‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 32 sur 121 · INTENTIONS BELLIQUEUSES DE NAPOLÉON (180S · texte numérisé non relu

INTENTIONS BELLIQUEUSES DE NAPOLÉON (180S

et se servit, entre autres phrases énergiques, de la suivante : « J'aime mieux que ce soit M. de Champagny qui ait mis son nom au bas d'un article pareil, que moi ; je ne l'aurais d'ailleurs jamais fait : il y a, dans la publication d'une nouvelle reconnue fausse, des nuances indignes du maître et de sou serviteur. »

Il est impossible que Fouché ne connaisse pas la source précise des nouvelles inquiétantes qui ont fait le sujet de notre entretien. Il me demanda si j'en avais écrit à Champagny ; je lui dis que non, et que si même Ghampagny était ici, j'eusse préféré parler à lui, Fouché, d'un fait que je déplore autant comme ami de la paix, comme cosmopolite, que comme ambassadeur d'Autriche. « Je n'ai point de plaintes à former, lui dis-je; il n'y a pas une question ouverte entre les deux Cours, bien moins encore un sujet de discussion quelconque. "

Fouché ne croit donc pas heurter de front les intentions de l'Empereur en glissant dans des articles des vues plus ou moins tranquillisantes. J'ai dit plus haut qu'Une me paraissait pas devoir entrer dans les calculs de l'Empereur de soumettre ii la fois l'Espagîie et de nous faire la guerre.

Un point de vue nouveau, et qui me frappe d'autant plus f|ue je ne connaissais pas encore la proclamation de Palafox , fut celui de nos prétentions sur la couronne d'Espagne* .

Ne serait-il pas possible que ce fût là le motif principal de tous les bruits que Napoléon répand et entretient visiblement pour nous tenir, ])Our ainsi dire, en haleine? Une analogie directe vient à l'appui de cette supposition. Votre Excellence se rappelle que, lors de ma négociation de Fontainebleau, ce fut avec une ridicule véhémence que l'on me demanda la reconnaissance des nouveaux Rois. L'Empereur, qui, plus que personne, sacrifie à ses préjugés, croyait pouvoir obtenir [)lus facilement la cession d'une province que la reconnaissance des

* Dans sa proclamation du 25 mai 1808, le général espagnol Palafox faisait allusion au choix de l'archiduc Charles d'Autriche comme Roi d'Espagne, on sa qualité de neveu de Charles III.

(Noie de l'Editeur.)

Rois ses frères ; je ne serais pas étonné de retrouver en lui la même crainte dans le moment actuel.

Que Votre Excellence traite avec induljjence le présent rapport. Il est inutile de lui parler de la singulière position dans laquelle je me trouve. Privé depuis le départ de ^I. de Talleyrand de tous moyens de contact et de rapport, autres f[ue par écrit (le plus stérile de tous), avec le Gouvernement près duquel je suis chargé de surveiller et de défendre nos intérêts, privé même de tout moyen de contrôle dans les voies officielles, je suis seul, entièrement isolé, accablé d'une responsabilité immense. Je serais alarmiste si j étais crédule, je serais qulétiste si je méprisais ces mêmes bruits.

Je risque tantôt de donner dans des panneaux tels que ceux qu'on a tendus à M. de Lucchesini , tantôt d'induire ma Cour en erreur en ne lui donnant pas l'éveil. Mes rapports ont depuis longtemps porté plutôt l'empreinte de l'alarme que d'un excès de sécurité. Ce n'est pas dans ce dernier sentiment que, dans ce moment, je puise la conviction que ce n'est pas demain que nous serons attaqués par la France. Quand le serons-nous? Je l'ignore, mais il est dans le caractère et dans la politique de Napoléon que ce soit dans le premier moment ([ui lui paraîtra favorable. Je ne crois pas que ce soit de préférence le présent; mais il peut le devenir incessamment, et c'est avec une satisfaction extrême (jue je vois les efforts l)lcn calculés que fait notre auguste Maître pour le salut de sa Maison et de ses États.

MeUernlch à Stadion. Paris, le l'''" juillet 1808.

109. S il est difficile do connailre au juste les plans de Napoléon, il est possible de les éclaircir par dc^ rapprochements qui sont bien plus du ressort d'un militaire consommé que du mien ; mais des données fournies par un observateur quelque peu instruit qu'il puisse être, mais imj)artial, sont précieuses pour le chef militaire. Elles acquièrent beaucoup de valeur quand elles sont basées sur des Jaùs certains.

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