‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 73 sur 121 · LE MARIAGE PE NAPOLÉON AVEC M A RIE- LOU I SF · texte numérisé non relu

LE MARIAGE PE NAPOLÉON AVEC M A RIE- LOU I SF

(Note 46, p. 234, t. I.)

150. Metternich à Scbwarzenberg (E. D,), Vienne, le 25 décembre 1809. — 151. La comtesse de Merternich à son mari (Lettre), Paris, le 3 janvier 1810. — 152. Metternich à sa l'emme (Réponse), Vienne, le 27 janvier 1810. — 153. Metternicb à Schwarzonber;; ( E. D.), Vienne, le 27 janvier 1810. — 154. Metternich à Scbwarzenberg (E. D.), Vienne, le 14 février 1810. — 155. Metternich à Schwarzenberg (E. D.), Vienne, le 19 février 1810.

ISO. . . . Vous désirez, mon Prince, recevoir une direction précise sur les intentions de Sa Majesté Impériale relatives à une question qui pourrait être mise incessamment sur le tapis. Si le divorce de Napoléon a lieu , il serait possible que Ton vous sondât sur une alliance avec la Maison d'Autriche. Je connais un parti qui à Paris s'emploiera très-directement en faveur de cette idée : c est celui qui depuis longtemps vise à mettre des bornes aux bouleversements de F Europe. ^les rapports de 1808 renferment des données très- précises sur cet ol)jet. Si le divorce de l'Empereur Napoléon n'a pas eu lieu à cette époque , on ne peut en chercher le luotif que dans les entraves qu'il prévoyait au développement de son système politique , par une alliance avec une des premières puissances de l'Europe. Si dans le moment actuel la répudiation de l'Impératrice devait être assurée , le même calcul peut 1 empêcher de songer à la fille de notre auguste Maître; le fait même de sa demande paraît devoir vous fournir une base sur laquelle il peut nous être permis de calculer l'élcndue des vues destructives qu'il nouirit contre nous, et j époipie plus ou moins prochaine qu'il fixe pour leur exécution.

L Flinpereur, notre auguste Maître , a dans toutes les occasions prouvé que le salut de l'Eltat est la première de ses lois. Quel Souverain lui a sacrifié plus de considération, de justes ressentiments, de bonheur particulier? Si des motifs m,ijeurs

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parlent dans le cœur de tout père contre le fait seul d'une alliance avec Napoléon, combien ces motifs ne doivent-ils pas être augmentés, quand ce père se trouve être le Souverain d'un vaste Empire !

Sa Majesté , néanmoins , à laquelle rien ne répugne de ce qui peut contribuer à assurer le bien-être et la tranquillité de l'Etat, loin de rejeter cette idée, vous autorise. Monsieur l'ambassadeur, à la suivre et à ne point vous refuser aux ouvertures qui pourraient vous être faites à cet égard. Ce n'est toutefois qu'avec les restrictions suivantes qu'il serait possible que vous abordiez les questions :

1' Toute ouverture serait reçue par vous sans aucun caractère officiel. Votre Altesse ne pourrait même s'en charger qu'en mettant en avant sa bonne volonté personnelle de sonder le terrain chez nous.

2° Vous établiriez comme remarque particulière provenant devons, mon Prince, que si nulle considération secondaire, nulle prévention n'influera jamais sur les déterminations de l'Empereur, il est des lois auxquelles il restera toujours soumis.

Sa Majesté ne forcera jamais une fille chérie à un parti qu'elle abhorrait , et Elle ne donnera jamais son consentement à un mariage qui ne serait pas conforme aux préceptes de notre religion.

3° Vous tâcherez, en outre, de préciser le plus possible la question des avantages (|ue la France offrirait à l'Autriche, dans la supposition de la conclusion d'une alliance de famille. Le caractère personnel que vous établirez à ces premières ouvertures vous facilitera cette dernière recherche.

Telles sont les directions que, pour le moment, je puis avoir rhonneur de transmettre à Votre Altesse, et qui sont seules conformes à la position générale des affaires et à la nôtre en particulier.

Je dois vous prévenir, mon Prince, qu'avant son départ d'ici, M. Alexandre de Laborde, dont le rôle dans la dernière pacification est connu de Votre Altesse, est venu me trouver et me sonder sur la possibilité d'une alliance de famille. Il a mis sur le tapis le mariage du prince impérial avec la fille de Lucien,

OU bien celui de l'archiduchesse Louise avec Napoléon. Je ne lui ai guère laissé d'espoir pour le premier, et je me suis expliqué sur le second dans le sens des instructions que j'ai l'honneur de vous transmettre aujourd'hui.

Laborde, qui, dans les derniers temps, a été directement employé par Napoléon dans ses rapports avec nous, n'aura pas manqué de préparer le terrain dans ce sens, et je l'éclaircis j)Our Votre Altesse en La mettant au fait de cette circonstance .

La comtesse de Metlernicli à son mari. Paris, le 3 janvier 1810.

151. Aujourd'hui, j ai des choses bien extraordinaires à vous conter, et je crois presque que ma lettre fera une partie essentielle de l'expédition.

D'abord il faut que je vous dise que j'ai eu ma présentation chez l'Empereur dimanche passé. Je ne l'avais demandée que verbalement à Champagny, lorsque je reçus une lettre de M, de Ségur qui m'annonçait que 1 Empereur l'avait fixée à dimanche, et que je devais faire choix d'une dame du palais qui me présenterait, .le choisis dans ma sagesse la duchesse de Bassano, et après avoir attendu, ainsi qu'une vingtaine d'autres femmes au nombre desquelles étaient la princesse d'Isenbourg, madame de Tyszkiewitz et autres, depuis deux heures jusqu à six heures et demie du soir, je fus introduite la première, et

I Empereur me reçut comme je ne l'aurais pu croire. II témoigna une vraie joie de me revoir et de ce que j'étais restée ici pendant la guerre ; il me parla de vous et dit : «M. de Mettcrnich a la première place de la Monarchie ; il connaît bien ce pays-ci, il pourra lui être utile. « Cette phrase me frappa surtout par ce qui va suivre.

Le lendemain malin, madame d'Audenaidc vint chez moi et me dit <jue l'Impératrice désirait beaucoup nu; voir; je me rendis à hi Malmaison le jour d'après, qui était hier. Quand j'arrivai,iln yavalt dans le salon que le Vice-Roi, qui est bien le meilleur des humains; c'est la Reine de Hollande en homme.

II m a beaucoup parlé de vous, et au milieu de notre couver-

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sation est arrivée la Reine, qui se réjouit beaucoup de ce que nous ayons si vite refait connaissance; puis, me prenant à part, elle me dit : « Vous savez que nous sommes tous Autrichiens dans Fâme; mais vous ne devineriez jamais que mon frère aeu le courage de conseiller à l'Empereur de demander votre archiduchesse ! » Je n'étais pas encore revenue de mon étonnement, lorsque llmpératrice entra, et après m'avoir parlé de tous les événements qui viennent d'arriver, et de tout ce qu'elle a souffert, elle me dit : « J'ai un projet qui m'occupe exclusivement, et dont la réussite seule me fait espérer que le sacrifice que je viens de faire ne sera pas en pure perte ; c'est que l'Empereur épouse votre archiduchesse; je lui en ai parlé hier, et il m'a dit que son choix n'est point encore fixé; mais, a-t-elle ajouté, je crois qu'il le serait, s'il était sûr d'être accepté chez vous. » Je lui dis tout ce que je pus pour lui prouver que, pour moi individuellement, je regarderais ce mariage comme un grand bonheur; mais je ne pus m'empécher d'ajouter que, pour une archiduchesse d'Autriche, il pouvait être pénible de venir s'établir en France. Elle disait toujours : « Il faut que nous tâchions d'arranger cela » , et puis elle se désolait que vous ne fussiez pas ici. « Il faut faire envisager à votre Empereur que sa ruine et celle de son pays est certaine s'il n'y consent pas, et c'est peut-être aussi le seul moyen d'empêcher l'Empereur de faire un schisme avec le Saint-Siège. » Elle me dit que l'Empereur devait déjeuner chez elle aujourd'hui, et cfu'elle mo ferait alors savoir quelque chose de plus positif. Dans ce moment je reçois un billet de la Cochelet, (jui me dit que la Reine m'attend demain matin; il faudra donc voir ce qu'elle aui-a à me dire.

Je n'ai point revu la Reine de Hollande, parce qu'elle est malade. Je n'ai donc rien de positif à vous dire sur l'affaire en question; mais si je voulais vous conter tous les honneurs dont j'ai été comblée, je n'en finirais pas de sitôt. Au dernier cercle, j'ai joué avec l'Empereur; vous pouvez bien croire que ce n'était pas une petite affaire pour moi; cependant, je m'en suis tirée avec gloire. Il a commencé par me faire de grands éloges sur mon bandeau de diamaiits et sur l'éternelle robe

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d'or, et puis il ma beaucoup questionnée sur ma famille et toute ma parenté ; il voulait absolument, malgré tout ce que je pouvais lui dire, que Louis de Ivaunitz fût mon frère. Vous ne sauriez croire ce que cette partie de jeu a fait d'effet; quand elle a été finie, je fus entourée et courtisée par tous les grands dignitaires, maréchaux, ministres, etc. J'eus de quoi faire des réflexions philosophiques sur la vicissitude des choses humaines.

Metternich à sa femme. Vienne, le 27 janvier 1810.

1S2. C'est avec un intérêt bien vif que j'ai lu les renseignements que renferme votre dernière lettre sur l'entrevue que vous avez eue avec l'Impératrice. Cette princesse a fait, dans les derniers temps, preuve d'une force de caractère qui doit bien augmenter les sentiments de vénération que depuis longtemps lui ont voués la France et 1 Europe entière.

File vous a parlé avec une telle franchise que je tiens à vous mettre à portée de lui répondre de même, et je désire beaucoup que vous en cherchiez l'occasion. Il est des questions dans ce monde qui, à force d'être délicates, ne sauraient être abordées d'une façon trop droite. L Impératrice s'est placée devant vous avec cette noblesse qui la caractérise; vous devez donc répondre sans détour à la preuve flatteuse de confiance qu'elle vous a donnée. Il serait superflu d'agiter vingt considérations qui ressortent des questions du genre de celle qui a été cntaniée par 1 Impératrice vis-à-vis de vous.

Je regarde cette affaire comme la plus grande qui puisse dans ce moment occuper l'Europe ; je vois dans le choix que fera l'Empereur Napoléon la possibilité du gage d'un ordre do (choses non moins conforme aux intérêts généraux de tant de peuples (jui, après des secousses aussi affreuses et multipliées, aspirent à la paix, qu'aux intérêts particuliers de ce prince. Cette considération m'a porté, dès les premiers moments où je fus informé de la dissolution des liens qui l'unissaient à une épouse bien difficile à remplacer, à tourner mes regards vers la princesse qui [)ourrait être appelée à ce rôle. Madame l'ar-

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