‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 34 sur 91 · RENDEZ-VOUS DES SOUVERAINS A TEPLIT · texte numérisé non relu

RENDEZ-VOUS DES SOUVERAINS A TEPLIT

de sa part que ce qui est juste et raisonnable, et ce que, par conséquent, il doit vouloir lui-même.

20 juillet.

1550. L'Empereur Nicolas est arrivé hier, entre six et sept heures du soir, deux heures plus tôt qu'on ne l'attendait, ce qui fait que l'Archiduc et l'Archiduchesse *, en rentrant de la promenade, ont trouvé l'Empereur établi chez eux en grand uniforme depuis plus d'une demi-heure. L'Archiduc est allé immédiatement lui rendre visite; ils ont passé une heure ensemble et se sont quittés très-contents l'un de l'autre. Le premier mot de l'Empereur a été de m'exprimer son profond chagrin de ne pas vous voir, et il faut bien que cela soit vrai, carOrloIf et l'Impératrice m'ont confirmé son grand désappointement. Je trouve l'Impératrice dans un état pitoyable. J'ai bien peur qu'elle n'ait une maladie de poitrine. Je n'ai guère vu un changement comme le sien. Elle a vieilli de dix ans et se tient toute courbée. Elle fait, au reste, tout ce qu'il faut pour se tuer; on n'a pas idée d'un mouvement pareil à celui qu'elle se donne. Tout ce qui l'entoure s'en plaint, mais il n'y a pas moyen de l'arrêter.

L'Impératrice partira demain. L'Empereur l'accompagnera jusqu'à la première poste. II sera de retour ici entre onze heures et midi. L'Archiduchesse partira demain pour Pillnitz. L'Archiduc restera ici. Aujourd'hui, il donne aux Monarques un grand dîner au château.

-P. S. — Je sors de ce dîner, et il a fort bien réussi. Tout le monde s'est retrouvé aux anciennes places. Celles-ci sont restées les mêmes, à trois années de date.

21 juillet

1551 L'Impératrice nous a quittés ce matin. La

journée d'hier a été tuante à force de mouvement. Il y a eu un concert au théâtre, où Bériot a joué, et où sa belle-sœur

* L'Arcliiduc François Charles et l'Archiduchesse Sophie, qui étaient venus à Teplitz pour saluer l'Empereur INicolas. (Note de l'Éditeur.)

Garcia a chanté. Au milieu du concert, le Roi s'est levé pour se rendre à la Réunion. La danse a duré jusqu'à neuf heures, et j'ai pu aller me reposer dans le salon de la princesse Clary. Il y avait là Orloff, Marmont, de La Ferronays, Humboldt, Maltzahn, Tatistscheff, en un mot, le salon du Rennweg. Nous avons causé jusqu'à minuit , et tout le monde est allé se coucher. Yoici la grande aventure de la journée. li'Jmpératrice avait un chien, ou une chienne, peu importe, que l'une de ses femmes est allée promener hier matin au jardin Clary. Je ne sais quelle fantaisie a pris à la béte, mais elle s'est enfuie. Tout le public s'est mis à courir après elle pour la rattraper; trois cents voix ont crié à la fois : « At^rétez, arrêtez! « ce qui, comme de juste, a fait un effet contraire sur la béte. Un grand et immense effort de Charles Liechtenstein a mis fin à la course. Il s'est élancé sur le fuyard, et, faute d'un collet, il l'a arrêté par la queue. D'innombrables applaudissements ont accueilli ce grand succès, et le chien n'est pas perdu! Vous voyez que le congrès de Teplitz fait de bien grandes affaires. Le diable n'y perd rien cependant, et j'espère réussir sans me mettre à courir un seul instant.

22 juillet.

1552. Je suis aujourd'hui dans les grandes affaires. J'ai commencé ma journée par deux heures de conversation avec Werther; de là j'ai passé à une conférence de deux heures avec le Roi de Prusse, que j'ai quitté pour une autre conférence de près de trois heures avec l'Empereur Nicolas, et enfin j'ai terminé par un entretien avec Nesselrode. De tout cela il ressort que les deux ^lonarques et moi nous sommes entièrement d'accord, ce qui fait que les deux ministres ne comptent que pour mémoire. Tout dans les attitudes est clair; tout en elles est uniforme dans les principes, et là où des différences se présentent, elles reposent sur un manque de savoir-faire qui n'est pas de notre côté.

Demain je passerai par les mêmes épreuves, et je me mettrai en voiture le soir pour aller droit à Kœnigswart, où j'espère arriver le 24, entre une et deux heures de l'après-midi.

IlENDEZ-VOUS DES SOUVERAINS A TEPLITZ (1838). 297

La princesse d'Orange est arrivée ici hier.

Voilà Nesselrode qui entre dans ma chambre, et me force à vous quitter pour ne pas manquer la poste. Voilà donc une lettre bien sèche, mais il faut que vous vous en preniez à la diplomatie.

23 juillet.

1555. Voilà ma dernière lettre d'ici. Je quitterai Teplitz cette nuit pour me rendre à Kœnigswart. Ma journée s'est passée à déployer à la fois ce que Dieu a daigné me départir de patience et de fermeté.

Je me suis levé à sept heures; j'ai fait ma toilette et j'ai déjeuné.

A huit heures, entretien avec M. de Werther jusqu'à dix. De dix à onze heures et demie, entretien avec le directeur du Cabinet du Roi de Prusse,

De onze heures et demie à midi, audience de la princesse d Orange.

De midi à une heure et demie, conférence avec Werther et Nesselrode.

De une heure et demie à deux heures et demie, entretien avec l'Empereur Nicolas. A deux heures et demie, dîner chez l'Archiduc.

Je sors du dîner et je vous écris. Voilà le bon moment; mais il faut que je me hâte, car j'attends l'arrivée d'Orloff et de Nesselrode.

A sept heures, je suis commandé de nouveau chez l'Empereur. Cet entretien durera jusqu'à la Réunion à huit heures et demie, car ici tout est à la minute. A dix heures, je monterai en voiture.

Je pense, ma bonne amie, que vous ne m'envierez pas cette longue journée.

Après cela, je ne saurais assez me louer de mes relations avec l'Empereur et avec le Roi. Ce qui me fait plaisir, c'est qu'elles sont fort utiles.

La galerie de tableaux, où a eu lieu mon rendez-vous avec le Roi, est une chambre très-laide que le prince de Wittgen-

stein habite, et dont il a tapissé les murs avec de pitoyables croûtes représentant des scènes assez peu édifiantes.

Ces tableaux sont de prétendus chefs-d'œuvre, dont le vieux duc de Weimar a gratifié, il y a une trentaine d'années, leur possesseur actuel. Eh bien, c'est au pied de ces monuments que se passent mes conférences théologiques avec le Roi de Prusse, Ihonime personnellement le plus vertueux du monde.

Vous ne pouvez vous figurer le changement qui s'est opéré dans les idées de jMaltzahn sur l'affaire de Cologne. Vous savez combien il était chaud défenseur du bon droit de sa Cour; maintenant, c'est moi qui dois l'arrêter pour ne point lui laisser faire ou dire des imprudences dans une direction contraire !

Kœnigswart, le 25 juillet.

1554. Le monument de l'Empereur François est terminé, aux deux lions du bas-relief près, qui arriveront incessamment de Maria-Zell. Il est très-beau avec son aigle doré, que j'ai vu briller de fort loin, dans la plaine d'Eger, éclairé par le soleil couchant. Les inscriptions sont fort belles. Je les ai fait rédiger à Brescia par Labus, qui est le premier épigraphiste de notre temps. Elles donnent au monument son vrai caractère, celui de la piété filiale que j'ai toujours éprouvée pour le grand Monarque auquel il est dédié*.

* Ces inscriptions sont ainsi conçues :

Iinp . Francisco. I | Plo . Felici . Aucjiisto | Qiiod | Maximis . Teinporib. | Conttaiitia . Invicta [ Sapientia . Pari | Imperium \ Bexit . Servavit , Et . Auxit. j CleTnenx . Venceslaus [ Lottarius | A. Metternich . Vinneburfj | Priiiceps I Ab . Actis . Domus . Aulae | Imper iiq . Auslriaci | Strenuas . Virtutes . Eju<! I Per . Annos . XXV \ Admiratus . Revcrilus \ Obsequii . Caritatis | Gratiff . Animi , Caussa | Ded.icavit |

JUSTITIA I REGNORUM | Fr>DAME>TrM.

Jmp . Ferdinandus . I | Francisai . Auq . Filius | Augustus \ Religioncm . Pietatem \ Justiciam \ Devoto . Aiiimo \ Recolens \ Parentia . Optimi \ Benignissimi \ Incomparabilis \ Ad . Memoriam \ Observantiae \ Erga . Eum . Perpetuae | Studiiq . Sui \ Posteris ( Propagandam \ Lapidem . Auspicalem I Monumenti \ Laelus . Libens . Po^uit | Pridie . Idus . Seplcmbris ( An. M. DCCCXXXV. 1

REGNA I TCERI

J'irai dîner demain chez le prince royal de Prusse, à Marienbad. Il vient à tout moment à Kœnigswart, qu'il trouve tout à fait de son goût. Le chapelain prétend que lorsqu'il a été pour la première fois à la chapelle, il lui a dit : « C'est le plus beau temple que j'aie jamais vu. »

En tout état de cause, tout est bien ici, c'est-à-dire, dans un lieu où tout était remarquablement mal. Cependant, rien ne me fait plaisir sans vous.

J'ai eu à dîner aujourd'hui Uechtritz, auquel les eaux de Marienbad font grand bien, de ce bien que fait à une outre trop pleine le fait d'être vidée.

J'attends Lamb pour demain ; j'ai beaucoup et tant de bonnes choses à lui apprendre !

26 juillet.

1555. Je rentre du dîner chez le prince royal de Prusse à Marienbad, que j'ai parcouru ensuite. Cet endroit gagne tous les ans, et les maisons y poussent comme des champignons.

Le prince royal viendra dîner chez moi demain. J'aurai ainsi une vingtaine de convives.

J'ai eu avec lui un entretien de deux heures que nous reprendrons demain. Quand on coule à fond la Prusse, on y voit des contradictions flagrantes entre ce que veulent les uns et ce que font les autres. Je vous conterai à l'appui de ce fait une foule d'anecdotes qui touchent à l'incroyable.

LES DIFFERENDS ECCLÉSI.4ST IQUES EN PRUSSE.

1336. Metternich à l'Empereur Ferdinand (Rapport). Vienne, le 11 mai 1838. — 1337. Metternich à Trauttmansdorff , à Berlin (E. D.). Vienne, le 22 novembre 1838.

1556. Les démêlés du Gouvernement royal de Prusse avec l'Eglise catholique sont certainement un des phénomènes les plus fâcheux qui caractérisent notre époque si agitée sur le

terrain des questions morales. Leur influence sur des Etats étrangers où il y a également des populations mixtes appelées à vivre ensemble, est inévitable, et par conséquent le mal atteint aussi la Monarchie autrichienne.

Les considérations qui pour l'Autriche priment toutes les autres sont les suivantes :

1° Sous le rapport de ses formes législatives, la Monarchie est loin d'être organisée de même partout. La Hongrie et la Transylvanie sont placées sur un autre terrain législatif que les autres parties de l'Empire.

2° Dans la sphère politique, l'Autriche occupe le premier rang parmi les puissances catholiques ; c'est un rang qui appartenait autrefois à la France, et que cette puissance a su exploiter très-habilement au profit de ses projets politiques.

Si, malgré les changements notables que la prétention des Souverains français d'être les protecteurs de l'Eglise a subis à l'époque de la République athée et de la Révolution de Juillet, qui penchait plutôt vers l'indifférence en matière religieuse, cette prétention elle-même n'a jamais entièrement disparu, il est certain qu'elle se renouvellera toujours, comme nous la voyons se reproduire en ce moment. Ce n'est qu'à notre action diplomatique que nous devons, et je ne craindrais pas d'afHrmer que le monde doit de n'avoir constaté jusqu'à présent aucune intervention du Roi des Français dans le litige du jour, et d'avoir évité ainsi que ce problème, si difficile de sa nature, devînt absolument insoluble.

Une autre face de la question, face non moins importante sous plus d'un rapport direct, c'est celle que présente la situation religieuse de l'Autriche sur le terrain de la Confédération germanique. Sur ce terrain, la Prusse s'est posée en soutien du protestantisme : en se proclamant le centrum iimonis de la confession d'Augsbourg et de la confession helvétique, le Souverain de la Prusse a rattaché le lien religieux qui unit les Eglises protestantes au lien commercial qui unit entre eux les États de la Confédération; en exploitant la fusion méthodique de ces éléments, en la faisant triompher, la Prusse s'assurera nécessairement dans la Confédération germanique

une suprématie en face de laquelle l'Autriche ne pourrait plus guère maintenir la situation à laquelle elle a droit de pre'tendre.

3° Depuis l'époque de l'Empereur Joseph II, il existe des démêlés avec la Cour de Rome, démêlés qui compliquent les rapports réciproques des deux pouvoirs, et cela non-seulonent en ce qui touche les relations directes de la Cour impériale avec le chef de l'Eglise, mais encore en ce qui concerne l'opinion publique en Allemagne, en Suisse et dans d'autres pays de race germanique.

Cependant, même si l'on fait abstraction de cette situation, dont il faut certainement (enir grand compte, on voit que chaque jour des faits nouveaux montrent combien il est nécessaire que l'administration prenne en sérieuse considération les besoins du jour, afin d'empêcher que les difficultés qui s'élèvent déjà dans les cas de mariages mixtes ne dégénèrent dans la suite en graves complications entre le Gouvernement et les sujets et entre les grands pouvoirs publics.

Pénétré de la justesse de ces considérations et convaincu qu'on ne peut prévenir des maux futurs qu'en suivant une marche sage et prudente dans le présent, je crois pouvoir proposer, dans l'intérêt du but à atteindre, \a formation d'un comité qui aurait pour mission de faire une enquête sur la situation et d'examiner les moyens à proposer pour empêcher les maux qui sont à craindre. Si Votre Majesté trouve qu'il soit dans l'intérêt de son service de me charger de la haute direction de cette affaire, je lui proposerai de nommer comme membres du comité les personnes dont les noms suivent, et de daigner m'adresser une lettre de sa main.

Je propose comme assesseurs : le conseiller d'Etat et de conférence, prévôt Jiistel ; l'aumônier du palais, abbé Plœtz; le directeur de l'Académie orientale, abbé Rauscher (qui serait en même temps chargé de la rédaction des protocoles) *.

* Conformément à une ordonnance de l'Empereur, datée du même jour, le comité proposé fut institué, sous la présidence du clianceiier d'Etat.

[Note de r Éditeur.)

Metternich à Trauttmansdorff , à Berlin. (E. D.). Vienne, 22 novembre 1838.

1337. Je pars du fait pur et simple qu'il y a une Eglise et un Etat, parce qu'il faut qu'il y ait l'un et l'autre. C'est ce qu'on a vu, en effet, à toutes les époques et sous toutes les formes politiques, et c'est ce qu'on verra toujours ; cette vérité n'est pas même démentie par le résultat des schismes religieux qui se sont produits depuis le seizième siècle. En effet, dans les États non catholiques, la puissance spirituelle et la puissance temporelle sont réunies (et encore ne le sont-elles que sous certaines réserves) dans la personne du chef de l'État; or, il n'y a que des choses existantes qui puissent se réunir.

On se plaît à croire dans l'Allemagne protestante que le chef du catholicisme poursuit le dessein de restreindre à tous les égards les droits des Souverains et même de se les approprier ; moi, de mon côté, j'admets tovit aussi facilement qu'à Rome on est disposé à croire que le Roi cherche à s'emparer à son profit exclusif des immunités ecclésiastiques et des droits de l'Église catholique. En me plaçant, sans aucune passion, à ce point de vue, j'ai l'intime conviction que je ne cours pas le danger de me tromper en disant que les opinions préconçues des deux partis, qui cherchent à s'appuyer, l'un sur l'histoire du moyen âge , l'autre sur l'histoire contemporaine, reposent sur une erreur de fait.

11 suffit de considérer la nature des choses pour reconnaître quelle puissante et fâcheuse influence une pareille erreur doit exercer sur la situation, et quel obstacle elle doit être à toute entente des partis entre eux. Pénétré de cette vérité, je m'efforce, en toute circonstance, de combattre ce que j'appelle des préjugés, et je suis d'autant plus autorisé à le faire que la dernière entrevue de Tepiitz m'a complètement édifié sur les idées et les sentiments de Sa Majesté le Roi lui-même. Ces préjugés n'auraient à mes yeux la valeur de la vérité que si le Roi et le Pape lui-même me disaient : « Tu te trompes ; je veux Jairc ce dont tu ne me crois pas capable. » Cependant, le jour où l'un ou l'autre, ou bien tous les deux à

la fois, me feraient cette déclaration, je leur répondrais : «Si vous prétendez que je me trompe, je vous dirai, par contre, que vous êtes dans une voie fausse, et que vous n'arriverez jamais à votre but, car il est contraire à la nature de la société. »

Si l'on me demande conseil sur ce qu'il faut faire pour arrêter le mal , je ne puis , en mon âme et conscience , indiquer que le remède suivant : qu'on déblaye le terrain en séparant l'erreur de la vérité. Pour y arriver, qu'on se demande, sans parti pris , ce qui fait partie du dogme catholique et de la discipline ecclésiastique qui en est inséparable, et qu'on proclame franchement, vis-à-vis de soi-même comme vis-à-vis des autres, le résultat de cet examen. Non-seulement cette recherche n'est pas impossible, mais elle n'est même pas difficile pour des esprits non prévenus. Je prends ici pour exemple la question des mariages mixtes, par conséquent une des questions les plus discutées de notre temps. Pour le législateur séculier, le mot mariage — le mariage, cette base de la société civile, en ce qu'il comprend la famille, cette première condition de l'existence de l'Etat — a la plus haute valeur; l'adjectif mixte soulève une question ecclésiastique. Il doit importer au législateur séculier que des mariages (non mixtes aussi bien que mixtes) puissent être conclus, et que les mariages conclus soient valables pour l'Eglise et pour la société. Sous quelles formes ecclésiastiques cela peut- il se faire? C'est une question qui ne le touche qu'indirectement. S il s'immisce dans les questions qui sont du domaine de la conscience, il empiète sur un terrain qui n'est pas le sien, et comme une pareille entreprise ne saurait jamais être bonne, elle ne peut pas l'être non plus dans ce cas particulier.

Grâce au bref du Pape Pie VIII * , l'Etat prussien a obtenu tout ce qu'on peut obtenir relativement aux droits et aux devoirs de l'Église catholique en matière de mariages mixtes ;

* Le bref du Pape Pie VIII, daté du 25 mars 1830, contenait la clause suivante : » Dans les mariages entre catholicjues et protestants, Iors(|u'on ne peut obtenir la promesse que tous les enfants seront élevés dans la reiifjion catliolique, le prêtre catholique doit borner exclusivement à l'assistance passive sa participation à l'acte du mariage. » (^Note de l' Éditeur.)

vouloir au delà de ce qui est possible, c'est courir à un échec certain. Aussi plusieurs décrets rovaux publiés depuis l'arrestation de l'archevêque Droste ont-ils prouvé que la sagesse du Roi a su reconnaître cette vérité.

Relativement aux leltres reversâtes, il v a aussi, d'après ma conviction, une confusion d'idées. Les lois civiles n'ont rien à démêler avec ce qui est du domaine de la conscience ; par conséquent, les lois de cette espèce ne doivent pas empiéter sur ce terrain, car l'entreprise ne saurait réussir. On ne peut pourvoir à l'origine à ce qui naîtra du point de départ. Tout ce que peuvent les pouvoirs séculiers, c'est d'attendre les événements. Si l'on applique cette vérité pratique à la question des promesses entre fiancés au sujet de l'éducation religieuse des enfants à naître du mariage , la puissance effective de la législation séculière, à moins de vouloir s'éloigner du terrain sur lequel elle est à même d'assurer l'exécution de ses lois, ne peut faire autre chose que d'ordonner aux tribunaux de ne pas accueillir une plainte motivée par des promesses non tenues et de refuser ainsi leur assistance pour en obtenir l'accomplissement. D'autre part, il y a un abîme entre une décision de ce genre , décision dont je ne veux pas discuter ici la légalité ou l'illégalité, et la défense faite aux ministres du culte d'exiger des promesses des fiancés. Cette défense n'a aucune utilité pratique, car la question elle-même rentre dans la sphère purement ecclésiastique de la bénédiction des mariages ; or, c'est un empiétement sur les droits dogmatiques de l'Eglise que d'ordonner cettebénédiction. S'il était complètement interdit de conclure des mariages mixtes, je comprendrais la rigueur de la législation civile dans un Etat ayant, comme la Prusse, des sujets appartenant à tant de confessions différentes ; mais c'est précisément en Prusse qu'une mesure aussi extrême est impossible, parce que ce n'est pas seulement la loi séculière qui reconnaît comme valable le mariage mixte conclu dans une église protestante (extension de la facilité à conclure des mariages de ce genre, que ne présente pas la loi autrichienne), mais parce que le bref de Pie VIII admet aussi la validité religieuse de ces unions. Aussi ne puis-je comprendre sur quoi peut porter

SOCIÉTÉ DE NAVIGATION DU LLOYD AUTRICHIEN (l838). 305

la discussion engagée entre les deux pouvoirs au sujet des mariages mixtes ; car la défense elle-même adressée aux ministres du culte catholique d'exiger des lettres reversales n'aboutitelle pas en définitive, comme je l'ai dit, à l'assistance passive?

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