‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 85 sur 121 · LES PRINCIPAUTÉS DANUBIENNES ET LA SERBIE · texte numérisé non relu

LES PRINCIPAUTÉS DANUBIENNES ET LA SERBIE

l'affirmer, malgré tant d'apparences du contraire, les plus forts. C'est nous qu'on recherchera de part et d'autre; la partie qui se renforcera de nous acquerra une immense prépondérance. Le moment est venu oîi, avec une conduite sage, mesurée, mais surtout ayant en vue un but fixe et stable, nous pouvons retirer un résultat immense pour la Monarchie et pour 1 Europe de la combinaison actuelle et future des choses.

Mais il est essentiel, en premier lieu, de bien préciser les idées de l'Empereur des Français. La marche que je suis dans ce moment doit nous faire arriver incessamment à ce résultat, et je me flatte de pouvoir porter à Votre Majesté Impériale, à ma très-prochaine arrivée, tout ce qu'il Lui faudra pour établir Son système politique sur des bases certaines, et fondées sur la connaissance la plus entière des vues du Souverain de la France. 11 s'agit de faits trop graves dans leurs résultats pour que de simples suppositions puissent nous suffire. Mon but principal du moment sera atteint, si je parviens à tenir toutes les questions ouvertes à Votre Majesté Impériale; des questions dans lesquelles le Cabinet français se sera tellement avancé, qu'elles ne seront plus problématiques pour nous, et des certitudes pourront nous guider dans nos calculs politiques, sans que d'une manière quelconque le développement futur des vues de Votre Majesté Impériale soit gêné !

LES PHINCIPAUTÉS danubiennes et la SERBIE.

(Note5;î, p. 235, t. I.)

1(39. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Paris, le 28 juillet 1810. — 170. Metternich à l'Empereur François (Rapport), Paris, le 28 juillet

169. Sa Majesté, le lendemain de son retour de Rambouillet, me retint près d'Elle après son lever et me demanda si je n'avais point de nouvelles de Vienne. Lui ayant répondu que

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j'en manquais, l'Empereur me dit que le public chez nous paraissait très-inquiet des progrès des Russes contre les Turcs, Je répondis que le fait était on ne peut pas plus simple. « Tout ce qui ressemble à la guerre, lui dis-je, est péniblement accueilli chez nous; et à l'époque heureuse où nos peuples voient cesser leurs inquiétudes sur la frontière occidentale de l'Empire, ce n'est qu avec peine qu'ils doivent voir renaître des complications sur la frontière opposée. Le dernier des commerçants, continuai-je, calcule plus ou moins l'extrême importance du cours du Danube; la perte de ce fleuve serait tellement grave, qu'elle se ferait sentir dans les canaux les plus reculés de notre industrie nationale. Notre public est d'ailleurs forcément devenu politique ; il s'occupe de grandes questions depuis trop longtemps, pour ne pas taxer celle du moment à sa juste valeur. »

L'Empereur me dit que cela était fort naturel; et il me répéta à cette occasion à peu près tout ce qu'il m'avait dit dans la dernière conversation que j'avais eue avec lui, sur l'intérêt commun entre l'Autriche et la France dans les affaires de l'Orient. « Je viens, continua-t-il, d'expédier un courrier à Caulaincourt pour lui ordonner de déclarer au comte de Romanzow que, fidèle à mes engagements d'Erfurt, je ne puis m'opposer à la réunion de la Valachie et de la Moldavie à l'Empire russe, mais que je ne souffrirai aucun empiétement au delà. L'occupation de places fortes sur la rive droite du Danube et le protectorat des Serbes ne doivent pas avoir lieu, et je ne souffrirai ni l'un ni l'autre. »

Je répondis à Sa Majesté que, selon ma conviction, cette déclaration suffirait pour tenir le Cabinet russe dans les bornes du traité d'Iù'furt. « Je veux le croire, reprit l'Empereur, mais l'appétit vient en mangeant, et je ne me permets plus de suivre les calculs du comte de Romanzow\ Je me méfie toutefois encore trop peu de tentatives russes au delà de nos engagements, pour vous faire parler officiellement des mesures à prendre dans le cas où mon attente serait trompée. >»

« — La Serbie, continua l'Empereur, doit vous appartenir un jour; je no crois pas de mon intérêt de provoquer la chute

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