‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 61 sur 91 · avril · texte numérisé non relu

avril

Clément m'a raconté que la petite fille du prince Guillaume de Prusse était à la fenêtre le jour où son père est parti pour Saint-Pétersbourg, et qu'elle est tombée d'un rez-de-chaussée très-élevé. Un ouvrier tailleur qui passait a reçu l'enfant dans ses bras, de sorte qu'elle ne s'est pas fait de mal. De tels événements font du bien au cœur; ils prouvent que l'ange gardien veille.

L'Impératrice est partie ce matin pour Modène.

A sept heures, il y a eu un grand concert italien chez l'Archiduchesse Sophie; tous les chanteurs de l'Opéra y étaient. C'était très-joli; cependant le bruit était presque assourdissant, car toutes ces voix sont trop fortes pour une salle aussi basse.

Clément a reçu la nouvelle que la question turco-égyptieiine

* Ce portrait tifjiire dans les Poitrails de quel(jues contemporains célèbrrs. Voir tome 1, p. 315 et suiv. [Note de l'Éditeur.)

r>i« nfinuEir- dk documents (i835-i848).

est résolue, parce que la Porte a adhéré aux modifications qu'on a fait sul)ir aux propositions faites à Méhéniet-AIi.

14 mai.

Après un dîner en famille, j'ai reçu une cin(|uantaine de j)ersonnes qui voulaient assister à notre répétition. D'abord les enfants ont dansé un ballet qui a parfaitement réussi et qui a fort amusé tout le monde. Puis est venue la répétition générale de nos deux pièces, qui a également très-bien réussi et qui a été applaudie par le public assez nombreux qui se trouvait là. Le soir sont venus une foule de gens qui voulaient i)résenter leurs compliments à Clément à l'occasion de sa fête de demain, et je me suis couchée très-fatiguée. Paul et le petit Sandor, costumés en petits Savoyards, avaient dansé un pas de deux très-drùle. Au milieu de tous mes préparatifs de fête, je ne cesse de prier Dieu pour qu'il bénisse celui dont nous allons célébrer l'anniversaire, et qu'il me le conserve longtemps en bonne santé.

lô mai.

A huit heures et demie sont venus nos invités, qui ont vivement applaudi la représentation des deux pièces de théâtre. Blacas était distrait et, comme il le disait, mal disposé ; aussi n'a-t-il pas très-bien rempli son rôle dans Prospcr et Vincent. Notre pièce a été fort bien jouée, bien que j'eusse moins d'entrain qu'hier. Nous avons soupe dans les salons habituels, et il m'est resté bien plus de convives que nous ne l'aurions souhaité. J'ai donné à Clément un magnifique cachet anglais; j'ai été très-déçue quand il m'a dit qu au lieu d'un bouquetin on avait mis comme support un bélier, ce qui fait qu'on ne jieut pas se servir du cachet; cela m'a vivement peinée.

20 mai.

Rothschild, qui revient de Paris, a été chez Clément; j'ai pris un moment part à leur conversation. Le vieux Salomon

JOURNAL DE LA PlilNCESSE MÉLANIE (1841). MT

me louche toujours par le sincère attachement qu'il a pour mon mari.

Un courrier de Paris annonce que le Cahinet anglais est resté en minorité de trente-cinq voix; une lettre du prince Alhert à son frère mande que les "\vhi{^s ne peuvent pas se maintenir.

27 mai.

Charles de Liechtenstein est revenu aujourd'hui de Saintl'étershourg ; il est venu voir aussitôt mon mari. Il nous a raconté les détails les plus extraordinaires sur les fêtes du mariage et sur les affaires intérieures de la Cour. Reischach a aussi été chez moi et a également heaucoup causé. Ils ont été parfaitement accueiUis, et l'Empereur nous a fait dire par eux les choses les plus aimables.

31 mai.

Après la messe, je me suis mise à lœuvre pourarranger mes salons, la terrasse, bref, toute la maison, de manière que la fête de ce soir réussisse. Ces préparatifs ne sont pas peu de chose dans une maison où le service est aussi insuffisant que dans la mienne. A cinq heures, nous nous sommes mis à table pour prendre quelques forces, et, après avoir mis la dernière main à l'œuvre et fait toilette, nous avons vu arriver huit voitures de la Cour, attelées chacune de six chevaux. Toute la famille impériale est venue : l'Impératrice mère, le prince de Salerne, la famille de l'Archiduc Régnier, l'Archiduc palatin avec sa famille, etc. A sept heures, on a commencé à danser dans le grand salon. Il a fallu penser aux danseurs des Archiduchesses, à leurs châles, etc., ce qui m'a donné fort à faire. On a illuminé le jardin, ce qui a produit un effet magique. La fêle a été superbe; elle n'a eu qu'un défaut, c'est que nous avions invité trop peu de monde. A minuit, je me suis couchée tout épuisée.

jiun.

J ai commencé la journée en allant avec mon cher Clément me confesser et communier. Dans ces circonstances, il est encore plus touchant que d'ordinaire.

/ juin.

L'Archiduc François est venu au moment où nous allions nous mettre à table. Il avait appris par Bombelles que Clément regrettait qu'il se fût décidé à partir dans un moment où les affaires religieuses allaient enfin être discutées, et il a différé de huit jours son voyage à Munich.

10 juin.

Je me suis mise en toilette de bonne heure, parce que la duchesse de Talleyrand est venue à trois heures et demie. Clément lui avait déjà montré le pavillon à moitié quand je suis venue. J'avais grand'peur d elle avant de la connaître; cependant, je l'ai trouvée tout autre que je me l'étais figurée. Elle a un beau profil, mais ses beaux yeux ont une certaine expression de sévérité. Elle est aimable, et la grande sympathie qu'elle a pour Clément lui donne à mes yeux de la grâce et de l'affabilité. Nous sommes restées seules un moment, et nous en avons profité pour faire plus ample connaissance. La duchesse ma dit qu'on lui avait fait croire que je la recevrais mal. La princesse de Hohenzollern etla duchesse d'Acerenza, les Sainte- Aulaire, le jeune baron de Talleyrand et les deux Hùgel ont dîné avec nous. Plus tard, la duchesse a beaucoup parlé de son oncle, pour lequel elle éprouve une grande admiration. On voit qu'elle lui a voué toute la reconnaissance dont elle est capable, parce qu'elle et ses enfants lui doivent tout. Elle cause très-agréablement et parle un allemand exquis.

JOURNAL DE LA PRINCESSE MÉLANIE (18H). 5r>

20 juin.

On a ouvert aujourd'hui la ligne de chemin de fer de Vienne à Baden. Plus de trois mille personnes ont fait le trajet ce premier jour.

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