RBFORMES D'ABD UL-MEDJID EN TURQUIE
semblables, car de la part de ceux qui les lui feront, elles ne seront en réalité qu'un leurre. Pour que le véritable crédit puisse tourner au profit d vin Etat, il faut avant tout que les seules bases sur lesquelles il puisse reposer soient assurées, et elles ne peuvent l'être qu'au moyen de recettes certaines et d'une dépense réglée d'après les ressoui^ces que fournissent les recettes, et qui doivent suffire à couvrir les besoins du service public. Tout ce qui précède un ordre de choses pareil n'est que de la spéculation aventureuse, et ruine les Etats. Le mal le plus sensible dont souffre l'Empire ottoman sur le terrain de l'administration, c'est sans aucun doute la dépréciation de la monnaie. Aucun Etat ne peut se délivrer de ce mal, qui arrête la sève de la vie publique, que par des mesures qui toujours sont difficiles à prendre, parce qu'elles doivent être générales et incisives, et qu'elles portent un coup funeste à toutes les fortunes particulières. Quelles seront donc les mesures que, dans une question aussi importante, devra prendre le Divan? Ce n'est certes pas moi qui pourrais me permettre d'énoncer une opinion sur un sujet aussi grave, et il me paraîtrait impossible qu'un financier digne de ce nom, fût-il doué des connaissances les plus étendues qu'exige une question d'une aussi haute importance, pût être assez complètement informé de la véritable situation des choses dans l'Empire ottoman et des ressources qu'il possède, pour hasarder de se charger d'un travail à cet égard qui pourrait avoir la valeur d'un plan à proposer. La Porte possède, j'en ai la conviction intime, des ressources qu'elle-même ne peut estimer à leur juste valeur, et dont beaucoup doivent même lui être entièrement inconnues. Le sol de l'Empire est fertile, le climat favorable à presque tous les genres de culture ; le peuple y est bon, et il deviendra industrieux le jour où la propriété sera assurée. Les véritables ressources financières du pays n'ont encore jamais été exploitées, le sol ne rend pas ce qu'il devrait rendre, et les mines renferment des trésors. Je puis me former une opinion sur la valeur de ces trésors enfouis sous terre, par suite des renseignements que m'ont fournis à cet égard des hommes de l'art que nous avons mis, il y a quelques années, à la disposition du
Gouvernement ottoman. Il nest donc pas douteux qu'il existe dansl'Empire de grandes ressources; mais entre leur existence et le moyen de les exploiter, il y a bien loin encore, et ce n'est pas dans un court espace de temps qu'il serait possible de les utiliser et d'en tirer un véritable profit.
En vous autorisant, .Monsieur le baron, à donner connaissance de la présente dépêche à Reschid-Pacha, je prie ce ministre de tirer de son contenu les deux conclusions suivantes : L'une est que, plus je suis pénétré de la conviction que l'Empire ottoman a besoin de nombreuses réformes dans les principaux rouages de son administration intérieure, moins je pourrais me permettre de sortir de la sphère des principes généraux qui sont de nature à pouvoir servir de base à ce qu'il . est nécessaire de régler dans un grand Etat. Si je me permettais d'aller au delà, je m'exposerais à commettre plus d'une faute, car si les mêmes principes conviennent à tous les pays, il n'en saurait être de même de leur application, qui admet des modifications à l'infini. La meilleure constitution est celle qui convient à un pays, — a dit un sage législateur; il aurait pu ajouter que les meilleures institutions, comme les meilleures mesures gouvernementales, sont celles qui répondent aux mœurs et aux besoins moraux et matériels du pays auquel elles doivent être appliquées. En suivant cette pensée, qui est toute pratique, il devient évident qu'il ne suffit pas qu'on trouve telle loi ou telle mesure gouvernementale utile dans un pays pourcju'elle doive être également applicable à un autre, et ce n'est pas un ministre doué des lumières que possède Reschid-Pacha, et qui a été à même de connaître les principaux Etats de l'Europe, qui pourrait ne pas comprendre les explications dans lesquelles je viens d'entrer avec vous sur une matière aussi importante, et dont vous êtes chargé de lui faire part. Je puis citer, au reste, à l'appui des vérités que je viens de vous exposer, l'exemple de notre propre Empire et les conséquences heureuses qu'a eues pour le bien-être de l'Autriche la sagesse consommée de son dernier Monarque. C'est grâce au soin qu'a mis feu l'Empereur François à respecter les différentes nationalités dans la ^lonarchie, à consulter en toute occasion les