‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 39 sur 121 · AUDIENCE ACCORDÉE A METTERNICH · texte numérisé non relu

AUDIENCE ACCORDÉE A METTERNICH

nous entendrions maintenant ; mais les choses étant placées comme elles le sont par suite de votre attitude, il faudra que je m'entende avec la Russie ; mais je n'ai de ce côté qu'un intérêt indirect, et peu de choses à prétendre de la Porte; — des procédés, un changement dans des petites choses, peuvent, de leur côté, amener des modifications en votre faveur. Expliquez bien à l'Empereur que ce n'est pas un motif d'ambition qui m'a dirigé dans les affaires d'Espagne , mais la seule question des Bourbons, et de l'incompatibilité de leur existence avec la mienne, principe qui n'est applicable à aucune autre Maison régnante de l'Europe, et dites-lui bien que je regarde tout entre nous comme fini. »

J'avais demandé à Ghampagny le rappel de Séguier *, j'en réitérai le vœu à l'Empereur. Il me le promit; il ne le rappellera pas tout de suite, parce qu'il ne veut pas avoir l'air de céder à la populace de Trieste ; mais il le fera en conformité du principe qu'il ne faut jamais laisser dans un pays étranger un agent qui y déplaît. Il me dit que si Séguier avait tenu les propos dont je me plaignais, il était tout à fait criminel.

Le résultat de cette conversation, que je ne puis regarder que comme la dernière scène de la discussion qui nous occupe depuis le mois de juin, me paraît être le suivant:

L'Empereur Napoléon, devant faire de grands efforts pour la conquête de l'Espagne, ne songe nullement à nous attaquer dans ce moment. L'Autriche ayant, de son côté, atteint le trèsgrand but d'avoir complété dans une mesure fort respectable ses moyens de défense intérieure, pourra consolider ses forces; elle n'en a pas atteint un moins grand en conservant dans la dernière discussion l'attitude honorable qui convient à une puissance de premier ordre, sans peur ni reproche.

Si je ne puis attribuer qu'aux efforts que fait un peuple sur le concours duquel nous n'étions nullement en droit de compter, le dénoûment d'une question qui paraissait devoir se compliquer beaucoup, je ne me crois pas étranger au maintien de la dignité de la Cour et de la cause que j'ai eu le bonheur

^ Consul (le France à Trieste. (Note de lEditrur,)

214 IIECUEIL DE DOCUMENTS (1773-1815).

d'avoir à défendre. Le suffrage de notre auguste Maître sera la plus douce récompense que j'ambitionne.

Metternich à Stadlon. Paris, le 26 août 1808.

117. Je suppose que Votre Excellence sera parfaitement d'accord avec la conclusion de la précédente dépêche. Elle n'exige point de développements, mais elle offie des chances favorables dans son application à notre ligne de conduite future.

L'Autriche a atteint un immense but. Elle a mis à profit le seul moment que lui offraient les derniers temps pour panser ses plaies, pour remonter sur la scène de l'Europe plus forte et plus puissante que jamais. Les événements les plus imprévus sont venus à son secours; elle n'eût peut-être pas pu exécuter ce qu'elle avait si sagement conçu, sans ces mêmes événements ; mais ces événements existent, nous avons exécuté; bornons-nous à le constater, et profitons-en.

L'Empereur n'avait au fond rien à me dire hier. Il s'est donc accroché à des bagatelles; mais elles ne le sont pas pour lui. Nous établirons de meilleures relations par de petites formes que par de grandes concessions. Si nous voulons un jour la guerre, faisons-la rondement; voulant la paix, rendons-la douce en observant ces petites formes. Notre considération est assez établie pour que nous ne puissions craindre de la compromettre par des procédés quelque minutieux qu'ils puissent être. J'ai dit hier à l'Empereur que des procédés grands ou petits ne pouvaient exister qu'avec la plus parfaite réciprocité. Sondons le terrain et arrêtons-nous, si on ne nous répond pas dans le même sens.

Quant à nos mesures militaires, qu'on parle du point de vue certain que la guerre ne peut avoir lieu avant un an; la conquête de l'Espagne sera ou impossible ou prompte, mais coûteuse. Elle exige de grands efforts momentanés, elle n'en exigera pas de moindres pour la maintenir. L'Empereur sera occupé pendant plusieurs mois au delà des Pyrénées; ses meilleures troupes en prennent la direction. Il lève une con-

AUDIENCE ACCORDÉE A METTERNICII (1808). 213

scription; mais si même, ce qui n'est pas, il pouvait l'employer dans son entier pour nous combattre, il ne le ferait pas. Il nous respecte assez pour ne pas nous attaquer avec de simples recrues ; il vient d'éprouver en Espagne qu'elles ne sont bonnes que Irès-entremélées à d'anciens soldats ou pour donner la chasse à une troupe battue. Et que de chances au bout d'une année ! L'Empereur hasardera tous les jours moins celles d'une guerre disputée; l'esprit public y répugne de plus en plus, et reconduire ses armées des Pyrénées vers l'Inn n'est pas l'affaire d'un moment, et ne peut plus être l'effet d'une simple lubie.

Je prévois qu'après l'évacuation de la Prusse ( et le traité est effectivement prêt à être signé au premier jour avec le baron de Brockhausen), il laissera des forces en Allemagne et probablement en Italie pour nous observer; la plus simple prudence l'exige. N'ayons pas 1 air de nous en apercevoir; rentrons dans le calme ; reposons-nous sur nos immenses ressources en cas de danger; prouvons que nous regardons le moment actuel comme le plus propice à tant d'améliorations intérieures, et comme le plus exempt de toute inquiétude qui pourrait nous venir du dehors.

Telle est ma manière de voir, que je n'hésite pas à soumettre avec franchise à notre auguste Maître.

J'ai témoigné hier à l'Empereur le désir de l'accompagner dans son premier voyage, convaincu que de bonnes relations entre grandes puissances ont besoin d'être cultivées sans cesse. Je lui ai dit que dans le cas où il ne remplirait pas mon vœu, je soumettrais à mon Maître celui de pouvoir aller à Vienne, ne fût-ce que pour deux ou trois semaines. J'ai exprimé avec intention l'une ou l'autre alternative, convaincu de l'utilité de la première et pour me donner la chance de pouvoir demander à Sa Majesté Impériale d'être appelé à Vienne, où je regarderais ma présence dans un moment de la plus entière stagnation dans les affaires comme pouvant fournir l'occasion à des explications verbales utiles à son service.

aiG RECUEIL DE DOCUMENTS (1773-1815).

l'entrevue des souverains a erfurt.

(Note 26, p. 223, t. I.)

118. Metlernich à Stadion (E. D.), Paris, le 14 septembre 1808. — 119. M.tternichà Stadion (E, D.), Paris, le 14 septembre 1808. — 120. Metlernich à Stadion (E. D.), Paris, le 22 septembre 1808.— 121. Metternicb .\ Stadion (E. D.), Paris, le 23 septembre 1808.

118. Un officier des chevaliers-gardes, arrivé ici avant-hier en courrier de Saint-Pétersbourg, a porté à l'Empereur la nouvelle d'une détermination définitive de l'Empereur Alexandre sur le lieu et sur le moment de leur entrevue. Les deux Souverains seront rendus à Erfurt le 27 septembre. L'Empereur des Français prend la route par Metz, Francfort, Mayence, et compte être de retour ici le 15 octobre. Le Corps législatif est convoqué pour le 22 du même mois, et Sa Majesté ira, peu après cette époque, rejoindre l'armée qui se rassemble au pied des Pyrénées...

Napoléon se fait accompagner par MM. de Talleyrand, de Champagny, Maret et Duroc; le général Nansouty et deux chambellans forment le reste de sa suite. MM. de Jlomanzow, de Tolstoy et de Caulaincourt accompagnent l'Empereur Alexandre. L'Empereur Napoléon a fait entrevoir à M. de Tolstoy qu'il l'inviterait à 1 accompagner. Cet ambassadeur a pris le Souverain au mot, et est parti de ce principe dans les entretiens que depuis il a eus avec M. de Champagny.

Convaincu que dans les grandes occasions il faut ])rendre de grands [)artis, je me suis, après mûre délibération sur les avantages et désavantages que pourrait présenter celui que je projetais, rendu hier matin chez M. de Talleyrand. C'est lui qui m'a confié les détails sur le voyage de Sa Majesté que je viens d'avoir 1 honneur de communiquer à Votre Excellence. Il me demanda si je n'a vais point encore de réponse sur le projet qu'aurait notre auguste Maître de venir surprendre les deux Souverains à Erfurt; 11 insista beaucoup et de nouveau sur l'extrême utilité de cette démarche. Il fait une immense

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