‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 24 sur 91 · avril · texte numérisé non relu

avril

Clément a reçu la nouvelle de la mort d'Ancillon *. Il sera extrêmement difficile de le remplacer.

Un missionnaire de Lavbach , nommé Baraga , qui vit dans Tîle des Douze-Apôtres (Amérique du Nord), a dîné chez nous. C'est un homme simple, naïf, bon et intelligent, et il sait raconter des choses intéressantes.

25 avril.

II est venu un courrier de Paris; Tcxpédition qu'il apporte retrace le triste état de la France. Le ministère a été reformé, mais il n'a pas pu se maintenir. Il est impossible que les choses continuent d'aller de celte façon.

4 mai.

Malgré la tempête et la pluie, nous sommes allés au jardin, car Clément n'a pas même peur de la pluie quand il s'agit d'aller là. Il a eu aujourd'hui l'heureuse idée d'ériger une jolie chapelle au Renn^veg; il s'occupera tout particulièrement de cette con-

. * 11 mourut à Berlin, le 19 avril, à la suite d'une courte maladie, il était dans sa soixante-dixième année. [Noie de [Édheui.)

JOUnNAL DE LA PUINCESSE MÉLANIE (1837;. 175

struction, et il m'a dit, d une façon qui m'a vraiment touchée, qu'il savait Lien f[ue ce projet me ferait plaisir, et qu'il était juste qu'après avoir tant dépensé pour notre agrément personnel, nous songions à consacrer un coin de notre demeure à Dieu seul. Que le Ciel bénisse ce noble cœur!

15 mai.

Que Dieu bénisse et protège Clément; qu'il le conserve non-seulement pour moi, mais encore pour le monde entier! Telle est la prière que je lui ai adressée aujourd'hui à la messe , avec plus de ferveur encore que d'habitude. Il devrait avoir le privilège de rajeunir d un an à chaque anniversaire de sa naissance; ce serait bien nécessaire. Ses soixante-cinq ans m'effrayent ; je serais heureuse si je pouvais en ajouter la moitié à mes années. Les enfants et les amis sont venus lui présenter leurs compliments ; Paul lui-même lui a adressé une allocution, qui était plus éloquente qu'intelligible. A quatre heures, j'ai eu un grand dîner; vingt-cinq amis sont venus s asseoir à notre table.

Nous avons assisté à un beau concert que nous donnait l'Archiduchesse Sophie. Toute la Cour était réunie , les deux Impératrices , la Grande-Duchesse de Bade , les Archiducs , la Vice-Reine , son mari et leurs deux filles aînées. Les chanteurs italiens se sont distingués; seulement, leur voix était un peu trop forte pour la salle, qui est basse. Madame Tacchinardi a été parfois désagréable, Pozzi excellent, Lonati faible, îligamonti trop bruyant et Marini insupportable. Le concert a duré de huit heures jusqu'à dix heures et demie.

31 mai.

Le nonce a fait son entrée aujourd'hui; c'est une cérémonie qui d'ordinaire était organisée par les ambassadeurs. Il s'est rendu aujardinSchwarzenberg, et de là une voiture de gala de la Cour l'a mené dans la ville ; il était suivi des voitures des ambassadeurs, dont chacune était attelée de six chevaux. Le public

\-,e RECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).

a été très-étonné de voir le nonce accompagné de Téquipage d'un ambassadeur schismatique, c'est-à-dire de Tatistscheff , de celui de Lamb, qui est protestant, et de celui d'un musulman, l'ambassadeur de Turquie.

J'ai été à l'église de Saint-Pierre, afin de prier pour l'enfant que Dieu m'envoie; puis il ma fallu aller chez la Dauphine ou chez la Reine, car on lui donne ce dernier tilre quand on la voit en particulier; c'est ce que j'ai fait, parce que je savais que Clément lui donnait cette qualification en lui parlant. J'ai vu Mademoiselle, qui est très-agréable, très-jolie et trèsspirituelle. L'Empereur et toute la Cour ont reçu le nonce en grande pompe.

2 juin.

Nous avons eu à dîner un M. Strauss, prédicateur de la Cour de Berlin ; c'est un homme d'esprit; il a été envoyé par le Roi à Clément pour le consulter sur différentes affaires religieuses. Clément m'a dit aujourd'hui qu'il ne voulait pas me laisser aller en Bohême, que je devais prochainement m'installer au pavillon du Rennweg, afin de m'habituer à la solitude.

9 juin.

Ce soir, je suis restée avec Clément; nous avons lu le voyage de Marmont en Orient : c'est un livre intéressant et bien écrit.

28 juin.

Le Roi d'Angleterre est mort * ; c'est une affreuse nouvelle et vin coup terrible pour le moment ; quelle direction la prin-

* Au château de Windsor, le 20 juin. Metternich se borna à écrire sur cet événement, dans la lettre qu'il adressa, le 4 juillet, à l'ambassadeur d'Autriche à Londres, prince Esterhazy, les lignes suivantes : « Vous comprendrez que je ne saurais me permettre d'escompter un événement d'un aussi haut intérêt que l'est celui de la mort du Roi Guillaume IV ; c'est au temps seul qu'il appartient

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cesse Victoria suivra-t-elle ? Clément est affecté de cet événement, qui fera sans doute naître encore mainte complication.

29 juin.

La mort du Roi d'Angleterre est pour Clément une nouvelle cause de préoccupation ; quant à moi, cet événement m'inflige la douleur de le voir partir au milieu de cette nouvelle complication politique.

Voilà plus de six semaines que j'ai été forcée d'interrompre mon Journal. Cet intervalle a été pour moi une période de chagrin, de soucis et d'épreuves. Tant de circonstances se sont réunies pour me rendre l'absence de Clément Lien pénible et bien douloureuse! Pendant les premières semaines, j'ai éprouvé un véritable désespoir. Il m'a quittée le 5, accompagné de mon père*. II a été à Ischl , à Salzburg, à Munich, à Teplitz, à Plass et à Kœnigswart ; ce voyage lui a fait. Dieu merci, du plaisir et du bien. Il a aussi contribué à hâter l'heureuse solution d'affaires importantes, qu'il a réussi à régler pendant son absence de Vienne. A mes yeux , le résultat le plus considérable qu'il ait obtenu, c'est d'avoir déterminé le Roi de Prusse à entrer en pourparlers avec le Saint-Siège relativement aux questions religieuses , ce qui nous fait espérer que ce Prince montrera quelque tolérance.

J'ai commencé cette triste partie de mon existence à Vienne , où il m'a fallu rester jusqu'au II. A ce moment-là j'ai pu aller habiter le pavillon, ce qui m'a un peu distraite.

Nous avons vu ici plusieurs étrangers. Un comte de Schulenburg, cousin des Schulenburg d'ici , a été envoyé à Vienne

de constater sa valeur et sa portée. Sir Frédéric Lainlj, avec lequel j'ai eu plusieurs entretiens, est fort préoccupé et vivement inquiet des résultats que peut avoir le changement de règne. II s'est exprimé à ce sujet, vis-à-vis de moi, avec un honorable abandon. » (Note de l'Éditeur.)

* lîelativemenl à ce voyage, nous renvoyons le lecteur aux lettres de Metternich à sa femme, n»' 1281 et suivants. (Note de l' Éditeur.")

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