‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 62 sur 91 · juillet · texte numérisé non relu

juillet

La grande nouvelle du jour, qui occupe le public et mon mari, c'est la banqueroute du banquier Steiner, car on craint qu'elle n'entraîne la chute de plusieurs maisons de banque. On dit que Geymûller est fortement compromis.

Clément a été tourmenté ces jours-ci par un sculpteur nommé Gandolphi. Il vient de Milan, et il a fait la statue de la Politique, qu'il a voulu offrir à mon mari. Il a eu l'idée de donner les traits de Clément à une Jeune Muse, et l'on dit qu'à part quelques petites fautes de dessin, il a parfaitement réussi. Clément n'a pas voulu accepter ce présent et encore moins acheter cette Muse ; nous avons donc dû renoncer à la possession de cette Muse, que je n'ai pas vue malheureusement, mais qui est, dit-on, un fort beau travail.

10 juillet.

Clément est actuellement en relations très- suivies avec Rothschild et tous les banquiers; il a voulu empêcher la faillite de Geymiiller, qui a suspendu aujourd'hui ses payements •

11 juillet.

La journée a commencé péniblement pour moi. Les enfants sont partis à sept heures par un temps affreux. Je me suis réveillée à huit heures, et j'ai remarqué que Clément était souffrant; il a^^ait un peu de fièvre et m'a dit qu'il ne se sentait pas tout à fait bien. Il s'est levé pourtant; notre départ a été remis à mardi.

520 liECUEIL DE DOCUMENTS (1835-1848).

12 juillet.

Clément s est remis. Pendant les premières heures de la soirée, je me suis occupée à emballer; ensuite j'ai accompagné mon mari à Mœdling, chez le comte Kolowrat. Tous les messieurs de la chancellerie ont pris congé de Clément; ensuite sont venus nos habitués, qui sont restés jusqu'à une heure.

13 juillet.

J ai passé une nuit terrible. Clément est encore souffrant; au moment où nous allions monter en voiture, nous avons décidé que nous resterions encore. Jaeger a trouvé que Clément avait de la fièvre. Cela paraît être une fièvre tierce; les accès ne sont pas forts, Dieu merci ; pourtant ils reviennent périodiquement, ce qui est toujours terrible. Je me suis tourmentée pendant quelques heures, tout en cherchant à tranquilliser Clément, qui, de son côté, était tourmenté par la pensée de la confusion que causerait la remise de ce voyage. Il a fallu décommander les chevaux, rappeler le courrier qui attend à Schrems, bref, faire une foule de choses ennuyeuses qui effrayent d'ordinaire le public. On croiia que la banqueroute de Geymûller, qui fait ici une impression terrible, empêche Clément de partir, parce qu'elle peut faire du tort à VÉlat. En un mot, les bruits les plus extraordinaires ne manqueront pas de se répandre.

J'ai passé trois heures bien douloureuses près du lit de mon mari, qui a dormi jusqu'à midi. A son réveil, il s'est senti assez bien. Mais ce n'est qu'à deux heures que la fièvre l'a quitté, et que son état est devenu tout à fait satisfaisant. Jaeger ne lui a pas permis de se lever, ce qui la contrarié vivement.

JOURNAL DE LA PF.INCESSE MÉLANIE (185i;. 521

SijOUR A KOEXIGS\VAI\T ET AU JOIIANNISBERG.

1409. Voyafje en Bolième. — A Kœnifjswart. — Medein. — FélÏK Scliw.ii-zenberfj. — De Turin. — Zediitz. — Le baron de Talleyranil. — L'Arcliitluc Etienne. — Le ronite de Voss. — Maltzalni. — Tatistsclieff. — Dé|>art pour le Johannisljcrjj. — La vie dans cette résidence. — Hôtes. — Alden- Lurg, — La ducliesse de JXassau. — Le prince Emile de Hesse. — Vovaj;e sur le llliin. — A Cologne et à Ems. — Le lîoi de Hanovre. — Le comte de Fiirstenberg. — La société du Johannisberg. — A Francfort. — Cliez Rothschild. — A Wiesbaden. — A Darmstadt. — Emih^de Girardin. — Dénart du Joliannisberg. — A Ileidelbcrg, Carlsridie et Stuttgard. — Augsbourj;. — Munich.

Ivœnigswart, 17-19 juillet.

1409. Clément a passé une nuit tranquille. Je me suis levée de bonne heure, afin de faire les derniers préparatifs de départ.

A dix heures, je suis montée en voiture. La chaleur était accablante. Nous avons dîné à Goepfritz et couché à Schrems. Clément se sentait bien. Dimanche, nous avons continué notre voyage sans même avoir assisté à la messe, après être allés voir la comtesse de Vrints, qui est en ce moment à Schrems chez les Bartenstein, ses beaux-parents. La présence du docteur Jaeger est une consolation pour moi. Nous avons diné à Strakonitz, après avoir souffert d'iuie chaleur épouvantable. Après le dîner, est venu un orage qui a rafraîchi l'air et qui nous a accompagnés jusqu'à Klattau, oti nous avons couché. Lundi, à six heures du matin, Clément Hiigel est venu nous rejoindre à Klattau; ensuite est arrivé un courrier, apportant enfui de Londres le protocole relatif à la question d'Orient, signé par les représentants des puissances.

A cinq heures, nous sommes arrivés, par un temps très-beau, mais assez frais, à Kœnigswart, où Herminie et les enfants nous ont reçus à bras ouverts.

21 juillet.

Nous avons reçu des lettres de Vienne, où tout le monde était en ])onne santé. M. de Medem, ministre plénipotentiaire

de Russie à Stuttgard et à Darmstadt, écrit de Carlsbad à Clément que Nesselrode Ta chargé de traiter avec lui les affaires russes; cela sera peu flatteur pour Tatistscheff, qui nous a annoncé son arrivée comme très-prochaine.

niet.

Félix Scliwarzenberg, qui vient de Turin, nous parlait ce soir de la société qu'il a trouvée dans cette ville, de la Cour, de la piété du Roi, du mariage projeté entre l'héritier présomptif et la seconde fille de l'Archiduc Régnier, Jorsque est arrivé un courrier de Sambuy * qui nous a annoncé que ce dernier a dû quitter Recoaro et se rendre à Vienne pour faire officiellement la demande de la main de l'Archiduchesse. Il voudrait que Clément lui indiquât la manière de procéder en cette occurrence, et il lui envoie un courrier dans ce but.

23 juillet.

M. de Medem est arrivé de Carlsbad. Félix Schwarzenberg, qui le connaît, facilite la conversation avec lui; mais il est parti ce soir pour Tachau, afin d'aller voir ses sœurs. Clément a beaucoup travaillé avec INIedem.

24 juillet.

Zedlitz, qui est arrivé ce matin, nous a lu ce soir les Nihelungen dans une version très-réussie.

25 juillet.

La fontaine que nous avons fait faire à Plass, et que nous avons placée ici au milieu de la cour, fait un très-joli effet. On ne peut la regarder que par la fenêtre, car le temps est affreux. Clément a eu grand plaisir à voir jaillir l'eau. La vasque est en fer, a une forme élégante, et contribue beaucoup

* Envoyé de Sardaifjiie à la Cour de Vienne. (^IS'ole de l' Editeur .)

à rembellissement de la cour. Le jeune Talleyrand est arrivé et semble vouloir rester ici. Nos joui-nées se passent à lire et à travailler, pendant que la pluie tombe à torrents.

27 juillet.

Clément est heureux quand le soleil se montre; mais il m'a dit hier qu'il se plaisait ici même par la pluie, ce qui m'aide à prendre bien des choses en patience.

Les dépêches à envoyer à Paris n'ont pas permis d'organiser une partie de whist ; nous nous sommes dédommagés en lisant les Guêpes d'Alphonse Karr,

29 juillet.

Les Beauvale, qui sont arrivés hier, n'ont fait leur apparition qu'à deux heures. J'ai pourtant fait une visite à l'ambassadrice, qui m'a accueillie d'une manière très-aimable. Elle s'occupe beaucoup de politique. Nous l'avons forcée d'assister à la lecture d'un drame qu'on nous a envoyé de Paris et que la critique juge favorablement. Après le dîner, nousavons profité d'un moment où il ne pleuvait pas pour faire une promenade. Le soir, Clément a fait sa partie de whist.

J'ai passé la journée à copier mon rôle, car M. de Talleyrand veut absolument jouer la comédie.

Le soir, Clément a amusé ces messieurs en leur racontant des épisodes des campagnes auxquelles il a assisté.

3 août.

L'Archiduc Etienne, le comte de Ficquelmont, le baron Duthil, ministre d'État de Darmstadt, qui prend les eaux à Marienbad, ont dîné chez nous. L'Archiduc a visité le couvent de Tepl , puis il a tiré des cerfs dans notre parc. Après le dîner, il est retourné à Marienbad; il voulait arriver le soir même à Mies. Nous avons encore lu un moment après le dîner,

524 r.ECUElL DE DOCUMEMS (lS3i-185S).

puis nous avons joué avec les enfants. Talieviaud a j)ris con^é de nous: il paît demain de ^rand matin pour Dresde; nous lavons tous vu partir à regret.

Nous avons eu à dîner un Prussien, le comte de Voss; c'est un homme très-spirituel, qui est, dit-on, le favori du Roi. Ensuite INîedem est venu de Carlsbad.

(3 noùl.

Clément est allé avec moi à Marienbad. Nous sommes allés voir madame de Ficquelmont, et nous avons fait différents arrangements dans la maison que nous y possédons, et qui est occupée en ce moment par Esterhazy. Il avait fait une partie de campa[]iie avec quelques Anglaises qui sont arrivées à Marienbad.

Après le diner, Clément a reçu de Beilin une estafette annonçant que M. de Werther se démet de ses fonctions et que Malfzalm le remplace. Cette nouvelle m'a i^it plaisir; mais Clément craint tju il n'en résulte plus d'une complication pour lui.

Tatistscheff et la comtesse Sobanska sont descendus au château. Medem est parti. Félix Schwarzenberg ne nous a quittés (jue le 12. Le 13, nous avons été à Tachau, où j'ai trouvé Eléonore Windiscligra-tz en parfaite santé. .

A KœnigSAvart, nous avons renoncé à la lecture et à nos occupations habituelles, car le pauvre Tatistscheff est tout à fait aveugle; il faut causer avec lui toute la journée, ou bien lui lire des feuilletons. Le temps a été épouvantable comme au commencement, et depuis le 9 nous n'avons vu le soleil que deux fois.

.loliannisbci;;, du 18 au 21 aoùl.

Le premier jour, nous sommes allés jusqu'à Baireuth, où nous avons dîné et couché. Le 19, nous étions à Bamberg, où

JOURNAL T>¥. LA riîINCESSE MKLAME (ISH". 5-2r.

nous avons visité la catliédrale, qui est trè-i-bclle, mai.-, qui pèche par le défaut d'ornementation. Le Roi de Bavière vient de la faire restaurer; je trouve cependant que Tintérieur de l'église est bien monotone. A minuit, nous sommes arrivés très-fatigués à Wiirzbourg. Lundi, àliuit heures du matin, nous étions en voiture pour aller à Francfort; mais les postillon^ bavarois sont d'une telle lenteur, que nous ne sommes arrivés qu'à sept heures du soir. 11 faisait très-chaud, et nous n'avions rien mangé; aussi me suis-je sentie indisposée à Aschaffenbourg. Mélanie a fait le voyage en compagnie de Clément Hiigel. Nous avons dîné à Francfort. jMiinch, Miini ^llevendorff, Goudenhove, Yrints, Rothschild, Charles 13uol, ont passé la soirée avec nous. Samedi matin, il faisait horriblement chaud; malgré les fatigues des derniers jours, nous sommes allés au Rœmersaal pour voir les portraits des Empereurs, puis à l'Académie et chez Bethmann, qui possède un musée; mais ce qui m'a été plus agréable encore que ses trésors artistiques, c'est le bon déjeuner qu'il nous a offert. Nous avons dîné chez Mimch, après avoir visité plusieurs magasins avec les Vrints , Mimi ÎNIeyendorff et Maltzahn. Nous sommes partis de Francfort en chemin de fer, et nous sommes arrivés en une heure et demie à Wiesbaden. Les chevaux du duc de Nassau nous ont menés en une heure et demie au Johannisberg, où nous avons trouvé Tatistscheff.

24 août.

Neumann est arrivé. Les familles Vrints et Buol ont diné avec nous. J'ai été très-agitée toute la journée, parce que le château est si plein de monde, qu'on ne peut plus loger personne et qu'il n'y a plus de linge; aussi ai-je été sur pied toute la matinée. Nous avons fait une courte promenade dans le jardin et sur la terrasse; ensuite est venu Dietrichslein avec le jeune Roger d'Aldenburg, qui me plaît beaucoup. C'est un joli garçon, ce qui ne gâte rien, et de plus il est très-l:)ien élevé. M. de Medem est arrivé aussi.

,26 RECUEIL DE DOCUMENTS (1835-I8i8).

25 août.

A neuf heures du matin, je me suis n>ise en route avec Clément, Mùncli et Clément Hiigel pour aller à Wiesbaden, et de là nous rendre en chemin de fer à Mayence. Je suis allée avec ces messieurs dans quelques magasins, et j'ai été étonnée de les trouver dans ce moment aussi mal fournis. Nous n'avons pas rencontré chez lui le vieux Kesselstadt ; cependant il est venu dîner avec nous dans un magnifique hôtel tout nouveau, l'hôtel de l'Europe, d'où Ton a une vue splendide sur le Rhin. Nous avons rendu visite au prince de Hesse et à la comtesse de Naumburg, qui a bien changé. A cinq heures, nous étions de retour à Wiesbaden, où nous avons présenté nos hommages à la jeune et charmante duchesse de Nassau, qui est un modèle de fraîcheur, de grâce et de beauté. Ensuite nous avons visité les salles de jeu et les nouvelles promenades, qui sont toutes charmantes, et nous sommes rentrés tard, par une assez agréable fraîcheur.

26 août.

J'étais en train de me réjouir de pouvoir écrire un peu, lorsque le prince Emile de Hesse est venu me voir. Il a bonne mine, et il est plus aimable et plus charmant que jamais. Les Eltz, Maltzahn, le baron de Brunnow, un M. de Lilienberg , sont venus et ont pris tout mon temps. Après le dîner, les Vrints et Charles Buol sont airivés ; on a décidé que Roger et xMélanie ne viendraient pas avec nous à Cologne et à Ems, ce que je regrette fort.

27 août.

A neuf heures du matin , mon mari et moi , nous nous sommes mis en route pour aller à Creuznach, qui est situé à vine lieue et demie de Bingen, afin d'aller voir la princesse de Prusse. Nous sommes descendus chez Maltzahn, et nous sommes allés avec lui et Tatistscheff chez la ])rincesse, qui

JOURNAL DE LA PlUNCESSE MÉLANIE (1841). 527

€st une fille du grand-duc de Weimar. Nous avons déjeuné chez elle, puis nous avons visité les environs, les sources et les bains, et nous avons acheté différents objets en agate. Nous sommes revenus à Rûdesheim au naoment où Herminie arrivait du Rheinstein avec les enfants. Nous avons trouvé à la maison la duchesse de Nassau, une foule de messieurs qui ont dîné avec nous, et les Keglevicli, qui viennent de Hollande et qui retournent à Vienne.

Mimi Meyendorff nous quitte malheureusement demain. Le voyage que nous voulons entreprendre demain me tourmente ; il m'en coûte tant de renoncer à la vie tranquille que je mène ici !

Colo{;ne, le 28 août.

Nous nous sommes levés à sept heures. Il nous a fallu prendre congé de Mimi Meyendorff, qui part pour la Suisse, où elle retrouvera son mari, d'Herminie et des chers enfants, pour nous embarquer à Bingen avec Tatistscheff, qui veut être de toutes les expéditions, Mùnch, Senfft et les deux Hùgel. Notre voyage a été charmant jusqu'à Cologne; il a été favorisé par un temps magnifique. Nous avons fait la connaissance d'un Anglais qui a très-bonne tenue et qui nous a dit qu'il était allié à toutes les grandes familles d'Angleterre; ensuite nous avons vu aussi toute la famille de Tévêque de Dublin ; elle se composait de la mère et de quatre filles, qui dessinaient toutes les vues qui défilaient devant nous comme des ombres chinoises et que la mémoire a peine à retenir; tout en causant à droite et à gauche, elles croyaient avoir ieté sur le papier des esquisses parfaitement réussies. Clément s'est fait présenter à elles.

Nous avons très-bien dîné sur notre bateau à vapeur. A sept heures, nous étions à Cologne, où nous avons été accueillis par des salves de coups de canon qui nous ont accompagnés pendant tout le trajet. L'afflluence du public était énorme. M. Leiden nous a reçus au débarcadère. Après nous être arrêtés quelques instants à l'hôtel, nous avons visité la cathédrale, qui est une merveille. J'ai été étonnée de voir combien il v a de

parties encore iiiaclievées dans cet admirable monument; c'est à peitve si un tiers est terminé. On y travaille en ce moment avec ardeur. Le Roi de Prusse et la ville de Cologne, qui est riche, veulent achever cette splendide construction. Nous avons trouvé l'architecte qui est chargé des travaux, et qui nous a montré et expliqué tous les plans. On nous a fait voir aussi la magnifique armoire qui contient les crânes des Rois mages. Ensuite nous avons visité l'église où l'on conserve les ossements des onze mille vierges; après cela, nous avons passé près de la résidence de rarchcvéque Droste, d'où les gendarmes prussiens lont emmené. On a pour ce lieu une vénération particulière, qui est vraiment touchante. Nous avons diné dans notre hôtel, qui est très-bon, et d'où l'on a une vue splendide sur le Rhin.

Coblentz, le 29 août.

Nous avons d'abord assisté à une messe dite à Sainte-Marie nu Capilolc; c'est une vieille église qui est bâtie sur remplacement où les Romains avaient leur Capitule. Après une messe basse, dite par un prêtre du parti de l'archevêque, qui jouit d'une grande considération auprès de la masse des habitants, nous avons fait le tour de l'église. Au moment où nous visitioiîs une vieille chapelle fort iiiléressante , le curé vint se présenter à nous et nous demanda la permission de dire quelques mots. Il commença par un éloge bien senti de Clément; mais lorsqu'il essaya d'exprimer le bonheur qu'il éprouvait à pouvoir dire la messe pour un couple qui donnait un si bel exemple à la population catholique de Cologne, le pauvre homme s'embrouilla dans une phrase qui commençait par ces mots : « L'aimable épouse. » Effravé, à ce qu'il me parut, des paroles qu'il venait de prononcer, il s'interrompit brusquement et ne réussit plus à retrouver le fil de son discours. La mine du baron de AVerner, qui s'était joint à nous à Cologne, celle de Mûnch et des autres messieurs qui nous accompagnaient, ont été plusieurs fois sur le point de me faire perdre mon sérieux.

Nous avons visité aussi l'exposition de peinture , puis le

JOUKNAL DK LA PRINCESSE MÉLANIE (18U). 529

chemin de fer de Cologne à /\ix:-la-CIiapelle, qui sera inauguré le I" octobre; d'autres curiosités encore, et nous avons fini par nous embarquer, brisés de fatigue, à bord du Grand- Duc de Ilcsse-Oarinstadt, un mauvais bateau à vapeur, qui nous a conduits à Coblentz rn remontant le Rhin ; nous ne sommes arrivés dans cette ville qu'à neuf heures du soir, épuisés et énervés; quant à moi, je maudissais de tout mon cœur les salves qu'on ne cessait de tirer de tous les côtés. Nous sommes descendus, comme d'habitude, à l'hôtel de Trêves.

Ems, le 30 août.

Dans la matinée, nous avons parcouru la ville, où j'ai reconnu, au grand étonnement de mon mari, toutes les maisons et toutes les rues. A midi, nous nous sommes mis en voiture par une chaleur et par une poussière insupportables, et à une heure et demie nous sommes arrivés à Ems, où Senfft et les Hardenljerg nous ont reçus à bras ouverts. On nous a annoncé, dès notre arrivée, qu'il nous fallait aller diner chez le Roi de Hanovre. Je m'y opposai formellement, parce fjue je n'avais pas de toilette avec moi et que je ne possédais pour le moment qu'un costume du matin d'une médiocre élégance. J'ai donc dîné à l'hôtel avec les Hardenberg, ïatistscheff, Senfft et les deux Hùgel. Les mouches, la chaleur et l'ennui nous ont cruellement tourmentés. Rodolphe Apponyi, le prince Trubetzkoï, que j'avais vu à Garisbad il y a six ou sept ans, Boleslas Potocki et d autres sont venus me voir. Quand, après le dîner, j'ai encore aperçu le couple Lœwenhielm, j'ai pris la fuite et me suis sauvée sur la promenade.

La salle et surtout la colonnade en fer qui communique avec elle offrent vraiment un joli coup d'œil. J'ai vu aussi les salles où l'on joue, et qui sont plus élégantes qu'à Wiesbaden. Il nous a fallu attendre Clément pendant plus d'une heure. Enfin, il est apparu avec le Roi et toute sa suite. Sa Majesté a été extrêmement bonne et aimable pour moi ; le Roi repart demain. A la promenade, il a remis à Clément l'ordre de Saint-Georges.

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