‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 33 sur 91 · RENDEZ-VOUS DES SOUVERAINS A TEPLITZ · texte numérisé non relu

RENDEZ-VOUS DES SOUVERAINS A TEPLITZ

EXTRAITS DE LETTRES PAUTICULIÈRES DE METTERJilCH i SA FEMME, ÉCRITES DU 18 AU 26 JUILLET 1838.

1328. Arrivée à Teplitz. — 1329. A la Réunîon. — Le Roi de Prusse. — Régularité de ses apparitions annuelles à Teplitz. — Orloff. — 1330. Arrivée de l'Empereur Nicolas. — Indisposition de l'Impératrice de Russie.

— Grand diner chez l'Arcliiduc François-Cliarles. — 1331. Concert au théâtre. — Bal à la Réunion. — Le chien de l'Impératrice de Russie. — 1332. Affaires et conférences. — 1333. Ordre du jour. — Conférences théoiogitjues du prince avec le Roi de Prusse dans la galerie des tableaux.

— 1334. De Kœnigsvvart. — Le monument dédié à l'Empereur François.

— Opinion du prince de Prusse sur la chapelle de Kœnigswart. — 1335. Diner chez ce prince.

Metternich à sa femme. ïeplilz, le 18 juillet 1838.

1528. Me voici au premier terme de mon voyage. Je suis arrivé ici ce matin à dix heures, et il en a été pour moi comme de toutes mes arrivées. Je n'étais pas depuis une minute dans ma chambre, que Talistscheff, Nesseh'ode, Weriher, Maitzahn, Salis, etc., sont venus m'encombrer et m'étourdir. J'ai vite fait ma toilette et je me suis rendu au grand rendez-vous du jardin Glary, oîi j'ai trouvé le Roi et toutes les autres puissances et impuissances du monde, entourées d'un cercle de badauds. J'ai, en un mot, passé en un quart d'heure la revue de tout ce que Teplitz renferme d'agréable et d'insipide, de droit sur deux jambes et de bancal.

L'Empereur Nicolas n'arrivera ici que demain soir. Il veut laisser passer la journée du 19, que le Roi de Prusse célèbre par une profonde retraite, et qui est celle de la mort de la feue Reine. L'Impératrice restera ici le 20, et elle en repartira le 21. Orloff est attendu ce soir.

J'ai dîné chez l'Archiduc François-Charles avec les Autrichiens présents à Teplitz, qui sont en petit nombre si on les compare aux masses de Prussiens et de Russes.

19 juillet.

1529. Nous avons passé la soirée d'hier à la Réunion, où il y avait bal. Le Roi de Prusse était à son poste depuis huit heures, et rien ne me représente mieux la fixité dans les petites choses que la Réunion de Teplitz. Toutes les figures sont pétrifiées à leurs places respectives: elles ne se meuvent que pour aller gagner d'autres places également arrêtées d'avance; les années passent, et les figures restent jusqu'à leur mort naturelle. Le Roi prend régulièrement le même nombre de prises de tabac; Witlgenstein dit les mêmes polissonneries; tout tourne et change, excepté ces personnages et moi aussi, qui tiens ma place dans ce cadre d'immobilité.

Je me suis retiré à neuf heures et demie, et je me suis couché à onze heures, après avoir bu mon verre d'eau sucrée stéréotypé et avoir écrit des choses que j'avais à lire ce matin aux amateurs. Depuis sept heures du matin, ma chambre n'a pas désempli. J'ai parlé pendant trois heures avec Wittgenstein, pendant une autre avec Nesselrode, une autre enfin avec Werther; puis Oiloff est tombé dans mon cabinet, et il a été chassé par le Grand-Duc de Bade. Voilà mon train de vie à Teplitz, qui assurément n'a rien de fort agréable. Ce qui seul a pu me charmer depuis mon arrivée, c'est de voir quelques valses frénétiques dansées hier à la Réunion par Marie Lobkowitz et d'autres.

Je dînerai aujourd'hui chez Tatistscheff, avec Orloff et tous les Russes.

Ce dernier a un grand air de prospérité. Il est au désespoir de ne pas vous trouver ici, et il m'a déjà parlé du chagrin de son maître à ce sujet. Orloff est spirituel et bon garçon comme toujours, et vous savez que je l'aime de tout mon cœur, parce que j'aime les esprits droits et les cœurs bien placés. Je n'ai encore fait que peloter avec lui en attendant partie. Celle-ci arrivera, et je ne la perdrai pas. Il y a cela de curieux dans mon existence, que je suis partout en Europe comme chez moi ; ce qui prouve que je connais le monde et que je ne veux

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