‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 55 sur 91 · LE TRAITE DE JUILLET ET I. ISOLEMENT DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LE TRAITE DE JUILLET ET I. ISOLEMENT DE LA FRANCE

1397. Metteriiicli à Apponyi, à Paris (E. D.). Kœnigswait, le 4 août i840. — 1398. Circulaire de Metternicli aux missions impériales en Allemagne et en Italie. Kœnigswart, le 27 aoiit 1840. — 1399. Metternich à Apponyi, à Paris (E. D.). Vienne, le 23 octobre 1840. — 1400. Courtes ob.servations de Metternich pour Sainte-Aulaire (Annexe du n° 1399). — 1401. Metternicb à Apponyi, à Paris (E. D.). Vienne, le 23 octobre 1840.

1597 Au mois de mai de l'année dernière, nous avons

conseillé au Sultan Mahmoud de ne point engajjer la lutte avec Méhémet-Ali. Le résultat de la bataille deNézib a prouvé que Mahmoud a eu tort de n'avoir point suivi notre conseil.

Le sort une lois jeté, et cela bien malgré nous, nous avons voué nos soins les plus actifs à amener entre les puissances chrétiennes une entente sur la base des principes qui servent de guide à nos vues politiques dans tout ce qui regarde l'Empire ottoman. Nous avons formulé ces principes, qui se résumaient dans la ferme détermination que nous avions prise de consacrer nos efforts au soutien du Trône ottoman sous la dynastie régnante, ainsi qu'à la conservation de I intégrité et de l'indépendance de l'Empire ottoman. Les quatre Cours auxquelles nous avons communiqué cette déclaration se sont non-seulement prononcées dans un sens identique, mais la Cour de France elle-même s'est tellement identifiée avec notre pensée, qu'elle l'a formulée à Londres, à Saint-Pétersbourg et à Berlin sous la forme d'une ])roposition lui appartenant en propre.

La conséquence naturelle de cette uniformité de vues entre les cinq grandes puissances chrétiennes a dû être d'en faire part à la Sublime Porte. Cette démarche a eu lieu au moyen de la note collective que les représentants de ces Cours à Constantinople ont adressée au Divan le 27 juillet 1830*.

* Cette note fut rédigée par l'amiral Iloussin au palais de la Porte, en présence des représentants des cinq Cours, et remise à la Porte immédiatement après avoir reçu sa forme définitive. Elle était ainsi conçue :

« Les soussignés ont reçu ce matin de leurs Gouvernements respectifs des

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Vous connaissez trop bien, Monsieur l'ambassadeur, les efforts que, pendant le cours de l'année qui vient de s'ëcouler, notre Cabinet n'a cessé de faire pour réunir les quatre autres Cours dans une même marcbe, pour que j'aie besoin d'entrer à cet é{3jard dans une analyse plus particulière. J'en dirai autant des difficultés que nous avons rencontrées. Elles nous enragèrent, au mois de novembre de l'année dernière, à adopter pour notre compte une position nouvelle. En admettant comme possible que les Cabinets, malgré l'uniformité acquise dans l'énoncé du principe, ne fussent néanmoins pas d'accord à 1 égard de l'action, nous déclarâmes que dans cette extrémité (et uniquement dans cette extrémité) notre parti était pris, qu'alors nous conserverions notre pleine liberté, et que nous refuserions notre participation à tout accommodement forcé entre le Sultan et un vassal qui menacerait de destruction l'Empire otton)an. En manifestant cette détermination, nous y liâmes la proposition d'une déclaration que les Cours cbréliennes adresseraient dans ce cas au Pacba d'Égvpte dans le but de l'avertir que, s'il devait jamais outre-passer les limites que lui assurerait son arrangement avec la Porte, ce ne serait pas à la Porte abandonnée à elle-même qu'il aurait affaire, mais au Sultan soutenu par ses alliés!

Les difficultés que rencontra également l'adoption de ce nouveau système vous sont connues, Monsieur l'ambassadeur. La discussion s'était engagée entre les Cours de Londres et de Paris, sur l'existence ou la non-existence de moyens de coercition suffisants pour engager Mébémet-Ali à modérer ses prétentions. Le Cabinet anglais, tout en rendant justice au principe qui avait guidé notre pensée, déclara qu'il ne saurait admettre l'hypothèse où les Cours se renfermeraient dans un rôle pure-

inslriictlons, en vertu desquelles ils ont l'honneur d'informer la Sublime Porte que l'accord sur la question d'Orient est assuré entre les cinq puissances, et de l'engagiM- à suspendre toute détermination définitive relativement aux propositions faites par le Vice-Roi d'Egypte sans leur concours, en attendant l'effet de l'intérêt qu'elles lui portent.

« PONSONBY, BOUTENIEFF, RoUSSIN, S'IURMER, KOENIGSMARCK. »

{Note de t'Édileur.)

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ment passif, et en exprimant cette contiance, il tit la remarque très-juste qu'il était bien plus avantageux de faire aujourd hui des efforts que, dans le système prévu, il faudrait toujours faire, à la vérité à une époque plus avancée, mais soumise à toutes les chances de l'incertitude. Le Cabinet français ne nous répondit pas, et tout en manifestant 1 intérêt sincère qu il porte à Texistence de 1 Empire ottoman, il finit par décliner sa participation à toute action, même pour le cas prévu par nous.

Les pourparlers entre les plénipotentiaires des cinq Cours continuèrent à Londres. La Porte fut invitée à y envoyer de son côté un fondé de pouvoir. Dans tout le cours de cette longue négociation, nous avons invariablement manifesté le vœu qu un accord entre les cinq Cours chrétiennes puisse s'établir; la démarche que notre plénipotentiaire a faite en dernier lieu envers ^l. rambassadeur de France à Londres fournit une preuve nouvelle de ce fait. Ce n est ni T Autriche, Monsieur le comte, ni aucune autre Cour qui a voulu lier la partie à quatre ; c est la France qui a refusé de s'associer à une action commune aux cinq Cours.

Cha(|ue (Touvcrnement est libre dans le choix de sa marche, et nous sommes les premiers à respecter cette liberté. Nous poussons même si loin ce sentiment, que nous ne reconnaissons à aucun (iouvernement le droit de s'ériger en juge du parti auquel d autres Gouvernements croient devoir s'arrêter. Le Cabinet des Tuileries a déclaré qu'il lui était impossible de s'associer à une action matérielle quelconque contre le Pacha d'Égvpte. Les quatre autres Cours ont, de leur côté, le sentiment qu'en laissant le Sultan livré à sa seule faiblesse, son Trône et son Empire périraient. Elles se sont dès lors entendues sur la lia>e d une action commune.

Telle est l'histoire de la négociation à Londres, et que faut-il en conclure, si ce nest qu entre la France, d une part, et les quatre Cours, de l'autre, il v a dissentiment quant à la possibilité d une action? De ce fait il ne ressort d'insulte pour personne. Il peut en résulter de la gêne politique; mais dans les affaires de ce monde, quelle question n'en renferme pas?

La France a un beau rôle à jouer dans le moment actuel.

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Libre dans son attitude, elle est plus que d'autres à même de démontrer à Méhémet-Ali que son intérêt exige qu'il assure son avenir dans les limites compatibles avec l'existence de la Porte Ottomane ; et ce n'est pas sur des pbrases que repose la vie des Empires. INIéhémet-Ali prétend que sa force est celle du Sultan. Admettons, par impossible, qu'il croie à ce qu'il avance, sera-t-il immortel? et l'Empire une lois partagé à perpétuité, et ce partage se trouvant surtout consacré par l'assentiment explicite des puissances de l'Europe, quel sera, sous le régime de maires du palais aussi puissants, le sort de l'Empire ottoman ? Méhémet-Ali et ses successeurs héréditaires seraient en réalité les maîtres de plus de la moitié du territoire ottoman et disposeraient de ressources qui, réunies en une seule main, dépasseraient dans une mesure incalculable celles qu'aurait le Sultan; enfin ils tiendraient les clefs des approches de Constantinople, et disposeraient ainsi à leur gré de l'existence d'une puissance qui déjà est descendue à un échelon si inférieur de puissance !

Mais ce cas. Monsieur l'ambassadeur, ne l'avons-nous point, pour notre part, effleuré au mois de novembre dernier? N'avons-nous pas déclaré ce qui en pareil cas nous semblait avoir la valeur d'une condition de salut pour ce dernier reste de l'Empire ottoman et pour le maintien indispensable de la paix de l'Europe? C'était, — avons-nous dit, — de donner à Méhémet- Ali la certitude que, s'il voulait encore étendre ses conquêtes, il aurait contre lui l'Europe entière. Si l'on voulait engager la Porte à concéder aujourd'hui au Pacha d'Egypte l'hérédité de la moitié de son Empire et n'opposer aucune barrière à ses envahissements ultérieurs, alors il serait plus simple d'en finir d'un seul coup, en plaçant la famille égyptienne sur le trône de Constantinople. Or, comme certainement l'Autriche n'interviendrait pas dans une pareille œuvre de destruction et de trouble général, et qu'elle se réserverait le choix de l'attitude qu'elle aurait à prendre dans un avenir plus ou moins rapproché, il est naturel qu'elle doive préférer à un état de choses aussi indéfinissable au point de vue d'une saine politique, un ordre de choses plus admissible.

.i7() RECUEIL DE DOCUMENTS (1S35-1848).

Cet exposé de notre pensée, Monsieur l'ambassadeur, qui est en même temps celui de notre conduite, et dans lequel je récapitule les phases par lesquelles les pourparlers entre les puissances ont jjassé jusqu'à ce jour, est de tous points conforme à la vérité historique. En quoi donc les faits peuvent-ils motiver le mouvement que le Cabinet français semble vouloir imprimer au pays? Je vous avoue que je ne puis me l'expliquer, parce que j'exclus de mes calculs lexistence d'une prétention aussi inadmissible que le serait celle que l'Europe devrait subordonner à des convenances isolées un intérêt général aussi prédominant que l'est pour elle la conservation du Trône ottoman et celle de l'Empire turc, sous l'égide de ce trône. Aussi sommes-nous fermement persuadés qu une prétention de ce genre ne saurait exister nulle part, d'abord parce qu'il serait même impossible de la formuler, puis parce qu'elle ne viserait à rien moins qu'à nier l'indépendance des Etats dont se compose le corps social européen, et à exiger d'eux qu'ils aillent jusqu'à faire abstraction de leur intérêt direct ! Une telle prétention. Monsieur l'ambassadeur, ne saurait être regardée comme possible, car elle serait absurde, et l'absurde est un élément auquel il est difficile de réserver une place dans les calculs d'aucune puissance.

Au moment où vous nous avez rendu compte des impressions du Gouvernement français, il ne connaissait pas encore le détail de l'arrangement du 15 juillet dernier. Je suis, pour ma part, surpi'is, je l'avoue, qu'il ne se soit pas dit qu'une transaction à laquelle notre Cour croit pouvoir s'associer ne saurait rien renfermer de contraire aux principes politiques qu'elle professe, ni d'exagéré dans les prétentions. En quoi les idées portées à la connaissance de M. l'ambassadeur de France à Londres au mois de mai dernier par le plénipotentiaire autrichien, différaient-elles de celles qu'à une époque antérieure le Cabinet français avait lui-même mises en avant? Dans ces idées — et l'Autriche se les est appropriées tout comme la France s'était approprié la déclaration des bases énoncées par notre Cour en l'été 183î>, — a-t-il été question de la destruction de Méhémet-Ali ou de celle de sa famille? Non,

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Monsieur raml)assaf]eur ; ce dont il s'agissait et ce dont il s'agit encore, c'est d'empêcher que le Trône ottoman ne croule, et que l'Empire ottoman ne soit partagé, ni sous le titre spécieux d'un vasselage héréditaire, comprenant plus de la moitié de son territoire, ni par un partage entre les puissances, résultat immanquable de la chute du Trône ottoman ! Telles étaient alors, telles sont aujourd'hui et telles seront invariablement les vues de notre Cour. Elles sont simples, et par là même elles sont à la portée de tout le monde ; jusqu'ici, rien ne nous prouve que le Gouvernement français les ait jamais interprétées différemment.

Ce dont il s'agit aujourd'hui est conforme à ce qui a été énoncé de tout temps. Il s'agit de conserver l'Empire ottoman, et qui veut la chose doit en vouloir les moyens. Pour assurer ce but, autant que la prévoyance humaine et les facultés des Cours chrétiennes le peuvent, il faut scruter à fond les hesoms du présent et ne pas fermer les yeux sur ceux de l'avenir. Nous avons fait l'un dès le début de l'affaire ; nous avons fait l'autre au mois de novembre dernier.

Faute d'une action sur Méhémet-Ali, l'époque actuelle s'écoulerait sans qu'on pût arriver au but; faute d'une action prévue et arrêtée, qui renferme le Pacha d'Egypte et ses descendants dans des limites de paix et de soumission à l'autorité supérieure, non-seulement l'avenir serait compromis, mais le Trône ottoman s'écroulerait du consentement même des puissances. Cette double inaction ne saurait répondre à notre sentiment politique, dont l'expression la plus simple se résume dans les termes suivants : la conservation du Trône, l'indépendance et l'intégrité de l'Empire ottoman! Si, en choisissant cette ligne de pensée politique, nous devions nous être trompés, il faudrait avant tout nous le dire. Or, c'est ce que jusqu'ici personne n'a fait; au contraire, toutes les Cours se sont déclarées d'accord avec notre base politique.

Circulaire de Metternich aux missions impériales en Allemajjne et en Italie. Kœnigswart, le 27 août 1840.

1508. En apprenant qu'une convention avait été signée à Londres le 15 juillet dernier, dans le but de venir au secours du Sultan contre les agressions du Pacha d'Egypte, l'Europe a compté les signatures de cet acte et n'y a point trouvé celle de la France. Cette circonstance a dû frapper le pidjjic, et il a cru pouvoir en inférer que cette puissance se maintenait sur une ligne de politique opposée à celle sur laquelle les quatre autres puissances chrétiennes ont cru devoir se placer.

I/inquiétude du public européen a encore augmenté enlisant les journaux français, et surtout lorsqu'il a vu le Gouvernement français prendre des mesures qui décelaient de l'humeur, de la méfiance, et la prévision d'une guerre générale.

Plus l'opinion est agitée, plus je crois important de mettre les représentants de l'Empereur, notre auguste Maître, sommairement au fait de 1 affaire d'Orient, des phases qu'elle a parcourues et de sa position dans le moment actuel. Cette connaissance, en vous éclairant individuellement, vous fournira des armes pour rectifier les notions erronées, pour calmer des appréhensions qui, sans être tout à fait dénuées de fondement, sont cependant bien loin d'être réelles dans l'étendue que leur assigne l'imagination du public.

Depuis la note collective adressée au Divan le 27 juillet 1 839, par conséquent il v a un an, pour engager la Porte à ne pas traiter isolément avec iNIéhémet-Ali et à attendre les conseils et l'appui que les cinq grandes puissances chrétiennes offriraient au Sultan, la Porte attendait avec résignation, mais impatiemment, le résultat de ces promesses, et les puissances, de leur côté, avaient envoyé à Londres des plénipotentiaires chargés de discuter avec le Cabinet anglais les bases d'un arrangement qui, en réglant l'appui que les Cours accorderaient h Sa Hautesse, indiquerait en même temps la mesure des concessions que la Porte, d'après le sentiment des puissances ses amies, pourrait faire au Vice-Roi sans danger mani-

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feste pour Tintëgrité et l'indépendance de TEmpire ottoman. Le premier projet qu'il s'agissait de discuter était l'ouvrage du principal secrétaire d'Etat britannique. Connu du Cabinet des Tuileries et rejeté par lui comme inexécutable, ce plan de paci- Hcation avait subi plus d'un amendement; il avait même été modifié au point de ne plus offrir que de légères différences avec des conditions avancées quelques mois auparavant par la France elle-même, et cependant le Cabinet des Tuileries, qui n'a jamais varié dans sa détermination de refuser sa sanction et son concours à tout projet dont l'exécution entraînerait l'emploi de mesures coercitives, n'accepta point le projet ainsi modifié.

Le système que la France a constamment cherché à faire prévaloir, était de laisser la Porte s'arranger dn'ectement avec Méhémet-Ali, ou, ce qui est équivalent, de laisser se consommer le partage de l'Empire ottoman en deux grandes fractions dont la plus grande et la plus riche aurait passé héréditairement à la famille du Pacha d'Egypte.

L'Autriche, et avec elle la Prusse et la Russie, sans se dissimuler l'immense difficulté de combiner une action suffisante pour réduire INIéhémet-Ali à la soumission, sentait toutefois qu'abandonner le Sultan à ses seules forces et aux exigences insolentes du vassal rebelle serait l'arrêt de mort de l'Empire turc, dont la chute ébranlerait l'Europe entière. Les trois Cours résolurent donc de chercher de concert avec le Cabinet anglais, et sur les bases proposées en dernier lieu à l'acceptation du Cabinet français, un plan qui fût de nature à réaliser les engagements pris dans la note collective du 27 juillet 1839.

Lord Palmerston aurait vivement désiré pouvoir y associer la France, et ce désir était sincèrement partagé par les autres puissances, qui ne se cachaient pas que Méhémet-Ali, assez audacieux peut-être pour résister à l'attitude commune des quatre Cours et de la Porte, plierait indubitablement devant l'accord manifesté des cinq. Ce n'est qu'après des efforts répétés, mais infructueux, que les quatre Cours se sont décidées à essayer de faire ce à quoi la cinquième se refusait obstiné-

ment. Mais ici encore il se présentait de bien grands obstacles, et qui longtemps ont dû paraître insurmontables. J'aurais trop à faire s'il me fallait vous tracer ici le tableau de ces difficultés, inhérentes à la question elle-même.

Une convention a été signée à Londres le 15 juillet; elle est, à rheure qu'il est, ratifiée par les Cours signataires et est en cours d'exécution.

La Fiance, qui, au su de l'Europe entière, a pris part aux négociations de cette importante affaire, ne figurant pas au bas de l'arrangement qui est destirté à la terminer, il est naturel que l'attention générale s'attache à cette circonstance. Le Gouvernement français a eu l'air d'y voir une offense, et plus encore, il a rêvé une ligue des quatre puissances contre la France. Et cependant jamais l'idée d'offenser la France ni de former une ligue contre elle n a pu entrer dans la pensée d'aucun des Cabinets signataires. La presse française, comme toujours, a envenimé les questions; d'imprudentes paroles ont soulevé les passions et lâché la bride à lesprit de parti, et, pour comble de légèreté, quelques mesures prises en vue de certaines éventualités, entre autres, des préparatifs de guerre faits avec ostentation, sont venues rappeler au public européen la possibilité d'une guerre générale.

En voilà assez, Monsieur — , pour expliquer et même pour

justifier en quelque manière l'alarme répandue dans le public.

Et cependant j'ai la persuasion que ce moment de crise passera

comme tant d'autres sans allumer une guerre pour laquelle le

prétexte même fait défaut. Aucune puissance en Europe ne la

veut, et la France, malgré l'attitude à demi menaçante qu'elle

a prise, a plus que tout autre pays de bonnes raisons pour

redouter la guerre. J'aime à croire que son Gouvernement,

quoique issu d'une opposition avancée, reviendra à des idées

plus saines, et que, le premier moment d'irritation passé, il se

résoudra même à s'associer à une œuvre de pacification dont

il peut bien considérer l'exécution comme impraticable, mais

dont il a, vingt fois pour une, reconnu lui-même la légitimité.

Ce qu'il faut craindre, c'est que les esprits infernaux ayant

été imprudemment évoqués, ils ne soient difficiles à conjurer.

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et ne fassent dégénérer une question toute politique en une affaire de propagande révolutionnaire. Voilà le principal, le seul véritable danger; car une guerre politique est aujourd'hui impossible, et une guerre de principes menace la France bien plus immédiatement que les Gouvernements conservateurs. L'Europe, en tout état de cause, trouvera toujours l'Autriche à son poste, et à la tète de la défense des principes conservateurs *.

Mettcrnich à Apponyi, à Paris (E. D.). Vienne, le 23 octobre 1840.

1599. ...Vous trouverez ci-joint (n° 1400) quelques paroles que j'ai consignées entre les mains de M. le comte de Sainte- Aulaire** ; ce sont des idées qui n'ont pas la valeur de pro-

* Le traité de juillet (qui a été souvent publié), conclu à Londres, le 15 juillet, par l'Autriche, l'Angleterre, la Prusse et la Russie avec la Porte, dans le but de rétablir la paix dans le Levant, se compose de quatre actes séparés, qui sont : 1" la convention proprement dite, aux termes de laquelle les quatre puissances protectrices s'engagent à coopérer à la réalisation des propositions d'accommodement faites par le Sultan; 2'' un acte séparé relatif à ces propositions d'accommodement, notamment à l'offre faite par le Sultan de consentir à ce que le Gouvernement du pachalik d'EgypIe appartienne à Méhémet-AIi à titre héréditaire, et que celui d'Acre lui soit concédé à titre viager, moyennant acceptation par ce dernier, acceptation qui devra avoir lieu dans un délai déterminé, à la condition qu'il évacuera immédiatement les parties de territoires occupées par lui et non comprises dans la démarcation ci-dessus, et qu il rendra la flotte turque ; 3" un protocole réservé, en vertu duquel le concours éventuel des puissances protectrices est assuré aussi après la ratification du traité; enfin 4" un protocole aux termes duquel la Porte accorde aux bâtiments de guerre légers des pavillons amis le droit de franchir les Dardanelles dans l'intérêt du service diplomatique.

(Note de l'Editeur.)

** Cette pièce est la réponse à une dépêche adressée par ïhiers à Sainte-Aulaire, le 9 octobre, dépêche dont celui-ci avait remis une copie au prince de Metternich. Ajoutons quelques éclaircissements sommaires pour faciliter l'intelligence des faits, et surtout pour combler la lacune chronologique qu'on peut constater entre le document du 27 août (n" 1398) et celui du 23 octobre (n» 1399). Le lecteur a vu par la lettre confidentielle de Metternich à Apponyi (n» 1387) que Rifaat-Bey avait été envoyé à Alexandrie, auprès de Méhémet-AIi, avec les propositions d'accommodement du Sultan, propositions fixées par le traité de juillet. Rifaat-Bey ne put s'acquitter de sa mission que le 16 août, attendu que Méhémet-AIi resta jusqu'à ce jour dans le Delta, où l'envoyé français comte Walewski était venu le trouver. Vu vr. 31

positions, et auxquelles je n'attache pas même celle d'une rédaction. Ne pouvant douter que M. l'ambassadeur de France aura transmis mes paroles à Paris, je crois utile d'y joindre quelques réflexions au moyen desquelles vous saisirez mieux les considérations qui m'ont servi de guide en les émettant.

Tous verrez que j'établis en thèse que dans toute marche qui a pour but la conciliation, il est avant tout d'une nécessité indispensa])le de se placer en face des faits. Ce n'est pas dans les voies de la polémique que l'on peut se rencontrer dans les affaires complexes; il faut les simplifier, et le meilleur moyen pour cela, c'est la pure admission des faits. Les faits qu'il faut admettre sont les suivants : 1° Les cinq puissances sont d'accord sur le principe. Elles veulent conserver la Porte Ottomane dans son indépendance et son intégrité. Ce principe implique la nécessité que la paix

les termes dans lesquels était conçue la demande de la I^orte, le Vice-Roi lepoussa les propositions du Sultan, Lien que la flotte anglaise, lorte de douze vaisseaux de li{;ne, à laquelle s'était jointe une escadre autrichienne sous le commandement du contre-amiral l'i.uidiera, fût en route vers la côte d'l']{;ypte et celle de Svrie. Le 26 août expirait le délai de dix jours accordé à Méliémet- Ali. Rifaat-Bey, accouipafjné des consuls des quatre puissances, demanda la réponse promise. Elle fut encore néjijative. Lorsqu'enfin, le 5 septembre, Rifaat-Bey reparut avec les quatre consuls devant le Vice-Roi, pour lui demander son dernier mot, Méliémet-AIi répondit dans les termes de la convention arrêtée avec le comte Walevvski : u Qu'il acceptait avec reconnaissance la possession de l'Erjyiite à titre héréditaire, mais que, pour le reste des territoires qui étaient actuellement entre ses mains, il s'en remettait à la {jénérosité du Sultan. » Rifaat-Bey arriva le 8 septembre à Constantinople, avec la réponse de Méhéniet-Ali. Reschid-Pacha convoqua les représentants des quatre puissances, ponr les instruire de la marche que la Porte comptait suivre ultérieurement. Le 14, la Porte déclara Méhémet-Ali, vu la non-acceptation des concessions que le Sultan avait bien voulu lui faire et que Rifaat- Bey lui avait fait connaître, non-seulement déchu de la possession héréditaire de l'Egypte, mais encore du droit de gouverner ce pays à titre temporaire. Le firman de destitution fut communiqué le 21 septembre par les quatre consuls au Vice-Roi. Ils retirèrent leurs pavillons et mirent à la voile le 23 septemljre. Thiers vit dans cette démarche violente d(> la Porte le commencement d'une nouvelle phase du conflit turco-égyptien, et en prit occasion pour s'exprimer sur ce sujet dans la dépèche du 9 octobre, mentionnée cidessus ; il écrivit notamment ce qui suit : « Une telle condixite, aussi exorbitante qu'inattendue, excède même l'esprit du traité du 15 juillet, et dépasse les conséquences les plus extrêmes qu'on pouvait en tirer. Ce traité, que la

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