‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 74 sur 121 · LE MARIAGE DE NAPOLÉON AVEC MARIE-LOUISE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE NAPOLÉON AVEC MARIE-LOUISE

elliduchesse devait se présenter très-naturellement à mon es- ])rit; je trouvai une foule de raisons pour; je crus dès le principe devoir m'assurer des dispositions de mon Maître pour écarter toute insinuation étrangère, si son consentement me paraissait impossible à obtenir. J'ai retrouvé l'Empereur, dans cette occasion comme dans toute autre, sans préjugé, droit, loyal, fort de principes et de volonté ; je Tai trouvé et souverain d'un vaste Empire, et tendre père d'une fille qui, par toutes les raisons qui peuvent attacher à un enfant, mérite de lui être chère.

J'ai entrevu dès ce moment la possibilité de m'abandonner avec confiance à mes calculs; votre dernière lettre m'a prouvé, à ma grande satisfaction, qu'ils sont entièrement conformes aux vœux de l'Impératrice Joséphine. Deux obstacles devaient toutefois s'offrir à ma pensée : le premier, le plus insurmontable, celui de la religion, semble ne plus exister; mais Madame l'archiduchesse ignore, comme de juste, les vues qui se rapportent à elle, et ce n'est pas à l'Impératrice Joséphine, qui nous donne des preuves aussi prononcées de confiance, à elle qui à tant de qualités réunit celle d'une tendre mère, que je cacherai la foule de considérations qui s'offriront nécessairement à Madame l'archiduchesse Louise, au moment même où on lui parlera de son établissement. Mais nos princesses sont peu habituées à choisir leurs époux d'après les affections du cœur, et le respect que porte à la volonté d'un père une enfant aussi bonne et bien élevée que l'archiduchesse, me fait espérer de ne pas rencontrer d'obstacle auprès d'elle. Je me croirais donc autorisé à poser cette question le jour même où les vues de l'Empereur des Français m'appelleraient à le faire, et rien ne s oppose à ce que vous répondiez par cette confidence à la preuve de confiance de l'Impératrice Joséphine.

Metternich à Scli\v;ir/,enbcr{;. Vienne, le 27 janvier 1810.

1S5. C'est avec un bien grand intérêt que Sa Majesté Impériale a appris les détails que Votre Altesse lui a transmis, par

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sa dernière expédition de courrier, sur la question du mariage de l'Empereur des Français.

Il serait difficile de tirer une conclusion précise des différentes données qui nous sont parvenues. On ne peut que reconnaître un certain caractère officiel aux explications, quelque vagues qu'elles aient été, que le ministre des affaires extérieures a eues avec Votre Altesse. Les courses non interrompues de M. de Laborde, les propos de tant de personnes attachées au gouvernement, et qui tous se rapportent à un même vœu; les ouvertures très-directes surtout qui ont eu lieu de la part de l'Impératrice et* de la Reine de Hollande vis-à-vis de Madame de ^letternich, devraient faire supposer que le parti de Napoléon serait pris, ainsi que le dit l'Impératrice, si notre auguste Maître consentait à lui accorder Madame l'archiduchesse ; les demandes qu'on prétend généralement avoir été adressées en Russie, luttent d'un autre côté avec cetle supposition. Les questions doivent, dans tous les cas, être éclaircies peu après l'arrivée du présent courrier, si elles ne le sont pas déjà avant cette époque. On nous en a trop dit pour admettre la possibilité qu'il n'entrât pas dans les intentions de la Cour de France de s'allier avec la Maison impériale d'Autriche. Ensuivant un calcul très-simple, et en rapprochant de la grande publicité que l'on a donnée à la prétendue demande faite en Russie les voies secrètes que l'on suit vis-à-vis de nous, on serait peut-être même autorisé à supposer que les vues directes se portent maintenant de notre côté ; mais tous les calculs s'arrêtent devant une transaction de ce genre avec Napoléon, et nous ne pouvons que suivre une marche Irès-calme et trèsuniforme, et dont le résultat ne peut, de manière ou d'autre, que tourner à notre avantage.

Votre Altesse a vu, par les instructions antérieures que j'ai eu l'honneur de Lui adresser, que Sa Majesté Impériale, pour laquelle le bonheur de Ses peuples sera toujours la suprême loi, ne fera point de difficulté de faire servir Son auguste fille de gage à des relations ([ui assureraient le repos et la prospérité (le Sa Monarchie.

La question religieuse écartée, il ne resterait que celle du

LE MABIAGK DF, NAl>OLKON WKC. M A RI Fl-LOUISE (ISIO;. :$l!t

consentement de Madame rarchiduchesse Marie-Louise. Les sentiments connus de tous les membres d'une Maison qui n'existe que pour le bonheur de ses sujets, ne nous laissent guère de doute que Son Altesse Impériale ne donne son consentement à une alliance qui Lui olfre assurément des points de vue très-importants.

Je ne vois donc plus dans ces faits de raisons fondées d'admettre des doutes sur la réussite du projet; mais il s agit d'en déterminer l'existence sans nous compromettre, et de préparer le moyen de tirer un parti utile de sa réussite et même de la supposition contraire.

D'après les démarches diverses dont la dernière expédition de Votre Altesse rend compte, nous ne nous permettons pas de douter que l'on ne s'attende à Paris que, parle présent courrier, Elle ne reçoive des instructions qui La mettent à même de répondre, d'une manière non équivoque, tant aux qucstiovis qui déjà ont été agitées, qu'à celles qui pourraient Lui être adressées d'une manière plus directe.

L'ouverture la plus prononcée ayant été faite par l'Impératrice et la Reine de Hollande à Madame de Metternicli, Sa Majesté Impériale n'en croit pas moins devoir suivre cette voie nullement officielle, et par conséquent moins compromettante, pour faire parvenir sans fard ses véritables intentions à la connaissance de l'Empereur Napoléon. J'ai l'honneur de communiquer ci-joint en copie à Votre Altesse la lettre que j'adresse à ce sujet à Madame de Metternich. Vous voudrez bien, Monsieur l'ambassadeur, tenir un langage conforme à M. de Laborde , et si la question devait être posée directement par M. le duc de Cadore, à ce ministre luimême.

Nous croyons, par une attitude aussi correcte, nous établir de nouveaux droits à l'estime de l'Empereur des Franrais. Elle doit nous servir même dans la supposition où ce Prince contracterait d'autres nœuds. Le reproclie , si souvent mis en avant, d'une prévention particulière que nourriraient notre auguste Maître et son Cabinet contre le Souverain de la France, ne peut assurément que tomber dans le néant, après

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des preuves aussi évidentes. Sa Majesté Impériale sacrifie en toute occasion des ressentiments particuliers, malheureusement trop souvent provoqués, à Timportante considération du repos et du bien-être de Ses peuples.

L'Empereur m'ordonne de vous témoigner, mon Prince, Sa satisfaction complète de la mesure que vous avez mise jusqu'à présent dans la conduite d'une affaire aussi délicate que l'est la présente, et de la manière dont vous avez placé la question, en reliant au consentement de l'Empereur et de Son auguste fille l'intérêt évident de Son Empire, et vous voudrez bien, mon prince, poursuivre la même ligne.

Metternich à Schwarzenberg. Vienne, le 14 février 1810.

lo4. Le courrier Laforet nous a remis le 7 de ce mois les rapports de Votre Altesse du 3] janvier dernier. Leur contenu nous a prouvé que les calculs auxquels nous nous sommes livrés, dans les dépêches expédiées d ici le 27 janvier, se sont confirmés.

Les dernières ouvertures que l'on vous a faites, Monsieur 1 ambassadeur, dans l'affaire du mariage, nous autorisent plus ou moins à supposer que les explications très-précises, quelque peu officielles qu en aient été les formes, que le courrier Renard vous a portées, vous vaudront des demandes plus directes de la part du Cabinet français.

En calculant la marche ordinaire de l'Empereur des Français, nous avons, dès que les premières idées relatives au mariage furent agitées, cru devoir mettre Votre Altesse à même de répondre à telle insinuation qui pouvait Lui êlre faite.

Nos dernières dépêches vous auront prouvé, mon prince, que notre auguste Maître, n'ayant en vue que le bien-être de sps peuples, ne s'opposerait pas à accorder Madame l'archiduchesse à l'Empereur des Français. Son Altesse Impériale n étant, à réj)oque du départ du dernier courrier, pas encore informée d'une question qui depuis longtemps occupe l'Europe entière, je n'ai pas été dans le cas de préjuger celle de son consentement. J'ai la satisfaction de vous prévenir confi-

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