‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 56 sur 91 · L'ISOLEMENT DE LA FRANCE (IS'.O · texte numérisé non relu

L'ISOLEMENT DE LA FRANCE (IS'.O

politique ne soit point troublée en Europe. Vouloir l'un sans Tautre, c'est se livrer à l'absurde.

2" Une scission s'est établie entre la France, d'une part, et les quatre autres Cours et la Porte, de 1 autre ; la divergence ne porte pas sur le principe lui-même, mais sur son application, et cela sous le point de vue de l'étendue à lui donner et sous celui du mode d'action.

3" Du moment où la scission existe, dans quelles voies le rapprocbement serait-il possible? Faut-il que l'une ou l'autre fraction recule, et qu'en faisant des sacrifices elle opère une fusion? ou bien les parties ne feront-elles pas mieux d'avancer sur des lijjncs qui leur permettront de se rencontrer?

Entre deux, la seconde de ces voies est certes la meilleure, ne fût-ce que parce qu'elle est la plus facile à suivre.

A" La destitution de Méhémet-Ali offre à cet égard un moyen tout naturel. Le Sultan a agi dans l'étendue de ses droits en destituant un gouverneur de province qui s'est mis en état de rébellion.

France ne saurnit !nvo(juer, car elle n'y adhère point, mais qu'elle rappelle, jiour montrer la rapidité a\ec laquelle on est entraîné déjà à des conséquences dangereuses, ce traité, dans le cas d'un refus absolu du Vice-Roi sur tous les points, laissait à la Porte la faculté de retirer ses premières offres et d'en a{;ir alors comme elle l'entendrait, suivant ses intérêts et les conseils de ses alliés; mais il supposait deux choses, un refus absolu et péremptoire sur tous les points de la part du Vice-lîoi, et le recours aux conseils des quatre jouissances. Or, rien de tout cela n'a eu lieu. Le Vice-Roi n'a pas fait de refus absolu, et la Porte ne s'est pas même donné le temps de concerter une réponse avec ses alliés. Elle a répondu à des concessions inespérées par la déchéance ! Les quatre puissances ne sauraient approuver une telle conduite, et nous savons, en effet, que plusieurs d'entre elles l'ont déjà désapprouvée... La France, aussi désintéressée dans la question d'Orient que les quatre puissances qui ont signé le protocole du 17 septembre, se croit obligée de déclarer (pie la déchéance du Vice-Roi mise à exécution serait à ses veux une atteinte à l'équilibre général... Disposée à prendre part à tout arrangement acceptable qui aurait pour base la double garantie de l'existence du Sultan et du Vice-lîoi d'Egypte, elle se borne dans ce moment à déclarer que, pour sa part, elle ne pourrait consentira la mise à exécution de l'acte de déchéance prononcé à Constantinople... »

Thiers s'exprima d'une manière analogue vis-à-vis de l'ambassadeur de France à Londres, >L Guizot, dans une dépèche du 8 octobre, qui fut publiée par les journaux et qui augmenta encore en Allemagne les craintes de guerre.

(Note de l'Editeur.) M.

La déchéance de Méhémet-Ali prononcée , cette déclaration met-elle le Pacha hors de cause? Certes non, car les paroles ne tuent pas. Ce qu'il est juste de reconnaître, c'est que Méhémet-Ali est moralement anéanti. La question , par conséquent, n'est plus de fixer ce que le Sultan devra laisser à 1 homme déchu, mais jusqu où il voudra étendre la grâce, La position est plus nette, mais ce qui est plus important, elle est nouvelle, et par là même elle nécessite également un changement de position entre les Cours.

5" Les opérations en Syrie ayant commencé, elles devront ahoutir à un résultat. Celui-ci sera favorahle au Sultan ou à ^léhémet-Ali. Dans l'un ou dans l'autre cas, le prestige dont on a environné la puissance égyptienne pourra être apprécié à sa juste valeur.

G° La fin véritahle du conflit turco- égyptien ne pourra être amenée que par le concours des cinq grandes puissances chrétiennes. Il faudra donc s'entendre.

Voilà, Monsieur l'ambassadeur, l'affaire en instance réduite non-seulement à ses termes les plus simples, mais aux seuls éléments dont elle se compose en toute vérité. Ce qui sort de ce cadre n'est plus la question; ce que je n'ai point dit dans le peu de paroles dans lesquelles j'ai cru devoir la renfermer, ne peut trouver sa place dans un programme , mais doit formel* l'objet d'une entente.

Je vous invite , Monsieur l'ambassadeur, à placer également la présente dépêche sous les veux de ISL le président du Conseil. En en prenant connaissance, il aura lieu de se convaincre qu'au moment de la crise je sais dépouiller une affaire de tout ce qui ne fait qu'encombrer les étapes qu'il est désirai)le de lui voir suivre. Les ol)jets qui, dans de pareils moments, ne font qu'obstruer la route, se retrouvent le jour où il peut être utile de s'en occuper.

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