CHANGEMENT DE RÈGNE EN PC.USSE
teur d'une lettre du Roi Frédéric-Guillaume IV à l'Empereur. Vous recevrez ci-joint la réponse de Sa Majesté Impériale, que vous voudrez bien faire parvenir à sa haute destination.
L'Archiduc aura été, je n'en doute pas, auprès du Roi et de son auguste famille, le fidèle interprète des sentiments que le décès du Roi Frédéric-Guillaume III a soulevés dans Leurs Majestés et leur famille, sentiments qui sont partagés par toutes les classes de notre population. C'est dans des circonstances pareilles que les sentiments populaires se montrent sous leur jour véritable. Celui qu'exprime notre population est le sentiment d'un regret unanime. Le feu Roi était connu et aimé icitout ce que nos pays renferment d'hommes bien pensants et franchement dévoués aux grands intérêts sociaux, — et le nombre en est grand, — se reposait avec une entière confiance sur l'esprit sage de ce Monarque; les anciennes idées de rivalité entre la Prusse et l'Autriche sont effacées et ont fait place au sentiment d'une parfaite sécurité dans les relations entre les deux Etats, ainsi que d'une confiance entière dans les bienfaits qui se rattachent à l'intimité de leurs rapports. Nos peuples sont calmes et réfléchis ; non-seulement ils savent se rendre compte de ce qui est bien ou mal, mais ils ne se trompent pas sur les sources d'où découlent l'un et l'autre. L'époque plorieuse de la grande alliance européenne est encore présente aux esprits, et personne n'ignore la part qui, dans les succès qu'elle a obtenus, revient de droit à l'intimité des Monarques alors arbitres des destinées de l'Europe. En descendant dans la tombe, le dernier de ces Monarques semble avoir clos la plus grande époque de l'histoire moderne ; notre public le sent, et grand est l'effet qu'a dû produire l'événement.
D'un autre côté, on connaît ici les sentiments du nouveau Roi, ce qui a inspiré à tout le monde ici une confiance anticipée. M. le comte de Maltzahn n'aura point manqué de rendre compte à sa Cour de ces diverses impressions, et à cet é'^ard il n'a point couru le risque de tomber dans l'exagération.
Tout ce qui nous revient de Berlin justifie l'espérance que, pour ma part, j'avais fondée sur les hautes qualités d'esprit et de cœur du nouveau Roi. Sa piété filiale, sa bienveillance et
ses formes affables ont dû produire sur sa capitale, et devront produire sur son pays le premier bien duquel un Souverain doit être jaloux, celui de se placer au début de son règne sur un point de départ solide.
A^euillez, iNIonsiem^ le comte, porter la présente dépécbe à la connaissance de M. le baron de Werther; je désire même qu'elle parvienne à celle du Roi. Si je ne sais point flatter les Princes, jetions d'autant plus à les placer en face de la vérité, et je m'estime constamment heureux quand elle porte une couleur favorable.
Le Roi Frédéric-Guiliaiiine IV de Prusse à Metternich (Lettre). Sans-Souci, le 21 juin 1840.
159S. ]Mon très-cher prince, votre lettre, qui dit tant de choses dans sa concision antique, est un beau monument en rhonneur du Souverain tant aimé, tant respecté, dont nous pleurons la perte. Heureux qui peut, comme vous, réunir tant de cœur et tant de sang-froid ! C'est le moyen sûr d'avoir toujours raison et de ne jamais faire fausse route. Je ne sens que trop que cette heureuse alliance de deux qualités opposées me fait défaut, car je ne puis me remettre du coup qui nous a terrassés, et ma situation m'apparaît comme un songe dont il me tarde de me réveiller.
Prendre la place d'un Souverain tel qu'était le Roi défunt, c'est une tâche dont on peut à peine mesurer les difficultés à l'étranger.
Qu'elle est émouvante et grandiose, la manière dont la main de Dieu a conduit notre bien-aimé prédécesseur à travers la vie! Sa passion d'agir en vue du bien sans en avoir L'air, et, d'un autre côté, les destinées tristes ou glorieuses que Dieu lui a fait traverser, la constante humilité avec laquelle il lui a toujours rapporté à lui seul le bonheur et les malheurs qui ont marqué sa carrière, la gloire que le Ciel a répandue sur les années de son règne, tout cela, on le connaît au dehors comme à l'intérieur; dans les autres pays de l'Europe comme ici, on peut transmettre, gravés sur des tables de marbre, ces faits à