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Trapani. Ce dont je puis répondre, c'est que les pourparlers entre Paris et Naples ont lieu sous la réserve que l'Autriche ^ n'en soit point informée. Vous ferez senil)]ant d'ignorer tons ces détails, et vous voudrez bien avoir soin de vous tenir dans les termes de mes dépêches ostensibles; et envers le Roi directement, dans ceux de ma lettre particulière , rédigée pour être portée à sa connaissance. Evitez tout ce qui aurait le caractère d'une sollicitation de notre part, car nous déclarons notre point de vue et nous ne sollicitons rien.
Ce qui est évident, c'est qu'à Eu, lord Aberdeen s'est laissé eniùler. La peur du mariage d'Isabelle avec le duc d Aumale Ta fait passer par tout ce qui ne porte pas ce nom. Dans une rencontre avec Louis-Philippe et M. Guizot, lord Aberdeen tirera toujours la courte paille.
Tout ce qui aujourd'hui porte le nom d'une affaire n'est que de l'intrigue. L'Espagne et la Grèce succombent à l'intrigue, et le prochain pays qui, sous ce rapport, ne sera pas mieux partagé, ce sera le Royaume de Naples.
Je vous recommande , mon cher comte , de vous pénétrer de l'esprit qui m'a diclé mon travail de ce jour et de régler sur lui votre atlitude , qui devra porter le caractère du calme , mais d'une décision arrêtée de notre part.
11 novembre.
1467. Veuillez faire tenir la lettre ci-jointe à son adresse. Elle est du marquis de Villafranca, qui prévient Don Carlos de notre retraite dans l'affaire espagnole. 11 n'en reçoit pas le premier avis , mais le dernier.
Si je dis notre retraite, l'expression n'est pas juste, car c'est le Roi Louis-Philippe qui se retire du terrain sur lequel, depuis l'envoi ici de M. Pageot, il nous avait invités à nous placer. N'a-t-il jamais voulu de la chose, ou bien a-t-il changé de disposition? Je crois à la dernière de ces alternatives. C'est surtout depuis que les ])aroles échangées à Eu ont prouvé au Roi que le ministre anglais accepterait tout, pourvu qu'il ne fût pas question d'un fds de ce Prince . que les partis ont été pris. Quoi qu il en soit, le mal retombera plus sur la France que sur nous.
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11 novembre.
1468. Ni le Roi Louis -Philippe ni M. Guizot ne seront tâchés de l'attitude dans laquelle nous nous retirons relativement à la question du mariage espagnol. Ils auront le sentiment d hommes qui se trouvent déchargés d'un poids. Ce qui est certain , c'est que les affaires espagnoles n'y gagneront rien.
Je vous prie d'attacher quelque valeur à ce que je vous dis au sujet de l'occasion manquée par les deux Cours engagées si malencontreusement dans la mauvaise intrigue espagnole, de se dégager de ce tête-à-tête , contre l'existence duquel elles ont souvent invoqué notre intervention. Un sort qui serait singulier s'il ne reposait sur des causes naturelles , c'est celui qui fait manquer au Roi Louis-Philippe les occasions d entrer dans une situation à cinq. Il en a été ainsi en 1840, et il en est de même aujourd'hui. La politique française est ambitieuse , et elle ne sait dès lors pas se ployer sous la simple raison. Celle de l'Angleterre, par contre, est niaise dans tout ce qui dépasse l'intérêt directement anglais , et par ces faits réunis , les positions excentriques sont à l'usage des deux puissances. Vous savez ce que dans tous les temps j'ai pensé de leur prétendue alliance; ce que j'en ai pensé, je le pense encore, et les résultats de leurs entreprises communes ne donneront jamais un démenti à mon jugement sur la nullité de ce qui n'est qu'une prétention irréalisable.
Je ne sais pas oii en est en ce moment la question du mariage entre Isabelle et un Prince napolitain. Le Roi de Naples se cache sur ce chapitre devant nous, et la découverte que nous avons faite, bien contre son gré, de ses pourparlers à ce sujet avec la France, l'aura péniblement affecté. Si je ne me trompe, ce sera l'Espagne qui ne voudra pas d'un Prince de la souche napolitaine, et comme je partage l'opinion de M. d'Ayllon sur ce qu'il arriverait de l'union d'Isabelle avec l'un des fds de Don Francesco, il me reste à demander : Où trouvera-t-on l'époux pour Isabelle? Je ne mets pas en doute qu'elle va être déclarée majeure, si déjà elle n'a passé le
Rubicon. Le fait ne changera rien à la situation des choses en Espagne et à sa propre position, si ce n est que la Reine en personne se trouvera placée en face d'un pays rendu ingouvernable par ceux mêmes qui ont créé le Trône constitutionnel en détruisant tous les éléments qui pouvaient servir d'appui à cette chaise de bois ! Tout cela est de la fort plate fantasmagorie, et finira par une très-compromettante critique de la marche de ceux qui auront aidé au mal.
Des scènes plus ou moins semblables se passeront en Grèce, et leur début n'est déjà pas trop mal. Les drames conçus d'après les règles du libéralisme sont des pastiches qui devraient ne point être représentés sur les grands théâtres. On dira au Roi Othon : « Suivez l'exemple du Roi des Français ; le 15 septembre fait le pendant des journées de Juillet; voyez comme avec de l'habileté on peut se tirer d'affaire ! » Ce qu'oublieront ceux qui parleront ainsi, c'est qu'il n'y a point de similitude entre les positions. Il y en aurait une si la révolte de Juillet avait laissé aussi sur le trùne le Roi Charles X; il n'y en a pas entre un Roi muselé et un Roi issu de la Révolution. Et puis, Othon n'a rien de l'habileté de 1-iOuis-Philippe, tout comme la Grèce ne ressemble en rien à la France, ni les Grecs aux Français.
2 décembre.
1469. M. Guizot s'est expliqué avec vous comme je m'y étais attendu sur les deux sujets en instance, les affaires de l'Espagne et celle de la Grèce , et le Roi Louis-Philippe prend l'attitude qui répond à son caractère , lequel a créé sa position, prise dans son grand ensemble. Louis- Philippe n'est pas libéral ; il est voué au culte de ce qu'il regarde comme utile pour lui et les siens. Il ne méconnaît i)as la valeur des principes du droit et de la justice; ce à quoi il restreint ses soins, c'est à s'en servir quand il regarde leur emploi comme pouvant servir le but qu'il tient en vue, et à les regarder comme n'existant pas quand il ne peut pas s'en servir dans son intérêt. C'est une manière de penser et d'agir comme une autre , et il en est de ces manières comme des goûts; tous sont dans la
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nature ! Cela n'empêche pas qu'il y en ait de bonnes et de fort répréhensibles! Comme ce ne sont pas les hommes qui dominent la nature et qui en règlent les lois , il s'ensuit que l'intrigue finit toujours par tourner contre ceux qui ne répugnent pas à en suivre la direction, et l'ordre de choses en France n'échappera pas à cette conséquence voulue !
Ne vous aventurez jamais ui avec M. Guizot ni avec le Roi sur le terrain espagnol. Attendez qu'ils vous en parlent, et aussi souvent qu'il en sera ainsi, cherchez vos répliques dans les préceptes de notre marche. Dans le cours dos dernières années, elle a été si clairement exposée par nous-mêmes aux Gouvernements français et anglais , qu'il ne nous reste plus ni une explication à leur donner, ni une pensée à avancer vis-à-vis d'eux. Ce qui m'est démontré, c'est que Louis-Philippe voit les besoins de l'Espagne comme nous les voyons, et que s'il n'en était empêché par un calcul d'intérêt contraire, il se vouerait à la recherche des seuls remèdes qui aient une valeur pratique. C'est la nature de son caractère qui l'arrête et qvù le fait s'écarter de la ligne droite , dont le Gouvernement anglais l'a en grande partie fait dévier. C'est donc à Londres qu'il faut chercher les plus grands obstacles au salut de l'Espagne, et ils se trouvent dans la terreur qu'inspirent aux Anglais, pris en masse, les mots absolutisme et catholicisme. A l'horreur que ces mots inspirent aux Anglais vient, dans la présente occasion, encore se joindre le désir, non moins national, de voir la succession bourbonienne s'éteindre en Espagne ; la répugnance est ainsi complète. Ce qui plaît aujourd'hui à Louis-Philippe, c'est de faire entrer Naples dans son orbite.
Quant à la situation en Grèce , elle satisfait, à un égal degré, les hommes d'Etat des deux rives de la Manche. On est toujours propagandiste quand on est révolutionnaire. La haine personnelle que le Roi des Français porte à l'Empereur de Russie fausse de son côté le jugement du premier. Tout cela aboutit à un gâchis politique dont les conséquences sont encore en partie consignées dans le livre du destin !
14 décembre.
1470. Je me permets de caractériser de folie la conduite de M. Olozaga ; elle peut cependant i.'avoir été que de l'exaltation de cet esprit de parti, qui agit comme une puissance sur les individualités espagnoles. Il ne m'est point prouvé qu'Oloza^a ait agi comme ennemi d'Isabelle. Ce dont je ne doute pas , c'est qu'il ait consulté sa haine contre Christine. Tout se dévide en Espagne entre des partis dont aucun ne s'appuie sur une autre base que sur celle d'une personnalité ; cette vérité est applicable au trône d'Isabelle lui-même , et repose sur la personnalité de Ferdinand YII. Aussi longtemps que les choses resteront placées ainsi, la lutte entre les partis sera sans fin; ce qui en trouvera une, ce sera le Trône.
La question entre Olozaga et la jeune Reine est fort dangereusement placée pour celle-ci. Les tête-à-téte sont des positions dangereuses quand ils ont lieu entre des individus dont l'un a tout et l'autre rien à perdre. Plus la conduite du ministre aura été folle et criminelle , moins elle paraîtra vraisemblable ; il en sera de même de la conduite sage et raisonnable de l'enfant couronnée.
Je crois en la vérité de l'enfant: les partisans d'Olozaga seront-ils dans la même disposition?
16 décembre.
1471. Le Journal des Débats renferme dans sa feuille du 10 décembre la phrase suivante : « La Reine, cette jeune fille iimocente, dont l'avènement au Trône a commencé l'ère de la liberté espagnole, etc.» Quand on lit un amas de paroles pareilles, on doit en conscience se demander pour qui elles sont écrites. U" innocence convient assurément aux jeunes filles , mais n'appartient pas aux prérogatives du Trône; si, par contre, elle doit tourner en un mérite pour Isabelle, il n'en saurait être de même de la liberté, qui date de l'avènement de l'innocente Reine, car la liberté espagnole ne saurait avoir de