape à venir couronner à Paris que lui seul. Il ne fut jamais question du couronnement de l’Impératrice Joséphine dans les longues négociations qui eurent lieu pour vaincre la répugnance de Sa Sainteté à faire ce voyage; on ne lui nomma cette princesse, pendant son séjour à Paris, qu’à la veille du couronnement.
"Sa Sainteté insista itérativement pour être instruite des. détails et du cérémonial de la fête; mais on évita de lui en donner la moindre connaissance, alléguant des prétextes frivoles qui impatientèrent le Pape, au point qu'il déclara qu'il n'officierait pas dans cette fonction solennelle, s’il n’était informé plusieurs jours à l'avance du rôle qu'on lui destinait, et des formules de serment qui devaient étre articulées. On lui promit alors de le satisfaire ; mais, de retards en retards, la communication qu'il désirait ne lui fut faite que la veille même du jour fixé et annoncé à toute la nation dans les feuilles publiques, pour célébrer le couronnement.
Le Saint-Père s'aperçut, à son extrême surprise, qu'il s’agissait de couronner l'Impératrice en méme temps que Napoléon. |
prévention les rares qualités de son esprit, sa force de volonté, ses faiblesses ; je les ai toujours vues sous leur vrai jour, je n'ai pas craint de les soumettre à un contrôle sévère, et j'ai osé les retracer à Napoléon lui-même dans plus d'un moment décisif.
Devant ces récentes publications historiques s'évanouissent toutes les élucubrations sorties de la plume des compagnons de l'exilé de Sainte-Hélène, et souvent de celle de Napoléon lui-même, tous ces récits qui nous montrent le personnage non pas tel qu'il était, mais tel qu'il voulait paraître devant le monde.
Le Pape fut indécis sur le parti qu'il devait prendre ; d'un côté, il n'avait aucune preuve de la validité du mariage de l'Empereur, contracté à une époque où ce sacrement n était considéré que comme un contrat civil; d'un autre côté, comment hésiter à célébrer le couronnement le lendemain, jour annoncé publiquement à la nation ? Un refus de sa part l’eût exposé à jouer un rôle humiliant, puisque Napoléon aurait pu se faire couronner par l'archevêque de Paris ou par le cardinal Fesch, et condamner le Pape à une nullité d'autant plus sensible que son voyage avait eu plus d'éclat; d'ailleurs, le mécontentement de Napoléon aurait sans doute fait avorter le but qui détermina réellement le Saint-Père à entreprendre ce voyage. Il se serait exposé à ne retirer aucun fruit d'une démarche qu'il reconnaissait devoir à cette époque indisposer les puissances catholiques et le monde chrétien. Il avait reçu des assurances réitérées qu'on se préterait à réformer et refondrè les articles organiques que le Gouvernement français avait insérés, à l'insu de Sa Sainteté, à la suite du Concordat, et à prendre des arrangements sur les affaires ecclésiastiques et en faveur du clergé français. Ces considérations, importantes pour le Souverain Pontife, l'avaient emporté sur le blâäme qu'il ne se dissimulait point devoir s'attirer par un voyage qu’on lui a longtemps reproché.
Le Saint-Père, entraîné néanmoins par le sentiment de ses devoirs, se disposait à déclarer qu'il ne paraitrait point à l'auguste cérémonie et sacrifierait tous ses intérêts, s’il ne recevait des preuves immédiates de la validité du mariage entre l'Empereur et l'Impératrice Joséphine.
Sur ces entrefaites, deux ou trois évêques français, que le cardinal Consalvi me nomma, vinrent présenter leurs hommages au Saint-Pére; il leur communiqua le sujet de l'agitation et des inquiétudes que sa physionomie trahissait. Les évéques le rassurèrent sur ses doutes, lui donnèrent des détails sur le mariage de Napoléon avec Joséphine et sur le len sacramentel qui les avait unis. Le Saint-Père, trompé, surpris dans sa bonne foi, les couronna le lendemain, et ce ne fut que plusieurs jours après cette cérémonie qu'il apprit que
l'on avait abusé de sa crédulité. Il fut tenté d'éclater, mais la considération qu'il s'attirerait un blâme général en informant le public qu'il avait sacré et couronné l'Impératrice sans étre préalablement sûr des liens qui unissaient cette princesse à Napoléon, qu'il avait pour ainsi dire sanctionné un concubinage, le retint. Il sentit que la dissimulation et la surprise dont on avait usé envers lui ne l'excuseraient point, et qu’on l'aurait taxé de faiblesse ; il prit donc le parti du silence, mais ne cessa de faire lés plus fortes remontrances à Napoléon et de l’engager à réparer un tort que le Pape ne lui a jamais pardonné.
Peu après commencèrent les vives discussions qui entratnérent les malheurs du Pape, et cette confidence me fut faite lorsque l'aigreur et l'animosité avaient amené les affaires à un point où toute conciliation devenait impossible, et pour me donner une preuve de plus combien les griefs du Pape dataient de loin, -et étaient nombreux et fondés.
Ceite circonstance ne fut connue que de trois cardinaux; ils étaient outrés de la perfidie injustifiable des évêques, mais ils taxaient aussi le Saint-Père d’un peu trop de crédulité à cette occasion.