LE MARIAGE DE NAPOLEON AVEC MARIE-LO DISE
dentiellement aujourd'hui que Madame l'archiduchesse Marie- Louise n'a vu, dans l'ouverture que son auguste père lui a faite depuis sur la possibilité que Napoléon étendît ses vues jusqu'à elle, qu'un moyen de plus de prouver à ce père chéri le dévouement le plus absolu. Elle sent toute la force du sacrifice, mais son amour filial l'emportera sur toutes les considérations secondaires, et son consentement peut être regardé par nous comme sûr, le jour même où Sa ^lajesté Impériale croira devoir le provoquer. Cette situation des affaires nous permet maintenant d'attendre avec calme que la demande officielle du Souverain de la France nous soit présentée. Si les dernières explications que l'Empereur m'a ordonné de faire parvenir à la source même, par Madame de Metternich, et que Votre Altesse a été autorisée à soutenir par un langage entièrement conforme, n'ont point amené des ouvertures plus directes avant l'arrivée du présent courrier, rien n'empêchera Votre Altesse de faire usage, sous main, de la notion importante (jue je viens de Lui communiquer, sans mettre à cette confidence un air d'empressement qui nous priverait des moyens précieux de placer, au moment même où la demande officielle nous serait faite, plusieurs questions de la plus haute importance.
On ne saurait douter que les entreprises de Napoléon contre le chef de l'Eglise ne l'embarrassent dans ce moment. Les insinuations faites par l'Impératrice Joséphine à ^ladame de Metternich, celles qui ont depuis eu lieu vis-à-vis de Votre Altesse tendent directement à relier la cause de l'Eglise à l'arrangement de l'affaire du mariage. Si la manière dont, dès le principe, nous avons établi les questions relatives à la religion, peut avoir contribué à la mise en avant des vues religieuses de l'Empereur des Français, il ne nous semble pas moms démontré qu'avec une conduite mesurée et habile, il pourrait être léservé à notre auguste Maître déjouer un rôle émiuent dans l'arrangement des affaires de l'Église, en mettant à piofitl embarras même que ces affaires causent à Napoléon. \ous ne pourrez trop, ^lonsieur l'ambassadeur, vous pénétrer de ce point de vue, l'occasion de le faire valoir pouvant d'un moment à lautre s'offrir à vous. Nous ne saurions effectivement assez
appuyer sur la nécessité que l'Empereur notre Maître reçoive, en plaçant son auguste fille dans un j)ays lointain, la garantie la plus complète pour le repos de sa conscience, et ce qu'il n'eût point été possible d'obtenir naguère en faveur du Saint- Siège, pourrait peut-être s'effectuer dans un moment où l'Empereur des Français doit se convaincre , par l'opposition qu'il éprouve journellement de la part de son propre clergé, de la difficulté que présente la destruction de la paix religieuse.
Il est plusieurs autres questions d'un intérêt majeur que nous réservons à 1 époque où la demande formelle nous arriverait. Nous sommes loin de trouver dans une alliance de famille avec un prince dont le système indépendant de toute considération particulière n'est journellement que trop démontré, une garantie suffisante pour compenser le sacrifice que fait, sous tant de rapports, le chef de la première Maison souveraine de l'Europe, en accédant à cet arrangement; obtenir par ce sacrifice le plus possible doit essentiellement entrer dans nos calculs, et les vuestoujoursbienfaisanteset modérées de l'Empereur tendent, en premier lieu, à la sûreté et à la tranquillité future de ses peuples.
Metternich à Schwarzenberg. Vienne, le 19 février 1810.
15o. Il serait difficile que l'événement important qui va se consommer ne répande pas une aussi grande masse d'inquiétude dans plusieurs Etats de l'Europe, qu'il sera accueilli avec joie dans d'autres parties du continent. La Russie, la Prusse, la Porte Ottomane, verront plus ou moins, dans une alliance de famille entre les deux Empereurs, un abandon entier de l'Autriche au système français. La Cour de Saint-Péter.sbourg, en calculant noire politique à son point de vue, entreverra un système do conquête pour nous indemniser de nos pertes. Les deux autres puissances craindront que certaines parties de leurs Etats ne puissent exciter notre convoitise.
Les vœux de Sa Majesté se bornent à l'espoir de pouvoir gagner, p;ir l'immense sacrifice qu'Elle fait, quelques années
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fie repos, et la possibilité de guérir bien des plaies causées par les luttes toujours renouvelées des dernières années.
Nous sommes loin de nous faire illusion sur la très-grande distance qu'il y a, du mariage avec une princesse autrichienne, à l'abandon du système de conquêtes de l'Empereur Napoléon; mais nous ne désespérons pas de mettre à profit les moments de repos qui, nécessairement, doivent naître pour nous, afin de consolider notre attitude intérieure, et pour tempérer les vues de l'Empereur des Français. Le fait même de son mariage aA'ec une de nos princesses porte des entraves à la rapidité de sa marche destructive, par le gage de paix que croient y trouver les peuples soumis à l'autorité de Napoléon. Mais si notre ambition se borne à une attitude pacifique, nous n'en croyons pas moins devoir la faire partager, autant que le fait peut dépendre de nous, par nos voisins. Nous prenons à tâche de rassurer la Prusse et la Porte Ottomane. La letraite des troupes de l'Allemagne et des provinces illyriennes nous sert dans ce but, et nous nous empressons de le faire valoir comme une première suite de notre attitude actuelle. Votre Altesse voudra faire entrer explicitement cette nuance dans ses rapports avec les missions de ces deux puissances.
Nous avons adopté une marche différente vis-à-vis de la Piussie. Nous sommes informés par les derniers rapports de M. de Saint-Julien de ses vives inquiétudes sur notre rapprochement présumé avec la France.
L'effet que cette supposition devait produire sur un Cabinet aussi faiblement conduit que celui de Saint-Pétersbourg ne s'est pas démenti; depuis qu'il commence à nous craindre, il cherche le plus possible à rétablir ses anciennes liaisons avec nous, et nous croyons ne pas pouvoir nous placer dans une meilleure attitude pour atteindre ce but autant qu'il pourra nous convenir, qu'en ne lui témoignant que la plus parfaite impassibilité, et, sans montrer de 1 humeur, le mépris que nous avons voué à sa conduite dans les derniers temps.
Il serait difficile de juger de loin la sensation qu'a généralement produite ici la nouvelle du mariage. Le secret de la négociation avait été tenu si strictement, que ce n est que le jour
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même de Tarrivée de M. de Floret que la chose a percé dans le public. Le premier effet sur le change a été tel, que le cours serait aujourd'hui à trois cents et moins encore , si le Gouvernement n'avait intérêt à le tenir à un taux plus élevé, et ce n'est encore qu en achetant, dans l'espace de deux jours, un million de numéraire, qu'il est paivenu à l'arrêter à trois cent soixante-dix. Peu de faits ont peut-être jamais obtenu un assentiment plus universel de la part du véritable corps de la nation .
Les diplomates ne se doutaient également de rien, et le comte de Schouwaloff a été terrifié de la nouvelle.
Les apprêts des fêtes occupent maintenant et la Cour et le public. J'ai eu l'honneur d'envoyer par le dernier courrier à A^otre Altesse le programme pour le peu de jours dont on pourra disposer. Sa Majesté Impériale a ordonné qu'ici, suivant la plus stricte étiquette, et le protocole dont on s'est servi lors du mariage de Marie- Antoinette, on ne négligeât rien pour donner à la cérémonie le plus d'éclat possible. Votre Altesse fera bien de s'expliquer dans ce sens, car nous avons lieu de nous apercevoir combien l'Empereur des Français tient à ces détails.