L'ABDICATION DE NAPOLÉON
maréchaux ne doutent pas qu'A.upereau , Soult et Suchet ne passent à nous. Ainsi la guerre serait terminée d'un seul coup.
A Fontainebleau , Napoléon a encore de douze à quinze mille hommes. Le maréchal Macdonald prétend qu'il n'est })lus capable d'avoir deux idées qui siî suivent.
En dehors des nombreuses raisons qui militent pour l'éloi- (fnement immédiat de Napoléon, il faut tenir compte de la nécessité d'assurer la subsistance de l'armée nombreuse qui se trouve en face de lui ; c'est là une difficulté qui ne laisse pas d'être considérable.
Du reste, les maréchaux se sont déclarés prêts à mourir pour Na[)oléon, s'il n'abdiquait pas ; dans le cas contraire, toutefois, ils consentiraient sur l'heure à suivre le drapeau de Louis XVIII. Par suite de toutes ces considérations, j'ai cru pouvoir me dispenser d'attendre l'arrivée de Votre Majesté [)Our conclure et signer le traité.
Vous avez agi dans celte affaire comme il convenait, et, comme père, je vous remercie de tout mon cœur de ce que vous avez fait dans celte circonstance pour ma fille.
François, m. p.
Metternlch à l'Empereur François. Paris, le 11 avril 1814.
1Î)0. Votre Majesté aura sans doute appris par le comte de Uomhelles que le comte d'Artois est sur le point d'arriver à Paris. Après-demain, en effet, il sera dans ces murs.
Je prie Votre Majesté de venir en toute diligence. J'ai disposé pour Elle de l'hôtel de la princesse Borghese, qui est situé tout près de celui qu'occupe lEmpereur de liussie.
Paris présente l'aspect du calme le plus parfait. Hier, en arrivant, j'ai trouvé des milliers de personnes sur les boulevards. Les sentiments de la population sont tout en faveur des Bourbons. Ceux de l'armée le sont moins, tant que les
412 RECLEIL DE DOCLMEMS (n73-1815).
corps sont réunis ; mais un licenciement général est imminent.
Votre Majesté est attendue avec une «rande impatience par la population parisienne. J'ai pris, de concert avec Talleyrand, toutes les mesures pour assurer à Sa Majesté une réception digne d'Elle.
J'ai trouvé l'Empereur de Russie dans des dispositions trèsraisonnahles. Il divague beaucoup moins que je ne l'aurais cru : le prince de Sclnvarzenberg aussi a été très-content de lui. Du reste, il ne contient qu'à grand'peine sa joie de voir la tournure qu'ont prise les événements ; mais aussi le succès dépasse tout ce qu'on pouvait espérer.
J'ai dîné aujourd'hui chez Talleyrand, en compagnie de l'Empereur de Russie, des maréchaux Ney, Macdonald, Marmont, LefeLvre, du général Uessolle et de plusieurs autres ; ils sont tous on ne peut plus montés contre l'Empereur Napoléon. Il est difficile de se faire une idée de cette disposition des esprits, à moins de voir les choses par soi-même. Le Gouvernement fonctionne régulièrement, et nulle part son action ne rencontre d'obstacles. Sur tous les points règne le calme le plus parfait.
Je crois que Votre Majesté ferait bien de prendre la poste pour venir ici. Elle pourrait aussi voyager très-commodément au moyen de relais, en allant, le premier jour, de Troyes jusqu'à Provins, et, le lendemain, de Provins à Paris. En tout cas, il serait bon que Votre Majesté tâchât de sarranger de manière à arriver ici de jour. Aux relais qui se trouvent entre Provins et Paris, Votre Majesté pour-ia très-facilement se procurer quarante chevaux et même davantage, à la condition de les commander vingt-quatre heures à l'avance.
D'après des bruits vagues, il paraîtrait que le maréchal \A'oIlington a fait subir une nouvelle défaite à Soult.
La constitution a paru; sauf quelques modifications raisonnables, elle est conforme à la constitution anglaise. Le Sénat remplace la Chambre haute, le Corps législatif la Chambre basse. L'ancienne noblesse est rétablie; la nouvelle est confirmée dans SCS droits. En général, on a lâché autant que
L'ABDICATION DE NAPOLÉON (l81i). 473
possil)le de garder rancienne forme de gouvernement, tout en raccommodant aux besoins nouveaux. Le régime adopté est la monarchie constitutionnelle.
L'Empereur François à Metternich. Troyes, le 12 avril 1814.
191. Mon cher prince de Metternich, en réponse à vos rapports du 11 avril, j'ai à vous mander que, ne pouvant trouver ici ni chevaux ni fourrage, je vais aujourd'hui à Pontsur-Seine avec mes propres chevaux; demain, je continuerai mon voyage vers Paris aussi bien que je pourrai. Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait. L'important est d'éloigner Napoléon de la France, et plût à Dieu qu'on l'envoyât bien loin ! Aussi avez-vous eu raison de ne pas différer la conclusion du traité jusqu'à mon arrivée à Paris ; car ce n'est que par ce moyen qu'on peut mettre fin à la guerre. Je n'approuve pas le choix de l'île d'Elbe comme résidence de Napoléon : on la prend à la Toscane, on dispose, en faveur d'étrangers, d'objets qui conviennent à ma famille. C'est un fait qu'on ne peut admettre pour 1 avenir ; d ailleurs, Napoléon reste trop près de la France et de l'Europe. Au demeurant, il faut tacher d'obtenir que, si la chose ne peut être empêchée, l'île d'Elbe revienne à la Toscane après la mort de Napoléon , que je sois nommé cotuteur de l'enfant pour Parme, etc., et que, dans le cas où ma fille et l'enfant viendraient à mourir, les Etats qui leur sont destinés ne soient pas réservés à la famille de Napoléon.
Au surplus, je vous remercie, comme père, de tout ce que vous avez fait pour ma fille.
François, m. p.