NÉCESSITÉ D'INFLUENCER LA PRESSE
Il est do la plus urgente nécessité cVinfluer de manière ou d'autre sur les gazettes en général et particulièrement sur ces deux qui ne cessent de répandre les mensonges souvent les plus ridicules sur notre compte. C'est d elles que sont extraits la plupart des articles qui se trouvent dans les feuilles françaises. Pourquoi ne communiquerait-on pas à ces différentes gazettes des nouvelles vraies? pourquoi ne dirigerait-on pas leurs correspondants à Vienne, ne les censurerait-on pas sur les lieux où ils publient leurs feuilles?
Une faute immense que tous les gouvernements et le nôtre en particulier ont commise depuis le commencement de la révolution française, est celle de regarder comme inutile, comme au-dessous de leur dignité et de celle de la bonne cause, et enfin comme dangereux, de parler avec le public, de lui parler vrai, de ne jamais cesser de lui parler. Cette vérité n'est jamais plus incontestable (|ue quand on a des Krançais pour adversaires. Aussi ont-ils eu beau jeu ; ils n'ont fait qu'occuper une place vide en s'emparant de tous les bureaux de journalistes, et on ne peut pas leur reprocher de se taire ; ils ont relevé l'arme que nous avions assez méprisée pour la jetrr, et s'en servent maintenant contre nous.
On a confondu partout \ usage de la chose avec son abus, létat de pamphlétaire avec celui d'écrivain politique, de raisonneur avec celui de conteur pur et simple de faits simples et corrects ! L'opinion publique est le plus puissant des moyens, un moyen qui, comme la religion, pénètre dans les recoins les plus cachés, et où les mesures administratives perdent leur influence ; inéprlser 1 opinion publique est aussi dangereux que mépriser les principes moi'aux ; si ces derniers peuvent renaître même là oii on aurait voulu les étouffer, il n'en est pas ainsi de l'opinion : elle demande un culte particulier, une suite et une persévérance soutenues. La postérité croira à peine que nous avons regardé le silence comme une arme efficace à opposer aux clameurs de la partie adverse, et cela dans le siècle des mots !
Qui pourrait trouver à redire que nous ne souffrions point
qu'on pourrisse le public de mensonges sur notre compte? Il n'y a pas une des susdites feuilles qui ne dise, sous la rubrique devienne, que nous sommes en pleine négociation sur des objets importants, ou qui ne publie des mensonges sur des faits et des individus. Ce n'est pas le public qui peut démêler si une nouvelle est vraie ou fausse. Une nouvelle fausse a l'air d'être vraie s'il ne se trouve personne pour la démentir, et je place 1 Empereur Napoléon à la tête du j)ublic crédule. Il y a une grande différence entre ce qu'il conçoit et ce qu'on lui insimie; on ne le ferait que très-difficilement changer sur ce qu'il veut, mais on peut surprendre sa crédulité.
Je supplie Votre Excellence de vouer à cet objet une atten- (ion toute particulière. Rien de plus facile que d'éviter toute forme officielle dans ces publications, qui n'ont de mérite (|u'autant qu'elles ne portent pas cette empreinte. Je lui parle d'un lieu où plus qu'autre part je puis apprécier le succès des soins que prend le Gouvernement afin d'influencer le public dans son sens. Les gazettes Avalent à Napoléon une armée de trois cent mille hommes, qui ne surveillerait pas mieux l'intérieur et effrayerait moins l'extérieur qu'une demi-douzaine de folliculaires à ses gages.
«UriT OLE l-ONT LES .MVMEMl'NTS DE L AUTUICIIE. •
(Note 28, |). 223, t. I.)
m. Mcttcinicti à Stadion (E. D.), Paris, le 25 juillet 181)S. — 112. Metlc.nicli à Stadion (E. D.), Paris, le 2 août 1808. — 113. ML-ltcrnich à Stadion (E. D.), Paris, le 2 août 1808.
111. Le courrier IJcck ma remis les dépêches dont Votre Excellence l'a chargé.
Je le réexpédie avec des pièces qui, sous tous les rapports, méritent la plus haute attention de Sa ^lajesté Impériale, l^lle se convaincra que nous touchons à 1 époque oii les })lus pro-