‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 34 sur 121 · INTENTIONS BELLIQUEUSES DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

INTENTIONS BELLIQUEUSES DE NAPOLÉON

quelles il faut ajouter ki majeure partie de la cavalerie des divisions qui sont en Finlande.

Ces cinq divisions, qui peuvent à peu près se monter à quatre-vingt-dix mille hommes, sont donc les seules qui, dans les premiers moments d'une déclaration énergique de la Russie, pourraient compter pour nous ; mais elles ne pourraient probablement commencer leurs opérations que par la reprise de la Galicie, contre laquelle sans doute tous les moyens moraux et militaires seraient épuisés de prime abord par les Français. Pourrions-nous enfin compter, après la pi^emière défaite, sur les secours d'ime puissance qui craindrait de se prononcer avant les hostilités, et ces secours ne seraient-ils pas également trop tardifs pour épuiser les chances qu'offrirait une victoire ?

Je me résume :

Nous avons donc une armée d'à peu près deux cent vingt mille hommes qui peuvent entrer en campagne dans notre dos et dans notre flanc, en Silésie et en Prusse. Cette armée devait naguère se partager en une première ligne, une réserve et un corps d'observation.

Les ordres qui devaient ainsi répartir l'armée ne s'exécutent pas dans ce moment.

Il y a donc des motifs à cet ajournement, et ces motifs sont, sans doute, les efforts que nécessitent les insurgés espagnols.

Cette même armée n'a point à attendre des renforts momentanés ; tout ce qu'on peut rassembler de monde est transporté en poste vers les Pyrénées.

L'Empereur voulait appeler la conscription de 1810, mais de fortes représentations sur rexlréme jeunesse des individus qui la composent ont fait préférer le tirage de la réserve d.e 1802, la seule qui n'ait pas été employée, mesure qui fera beaucoup ciier, parce qu'elle ne porte que sur des hommes établis; je n'ai point de données sur le nombre d'hommes ([u'elle peut fournir, mais nous la verrons incessamment publier.

Le produit de la nouvelle conscription se portera sans doute

Igl RECUEIL DE DOCUMENTS (mS-lSlS).

dans les premiers moments du côté de TEspagne, mais c'est elle également qui recrutera les armées en Prusse le jour où l'insurrection sera calmée.

Nous avons dans ce moment à diriger nos moyens de défense contre une armée égale en nombre à la nôtre, et qui dispose de tous les points vulnérables, non-seulement des frontières, mais même de l'intérieur de notre Empire.

Cette position embarrassante n exige-t-elle pas des mesures promptes, parce que le sort nous a ménagé un moment de répit, — énergiques, parce qu'après elles nous ne disposerons plus d'autres? Des considérations secondaires doivent-elles arrêter les soins que réclame impérieusement notre salut?

Provoquer la guerre avec la France serait de la démence : il faut donc l'éviter : mais on ne l'évite qu avec de puissants moyens. Ceux que rassemblent les soins de Sa Majesté Impériale, toutes les dernières mesures militaires sont assurément faites pour mettre l'armée sur le pied le plus respectable ; mais notre armée, quelque forte, bonne et retrempée (|u'elle puisse être, est-elle en nombre suffisant pour sauver de sa ruine finale une Monarcbie attaquée sur toutes ses frontières à la fois, et privée, dès l'ouverture d'une campagne, de ses moyens les plus précieux, de ses provinces les plus importantes? Ce n'est donc plus en nous seuls que nous pouvons et devons cbercher notre salut ; il nous faut le devoii' autant à notre intelligence politique qu'à nos moyens militaires.

Je regarde le moment actuel comme le dernier où il nous soit possible de nous ouvrir des cbances de conservation; ces cliances sont frêles, parce que, d'après mes calculs, elles ne reposent que sur la Russie.

Il me paraît urgent, et je dirai même de la dernière urgence, de s'expliquer très-franchemenl , et surtout trèsdirectement, avec cette puissance. Que peut-il y avoir de compromeltaiù dans la déclaration suivante que ferait un envové ])rudent et pénétré de toute l'urgence de la chose ? — Il dirait à Alexandre :

" Notre position devient plus embarrassante de jour en jour. Deux cent mille hommes menacent de pénétrer dans

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