VIENNE
1449. Incident comique du jour de l'an. — Aphorismes. — Mort du Père Sclimid. — Anniversaire. — Les Turcs. — Une statue de Gandolpbi. — Chez l'envoyé américain. — Le Père Henri Casser. — Promenade à travers les faubourgs. — Comète. — Benoni. — Fêtes et réjouissances en l'honneur de l'Archiduc Charles. — Dîner chez l'Archiduc Charles. — Première communion de Mélanie. — Le Barbier de Sév'dle. — Les Milanollo. — Mort du petit Léon Sândor. — Voyage à Presbourg. — Rifaat et Reschid-Paclia.
— Retour à Vienne. — Le comte et la comtesse Woronzoff. — Flore Wrbna.
— Comédie jouée en anglais par les enfants. — L'Ordre de Catherine. — Un phrénologue américain.
Vienne, le l^"" janvier 1843.
1449. Un domestique, qui est entré dans mon cabinet à sept heures du matin, a été tellement effrayé par le masque
et le costume que ma sœur Emilie y avait laissés hier soir, qu il s est mis à crier au secours par toute la maison. C'était en effet un spectacle à faire peur, car le tout ressemblait à une femme portant une hotte sur son dos et paraissant accroupie à terre ou à genoux. La frayeur comique qu'a fait naître cet incident a bien fait rire mon bon Clément ; cela m'a fait du bien de lui voir commencer l'année si gaiement. Plus tard, il m'a lu des aphorismes qu'il a écrits dans différentes circonstances, et qui contiennent tous des vérités profondes.
Le soir, j'ai eu un rout dans les règles. Environ trois cents personnes sont venues, et le grand salon était plein de monde. Clément a fait sa partie et ne s'est nullement ressenti des fatigues de la journée. Les princes de Bade sont aussi venus chez nous ; ils font une excellente impression.
11 janvier.
Ce matin, on m'a annoncé la mort du bon Père Schmid*, ce qui m'a causé un profond chagrin. Je lui ai trouvé l'expression d'un saint ; ses traits n'étaient nullement altérés ; on aurait dit qu'il nous donnait sa bénédiction du haut du ciel. Tout l'entourage de cet homme si pieux est dans les larmes. Ce qu'on entend raconter de ses derniers moments est entièrement conforme à la sainteté de toute sa vie. J'ai versé des torrents de larmes à la vue de ce cadavre, me souvenant combien de fois celui qui n'est plus m'a consolée et relevée dans les heures les plus douloureuses de ma vie.
30 janvier.
Ce soir, j'ai été particulièrement triste ; il y a maintenant douze ans que je suis mariée. Clément m'a dit des paroles si
* François-Séraphin Schmid (né en 1764), chanoine crosse et mitre de l'église de Saint-Etienne à Vienne, prélat de la maison de Sa Sainteté et membre du consistoire archiépiscopal, auteur d'un grand nombre d'écrits religieux. Sa piété l'avait fait choisir comme directeur spirituel par un grand nombre de personnes de la plus haute société de Vienne, d'où lui était venu le nom de Père Schmid, qu'on lui donnait généralement.
(Noie de r Éditeur.)
touchantes à cette occasion ; je suis si reconnaissante pour le bonheur que j'ai goûté pendant les années qui viennent de s'écouler; mais j'ai tellement peur de celles qui vont venir !
8 février.
Ce soir, j'ai eu beaucoup de visites : Eléonore Schwarzenberg, Ida Paar, Henriette Hunyady, Antoinette Khevenhliller sont venues ; les ambassadeurs et tous les Turcs s'étaient aussi donné rendez-vous chez moi, ce qui a fait un nombre de visiteurs assez considérable. L'ambassadeur de Turquie est venu avec son fils et ses drogmans ; Reschid-Pacha, ambassadeur de Turquie à Paris*, qui s'exprime très-bien en français, nous a amené ses trois fils, un, déjà grand, qui semble lui être assez indifférent, — on dit qu'il a répudié la mère de ce jeune homme, — et deux petits garçons qu'il aime tendrement. L'un, âgé de dix ans, a de grands beaux yeux noirs ; l'autre, âgé de onze ans, est très-laid. Tous deux sont très-drôles et trèséveillés. Stiirmer a dit à l'aîné de me baiser la main ; mais il s'y est refusé, en disant : « Ce n'est pas l'usage chez nous. » Mon perroquet lui a fait grand plaisir.
10 février.
J'ai eu un grand dîner auquel assistaient tous les Turcs, au nombre de six, grands et petits, Huszar, Ottenfels, Stiirmer, la comtesse de Kanitz et les deux ambassadeurs. Richard a dîné aussi avec nous pour amuser nos petits hôtes. Pendant le dîner, Rifaat-Pacha a fait dire par Huszar au petit Turc de onze ans qu'il ne mangeait rien parce qu'il était amoureux, et qu'il avait laissé son cœur à Paris. Le petit Ali-Bey (c'est ainsi qu'il s'appelle, je crois) s'est mis en colère et a répliqué en turc : « Dieu m'en est témoin, il a menti. » Gomme les autres con-
* Bescliid-Paclia était alors de passage à Vienne; il se rendait à GonsJ,antinople, où il était appelé pour prendre le poste de grand vizir.
(Note de r Editeur, j
vives continuaient la plaisanterie, il se mit à pleurer et dit en sanglotant : « Attaquer un liomme dans son honneur! Moi, je serais épris d'une mécréante, et cela à mon âge! » Nous cherchâmes à le calmer; mais il continua d'une voix étouffée par les larmes : « Voilà comme ils sont : ils vous attaquent dans votre honneur et veulent ensuite réparer le mal. » Son frère, qui était placé à côté de Huszar, dit à celui-ci : « Vous êtes cause que mon frère pleure ; pourquoi lui avez-vous dit cela? » Huszar répliqua : « Je suis drogman, et il faut que je traduise ce que me dit l'ambassadeur » ; sur quoi l'enfant répondit : « Vous connaissez mal votre devoir ; un drogman ne doit pas toujours répéter et traduire ce que lui dit le ministre. » Au moment du départ, je donnai une bague à chacun des petits Turcs.
11 février.
Après le dîner, nous avons assisté à la représentation d'une pièce française, la Dame de chœurs; c'est la farce la plus amusante que j'aie jamais vue au théâtre. Il est impossible de mieux jouer; aussi ai-je ri jusqu'aux larmes.
20 février.
J'ai été avec Clément à l'Institut polytechnique, pour voir une statue de Gandolphi qui représente la Politique. L'artiste a eu l'idée de donner à sa statue une belle tête de femme avec les traits de mon mari. L'œuvre est vraiment réussie, et la tète est magnifique ; je trouve, il est vrai, qu'elle n'est pas ressemblante, mais l'idée m'a plu.
22 février.
J'ai passé les premières heures de la soirée avec les enfants ; à neuf heures, j'ai quitté Clément pouraller au bal que donnait l'envoyé d'Amérique ; celui-ci est venu aussitôt au-devant de moi. Il m'a montré un cabinet dans lequel il avait fait dresser une colonne avec mon portrait, au-dessus duquel se trouvait un médaillon de mon mari. La niche où nous étions pla-
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ces, était ornée de fleurs et brillamment éclairée. Quelqu'un a prétendu que j'étais là pour montrer aux arrivants que je représentais la maîtresse de maison. Jenifer avait écrit à mon mari pour le prier de venir assister à son bal ; mais Clément s'est fait excuser auprès de lui par mon intermédiaire. Le nombre des invités n'était pas trop considérable, et l'arrangement des salons attestait un goût irréprocbable. On a dansé beaucoup et avec entrain; le souper a été agréable et parfaitement servi. A table, je me suis trouvée entre le prince Gustave Wasa et le prince liéritier de Bade. J'ai dansé deux quadrilles, le premier avec Szapary, le second avec Jenifer; il était quatre heures et demie quand je suis rentrée. En quittant la salle de danse, j'ai été prise d'un profond sentiment de tristesse ; j'ai assisté à un galop qui m'a rendue toute mélancolique. Il y a de longues années que je n'ai pas entendu la musique de cette danse; je me trouvais si vieillie, et cet air éveillait en moi tant de souvenirs, que j'en suis restée tout attristée. A mon retour, j'ai trouvé Clément plongé dans un profond sommeil, et j'en ai remercié Dieu !
Je suis restée longtemps chez Clément. Il a causé longuement avec Jarcke d'un Berlinois qui est arrivé ici et qui fait beaucoup parler de lui. C'est un protestant converti ; il est même Franciscain. Hier je l'ai vu chez mon mari ; il a fait une mauvaise impression sur moi, et il m'a l'air d'être un charlatan. Son nom figure souvent dans les journaux; il s'appelle le Père Henri Gasser. Il prétend qu'un rapprochement peut avoir lieu entre les deux religions ; que le Roi de Prusse se convertira au catholicisme, et qu'ainsi s'accomplira dans la personne de Frédéric-Guillaume IV une ancienne prédiction qui donne à un Roi catholique de Prusse le titre de chef du Saint-Empire romain. Il veut faire croire qu'il possède une grande influence sur le Roi et sur la Reine, et, quand on lui en parle, il se retranche derrière des indications mystérieuses ; bref, il ne me plaît pas. TjC général des Franciscains à Rome, qui est à la tête de tout l'Ordre, l'a appelé dans cette ville parce qu'il veut, je VI. 41
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crois, remédier au mal que l'esprit remuant et fantasque de cet homme a fait en Allemagne.
13 mars.
J'ai fait avec Clément une promenade tout à fait originale à travers les faubourgs de Josephstadt, de Scliottenfeld,etc. G est un monde que je ne connaissais pas du tout; cette excursion nous a beaucoup amusés.
17 mars.
A sept heures et demie, Charles Hûgel est venu pour informer Clément de l'apparition d'un phénomène météorologique. Nous avons attentivement regardé le ciel, et nous avons vu une raie lumineuse qui ressemblait à la queue d'une comète sans noyau. Hùgel est allé à l'Observatoire, où il a trouvé réunis tous nos savants. Ceux-ci ont déclaré qu'ils n'avaient jamais vu rien de pareil, ce qui ne prouve rien ni pour eux ni pour la chose elle-même.
29 mars.
La femme de l'ambassadeur de France a été chez moi pour me prier de distribuer quelques billets pour le bal qu'elle veut donner au profit des victimes de la catastrophe de la Guadeloupe. Elle se met très-vigoureusement à l'œuvre, car ce bal, dont elle n'a eu l'idée qu'il v a cinq ou six jours, est déjà tout organisé.
30 mars.
Ce soir, j'ai été chez la comtesse de Taaffe, qui donnait un concert où les morceaux de son jeune protégé Benoni ont été exécutés. Il y avait là une foule de monde. Donizetti a joué du piano ; il a dirigé l'exécution des morceaux de musique, qui étaient réellement remarquables.
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1" avril.
La princesse Paul Esterhazy portait un magnifique costume au carrousel*. La jeune et jolie madame de Wolkenstein n'était pas, selon moi, en beauté ; le public a été d'un autre avis, ce qui prouverait que j ai tort.
Nous avons attendu longtemps la princesse Fanny Liechtenstein ; ensuite nous avons défilé devant la Cour. Nos cavaliers nous accompagnèrent à nos places, qui étaient parfaitement disposées. Nous avions le corps diplomatique derrière nous, pendant que la Cour était placée encore plus haut. Des acclamations générales accueillirent l'illustre Archiduc Charles lorsqu'il entra tenant l'Impératrice par la main. Le manège présentait un magnifique coup d'œil, et nos cavaliers se sont distingués. Rodolphe Liechtenstein s'est fait remarquer entre tous et a fait l'impression la plus favorable. Trauttmansdorff, Sandor et Nicolas Esterhazy, mon frère Emmanuel et le prince Lobkowitz ont aussi fait merveille.
3 avril.
Le dîner de l'Archiduc Charles était fort beau. On a fait la remarque que le nombre des années de tous les convives réunis allait au delà de Tannée de la naissance de Jésus-Christ. L'Archiduc a bu d'abord à la santé de ses hôtes ; l'Archiduc Jean lui a répondu en termes très-touchants, au nom des invités et de l'armée. Clément m'a défendu d'assister à la répétition du carrousel, à cause de mon rhume de cerveau ; j'en ai été désolée, parce qu'ainsi j'avais l'air de m'éloigner à dessein de la fête. La journée du 1" a été consacrée à l'Archiduc; celle du 2 appartenait au public ; comme la princesse de Liechtenstein n'a pas voulu venir non plus, et que mademoiselle de
* La veille du jour où, cinquante ans auparavant, l'Arcliiduc Charles avait reçu la grand'rroix de l'Ordre de Marie-Thérèse, il y eut, en l'honneur de cette fête, un brillant carrousel au manège impérial; c'est de ce carrousel qu'il est question ici. (Note de l'Éditeur.)
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Flahault s'est dispensée d'apparaître parce que c'était le jour anniversaire de la mort de sa sœur, on a pu croire que nous nous étions absentées exprès pour faire pièce au public ; je regrette fort d'avoir été au nombre des personnes qui manquaient.
5 avril.
Il y avait un vent tellement violent que je n'ai pas pu sortir pour voir la revue qui avait lieu sur les glacis. L'Empereur a remis au béros de la fête la décoration en brillants de l'Ordre de Marie-Tbérèse, au milieu des acclamations de l'armée et de la population qui était accourue en foule. On dit que la cérémonie a été magnifique ; l'Arcbiduc Jean a prononcé un beau discours, auquel l'Archiduc Gbarles a répondu en termes très-émus.
17 avril.
Clément m'a dit hier qu'il voulait absolument aller avec nous cbez le nonce, pour le prier d'assister à la première communion de Mélanie, afin que l'enfant se rappelle toujours quïl a été présente à cette imposante solennité. Avant la communion, le nonce a prononcé une courte mais cbarmante allocution, et une autre avant de donner la bénédiction. Ses paroles respiraient tellement la douceur et la bonté, qu'elles nous ont été droit au cœur, et que ma sœur Emilie et moi nous avons fondu en larmes. Clément a fait cadeau à Mélanie d'un bracelet portant la date de ce beau jour.
19 avril.
Clément a endossé l'uniforme dès le matin pour présenter ses bommages à l'Empereur, qui célèbre aujourd'hui le cinquantième anniversaire de sa naissance.
Nous avons assisté à une excellente représentation du Barbier de Séville. Madame Garcia, ou plutôt Viardot, sœur de la INIalibran, cbante merveilleusement dans cet opéra, et il faut bien qu'elle déploie un talent extraordinaire
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pour faire oublier son man([ue de beauté. Ronconi est un Figaro accompli ; bref, depuis Lablache et madame Fodor, cet opéra n'avait jamais été aussi bien rendu. Le théâtre était illuminé en Thonneur de l'Empereur. 8a Majesté est venue avec toute la Cour et a été accueillie par de chaleureux vivat.
24 avril.
L'affaire serbe a été enfin réglée à Gonstantinople, ce qui fait grand plaisir à Clément.
30 avril.
A huit heures, j'ai assisté à un concert donné à la Cour en l'honneur du prince Charles de Bavière. Il était parfaitement réussi; Ronconi, madame Viardot, la jeune Neumann, qui s'est fort distinguée, et Thalberg, qui a joué d'une manière admirable, avaient prêté leur concours à cette fête. Il y a ici deux Italiennes (Milanollo), dont l'une a, je crois, douze ans et l'autre neuf, et qui jouent du violon d'une façon magistrale; on prétend qu'elles sont aussi fortes que Paganini lui-même. Je n'ai entendu que la plus jeune, qui est charmante et <[ui joue d'une manière tout à fait remarquable.
15 mai.
C'est aujourd'hui le soixante-dixième anniversaire de la naissance de mon mari. Ce matin, au réveil de mon pauvre Clément, j'ai dû lui annoncer la mort de son petit-fils Léon Sandor et lui dépeindre la douleur de sa fille chérie, dont la vie est empoisonnée pour toujours, car cet enfant était la joie de toute la famille. Le 15 mai de cette année avait fait naître chez nous bien des appréhensions; nous avions eu si peur pour notre pauvre bon Clément à cause de son âge! ISous attendions avec impatience l'arrivée de ce jour, qui devait être pour tous un jour de bonheur; mais quelle douleur ce jour n'a-t-ilpas apportée à chacun de nous et à lui, qui a déjà tant souffert ! La pauvre Léontine disait qu'elle avait fait ce sacri-
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fice à Dieu, et qu'il valait encore mieux qu'il eu fût ainsi que si le Ciel lui avait pris son père ; puisse la divine Providence tenir compte de sa douleur en prolongeant l'existence de celui qui nous est si cher à tous ! Il est impossible que le Ciel laisse d'aussi nobles sentiments sans récompense. Je ne dirai rien des tristes betlres que j'ai passées le 15. Je n'avais pas la force de regarder mes enfants, qui n'osaient pas présenter leurs compliments à mon pauvre mari. Voilà donc ce beau jour gâté pour toute la vie.
Presbonr{;, le 18 mai.
J'ai fait les préparatifs nécessaires pour notre installation dans la villa, parce que nous voulons y descendre à notre retour de Presbourg. Nous avons dit tristement adieu à tout le monde, car un tel voyage est pénible quand on est tourmenté par la douleur et par l'inquiétude; or, je ne puis me défendre d'être inquiète. A deux heures et demie, mon mari. Clément Hiigel et moi, nous nous sommes embarqués sur le bateau à vapeur. Nous avons trouvé le bateau la Ville de Vienne disposé d'une façon très-élégante et très-jolie. La Cour n'est venue qu'à trois heures et demie. Thérèse Fiirstenberg, Dietrichstein , Ségur, Mittrowsky , Kolowrat, Wratislaw et Gervay étaient avec nous à bord. A six heures, nous avons débarqué ; sur la rive était réunie une foule immense, qui a accueilli l'Empereur par des acclamations enthousiastes. Nous sommes descendus chez Sophie Esterhazy, en face de la maison Viczay.
19 mai.
Mon mari a passé la matinée à recevoir des députations et des visites de tout genre. L'Impératrice a aussi reçu des députés ; on dit qu'elle s'est très-bien tirée de son allocution en latin.
Nous avons été au théâtre paré ; le prince de Hesse, héritier du trône de Danemark, y est aussi venu. Nous avons vivement excité la curiosité du public en faisant venir dans
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notre loge Fambassadeur de Turquie Rifaat-Pacha, qui vient d'être nommé, à la grande satisfaction de mon mari, reiseffendi et ministre des affaires étrangères. On espère que Reschid-Pacha sera chargé des fonctions de grand vizir, ce qui contribuerait à mettre un peu d'ordre dans les affaires de la Turquie.
20 mai.
A onze heures, j'étais en costume hongrois chez l'Impératrice, avec Fanny Zichy, madame de Mailath, Zdenka Palffy et la comtesse Eiosine Esterhazy. L'Impératrice était fort belle, et sa toilette lui allaita merveille. L'Empereur a lu le discours d'ouverture. Clément a été accueilli par des acclamatibns lorsqu'il est entré dans la salle. L'Impératrice a été saluée chaleureusement ; bref, tout s'est bien passé. Mes frères nous ont apporté la nouvelle que les propositions avaient été accueillies très-favorablement dans la Chambre haute.
Vienne, le 22 mai.
Nous avons fait nos préparatifs de départ, et à dix heures nous attendions la Cour à bord du bateau à vapeur. L'Impératrice nous a laissé pleine liberté ; nous avons donc fait une partie de whist avec Ségur, Dietrichstein, Wratislaw et Thérèse Fiirstenberg. A six heures, nous sommes arrivés à Vienne.
Du 23 mai au 29 juin.
Mercredi, nous avons eu un grand dînei; en l'honneur du comte et de la comtesse Woronzoff, que Medem nous a présentés ; le comte garde un grand attachement pour Vienne, où ils ont demeuré, je crois, il y a vingt ans. En ce temps-là, il s'occupait beaucoup des beautés de notre capitale, parmi lesquelles Flore Wrbna était une des plus fêtées. Kœnneritz et le baron de Seebach, ministre plénipotentiaire de Saxe à Saint-Pétersbourg, qui y a épousé il y a quelques années la fdle de Nesselrode, ont également dîné avec nous.
Les enfants nous ont régalés d'une représentation en anglais assez mal réussie, mais dont ils étaient cependant très-fiers; les précepteurs surtout étaient persuadés qu'on ne pouvait assez admirer les merveilleux talents que déployaient leurs élèves. Richard a joué d'une manière horrible ; INIélanie en a fait autant; le petit Traun a été certainement le moins mauvais de tous; les petits Taaffe ont été faibles, ainsi que les petits Bombelles. Ils ont très-bien récité leurs leçons, mais ils n'ont pas joué la "comédie. Les ambassadeurs Flahault et Gordon ont assisté à cette pitoyable représentation et ont montré beaucoup d'indulgence et de bonté.
Lorsque mon salon se fut un peu vidé , nous fîmes notre paitie de ^vhist; Clément me dit alors que Medem avait été chargé de me remettre la décoration de l'Ordre de Catherine, avec une lettre de l'Impératrice, qui me la confère. Il m'a fallu, à la suite de cette grande faveur, écrire à l'Empereur, à l'Impél'atrice et au comte de Nesselrode. Lorsque, le lendemain, la nouvelle de l'événement fut connue en ville, tous les Russes accoururent, de près et de loin, pour me féliciter. Je donnai ensuite un dîner aux Butenieff , aux Woronzoff , etc.
A Vienne se trouve un phrér)ologue américain qui fait beaucoup de bruit dans la société. Il donne des séances dans lesquelles il dit des vérités plus ou moins désagréables aux personnes présentes. Herminie et Victoire Redern ont assisté aune de ces séances, où Aitliur Batthyany et d'autres messieurs ont eu à subir une épreuve qui n'était rien moins qu'amusante. Du reste, ce phrénologue me fait l'effet de n'être qu'un fameux aventurier.
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SAISON D EAUX A ISCFIL.
1450. Voyage à Gmunden et à Lsclil. — Séjour dans cet endroit. — Voyage de Custine en Russie. — Etablissement de Wierer pour des enfants pauvres.
— Mariages dans les hautes splières. — Mademoiselle Craling. — Affaires de Bohème. — L'horizon politique se couvre de nuages. — La comtesse de Sickingen. — Maria{;e de l'Archiduc Albert. — Chez l'Archiduchesse Sophie.
— Pierre d'Arenberg. — Affaires d'Espagne. — Rivalité entre l'Angleterre et la France. — Simony. — Situation intérieure.
Gmunden, du 30 juin au l'''' juillet.
1450. Il en a l>ien coûté à ma pauvre maman de se se'parei' de moi. Moi-même je'tais profondément émue, et je regrettais amèrement de la quitter. Dieu sait si, quand nous nous reverrons, nous n'aurons pas à déplorer l'affreux malheur de la perte de ses yeux; que Dieu la protège, ainsi que nous! A Nussdorf, nous avons trouvé Blacas, Schulenburg et quelques autres, qui ont pris congé de nous; quant à Szapary, Louis Karolyi et mon frère Victor, ils se sont embarqués avec nous. Nous nous sommes trouvés sur le meilleur bateau , le Jean, avec le superbe capitaine INIayer, dont la réputation est extraordinaire. Léontine nous y attendait avec sa petite fdle et la gouvernante. La journée que nous avons passée sur le Danube a été pluvieuse et froide; nous avons charmé nos loisirs en jouant au Avhist , sans parler du dhier et du thé. La nuit a été très-pénible; le mouvement du bateau élait presque insupportable ; il faisait un temps horriblement pluvieux, et il régnait une obscurité complète, ce qui ne nous a pas empêchés de continuer heureusement notre voyage. Le 1" juillet, à une heure, nous sommes arrivés à Linz, où nous attendaient les chevaux de poste. Une pluie battante nous a accompagnés ])endant une grande partie du chemin. A sept heures du soir, nous sommes arrivés à Gmunden, dont le beau lac était tout à fait caché par la pluie et le brouillard. Après notre dîner, Potocki est venu pour nous rassurer relativement à la route qui conduit à Lschl : on avait dit qu'elle était impraticable par suite du débordement de la Traun.
Isclil , 2 JHillet.
Nous avons eu un temps assez favorable, ce qui nous a permis de jouir des beautés du lac de Traun et des ma^jnifiques monta{^nes qui l'encadrent. La contrée est ravissante, et Ton voudrait rester toujours ici avec ce que l'on aime. Nous avons tâché d'assister à une messe à Gmunden, ce qui n'a pas été tout à fait facile, et à onze heures nous nous sommes embarqués sur le petit bateau à vapeur qui porte le nom de Sophie, et qui est une vraie miniature. La traversée, sur cette eau si pure et si transparente, est vraiment divine. Je n'ai jamais vu d'aussi belles montagnes, une aussi fraîche verdure et d'aussi énormes rochers. A une heure et demie, nous sommes arrivés à Ebensee , et en un peu plus d'une heure nous avons atteint Ischl , en suivant une route charmante. La maison EItz , où nous sommes descendus , est très-jolie , très-commode et trèsagréable, et Ton y jouit d'une fort belle vue. Flore Wrbna et Thérèse Jablonow^ska n'ont pas tardé à venir nous voir et ont été heureuses de nous souhaiter la bienvenue sur leur terrain. Nous avons visité la petite maison de Léontine, qui est située tout près de chez nous ; on a trouvé, à côté, un gîte pour mes garçons. Après le dîner, nous sommes allés sur la place Metternich et ensuite au Schweizerhaus.
?> juillet.
Nous sommes allés rendre visite à Marie-Louise ; elle se plaint également de cette pluie qui n'en finit pas.
.'i- juillet.
Clément nous a lu ses Mémoires, qui l'occupent très-sérieusement. Il écrit beaucoup et nous lit souvent des passages de son autobiographie. Après le dîner, nous avons fait une excursion à Saint-Wolfgang. L'église renferme un magnifique tableau, qui mérite réellement d'être vu. Au retour de cette
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promenade, dont j'ai été enchantée, nous sommes allés voir la comtesse de Flahault. Le maria^je de sa fille Emilie avec lord Shelburne est une chose décidée.
5 juillet.
Le ministre Rochow, qui est un homme aimable et sympathique, a dîné chez nous avec sa femme, qui me plaît aussi. Ils ont avec eux leur nièce Maltilz, que j'ai vue à Coblentz chez la Reine de Prusse , et qui fait aussi une impression agréable.
6 juillet.
Clément nous a encore lu ses ^Mémoires; il désire que je les copie , travail qui me fait naturellement grand plaisir.
Après le dîner, nous sommes allés sur la place Metternich, où se trouvait Flahault avec sa famille. Nous avons été au Schweizerhaus, et nous avons visité dans tous ses détails la jolie propriété du baron de Ilohenbruck, qui nous en a fait lui-même les honneurs avec sa femme. C'est une maisoti charmante de tout point. Pendant que Clément faisait une petite promenade, je suis restée sur le balcon avec Flahault et Shelburne. Le temps était magnifique, et la vue merveilleuse.
7 juillet.
Clément a pris son troisième bain ; il est content de l'état de sa santé. J'ai passé la matinée à copier les Mémoires de mon cher mari.
9 juillet.
A deux heures, Clément, moi et mes trois enfants, nous nous sommes mis en route pour aller à l'Attersee. Nous avons trouvé nos dames à Weissenbach, où elles nous attendaient dans une très-jolie auberge située en face de ce charmant lac. Le beau chemin qui y conduit, et ce lac avec ses rives pittoresques, font vraiment un effet magique. Nous avons fait un assez modeste dîner ; puis nous nous sommes embarqués sur le
lac, dont les vagues, ajjitées par un oraf^fe lointain, s'élevaient assez haut. Pourtant nous n'avons pas achevé la promenade que nous comptions faire, parce que nous craignions une averse ou un orage. Peu à peu le ciel s'éclaircit, et nous quittâmes à regret ce beau lac pour rentrer chez nous. En route, nous descendîmes de voiture pour aller voir une jolie cascade , et à luiit heures nous revînmes à la maison , enchantés de notre excursion.
11 juillet.
J'ai lu avec Clément le Voyage en Russie de M. de Custine; c'est un livre très-remarquable, à cause de la sincérité dont il porte le cachet. Jamais on n'a , je crois, rien imprimé d'aussi méchant; avec cela, l'ouvrage est bien écrit et très-intéressant. On a de la peine à se séparer de ce livre , qui , sous l'apparence d'un grand amour de la vérité, d'une politesse parfaite, et souvent même à côté de vifs éloges, contient les plus amères critiques.
18 juillet.
A onze heures. Clément, Mélanie, Paul et moi, nous nous sommes mis en route pour aller au lac de Hallstadt , où Flore Wrbna, Thérèse Jablonowska, Werner et Hùgel se sont embarqués avec nous. Le pays a un caractère sévère , mais il est beau ; à Hallstadt, nous avons été reçus par le curé, par les Ibnctionnaires, etc., et nous avons visité l'église, qui est un monument fort ancien. On a commis un véritable acte de vandalisme en la faisant blanchir au dehors et à Tintérieur. Elle renferme cependant un beau maître-autel, qu'on peut presque comparer à celui de Saint-Wolfgang. Ensuite nous sommes rentrés dans un bon hôtel, et nous avions commencé à dîner sur UTi balcon, d'où l'on avait la vue du lac, quand Edouard Woyna est venu se joindre à nous; il arrive de Saint-Pétersbourg. Thérèse est restée avec lui pendant que nous allions nous promener, par un chemin charmant, jusqu'à une jolie cascade qui se trouve dans le voisinage. Après une agréable
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traversée sur le lac, nous sommes revenus à Ischl; mais nous étions trop fatigués pour aller à la réunion du Casino.
19 juillet.
Après le dîner, nous sommes allés voir Louise Fûnfkirehen; nous avons montré à Clément tous les détails de sa jolie installation. Nous avons appris chez elle qu'on peut avoir pour dix mille florins une petite maison très-agréablement située, avec beaucoup de terrain, le tout se trouvant derrière la propriété du comte de Sickingen. Elle plaît beaucoup à Clément. Nous sommes allés avec tous les enfants au théâtre , oîi Ton jouait une farce que Clément a vue ici il y a dix-huit ans , le Docteur Kramperl ; les enfants se sont on ne peut mieux amusés à cette représentation.
20 juillet.
Wierer est venu me chercher pour me faire visiter la maison qu il a fondée pour des enfants pauvres. C'est un bel établissement, mais il revient si cher qu'on ne peut songer à créer quelque chose de semblable. Le curé y était venu pour m'en faire les honneurs avec son vicaire ; ils travaillent tous à l'œuvre commune avec des sentiments de véritable philanthropie. A la maison, j'ai assisté à la leçon d allemand de Mélanie; ensuite je me suis occupée à écrire jusqu'au dîner; Rothschild et Goldschmidt , qui sont ici depuis plusieurs semaines, les Sândor, Philippovich et Woyna ont dîné avec nous.
21 juillet.
Clément s'est décidé aujourd'hui à continuer sa cure et à ne pas aller en Bohème. J'avoue que cela m'a un peu contrariée. Plus tard il m'a développé tout son plan, qui consiste tout simplement à différer son départ jusqu'au 12 et à aller ensuite avec moi, sans les enfants, faire un court séjour à Plass et à Kœnigswart. Ce projet me rend inquiète. Mélanie est trop grande pour pouvoii- être laissée seule, et c'est avec une
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véritable douleur que je me sépare de Lothaire ; pourtant , que la volonté de Dieu se fasse !
A sept heures et demie est venu Woyna, pour lire avec moi l'ouvrage de Custine. J'éprouve de Tintérèt à l'entendre se prononcer sur ce livre; il est beaucoup plus à même de le juger que moi, attendu que je n'ai pas d'idées bien nettes sur la Russie. Bien que son cœur penche vers l'indulgence, Woyna est étonné et effrayé des vérités que renferme ce livre infâme, qui produit en Russie un effet écrasant. On dit que l'Empereur est très-irrité de cette publication.
L'Archiduc Charles-Ferdinand, fils de l'Archiduc Charles, est venu ce soir. Il a parlé du mariage de la seconde fille du Vice-Roi avec le prince de Carignan, et de celui du duc d'Ossuna avec la grande-duchesse Alexandra, enfin de celui du prince de Bavière avec la princesse de Modène.
22 juillet.
J'ai trouvé à l'église les deux Archiduchesses, qui assistaient à une messe des morts dite pour le repos de l'àme du duc de Reichstadt; c'est aujourd'hui l'anniversaire de sa mort.
J'ai reçu la visite assez peu réjouissante d'une demoiselle Craling. Elle est l'amie de tous les saints de profession, ce qui est quelque chose de terrible pour moi; mais comme Mimi Meyendorff me l'avait recommandée , il a bien fallu la recevoir. Elle a beaucoup parlé de son orphelinat de Berlin et tache d'obtenir de l'argent pour cet établissement.
Clément a été aujourd'hui chez l'Archiduc; les affaires intérieures le préoccupent beaucoup. Il s'agit de donner un successeur à Ghotek en Bohême ; Kolowrat paraît avoir promis ce poste à l'Archiduc Etienne. La Bohème est actuellement exposée à tous les dangers; personne n'agit, on laisse aller les choses , et l'on se borne à protéger personnellement des gens qui pour la plupart n'ont pas grand mérite.
Clément a reçu aujourd'hui l'agréable nouvelle que l'Empereur Nicolas demande, par l'intermédiaire de Golloredo, qui est arrivé en qualité d'ambassadeur à Saint-Pétersbourg, le consentement de l'Empereur d'Autriche à ce que trente mille hommes de troupes russes entrent en Valachie pour mettre fin aux complications dont ce pays est le théâtre. Clément est décidé à dire un no7i catégorique.
Les affaires de Hongrie, celles d'Espagne, où la révolution fait de grands progrès , car Espartero est en fuite , la situation de l'Angleterre, où la chute des torys est imminente; bref, l'horizon politique , qui est partout couvert de nuages , donne de graves soucis à mon mari; il se tourmente et travaille trop.
24 juillet.
A midi, j'ai accompagné Clément chez l'Archiduc; ensuite je suis allée chercher Louise Fimlkirchen, pour me rendre avec elle chez la comtesse de Sickingen. J'ai vu enfin cette maison enchantée , mais j'ai trouvé la comtesse dans un état peu enviable. La pauvre femme ne peut plus quitter son lit; elle a presque perdu l'usage de ses pieds, et elle fait réellement pitié. La maison est bien située, jolie, mais disposée, selon moi, d'une manière peu agréable. Le cabinet du comte est la seule pièce dont on pourrait s'arranger. La pauvre femme est jolie; elle a été très-aimable pour moi.
25 juillet.
L'Archiduc Albert épouse décidément la princesse Hildegarde de Bavière ; toute la famille est enchantée de ce mariage.
A huit heures, nous sommes allés, par un temps vraiment affreux, à la Réunion, où nous avons trouvé réuni tout le monde élégant d'Ischl, les Archiduchesses en tête. Le seul incident intéressant de la soirée a été la présentation de la
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comtesse de Flahault à Marie-Louise. L'ambassadeur n'est pas venu , ])arce qu'il était malade ; sa femme était de mauvaise liumeur, parce qu'elle ne pouvait pas échapper à cette présentation. Quant à moi, j'ai fait semblant de ne pas m'en apercevoir.
27 juillet.
A deux heures, j'ai dîné chez l'Archiduchesse Sophie. Nous étions : trois ISIetternich, deux Sândor, Falkenhayn , la comtesse de Schoenborn et mademoiselle de Vécsey. Le dîner a été très-gai, et, comme le soleil n'a pas tardé à se montrer, rArchiduchesse ne nous a pas retenus longtemps; nous avons donc fait une promenade en voiture avec nos trois garçons, et, pour compléter la fête, nous les avons conduits au moulin de Rettenbach, où nous avons pris le café. Là, Salomon Rothschild est venu se joindre à nous; il a parlé d'affaires avec Clément; plus tard, Marie-Louise et toute la Cour sont venues dans cet élégant café. IVIalgré la boue, nous sommes rentrés à pied, par un chemin charmant. Richard et Paul avaient dîné chez les petits Archiducs, ce qui les a rendus très-heureux. Sândor a eu une aventure dont on s'est entretenu vivement dans toute notre maison. Un homme s'était égaré sur une montagne ; en opérant sa descente, il fut pris de vertige et poussa des cris terribles. Sândor et ses gens allèrent à son secours, et ils réussirent, à l'aide de cordes, à le tirer de sa situation critique, qui toutefois n'était pas aussi périlleuse qu'il se le figurait.
Villafranca est arrivé ce soir. Les nouvelles d'Espagne sont si inquiétantes que le pauvre homme n'a pas pu tenir plus longtemps à Vienne.
28 juillet.
J'ai fait une promenade avec Clément; nous nous sommes égarés dans un marais, parce que mon mari veut toujours aller à la découverte.
29 juillet.
Medem est arrive et nous a annoncé Gordon pour ce soir. Nous l'avons emmené chez Rothschild, qui nous a donné un diner, à nous, aux Sândor et aux messieurs de la chancellerie d'État. Après cela, nous avons fait une jolie promenade, et, pendant que nous. étions chez Flore pour la chercher, Pierre d'Arenberg est venu chez nous ; c'est à peine si nous l'avons reconnu, tant il a engraissé. Le pauvre homme a perdu sa femme, qui le rendait très-heureux; elle lui a laissé deux garçons jumeaux et une petite fille. Il pleure quand il parle de son malheur. Il trouve que mon mari a une mine excellente. Il était intimement lié avec Victor, et il a pour Clément un attachement très-vif; bref, cet homme, que je vois si rarement, est un vieil et cher ami sin- lequel je crois pouvoir toujours compter.
Nous avons eu une soirée très-brillante; Sândor a foit venir un prestidigitateur, qui a exécuté devant nous des tours de cartes très-amusants. La comtesse Apponyi, née Sztâray, sa sœur, la comtesse Georges Esterhazy, Flahault, Gordon, qui est arrivé ce soir; en un mot, tout Ischl était réuni cliez nous. La comtesse de Flahault était encore tout émue d'un accident qui était arrivé à Léontine sur l'esplanade. Elle allait chercher les Redern; son cocher, en voulant tourner trop court, a cassé le timon et fait tomber les chevaux. Sândor, qui allait prendre congé de l'ambassadrice , attendu qu'il va passer quelques jours dans la montagne, est arrivé par hasard sur le théâtre de l'accident; d'un bras vigoureux il a relevé brusquement les quatre chevaux et les a empêchés de prendre le mors aux dents.
3a juillet.
Clément se trouve de nouveau au milieu d'un petit congrès. Gordon est chargé de s'entretenir avec lui des affaires d'Espagne, qui commencent à inquiéter l'Angleterre. Les Anglais disent : « Que devons-nous faire pour nous garantir de Louis-