LES PRINCIPAUTÉS DANUBIENNES ET LA SERBIE (I8IO
vaincu qu'un danger moins grave doit toujours s'effacer devant un danger plus grand, bien qu'il soit certain qu'à toute époque nous aurons plus à craindre de la France que de la Russie, je crois devoir conseiller à Votre Majesté de faire cause commune avec la France, afin de sauver la rive gauche du Danube.
Mais si la France ne nous promet que d'être simple spectatrice de nos efforts pour sauver cette rive, s'il faut que nous employions de grandes forces militaires sur la frontière orientale de l'Empire sans trouver la sécurité sur les frontières de l'ouest et du sud, si la France se contente de la simple neutralité, dans ce cas, je trouve que ce serait jouer gros jeu que d'user nos forces pour n'importe quel motif.
Je ne conseillerais pas la guerre avec la Russie , avec la Porte seule pour alliée, quand même il n'y aurait pas, dans la situation de la Russie vis-à-vis de la France, et dans celle de la Porte vis-à-vis de l'Angleterre, une source inépuisable de complications que la Russie pourrait très-facilement exploiter contre nous.
2° L'intérêt particulier de l'Autriche
exige que, dans le cas où il ne serait pas possible de sauver les deux Principautés, on prévienne du moins d'autres maux, et que notre influence dans les affaires turques reçoive une extension aussi grande que possible.
La déclaration de l'Empereur des Français nous en offre les moyens.
Si — ce qui, après tout, n'est nullement probable, — la Russie ne se conformait pas à la déclaration de la Cour de France, ce serait assurément le cas d'intervenir activement en faveur de la Porte. Alors, l'alliance de la France avec la Russie serait rompue, la Russie n'aurait plus d'autre parti à prendre que de s'unir à l'Angleterre, et notre rôle serait tout tracé d'avance.
Je ne crois pas que Napoléon songe à nous donner le protectorat exclusif de la Serbie; en le faisant, il sortirait de son caractère. Toutefois, il est certain que nous devons viser à
380 RECUEIL DE DOCUMENTS (m3-1815).
placer cette province sous notre influence la plus directe. L'Empereur des Français nous y invite lui-même ; nous pouvons donc agir énergiquement dans nos négociations avec les chefs serbes. Mais il faut compter avec la jalousie naturelle de la Porte ; c'est la seule conside'ration qui, dans cette affaire comme dans l'occupation de Belgrade, doive nous engager à la modération.
Mon humble avis serait donc de faire savoir confidentiellement au Divan que jamais l'Autriche ne permettra que la Russie étende ses conquêtes sur la rive droite du Danube; que, pour recouvrer les Principautés, la Porte ne doit compter que sur la bravoure des Turcs; que l'Autriche est prête aujourd'hui à intervenir ouvertement comme médiatrice entre la Porte et les Serbes, et qu'elle est doublement intéressée à suivre cette ligne de conduite ; car elle veut enfin voir la sécurité de sa frontière assurée, et empêcher la Russie de faire sentir plus longtemps son influence à ces provinces.
Comme il est tout aussi peu prol)able que la nation serbe songe à se replacer sous la domination ottomane qu'il y a peu d apparence que le Divan, de son coté, veuille renoncer à ses droits sur cette province, noire marche est toute tracée : nous ne devons intervenir tout d'abord qu à titre de médiateurs, car ce rôle peut nous conduire à la possession de Belgrade ; nous pourrons, vis-à-vis de la Porte, motiver l'occupation de cette ville par le désir d établir plus solidement notre influence sur la négociation serbe en nous assurant des avantages contre la Russie. Dans tous les cas, Belgrade ne devrait être entre nos mains qu'un dépôt.
Dans le cours des négociations, les procédés à suivre seront indiqués par les faits eux-mêmes. Quel que soit le résultat des [)Ourparlers, il faut que notre influence sur la Serbie soit assurée par notre intervention elle-même ; il faut que nous considérions celte importante province comme étant à nous, quoi qu'il puisse advenir.
Tel est mon humble avis sur cette grave question. Le succès «lépendra beaucoup de la manière dont l'affaire sera engagée. Il faudrait expédier immédiatement un counier à Constanti-