MISSION DE WOYNA A SAINT-PETERSBOURG
J425. Metternich au comte Woyna, à Stockholm (Lettre). Vienne, le 10 juillet ISil. — 1426. Metternicli au comte ^V^oyna, à Saint-Pétersbourg (Lettre). Vienne, le 3 novembre 1841 . — 1427. Metternicli au comte Woyna, à Saint-Pétersbourg (E. D.). Vienne^ le 3 novembre 1841.
1425. Yous allez être chargé d'une haute et fort importante mission, et ma conscience me dit que vous saurez la hien remplir *.
Les relations avec la Russie ont de commun avec hien des Heurs d'être remplies d'épines. C'est à éviter celles-ci qu'il sera de notre intérêt et du vôtre que vous vous[occupiez. Vous vous entendrez sur toute chose avec M. de Meysenbug, qui est un homme de grand sens et qui connaît la Russie, et vous irez hien ensemble.
Les situations respectives sont fort singulières dans ce moment. On commet beaucoup de fautes en Russie, et les temps sont tellement difficiles, que l'on ferait bien de s'en garder. Orientez-vous dans les archives de l'ambassade; elles vous mettront au fait de toute notre marche, et vous y puiserez la preuve que dans plus d'une importante occasion elle a différé de celle de notre allié. L'événement a jusqu'à présent toujours plaidé en notre faveur, et je ne crains pas l'avenir, car il prouvera également que là où les deux Cours ont suivi des voies différentes, ce n'est pas la nôtre qui s'est trompée de direction ! La grande affaire qui a si sérieusement occupé l'Europe dans le cours des deux dernières années, compte au nombre de ces divergences. On a voulu à Saint-Pétersbourg
d'un pays à l'autre, échouèrent dès le début, par suite de la résistance du Gouvernement sarJe, et cet échec empêcha de faire d'autres démarches.
(Note de l'Editeur.') * Le comte Edouard Woyna était envoyé à Saint-Pétersbourg pour y prendre à titre intérimaire la direction de l'amljassade , en remplacement du comte de Ficquelmont, appelé à Vienne.
(^Note de l'Éditeur.)
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ce que nous avons voulu ; mais comme on y a poursuivi à la fois deux objets, la chose publique a couru grand risque de voir l'objet véritable sacrifié à une chimère, car le rétablissement de l'ancienne quadruple alliance en est une, comme rétablissement d'une alliance anglo-russe est une idée privée de sens pratique. Nous ne nous sommes point laissé dérouter, et nous avons affronté J'humeur que notre froide raison a pu faire naître là oii l'on a couru après une chimère. Le temps fera justice de ces dernières, et tout se prépare à cet effet.
Metternich au comte. Woyna, à Saint-Pétersbourg (Lettre). Vienne, le 3 novembre 1841.
1426. Je suppose que vous vous serez cassé la tête pour deviner les motifs du silence que j'ai gardé vis-à-vis de vous depuis votre arrivée à Saint-Pétersbourg. En voici la raison. J'ai été en voyage, et j'ai voulu mettre un intervalle avec ce qui n'avait eu que la valeur de commérages entre les deu.x: Cabineté.
Dans tout le cour-; de l'affaire turco-égyptienne, on n'a été occupé à Saint-Pétersbourg qu'à rechercher des voies et des moyens pour caresser les fantaisies du cabinet whig. Les ouvertures que de temps en temps on nous faisait reçurent chaque fois des démentis par la ligne de conduite suivie par M. de Brunnow. A cet égard, le l'approchement entre les correspondances de Saint-Pétersbourg et de Londres est véritablement curieux.
Nous avons pu laisser aller ce jeu sans nous en émouvoir, car nous avions entre les mains le moyen le plus puissant pour empêcher des écarts de lord Palmerston qui eussent tendu à compromettre l'affaire ; ce moyen a été la conviction que le Cabinet anglais irait là seulement où nous irions avec lui, vu que sans notre appui moral il lui serait impossible d'aller au delà. Ce mauvais train ayant cependant eu lieu, j'ai, au moment du changement ministériel en Angleterre, désiré mettre un intervalle entre le passé et le futur ; or, le ▼I. 37
578 RECUEIL DE DOCUMENTS (l835-1848).
meilleur mode de procéder dans des circonstances pareilles est de mettre en panne.
Dans la dépêche secrète de la présente expédition, j'ai touché à quelques cordes sensibles qu'il ne faut point faire résonner à Saint-Pétersbourg*. Suivez à leur égard l'exemple que je vous donne. Si, dans vos entretiens avec l'Empereur, cette matière venait à être effleurée, effacez-vous et n'y touchez pas. Ainsi que je l'ai consigné dans ma dépêche, j'ai coulé à fond le chapitre de la quadruple alliance avec le comte de Medem, et je n'en ai plus entendu parler depuis. Le sujet étant d'une nature toute polémique, je n'entends pas le ressasser; les faits prouveront qui, de l'Empereur ou de moi, a raison à l'égard de la question de savoir si le traité du \o juillet 1840 a rétabli l'alliance de Chaumont, — oui ou non ! L'attitude que dans vos entretiens vous devrez prendre, c'est celle d'une parfaite quiétude politique, qui toutefois ne s étendra pas aux questions sociales.
Trois sentiments prédominent aujourd'hui en Allemagne : d'abord, une haine mêlée de beaucoup de mépris pour la France, une grande inquiétude sur les futurs contingents par rapport à la Prusse; enfin, une entière confiance dans les vues et dans la sagesse de l'Autriche. A côté de ces sentiments, il existe de l'aversion pour la Russie. Notre rôle est marqué au milieu de ces dispositions ; c'est celui d'une raison impassible. Nous ne cherchons rien pour nous dans les affaires du jour ; nous nous appliquons à tenir à l'écart le mouvement politique, pour ne pas nous distraire, ni permettre que d'autres perdent
* Cette dépêclie secrète parle des intrigues des différentes puissances, qui exercent une influence fâcheuse sur la Grèce. « Ce reproche, écrit le prince de Metlernich, tombe principalement sur les puissances maritimes, qui, dans le cours des dernières années, ont eu l'air de regarder Athènes comme un champ clos sur lequel elles devaient vider les rivalités politiques qui dans ce même laps de temps ont divisé les deux Cours et qui les diviseront toujours. Nous n'avons pas épargné les avertissements à cet égard, mais ils n'ont point été écoutés jusqu'ici. Ils le seront toutefois, si la Cour de Russie seconde notre langage, et c'est ce concours que, dans l'intérêt bien entendu de la Grèce, nous réclamons avec une pleine confiance. »
{Noie de l'Éditeur.)