‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 21 sur 62 · MISSION DE HUMMELAUER A LONDRES (I · texte numérisé non relu

MISSION DE HUMMELAUER A LONDRES (I

repoussées de la manière la plus catégorique par le Cabinet anglais.

C'est lord Palmerston qui me fit entendre que l'Angleterre refusait d'entrer dans nos vues. Dans l'entretien confidentiel qui suivit celte communication officielle faite au nom du Cabinet, lord Palmerston s'exprmia dans le sens que voici : il regrettait personnellement la résolution du Cabinet, car il aurait regardé comme plus pratique l'évacuation de la Lombcirdie par l'Autricbe, à condition qu'elle garderait la Vénétie avec la ligne de 1 Adige ou du Mincio.

Dans la situation où nous nous trouvions, je crus premièrement devoir accueillir ad référendum toute idée émanant du Gouvernement anglais, sans toutefois engager en quoi que ce fût le Gouvernement impérial et royal par mes démarches; en second lieu, je crus devoir visera obtenir la promesse formelle d'une médiation éventuelle comme dernière ancre de salut en ce qui concernait le transfert d'une partie de la dette publique dans le cas où l'armée ne serait pas à même d'amener un revirement décisif. Il était certain, en effet, que dans une pareille situation nous n'a urions pas, sans I intervention de l'Angleterre, obtenu un liard de la partie adverse. Le Gouvernement aiitricbien évaluait à dix millions de florins de rente annuelle la part de la dette publique afférente aux deux provinces.

Immédiatement après l'entretien susdit avec lord Palmerston, nous apprîmes à Londres, par la Gazette de Vienne, la nouvelle de la fuite de la Cour impériale à liispruck. Cette nouvelle m'offrait le seul moyen de parler de nouveau en Angleterre de l'idée d'un revirement possible en Autriche et d'essayer de faire modifier la déclaration si défavoiablf pour nous qu'avait faite le conseil des ministres anglais. J'étais char{;é d'édifier le Gouvernement autrichien sur ce qu'on pourrait attendre du côté de Tx^ngleterre, et cette mission impli(juait nécessairement l'autorisation d'entrer en pourparlers avec le Cabinet anglais au sujet d'éventualités possibles, sans toutefois engager en rien le Gouvernement impérial. Il n'y avait pas à tenir compte de l'opinion personnelle (|ne lord Palmerston avait exprimée en ma présence, tant qu'on n'aurait

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pas discute la f|uestion de savoir jusqu'à quel point il serait à même de décider le conseil des ministres à la partager. Il fallait que cette discussion eût lieu sans délai, si je ne voulais pas purement et simplement laisser tomber les insinuations de lord Palmerston, car la décision du conseil devait être prise immédiatement, vu que quelques semaines de plus, passées sans que nos armes eussent remporté un succès sérieux, auraient ruiné toute espérance de modification.

Comme, en présence de la résolution du Cabinet que lord Palmerston était chargé de me communiquer, cet homme d'Etat ne pouvait pas lui-même faire une proposition différente, nous convînmes que je parlerais de son idée indiquée ci-dessus dans une lettre particulière confidentielle que je lui adresserais. Des documents de celte nature n'ont dans la diplomatie anglaise aucune valeur, aucun caractère officiel, n'obligent en aucune façon le Gouvernement qui les reçoit, font partie de la correspondance privée du ministre, ne sont pas déposés dans les archives de son Gouvernement et ne peuvent pas être soumis au Parlement. Quiconque a quelque expérience des affaires de ce genre trouvera que dans cette lettre il est question d'espérances et d'éventualités qui ne peuvent trouver place dans une note officielle ou du moins dont on ne peut parler qu'avec une extrême réserve. Cette lettre était destinée à fournira lord Palmerston le moyen de combattre la résolution du conseil des minisires. J'ai suivi cette voie parce qu'elle permettait de nous édifier complètement sur l'attitude de l'Angleterre à notre égard, et parce qu'en procédant ainsi la Cour impériale et royale n'était engngée à rien. Le Cabinet anglais envisageait aussi cette démarche au même point de vue \ c'est ce que prouve la conclusion de la note de lord Palmerston du 3 juin,

(If ihen, upon a full considération ofallthe circumstances of ihe présent case, the Austrian government should feel disposed net to ivithliold its assent to an arrangement which being framed upon the principles sla'ed in your Mémorandum of the 24 May wilh référence to Lombardy, should include such portions of the Venetian territory as may be agreed upon by the

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respective parties, Her Majesty's Government would lose no lime in setting on foot a négociation framed on such a basis *.)

Plus tard, lord Palmerston a présenté au Parlement la lettre confidentielle susdite, en la dépouillant de ce caractère spécial et en lui donnant celui d'une note officielle; mais ce fait ne pouvait pas changer le véritable caractère de la démarche primitive, et le Gouvernement impérial et royal ne pouvait se trouver engagé à rien par cette altération que rien ne justifiait. Pour protester contre un pareil abus, le Gouvernement impérial avait en main les preuves authentiques, et il était tout à fait maître de confondre publiquement le ministre anglais.

Il importe de préciser la base dont parle la note anglaise. Lorsque lord Palmerston parla au Conseil des ministres de la lettre confidentielle que je lui avais adressée, la majorité du Cabinet était peu disposée à en piendre connaissance. Evidemment l'intention du Gouvernement anglais était de voir l'Autriche acculée à la nécessité, qu'on regardait alors en Angleterre comme inévitable, d'abandonner les deux provinces. En présence de cette intention, lord Palmerston, se conformant aux sentiments de bienveillance dont Sa Majesté la Reine et le Prince son époux étaient animés à l'égard de l'Autriche et de la Maison Impériale, déclara que, puisque l'x^utricbe s'était adressée à l'Angleterre , il n'y avait pas lieu d insister pour l'abandon de la province vénitienne, dont quelques parties seulement étaient entre les mains des insurgés. Grâce à l'influence de la Cour, le Conseil âe^ ministres se décida à accepter la modification suivante : l'Autriche n'abandonnerait que les portions du territoire vénitien au sujet desquelles il y aurait entente entre les deux parties.

Quelque défavorable que fût pour l'Autriche la manière

* Trnduction litti'rale : Si donc, après avoir mûrement examiné toutes les circonstances du cas présent, le Gouvernement autrichien était disposé à ne pas re'uscr d'acce|iter un arranjjiMuent qui, conformém(Mit aux principes développés dans votre mémorandum du 24 niai, «jui est relatif à la Lomhardie, comprendrait certaines parties du territoire vénitien, le Gouvernement de Sa Majesté Rrilanni<pie ne perdrait pas de temps pour engager des négociations rcrposant sur une hase pareille.

(^Nole (le l'Éditeur.^

dont la question elle-même se trouvait posée, celle-ci offrait pourtant dans la situation d'alors cet avantage que, dans le cas où le succès de nos armes se serait borné à la conservation du territoire vénitien, ce qui dans le moment n'était pas l'hypothèse la plus défavorable possible, l'Angleterre s'engageait éventuellement à soutenir le transfert à la Lombardie d'une part proportionnelle de la dette publique autrichienne, en acceptant pour base la conservation de la Vénétie. L'intention du Conseil des ministres sem])lait être de chasser tout à fait l'Autriche de lllalie, tandis que, d'autre part, lord Palmerston , tout en voulant agrandir considérablement le Royaume de Sardwigiie, semblait aussi vouloir conserver à l'Autriche une influence ellicace, bien que plus restreinte, en Italie.

Lord Palmerston espérait que nos troupes sauraient se maintenir dans la Vénétie et infliger une bonne défaite à l'ennemi. Il me dit relativement aux expressions siich portions of the Venetian lerritory : «Ce qu'il vous faut, c'est une bonne bataille gagnée! » D'après ce propos, on pouvait admettre qu'au premier succès sérieux remporté par les armes impériales, lord Palmerston aurait rétracté la promesse qu'il avait été obligé de faire au Conseil des ministres, et qu'il en serait revenu à hon idée de la conservation de la ligne de l'Adige ou du Mincio.

Quand je quittai Londres, on n'y savait encore que la fuite de la Cour à Inspruck.

En même temps que j'arrivais à Inspruck, le prince de Schwarzenberg venait y ajiporter la nouvelle de la prise de Vicence et l'offre du feld-maréchal de chasser l'ennemi de la Lombardie si on lui envoyait 25,000 hommes de renfort. A mon arrivée à Inspruck, j'appris également que , pendant que j'étais à Londres, et sans attendre le résultat de ma mission, le baron de Wessenberg avait envoyé un fonctionnaire diplomatique en mission spéciale à Milan, et qu'il avait offert au comte Casati, d'une manière directe et tout officielle, l'indépendance de la Lombardie comme base des négociations futures.

Le Gouvernement avait donc à opter entre l'offre du feldmaréchal et l'offre de médiation de l'Angleterre. Les ministres

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