‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 60 sur 91 · PRISE DE SAINT-JEAN D ACRE · texte numérisé non relu

PRISE DE SAINT-JEAN D ACRE

1407. Metternich à Miinch, à Francfort (D.). Vienne, le 21 novembre 184D.

1407. Nous avons appris ce matin, par une estafette partie de Constantinople le 11 de ce mois, que Saint-Jean d'Acre a été pris le 4 novembre par les Turcs et leurs alliés.

Le bombardement par les flottes réunies a duré pendant toute la journée du 3 novembre, et il a produit de tels effets que la nuit suivante la garnison égyptienne s'est enfuie, et que, le i novembre, de grand matin, Son Altesse Impériale l'Arcbiduc Frédéric, qui a le premier quitté sa frégate pour aller à terre, a pu arborer sur la citadelle le drapeau du Sultan, et à coté ceux de FAutriclie et de l'Angleterre.

Immédiatement après la prise de la place, toutes les populations des montagnes voisines se sont soulevées contre les Egyptiens, déporte qu'un petit nombre seulement de ces derniers, qui s'étaient enfuis de la ville, sont arrivés à se frayer un cliemin jusqu'à Ibrabim. Plus de mUle prisonniers et deux à trois cents canons ont été trouvés à Saint-Jean d'Acre même et sont tombés au pouvoir des vainqueurs.

Pénétré de la haute importance du moment, j'envoie, par la dépêche ci-annexée sub volanti, que j'adresse au comte Apponyi, la lecommandation pressanteau ministre M. Guizotde prendre maintenant une attitude ferme et décidée, de profiter du moment favorable qui vient s'offrir et de ne pas attendre jusqu'à la dernière extrémité, maintenant que les chances de Méhémet-Ali diminuent si rapidement *.

Dans la dépêche en question (21 novembre), Metternich écrit à Apponyi :

ilO RECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).

EXTRAITS DU JOURNAL DE LA PRINCESSE MÉLANIE. DÉTAILS BIOGRAPHIQUES

1408. Vienne (du 3 janvier au 13 juillet). — 1409. Séjour à Kœnigsvvart et au Johannisberg (du 17 juillet au 6 octobre). — 1410. Retour à Vienne (du 7 octobre au 31 décembre).

1V08. Lettre de l'Arcbiduc Frédéric. — Première réceplion du dimanclie. — Opinii)n de Piickler sur Mébémet-AIi. — Accommodement avec celui-ci.

— Radetzky. — Petit bal à la Cour. — Anniversaire. — Divertissements de carnaval. — L'Archiduc Frédéric au Burjjtheater. — Lecture faite par Holtei. — Théâtre d'amateurs. — Mort du comte Andor Széchényi. — Les dames lavant les pieds des pauvres à la Cour, le jeudi saint. — Dîner à la Cour. — L'ange gardien à Berlin. — Départ de l'Impératrice pour Modène. — Concert à la Cour. — Solution de la question turco-égyptienne.

— Snlornon Rothschild. — Changement de ministère en Angleterre. — De Saint-Pétersbourg. — Fête dans la villa. — Affaires religieuses. — La duchesse de Talleyrand-Périgord. — Chemin de fer de Vienne à Baden. — Banqueroutes. — Le prince en jeune Muse.

Vienne, le 3 janvier 1841.

1408. Clément a reçu une lettre très-aimable du jeune Archiduc Frédéric, qui vient de recevoir la croix de Marie- Thérèse.

La première réception du dimanche a eu lieu dans les salons, qui sont nouvellement restaurés. La chancellerie d'Etat est devenue très-élégante; le salon vert est tapissé d'une belle étoffe

« Si le Cabinet français actuel cherche des arguments pour le soutien d'une décision forte et sage, il devra les trouver dans les fautes commises par celui auquel il vient de succéder; il les trouvera dans tout ce que la force de Méhémet-Ali n offre pas et n'a dès lors jamais offert. A quelles dimensions minimes la fantasmagorie égyptienne ne se trouve-t-elle point réduite d'elle-même ! Si l'on adressait au Gouvernement français le reproche de ne point être venu au secours du Pacha, le Cabinet a une réplique toute prête, c'est que l'on ne peut aider que ceux qui savent se défendre eux-mêmes. M. Guizot connaît aujourd'hui la Grande-Bretagne. Il doit ainsi

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de Lyon, qui n'a qu'un inconvénient : c'est qu'elle ne supporte pas bien les lumières ; la salle des colonnes est fort belle depuis qu'elle est ornée de stuc blanc et garnie de beaux meubles en soie rou{je.

5 janvier.

J'ai passé une beure cbez Clément, qui lisait des journaux. Dans la Gazette universelle d'Aiigsbourg, il y a un article trèsrisqué de Piickler sur Méhémet-Ali, qu'il compare à Bonaparte.

6 janvier.

Clément a reçu des dépêches de Constantinople. Ponsonby ne veut absolument pas qu'on s'arrange avec Méhémet-Ali, et par là il ne fait qu'augmenter la confusion.

Mon mari est resté longtenqis dans son cabinet, car un second courrier lui avait apporté des nouvelles plus récentes de Constantinople. Il paraît que l'affaire de Méhémet-Ali est entièrement terminée. Il a fait sa soumission complète, et la Porte a envoyé quelqu'un pour tout régler et pour prendre possession de la flotte. Beauvale a été très-content de cette solution.

14 janvier.

Clément a reçu de mauvaises nouvelles de Radetzky. Celuici a une ophlhalmie dangereuse (ce sont des fongosités). Hartung le soigne fidèlement et le conserve depuis de longues années ; c'est un grand bonheur pour notre armée, qui a besoin de lui.

savoir apprécier à sa juste valeur le mouvement que l'immense succès obtenu à Saint-Jean d Acre imprimera à ce pays. Dans une pareille situation des choses, si l'on s'efforçait de faire obtenir à un pouvoir déchu par sa propre faute des conditions qui ne seraient rien pour ce pouvoir, et qui par cette raison donneraient facilement à ces efforts la couleur d'une chicane politique, au lieu d'avancer, on reculerait, et l'on s'enfoncerait dans de jjrands embarras. La question véritablement jiolitlcpie est celle de F Egypte; qu'on s'y borne par conséquent. » (^Note de l'Éditeur.)

21 janvier.

J'ui élé exacte au dîner, ])arce qu à six heures et demie il m'a fallu aller à la Cour. La princesse de Liechtenstein était rayonnante de heauté ; elle est trop helle pour une simple mortelle et ressemhle à une Junon. Eléonore Schwarzenber^j était charmante; la comtesse de Seilern était aussi fort jolie. .Vai causé longuement avec l'Impératrice; ensuite j'ai dansé un quadrille avec le jeune Archiduc Charles, et j'ai passé le reste du temps à une table ronde autour de laquelle plusieurs personnes avaient pris place. En rentrant à onze heures, j'ai trouvé Mallzahn chez Clément.

24 janvier.

Clément m'a dit en confidence que le Sultan avait consenti à accorder I hérédité à r>Iéhémet-Ali, et qu'ainsi la question d'Orient était résolue.

Beauvale a demandé la main d'Adine Maltzahn; le mariage aura lieu dans quatre semaines.

30 janvier.

J'ai voulu commencer le jour du dixième anniversaire âv, mon mariage en faisant une prière dans la cliapelle. J ai prié avec ferveur pour Clément; que Dieu le bénisse et le conserve; qu'il m'accorde la grâce de contribuer encore pendant une longue suite d années à le rendre heureux et à lui adoucir l'existence !

15 février.

Le Pape a envoyé à Clément son nouvel ordre de S;nnt-Grégoire le Grand en brillants. La lettre écrite par Lambruschini ù cette occasion est très-belle.

2!) février.

A dix heures, nous sommes allés chez la princesse Marie Esterhazy, qui donnait une soirée masquée. Je portais le costume de la chocolatière de Dresde; les masques qui ont paru

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dès le commencement étaient amusants au possible. Sandor en fou était le plus drôle de tous; il n est pas sorti de son rôle un seul moment. Paul Zichy est venu en vieille femme; il avait une tournure vraiment très-comirpie. Josika était déguisé en loup et conduisait un singe par la main, ce qui produisait un effet très-plaisant. Deux heures se passèrent avant qu'on parvînt à se reconnaître réciproquement. Clément, qui m'avait accompagnée, s'est parfaitement amusé, ce qui me rend toujours heureuse.

'J llUU;i.

L'Archiduc Frédéric s'est montré au Burgtheater, où le public l'a reçu par de vives acclamations. Toute la Cour était présente; FArchiduc Charles la embrassé, ce qui a porté l'enthousiasme au comble.

12 mim.

Le temps est magnifique, Dieu merci. Clément est venu avec moi au jardin du Rennweg. Nous avons fait le chemin à pied avec Maltzahn, et nous avons dîné avec François de Stadion, qui vient d'être nommé gouverneur de Trieste, et avec Werner. L'Archiduc Charles-Ferdinand est venu chez moi; il est enchanté de l'arrivée de son frère, qui est partout fêté sur son passage.

18 mars.

Les Stadion, les Clam, la princesse de Kaunitz et ses filles, la comtesse Sobanska et quelques messieurs se sont réunis chez moi pour entendre lire Holtei. Il a lu le dernier acte de Jules César de Shakespeare, puis une petite farce un peu triviale ,^ qu'il a composée lui-même. Clément a été satisfait de celte séance de lecture, qui a été généralement goûtée.

J'ai entendu le premier acte de l'opéra d'Othello, où Donzelli est encore merveilleux, malgré ses cinquante-quatre ans.

Clément est venu me chercher pour m'accompagner chez les Liechtenstein, où avait heu une représentation d'amateurs. Je me suis très-bien amusée. La première pièce, Sous une ports cochère, a été assez mal jouée par tout le monde; Sainte- Aulaire seul a fait exception. Par contre, dans la seconde, Prosper et Vincent, tous les rôles ont été remplis à la perfection; Blacas surtout s'est distingué. Nous sommes restés à couper, et la soirée s'est passée très-agréablement. Lady Beauvale s'est montrée aujourd'hui pour la première fois dans le monde.

5 avril.

Clément est venu tout consterné m'apporter la terrible nouvelle de la mort d'Andor Széchényi, qui a été atteint de la peste à Damas, où il avait fait un voyage de plaisir, et qui a été surpris par la mort à Beiroulh, où il n'a été malade que cinq jours. Le général Jochmus annonce à mon mari ce triste événement, et, dans une lettre à Paul Széchényi, il retrace les derniers moments du jeune homme, que l'aide de camp du général, un M. Dumont, n'a quitté ni jour ni nuit. Celte nouvelle m'a terriblement affectée. Gomment l'apprendre aux parents? Pilat est allé d'abord chez eux, et je l'ai suivi. J'ai trouvé Paul résigné, mais dans une sorte de prostration, et Emilie baignée de larmes. Clément est aussi venu faire une courte apparition.

8 avril.

!Nous avons déjeuné à la Cour; ensuite nous avons assisté à lagrand'messeavec Eléonore Schwarzenberg et la princesse de Paar,qui avec Catherine Wrbna et la comtesse de Coudenhove complétaient le nombre des douze dames qui lavaient les pieds aux pauvres. C'était la première fois que j'assistais à cette cérémonie. La vue du repas de ces pauvres gens faisait une impression touchante, et la contenance de l'Impératrice pendant tout le temps a été à la fois pleine de noblesse et d'humilité.

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18 avril.

Dans les premières heures de la soirée, Clément m'a lu un très-beau travailqu'il a fait, le Portrait de l'Empereur Alexandre ; c'est une étude du plus haut intérêt, qui sera publiée un jour*.

21 avril.

A deux heures, il m'a fallu aller au dîner de la Cour; toute la Cour y était : les deux Impératrices, rArchiduc François et l'Archiduchesse Sophie, l'Archiduc Etienne et sa sœur, ainsi que les personnes de la suite. Le dîner a été très-gai. L'Impératrice s'apprête au voyage qu'elle doit faire; l'Empereur paraît avoir beaucoup de chagrin de cette séparation.

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