‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 33 sur 121 · INTENTIONS BELLIQUEUSES DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

INTENTIONS BELLIQUEUSES DE NAPOLEON

Votre Excellence a depuis longtemps entendu parler de camps que devaient former les armées françaises en Prusse. La disette de vivres dans plusieurs [)rovinces, la ruine totale des habitants des villes servirent de prétexte, et furent peutêtre un des motifs réels de ces rassemblements ; on devait former des camps près de Stargaid, de Berlin, etc.

Des ordres ultérieurs leur donnèrent une direction différente ; les corps de Davoust et de Mortier (forts, y compris les Saxons et les Polonais, d'environ cent vingt mille hommes) reçurent ordre de se rassembler dans les environs de Schweidnitz en Silésie. C'est sans doute ce mouvement qui jeta Talarme en Bohême.

Les maréchaux Soult et Victor, au lieu de rester sur la droite de rOder, durent former deux camps près de Neu- et Alt- Ruppin et de Rathenau. (Leurs divisions peuvent être évaluées à près de soixante-dix mille hommes.)

Un rassemblement dà peu près vingt mille hommes dut avoir lieu à Mewe, sur la Vistule.

On fit sotis main mettre l'idée en avant que le Gouvernement prussien allégerait , dans un moment de pénurie extrême, ses dépenses, en remettant contre inventaire aux troupes françaises les forteresses qu'elles n'occupent pas encore en Silésie.

Ces mesures, que je puis garantir comme exactes, paraissent ajournées. Ma Cour est plus à même que moi de contrôler les mouvements des corps français en Silésie, mais il est de fait qu'une concentration y paraît effectivement nécessitée par le manque de vivres dans les provinces d'où on tire les troiqies qui, d'après cette dislocation, camperont dans la partie la plus fertile et la plus conservée de la jNIonarchie prussienne.

Que Sa ÎNIajesté Impériale me permette de Lui soumettre un aperçu qui, portant purement sur des opérations militaires, n'est peut-être de ma part qu'un songe creux. Mais je vais la carte en main, et je calcule par analogie ; toutes les campagnes de Napoléon se ressemblent.

Ne pourrait-on pas voir dans l'armée de Silésie le corps

principal qui serait destiné à o})érer sur une seule ligne trèscourte vers le centre de la Monarchie? En pénétrant en Moravie, elle isole la Bohème, elle coupe la Galicie ; elle a soixante lieues jusqu'à Vienne, et pénètre aussi facilement en Hongrie qu'en Galicie.

Les camps de Rathenau et de Ruppin ne peuvent-ils pas être regardés comme les réserves de l'armée principale ?

Le rasseml)lement près de Mewe n'est visiblement qu'un corps d'observation sur la Vistule, et assez fort pour disputer quelques importants passages.

Les mouvements de Napoléon sont toujours concentriques, il n'agit pas sur un simple rayon ; le premier contrôle de ce plan serait donc des données certaines sur des rassemblements de troupes dans le ci-devant pays Vénitien, ce qui établirait une base d'opération dont les angles extrêmes seraient en Italie et en Silésie. L'Autriche et la Bohème seraient conquises de. fait par l'entrée de l'ennemi en Moravie, ou du moins se trouveraient tellement en arrière de la ligne, que, leur défense nous étant impossible, leur attaque serait inutile. Le corps de Marmont pénétrerait par le bas de la Hongrie, et quelques succès de la part de l'armée d'Italie nous rejetteraient incessamment dans le centre de ce royaume. Les armées bavaroises et confédérées occuperaient de cette manière sans difficulté les j)rovinces à leur portée. Nous devons donc calculer nos mesures de défense comme si nous avions une guerre à soutenir contre la France et contre la Prusse réunies. — Ne sont-elles pas réimies effectivement sous un seul chef, avec des moyens moraux et physiques plus puissants que ceux dont elles disposaient autrefois?

Ce plan n'est sans doute praticable (|ue dans la supposition de la plus parfaite inq)assibilité de la Bussie.

Son armée est composée de vingt-trois divisions, dont six en Moldavi(î et Valachie, avec à peu près huit à dix mille Cosaques ; quatre en Fiidande; quatre en Courlande, Livonie et sur les côtes de la Baltique; trois qui ne bougent jamais de la Sibérie et du Caucase.

Restent cinq divisions dans les provinces polonaises, aux-

Page 1