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le soit également; quand elle s'adonne au culte de la légitimité, l'Europe doit être légitimiste; quand elle devient juste milieu, les trônes doivent renoncer aux bases sur lesquelles ils sont établis ! Pour que des vœux aussi cbangeants puissent être accomplis, il faut de bien autres conditions que celles qui sont à la disposition de la France, réduite à vivre elle-même au jour le jour. L'exemple qu'offre ce pays n'est guère tentant pour l'étranger.
Personne, mon cher Comte, ne se reconnaît plus que moi le droit de parler ainsi. Le Roi Louis-Philippe n'a pas trouvé en Europe un Cabinet qui l'ait mieux compris que le nôtre, et qui l'ait même deviné, lui et sa pensée gouvernementale, comme nous les avons devinés. Aussi lui avons-nous rendu de bien grands services, afin de rendre un service pareil à la cause de l'ordre que nous défendons et au sujet de laquelle nous ne savons pas reculer ni changer. Nous professons la religion dans laquelle nous sommes nés; le Roi des Fi-ançais a abjuré cette même religion. Nous pouvons marcher avec lui jusqu'aux limites de la discussion dogmatique; franchir ces limites ne nous serait pas possible, et faire seulement semblant de les franchir, ce serait nous suicider et entraîner le Roi Louis-Philippe dans notre chute. Le mariage du duc d'Orléans eût été une faute immense de part et d'autre. Nous serions toml)és dans un abîme, et pour rendre acceptable à la France libérale une pareille union, le Roi et son fils eussent dû porter des coups journaliers à la cause qu'ils auraient semblé vouloir adopter. Dans une voie aussi glissante, les hommes les plus adroits ne peuvent éviter de tomber. Ces vérités doivent être senties par les hommes de sens, en France, comme nous les sentons nous-mêmes, et elles réduisent la question aux embarras inhérents à 1 origine du trône d'Août, c'est-à-dire à des embarras assurément fort réels et parfois très-cuisants, mais que rien ne peut effacer ni même amoindrir, si ce n'est le bénéfice du temps.
RÉFLEXIONS SUR UNE ALLIANCE DE FAMILLE (1S3G). 16:i
RI.FI.EXIONS SUR UNE ALLIANCE DE FAMILLE ENTRE L AUTRICHE ET LA FRANCE.
1267. Metteruicli à Ap|ionyi,à Paris. (E. D.) Scliœnl)iunn, le 30 juillet 1836.
J267. Dans une lettre adressée à M. de Sainte-Aulaire, et dont celui-ci a bien voulu me donner connaissance, M. Thiers se répand sur Turgente nécessité du mariage de Mgr le duc d'Orléans. D'après Topinion de ce ministre, l'attentat du 25 juin dernier est un nouveau et puissant motif à alléguer en faveur de cette nécessité.
M. Thiers a raison, et il n'est pas un ami de l'ordre public qui ne partage celte opinion. Oui, riiéritier présomptif du trône doit vouloir donner à la France une garantie d'avenir, et son mariage est la meilleure que, dans les circonstances actuelles, il puisse lui fournir. « Les assassins », a écrit M. Thiers, « ne connaissent pas le Roi; ils ne le haïssent pas; sa mort est pour eux une révolution. » Ces paroles renferment une vérité incontestable; en effet, ce n'est pas Louis-Philippe comme homme qui est en butte aux attaques des assassins, c'est le Roi des Français. Ces attaques n'ont pas pour objet une vengeance personnelle, elles sont le produit du fanatisme politique.
M. Thiers examine ensuite les partis qui peuvent se présenter, et il admet qu'un mariage entre le Prince royal et une Archiduchesse pourrait ne pas être pour la politique du Cabinet français le parti le plus avantageux. « II peut » , dit ce ministre, « en résulter de la gêne pour ses mouvements; une alliance pareille peut, d'un autre côté, compenser par son apparence de grandeur ce qu'elle fait perdre en liberté de mouvement ! »
La question étant placée ainsi sur le terrain politique, c'est sur ce terrain que je l'examinerai avec une franche impartialité.
Les intérêts sont la base première de toute saine politique, car ils sont permanents, tandis que les convenances sont va-
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riables. Or, j'établis en thèse que si dans tous les temps le premier intérêt pour tous les Etats est celui de se conserver, cet intérêt doit acquérir une valeur encore plus évidente dans un temps où l'objet que les partis poursuivent ouvertement est le renversement des Gouvernements existants. Comme la France et TAutriche doivent se rencontrer relativement à ce grand intérêt, — car il leur est commun, — ce n'est pas sous ce point de vue général qu'on doit prendre en considération Talliance entre les deux jNIaisons régnantes. Là où l'intérêt est le même, un lien de famille de plus ou de moins ne saurait entrer en ligne de compte.
Il peut en être autrement des convenances. Dans des cas donnés, une alliance peut leur être utile comme elle peut leur nuire. Aussi M. Thiers s'est-il posé à lui-même cette question, si dans le cas du mariage ce seraient les avantages qui l'emporteraient sur les désavantages.
Eh bien, mon cher Comte, j'admets toutes les raisons qui ont pu faire désirer à Louis-Philippe et à son Gouvernement l'alliance en question, et je suis prêt à les regarder comme fondées. Mais je le suis également à admettre, d'un autre côté, qu'il existe des considérations d'une nature toute pratique qui doivent faire naître des doutes sur l'opportunité de cette alliance.
Ces considérations se rattachent, d'après la manière de voir de M. Thiers, à la liberté du mouvement; mais comme le mouvement peut avoir lieu dans plusieurs directions, je m'expliquerai sur la seule dont je veuille parler, — la seule même dont il puisse être question dans le présent examen.
La puissance autrichienne n'est pas populaire en France ; elle ne l'est pas en raison d'anciens préjugés qui se conservent et se perpétuent en France plus que dans aucun autre pays. En outre, les différents partis du mouvement sont nos adversaires déclarés, et si dans tous les temps j'ai trouvé dans les vues favorables qu'a manifestées le Roi pour une union de famille avec la Maison impériale un gage de la fixité de ses principes en matière de gouvernement, il m'eût été impossible, d'un autre côté, de ne point v reconnaître en
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même temps une preuve évidente de son indépendance personnelle.
Le Gouvernement français désire-t-il renforcer sa position par une alliance de famille avec lAutriche? Cette alliance ne saurait rien ajouter à l'appui que nous sommes toujours disposés à prêter à tout corps politique digne de ce nom et qui veut se conserver. Il ne peut être ainsi question que du surcroît de forces qui résulterait de cette alliance pour les deux puissances et qui leur permettrait de suivre, tant pour elles-mêmes qu'à regard d'autres États, une ligne d'action conforme à leurs principes politiques. Je conçois que, dans ce sens, M. le président du Conseil ait jugé la question digne d'un examen impartial ; je ne le comprendrais pas dans toute autre acception, et cela d'autant moins qu'il me serait impossible de trouver dans une alliance de famille un gage de sécurité permanente contre une divergence dans la marche politique des deux puissances.
M. Thiers signale dans sa lettre la séparation des puissances en deux camps comme un mal auquel il serait utile de mettre un terme. Nous sommes bien sincèrement de l'avis de M. le président du Conseil.
Cette séparation a été la suite naturelle des événements de 1830. Faire aux puissances un reproche de s'être mises en garde contre les chances d'un bouleversement général, ce serait, d'une part, se rendre coupable d'une injustice manifeste, et de l'autre, diminuer le mérite du Prince dont la main ferme et habile a su arrêter dans son cours une révolution qui, sans ses efforts, eût fini par mettre sur pied l'Europe entière.
Le temps, ce puissant auxiliaire, n'a-t-il pas agi déjà d'une manière visible sur la distance qui, il y a peu d années, séparait les deux camps que signale M. Thiers? Eh bien, que les hommes véritablement éclairés et en position de servir la cause commune des Gouvernements et des peuples se tendent la main ; que leurs efforts suivent une même direction, et ils obtiendront tout le succès qu'ils méritent. Libre comme je le suis dans ma position, fort de l'attitude impartiale du Cabinet
dans lequel compte ma voix, fort enfin de la confiance que le temps, avec la fixité de sa marche, a permis à ce même Cabinet d'inspirer aux amis de Tordre , Tappel que je fais à un esprit de la trempe de celui de M. le président du Conseil devra ne point rester sans effet sur lui. Ceux qui voueront leurs efforts à effacer les distances qui séparent encore les grands corps politiques seront toujours sûrs de se rencontrer avec l'Autriche.
«Les Cabinets se querellent », a dit M. Thiers, « tantôt pour Gracovie, tantôt pour la Suisse, tantôt pour l'Espagne; quelquefois pour des réalités, plus souvent pour des riens, et finiront peut-être un jour par en venir aux mains ! » Ces faits sont incontestables; mais Cracovie, la Suisse et l'Espagne, quel sujet de querelle offrent-ils en réalité? Faites-en disparaître le désordre, que restera-t-il comme sujet de querelle? Quel est celui de ces corps politiques qui est menacé dans son indépendance? Quelle est la puissance qui vise à gêner celle de l'un ou de l'autre de ces Etats? Quelle est la Cour qui ne désirerait pas franchement leur bien-être? La divergence cependant a existé ou existe encore, et elle doit avoir une cause; cette cause ne se trouve-t-elle pas dans le fait que les efforts de l'anarchie ont été jugés sous des points de vue différents par les puissances? Quel progrès n'a point fait le sentiment du besoin de repos à mesure que l'opinion publique s'est éclairée sur le véritable état des choses, et qu'il s'est montré tel qu'il est !
Il me reste, mon cher Comte, à consigner ici une vérité <[ui, — je n'en doute pas, — sera saisie par M. le président du Conseil sous son véritable point de vue.
Que ce ministre se convainque que rien n'est fixe et immviable comme la marche de notre Cour.
Notre force repose sur la conviction que si nous participons aux maux de tous h^s corps politiques, nous avons, par contre, une base de vitalité qui ne nous place pas sur la première ligne des dangers. Forts de ce sentiment, nous allons droit notre chemin, et l'expérience nous a prouvé que nous faisons bien. Le but que dans la situation des affaires nous nous proposons