‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 5 sur 91 · LE CHANGEMENT DE RÈGNE EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

LE CHANGEMENT DE RÈGNE EN AUTRICHE

j'ai vidé devant lui mon sac. Il vous dira plus en un quart d'heure que je ne pourrais vous en dire dans un temps dix fois plus \ox\^. J'ai onze porteurs de lettres à expédier, qui tous partent à la fois, et dont le prince Adolphe de Schwarzenherg fait partie. Ce qu'il vous dira de ses propres impressions sera juste. Là où tout le monde sent et voit la même chose, les instructions deviennent inutiles.

Metteruich à Ficquelmont , à Saint-Pétersliouig (Lettre confidentielle). Vienne, le 2 avril J835.

1191. Le récit que vous m'avez fait de l'impression produite sur l'Empereur Nicolas par le décès de l'Empereur François a toute la valeur d'un panégyrique du défunt Monarque et d'un dithyrambe sur le vivant. L'Empereur François ne peut être loué plus dignement que par l'ami auguste qui a su le coniprendre, et qui dès lors a di^i apprécier ses éminentes qualités. Si l'Empereur Nicolas a conservé de ses entretiens de Mtinchengraetz un souvenir à la fois vif et doux, notre auguste Maître est mort plein du souvenir de celte même époque. . .

Ici les choses vont comme si rien n'était arrivé. Cette uniformité de marche irait jusqu'à blesser mon cœur, si je n'avais la ressource de regarder celui que je pleurerai le restant de ma vie comme la cause principale du phénomène. Ce pays-ci sert aujourd'hui d'une haute démonstration de ce que vaut l'ordr<' , et l'exemple qu'il donne à l'Europe ne sera pas perdu pour la borme cause !

Voici un calcul qu'à cet effet je vous prie de suivre avec moi. Ouvrons un compte courant et mettons en tête du devoir la perte de l'Empereur François, que j'évalue à cent, ou, ce qui équivaut, à un capital tout entier. Passons maintenant à Vavoir. A combien évaluez-vous le fait suivant : Le règne d'un Monarque est analogue à la vie des hommes; or, les hommes ne vivent pas des intérêts du capital de la vie , mais du capital lui-même. Chaque jour en diminue une partie , et le jour de la mort est celui de la l)anqueroute. Les longs règnes , comme les longues vies, n'ont do pénible que la persistance de

f> RECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).

I idée de la fin. Les bons ont peur et en deviennent plus faibles; les méchants espèrent et se renforcent. Ce sentiment n'existe pas au commencement d'un règne.

A combien évaluez-vous l'impression que doit produire le passage d'un règne à un autre , qui s'effectue ainsi que s'est effectué celui dont nous avons eu le malheur d'être témoins? A quel taux mettez-vous tant d'espérances criminelles ou absurdes déçues, les craintes prouvées fausses, la confiance clairement justifiée? Je vous abandonne les chiffres, mais ils présentent un avoir immense !

L'art a consisté, mon cher Comte, à ne point être pris au dépourvu , à ne pas perdre la tête dans le moment de la catastrophe, à faire la part du sentiment et à ne point laisser empiéter celui-ci sur le domaine de l'esprit. Dieu, le sentiment de mes devoirs, et la force que j'ai puisée dans la volonté si connue de celui pour lequel j'eusse cent fois donné ma vie, me sont venus en aide. J'ai beaucoup fait et j'ai bien fait; je ne demande plus rien aux hommes! Ce qui, par contre, est certain, c'est qu'un seul homme ne peut pas tout faire ; qu'il lui faut l'aide d autres hommes, et que la réussite de toute entreprise est subordonnée à des causes placées en dehors d une seule individualité. Or, eu égard à cette condition de tout succès, je ne saurais assez féliciter un pays de posséder des esprits faits comme le sont ceux qui animent la haute région des affaires dans notre patrie, d'être riche d'une famille souveraine comme l'est la nôtre, et d'être dépourvu de toute espèce d'intrigants de bas étage.

Quant à l'avenir, arrêtez-vous au fait qu'il est bien plus facile de maintenir dans les bonnes voies ce qui y est placé, qu'il ne l'est d y faire rentrer ce qui ne s'y trouve plus. La direction tout entière de l'esprit du nouveau Monarque est, de son côté, propice à l'entreprise. Cette direction est /o?//e</ro//e; j'admets que l'Empereur Ferdinand ait besoin d'être guidé, mais je n'admets pas qu'il soit facile de le faire sortir de la voie toute tracée à ses yeux.

EXTRAITS T>V JOURNAL DE F, A PRINCESSE MELANIE. DÉTAILS BIOGRAPHIQVES

1192. Vienne (du 20 mars au 26 mal 1835). — 1193. Séjour à la campaj^nc, à Schœnbiunn (du 5 juin au 30 septembre 1835). — 1194. Retour à la ville (du lei" octobre au 31 décembre 1835).

1192. Départ du prince Guillaume de Prusse. — Lettre du prince à Marie- Louise. — Pompe funrbre. — Le duc de Nassau. — L'Empereur Nicolas.

— Service funèbre. — Cavafanf[o. — L'Archiduc François. — Antiphonaire.

— Gravures anglaises. — Mort de l'Arcliiduc Antoine. — Conversation avec l'Impératrice mère. — Mort du duc de Leuclitenbsrg et de Guillaume de Humboldt. — Madame de Gœtbe, madame Jameson, M. de Chabot. — Mission de M. de Chabot. — Crise ministérielle en Angleterre. — Entrevue à Teplitz. — Dîner chez l'Empereur. — La piincesse de Ilohenlohe. — L'Impératrice régnante. — Appréhensions au sujet de l'avenir de la Franco. — Sir Charles Bagot. — Balzac.

Vienne, le 20 mars.

1 192. Le prince Guillaume a ëlé très-affectueux en prenant congé de nous; il part demain de très-bonne heure. Il est profondément ému de tout ce qu'il a vu dans ces jours de deuil.

21 mars.

Clément m'a donné à copier une lettre touchante qu'il a adressée à Marie-Louise; les expressions dont il se sert sont navrantes et rendent fidèlement ce qu'il éprouve.

Les appartements du palais présentent un triste aspect : les salles sont tendues de noir, le trône et les meubles sont noirs. Mais rien ne saurait être assez sombre pour donner l'idée du deuil qui règne dans nos cœurs, et qui ne peut que grandir tous les jours.

25 mars.

Le duc de Nassau s'est admirablement conduit à l'occasion de la mort de notre Empereur bien-aimé. Il a ordonné un

8 RECUEIL DE DOCUMENTS (l835-lS/i8).

deuil de quatre mois, en faisant remarquer que le dernier Empereur romain méritait bien un tel hommage. Il a prescrit de porter le deuil de la Confédération, comme on Fa fait autrefois pour les Empereurs d'Allemagne; puis il est accouru luimême à Vienne pour saluer notre nouvel Empereur et pour pleurer avec lui l'Empereur François.

Un courrier de Saint-Pétersbourg annonce pour aujourd'hui l'arrivée du comte Orloff en qualité d'ambassadeur extraordinaire. Le trisle événement a fait sur l'Empereur Nicolas l'impression à laquelle nous nous attendions : il pleure celui qui n'est plus comme un vrai frère et comme un tendre ami ; il a fait prendre le deuil au régiment de l'Empereur, qui portera toujours le nom de ce Prince, et il persiste à vouloir rendre visite à l'Empereur Ferdinand, afin de prouver à l'Europe qu'il sera pour le fils ce qu'il a été pour le père. On ne saurait mieux se conduire dans un moment aussi triste que celui-ci.

26 mars.

J'ai reçu la visite de Tatistscheff et d Orloff; ce dernier prend une vive part à notre malheur, et il donne à ses sentiments une expression qui fait honneur à son cœur et à celui du Czar son maître.

28 mais.

Des dix heures du matin j'ai été chez les Minorités, où l'on célébrait un service funèbre pour l'Empereur. Le nonce et trois évêques officiaient ; le corps diplomatique et de nombreux invités assistaient à cette triste cérémonie. L'auditeur du nonce, M. Bruschi, a prononcé , en italien , une oraison funèbre qui , autant que j'ai pu la comprendre, m'a paru trop faible, trop politique, trop peu touchante , je serais presque tentée de dire trop peu catholique, si je ne craignais d'irriter le nonce contre moi en la qualifiant ainsi.

J'ai accompagné Clémentà la maison deplaisaiicednPrater, pour aller voir une machine à curer le litdes rivières, qu'Etienne Széchényi a rapportée d'Angleterre. On la nomme Cavafango;

JOTIRNAL DE LA PRINCESSE MÉLAÎNIE (1835). 9

elle est construite d'une manière fort injjénieuse. Nous avons trouvé là toute la Cour, du moins tous les Archiducs. L'Archiduc François est venu vers moi, et à ce moment mes yeux se sont remplis de larmes; car, dès que je vois quelqu'un qui tenait de près à l'Empereur, j'éprx)uve un sentiment pareil à celui que ferait naître en moi une perte toute personnelle. L'Archiduc me dit qu'il avait toujours admiré mon mari , mais que maintenant il éprouvait, lui ainsi que toute la Cour, le plus profond attachement pour lui, et que ce sentiment durerait toujours. Je lui ré[)ondis que Clément avait trouvé un si ferme appui dans toute la famille impériale , que l'union et l'affection qui régnent chez tous ses membres avaient donné un si bel exemple et avaient été pour lui un si puissant motif d'encouragement, que sa tâche lui avait paru facile, et que l'admiration qu'il en ressentait continuait à rester tout entière. «Mon Dieu, répliqua l'Archiduc, nous ne faisons que remplir la promesse que nous avons faite à mon bon père qui n'est plus; cette jn'omesse, nous la tiendrons fidèlement, et sa mémoire vivra éternellement dans notre cœur. » J'avoue que ces paroles m'ont profondément émue.

30 mars.

Après le dîner, mon mari s'est longuement entretenu de l'Empereur Ferdinand avec les messieurs et les dames que nous avions invités. Je suis heureuse chaque fois qu'il se présente des occasions pareilles, parce que les femmes donnent trop facilement carrière à leur imagination , et que , lorsqu'elles entendent parler Clément, elles sont finalement obligées de croire ce qu'il dit. Leurs suppositions sont parfois si absurdes, que cela lui fait du bien de les réduire au silence.

1" avril.

J'ai été avec Clément au jardin ; c'est là sa seule distraction et son seul plaisir. En passant, nous nous sommes informés de l'état de la santé de l'Archiduc Antoine. Clément est allé jusque

dans 1 antichambre , et il est revenu fort inquiet : la maladie avait pris une tournure très-alarmante , et les médecins craignaient une issue fatale.

Clément nous a montré deux magnifiques ouvrages qu'un libraire de Mayence a apportés ici. I/un est un antipbonaire orné de peintures de Lebrun , que Louis XIV avait donné aux chanoines réguliers de Sainte- Croix. Le libraire l'avait fait relier pour le couronnement de Charles X ; mais, comme il a été achevé trop tard, il est venu l'apporter à Vienne, dans l'espoir de pouvoir le vendre pour le couronnement du nouvel Empereur, L'autre ouvrage qu'il a apporté consiste en trois gravures , qui ont été faites en Angleterre à l'époque du couronnement de Georges IV. Notre Empereur possède la collection entière , moins ces trois pièces : elles représentent lord Anglesey, le duc de Wellington et le duc de Devonshire ; elles sont parfaites d'exécution , et Clément a trouvé le portrait de lord Wellington si frappant qu'il l'a fait copier par Daffînger.

2 avril.

L'Archiduc Antoine est mort à neuf heures et demie, regretté de tous les honnêtes gens et de pauvres sans nombre.

11 avait toute sa connaissance lorsqu'on lui donna l'extrême-onction; il demanda même qu'on le couvrît du manteau de l'ordre Teutonique, parce que les médecins ne lui permettaient pas de se lever. Après qu'il eut vu tous ses frères, et chargé Haugwitz de prier l'Empereur de prendre à cœur les intérêts de l'Ordre , l'agonie commença, La Cour regrettera bien cet Archiduc : il possédait les plus rares qualités ; il avait un caractère doux et paisible, un cœur d'enfant. Il n'avait pas eu, comme les autres, à lutter contre le chagrin et les soucis. Que Dieu lui accorde le repos éternel !

7 avril.

J'étais dans mon cabinet, occupée à écrire, et je me disposais à aller à la messe, lorsqu'on m'annonça que l'Impératrice mère me recevrait à une heure. J'avoue que cette nouvelle

me causa une vive émotion. Je tremblais en allant chez elle, et, pendant que je l'attendais dans son salon, je pleurai à chaudes larmes. Quand je la vis paraître, je fus effrayée de son aspect : elle est pâle et abattue. Elle me parla en termes touchants de notre Empereur adoré ; il n'est pas besoin de dire qu'an palais on ne peut parler que de lui. Elle me dit qu'elle avait cru mourir dans la nuit où on le porta de sa chambre dans la chapelle où il devait être exposé. Elle parle beaucoup des derniers moments de l'Empereur, de ses enfants, particulièrement du petit Archiduc François, que l'Empereur aimait beaucoup; enfin de l'Archiduc François -Charles , dont elle ne peut dire assez de bien et dont elle ne peut louer assez vivement le bon cœur. J'ai passé auprès de la bonne et excellente Impératrice deux heures entières, deux heures consolantes , car le courage qu'elle montre donne de la force.

14 avril.

Clément a reçu de Francfort la nouvelle de la mort du duc de Leuchtenberg, qui a été enlevé dans l'espace de trois jours par vnie esqviinancie. Il laisse une veuve de seize ans, doiïa Maria, avec laquelle il n'a été marié que trois mois. Cette nouvelle va causer un nouveau chagrin à l'Impératrice et à l'Archiduchesse Sophie. On annonce de Berlin que Guillaume de Humboldt est mort aussi; c'est une grande perte pour la science.

Nous avons eu une sorte de dîner de savants ; au nombre des convives étaient madame de Gœthe, belle-fille du poète, et madame Jameson , un bas bleu dans toute l'acception du mot; Edouard Lichnowsky, Sophie Zichy et Gerway formaient comme un juste milieu entre notre ignorance et le savoir de ces dames. Du reste, ces deux personnes, dont j'avais réellement peur, sont d'un commerce facile et agréable, et, dans la conversation, on est tout à fait à l'aise avec elles. Je leur ai montré le cabinet de mon mari, pour lequel toutes deux professent une grande admiration.

J'ai lu à Clément quelques papiers, puis j'ai passé une

agréable soirée avec M. deSainte-AuIaire, qui m'a présenté un M. de Chabot, envoyé ici pour une mission de courtoisie *. On dit qu'il est plus Anglais que Français, que depuis longtemps il vit éloigné de toutes les intrigues politiques, et qu'aujourd'hui il est encore ce qu'il a toujours été, un ami de la famille d'Orléans.

20 avril.

On sait depuis quelques jours que le ministère Peel -Wellington s'est retiré. Au premier moment, Clément et tous ceux qui voudraient envisager l'avenir avec un peu de confiance, en étaient au désespoir. Actuellement, les choses seml)lent prendre une meilleure tournure : le ministère whig n'arrive pas au pouvoir, et le Cabinet qui prend en main la direction des affaires ne pourra se maintenir que quelques jours. Aussi, quand Peel reviendra, il sera devenu tellement fort que rien ne pourra plus ébranler le gouvernement des torys , ce qui serait de la plus haute importance.

21 avril.

Reuss, le duc de Nassau, le général Langenau et Wallmoden ont dîné chez moi. Le prince de Nassau part cette nuit. Clément a paj'lé avec lui des résolutions qui viennent d'être prises; le congrès ou l'entrevue des Empereurs Ferchnand et Nicolas et du Roi de Prusse aura lieu en septembre, à Teplitz. Le duc compte y venir aussi. Clément en est enchanté, parce que ce projet lui permet d'entrevoir un séjour de quinze jours à Kœnigswart. Clément s'est oublié si longtemps dans une conversation intime avec M. de Rohan-Chabot, qu'à une heure et demie j'ai dû mettre fin à leur entretien.

22 avril.

Clément a dîné à une heure chez l'Empereur, qui avait voulu recevoir à sa table Tatistscheff et Orloff. Ce sont parti-

* Voir » Lettres à Apponyi », n" 1197. (Aote Je rÉiliteur.)

culièrement rArchiduchesse Sophie et l'Impe'ratrice qui ont fait les frais de la conversation ; la première surtout ne pouvait assez vanter Tatfitude de TEmpereur. Les Archiducs étaient également présents, ainsi que le lils aîné de F Archiduc Charles, le duc de Lucques et Kolowrat , que Clément met toujours sur la même ligne que lui-même.

23 avril.

J'ai pu de nouveau passer quelques heures de la matinée à travailler chez mes sœurs; ensuite j'ai eu un grand dîner en l'honneur des diplomates venus à Vienne pour comphmenter l'Empereur Ferdinand ; les plus marquants étaient Charles Bagot, M. de Chabot et le couple Hohenlohe. La princesse, qui est Russe de naissance, est aimable et jolie.

L'Impératrice régnante m'a fait venir chez elle à une heure. Elle m'a fait prendre place et m'a dit qu'elle était infiniment touchée de la conduite de mon mari à l'égard du nouvel Empereur.

3 mai.

Clément s'était enfermé avec M. de Chabot, qui part demain. Lorsqu'il eut quitté son cabinet, j'eus encore une longue conversation avec cet envoyé, à qui j'ai dit, avant son départ, plus d'une forte vérité. Il comprend nos inquiétudes au sujet de l'avenir de la France et les partage lui-même. Il plaint ses pauvres enfants, qui sont destinés à être témoins Dieu sait de quels tristes bouleversements ; quand on l'entend parler, on apprend à estimer eu lui un homme loyal et bien pensant. Il est très-aimable et d'excellente compagnie.

Nous avons eu un grand dîner diplomatique, auquel assistaient les ministres plénipotentiaires de la Belgique, de la

Suède et du Danemark , le prince de Schwarzburg et mon clier sir Charles Bagot, qui me plaît infiniment.

20 mai.

Ce matin , Clément a vu Balzac ; il a commencé la conversation en ces termes : « Monsieur, je n'ai lu aucun de vos ouvrages; mais je vous connais, et il estclair que vous êtes fou ou que vous vous égayez aux dépens des autres fous, et que vous voulez les guérir au moyen d'une folie encore plus grande. » Balzac répondit que Clément avait deviné que c'était là son but, et qu'il l'atteindrait. Clément a été enchanté de la manière dont il voit et juge les choses. Avant de me prononcer, j'attendrai de l'avoir vu.

25 mai.

Balzac m'a fait l'effet d'un homme simple et bon , abstraction faite de son costume, qui est fantastique. Il est petit et corpulent, mais ses yeux et sa physionomie annoncent beaucoup d'esprit. Il a un grand faible pour Louise Schœnburg, et je suis convaincue que l'esprit original et séduisant de cette dernière le captive au plus haut point , d'autant plus qu'elle flatte son amour-propre. Quant à moi, je n'ai pas fait vibrer en lui la moindre corde poétique, et je ne l'ai pas flatté un seul instant. Nous avons causé politique. Il se dit royaliste enragé ; moi , je me suis montrée tout à fait telle que je suis.

26 mai.

Le prince Gortschakoff m'a raconté pendant le dîner qu'hier Balzac semblait enchanté de moi , qu'il était sorti enthousiasmé de notre conversation, après avoir été tout à fait prévenu contre moi.

JOURNAL DE LA PRINCESSE ^lÉLANlE (1835). 15

Page 1