‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 23 sur 62 · SUR I.A SITUATION DU JOUR · texte numérisé non relu

SUR I.A SITUATION DU JOUR

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1944-. Metternich à l'Archiduc Jean (Lettre). Londres, le 10 juillet 184S.

1944. Monseigneur, en écrivant à Votre Altesse Impériale, je n'ai pas besoin de préambule pour lui faire comprendre selon sa véritable signification ce que je pense, ce que je sens et ce que je veux dire dans cette lettre. Quand deux individualités ont été en contact pendant près d'un demi-siècle; quand

* Ce Mémoire, qui n'est pas sijjné, reçoit le cachet de l'authenticité par une note marpinale autograjjhe du prince de Metternich, note qui est ainsi conçue : « Le docMinent (|ui porte la désip,naiion suivante : « Ma mission a Londres au u printemps de l'année 1848 " , a pour auteur le conseiller aulique Hummelauer. Il me l'a cominuni(]ué comme un ti'avail confidentiel qui contient des matériaux importants pour l'histoire du temps.

« Je mp trouvais à Londres quand M. de Hummelauer vint dans cette ville. IjC baron de Pillersdorf, qui, après la retraite du {jénéral d'artillerie comte de Ficqueluiont, dirigeait par intérim le ministère des affaires étrangères, avait invité M. de Hummelauer à se tenir éloigné de moi, invitation dont cet envoyé ne tint pas compte. Je fis observer à ce dernier, lorsqu'il me donna «connaissance de l'objet de sou voyage en Angleterre, que sa mission n'avait pas de sérieuse raison d'être, et qu'en admettant ta meilleure chance, elle ne mènerait à rien. L'événement a contiruié mes prévisions. En tout cas, la chose a l'avantage de prouver clairement combien l'Empire était tombé bas a la suite de la révolution qui l'avait envahi! Si l'esprit militaire du feld-maréchal comte de Radei/ky n'avait pas su tenir tête à la faiblesse absolue du pouvoir central, que serait-il a<lvenu de l'Empire?

« Le rapport de \L de Hummelauer prouve que, tout équivoques qu'étaient les sentiments politiques de lord Palmerston, ils reposaient sur une base meilleure que celles où se plaçaient les premières autorités gouvernementales

de Vienne ! »

( Note de F Éditeur.)

SUR LA SITUATION DU JOUR (l848). 457

ces relations ont subsisté sans s'altérer au milieu de vicissitudes comme celles qui, pour des Empires entiers et pour des individus, ont marqué la première moitié du siècle actuel, toute parole prononcée est sérieuse et mérite d'inspirer la confiance. Votre Altesse Impériale est aujourd'hui munie des pleins pouvoirs de l'autorité suprême *, que vous représentez comme dépositaire visible de cette autorité. Je prie Votre Altesse de voir dans ce fait le motif de ma démarche actuelle.

C'est pour moi un devoir de conscience d'exposer à votre haute personnalité, loyalement et sans détour, ce que je pense de la situation du jour.

L'anathème dont m'honore le parti subversif ne saurai! influer sur ma position morale. Sur ce terrain, je suis ce que j'étais autrefois, ce que je resterai jusqu'à mon dernier soupir : un défenseur de la vérité et des autorités les plus respectables, celle du droit et celle du bon sens, grâce auxquelles seules la vérité peut affirmer ses droits!

La situation dans laquelle se trouve notre Empire, autrefois si llorissant et si paisible, a été amenée par des défauts internes et par des influences étrangères, comme cela arrive toujours dans des circonstances pareilles. Pour les premiers, la voix de la révolution les recouvre de mon nom ; quant aux autres, elle s'en fait honneur à elle-même. Ce qu'il y a de vrai. ou de faux là dedans, Votre Altesse Impériale le sait aussi bien que moi; mes pressentiments et mes vues sur l'existence de sérieux dangers dans les directions les plus diverses datent de longtemps, personne ne le sait mieux que Votre Altesse Impériale.

...Votre Altesse Impériale a une grande tâche à remplir; elle a moins le caractère de la conservation que celui de la création. L'Empire est ébranlé jusque dans ses bases, au point que sa conservation sous la couronne impériale ne serait plus possiiile si l'on se contentait de suivre les anciens errements. Les chefs des partis (|ui, sciemment ou non (peu importe, car les résultats restent les mêmes), ont amené le houleverse-

* En qualité de représentant de Sa Majesté l'Empercnr Frrdln.ind.

{Note de l'Éditeur.)

ment et cherchent à l'exploiter aujourd'hui, suivent une voie qu'ils appellent celle du progrès, et que la multitude regarde comme devant la conduire à d'utiles conquêtes. Peu importe sans doute ce que je pense de ce progrès; mais il n'en est pas de même de l'inévitable résultat qu'amène la situ.ition dans laquelle notre Empire se trouve aujourd'hui. L'Aulriche est le prototype d'un Empire qui, comparativement au Saint-Empire allemand d'autrefois, présente une différence tout à l'avantage du premier, en ce que l'Empereur, tout en portant la couronne impériale, réunit sur sa léte les couronnes des parties qui sont séparées les unes des autres par la nationalité , la langue, les lois et les traités, et que, par conséquent, il forme le véritable lien qui fait la cohésion de renseinble.

J'ai toujours eu, Monseigneur, cette idée fondamentale présente à l'espi'it ; elle y était trop enracinée pour s'effacer jamais sur le terrain politique (qui était le mien) , pour ne pas régir mon action sur le terrain gouvernemental (qui était occupé par d'autres que par moi), et pour ne pas me déterminer, par une conséquence logique du fait, à poursuivre sans cesse l'affermissement de l'autorité centrale.

L'événement a prouvé quel a été le peu de succès de mes efforts, malgré l'importance du but à atteindre. Au jour du danger, la force qui devait sauver 1 Empire n'existait pas.

Mais encore aujourd'hui même le problème est et reste entier. Si l'on ne relève pas l'autorité centrale, c'en est fait de l'Empire! Que Votre Altesse Impériale me permette de montrer sous sa véritable forme le grand mal du jour. Il y a lutte entre les idées de souveraineté royale et de souveraineté populaire, ou, ce qui revient au même , entre la Monarchie et la R publique. La lutte n'existe pas, comme on veut le faire accroire aux masses, entre le despotisme et la liberté. La liberté et l'ordre sont deux idées indissolubles; le triomphe du despotisme est aussi celui du désordre ; le règne de l'ordre a pour conséquence forcée la liberté. •

Sans vouloir entrer dans une discussion polémique sur les avantages de la Monarchie ou de la République , je me borne à cette thèse inattaquable : les monarchies assises sur des

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