‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 4)Chapitre 28 sur 62 · II. — La période comprise entre Vannée 1815 et Vannée · texte numérisé non relu

II. — La période comprise entre Vannée 1815 et Vannée

Les vues et les intentions les plus diverses s'étaient affirmées au cours des discussions du Congrès de Vienne ; on peut désigner par des noms de personnes celles qui agirent le plus directement sur la discussion de la question allemande. C'étaient :

1 . Les idées secrètes qui avaient pour objet l'agrandissement de la Prusse; elles étaient défendues par Hardenberg et Humboldt sous le drapeau libéral.

2. L'élément de la petite noblesse de l'Empire et l'élément démocratique, qui étaient représentés par Stein et Miinster.

3. La demande mise par la Bavière et le Wurtemberg au premier rang de tous les calculs, savoir, qu'on garantît le mamtien des droits souverains illimités que les Rois de ces deux pays avaient obtenus par suite de la disparition de l'ancien Empire germanique et de la création de la Confédération du Rhin.

4. he ieuionisme d'Arndt et àe Ja/in {e\ que le comprenaient les universités et les sociétés de gymnastique.

5. L'idée d'une confédération d'États, formée dans des conditions normales d'existence, idée soutenue par le Cal)inet impéiial, qui voulait, non pas une confédération pour la forme, mais une union nationale à établir dans ces conditions, et la garantie des droits particuliers de tous les Etats constituant l'ensemble du corps germanique, garantie à assurer en même temps que l'idée de cette unité.;

Les éléments que je viens d'indiquer devaient se retrouver au siéj;e de la Diète et agir de manière à entraver le développement et la marche de celle-ci, La fermeté qui inspira la conduite de la Cour impériale assura les bases de la Confédération.

Les constitutions que l'année 1817 vit éclore dans les Etats confédérés de rAUemagne du Sud formaient un amalgame bizarre d'éléments qui se combattaientréciproquement. Parmi ces constitutions, celles de la Bavière, du Wurtemberg et du

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QTax)à-àuché de Bade étaient les plus remarquables. Celle delà Bavière réunissait des idées et des formes empruntées aux anciennes assemblées d'Etats de l'Alleningne aussi bien qu'à la Cbarte octroyée par Louis XYIII en 1814; elle affirmait nettement la volonté de maintenir les droits de la royauté à l'intérieur, et de conserver vis-à-vis de la Confédération germanique les droits de souveraineté acquis depuis la Goutédération du Rhin. Parmi les constitutions qui, de[)uis 1817, ont surgi dans les pays d'Allemagne, celle de la Bavière cot-.tenait les éléments les plus capables de troubler et d'affaiblir les idées fédérales.

Je crois devoir placer ici l'explication historique suivante, (jui jette quelque lumière sur la perturbation ;imenée par ces tendances.

Le Roi Maximilien de Bavière était venu à Vienne en 1817; après m'avoir fait connaître les motifs qui l'avaient décidé à donner à son pays la constitution telle qu elle existait, il se rénandit en plaintes sur la création de la Confédération germanique, qu'il appelait « une entrave à son existence comme Roi » . Ln réponse aux remarques (|ue je lui fis, il compara sa situation à celle des Rois de Sardaigne et de Suède, qui, sans lui être supérieurs en puissance, jouissaient de l'avantage d'avoir une indépendance complète. Je résumai ma controverse dans les paroles suivantes : « Votre Majesté part du sentiment que vous êtes Roi de Bavière, minus votre qualité de membre de la Confédération germanique; renversez les termes du problème et admettez la proposition telle que l'Empereur l'établit : l'Empereur se dit qu'il est, lui, Empereur d'Autriche, et, de plus, Souverain confédéré allemand. »

La constitution tvurtenibergcoise s'est inspirée de la forme d'un contrat entre le prince et les assemblées d'Etats, forme qui avait existé dans les temps anciens.

La constitution ^at/o/^e a emprunté la [)lupart de ses articles à la Cbarte française, qu'elle a pri-.e pour modèle.

Parmi les constitutions nées plus tard dans les autres Etats de l'Allemagne, l'expérience a démontré que celle de Hesse- Cassel était la plus avancée dans le sens démocratique.

Du côté de la Prusse, on s'est attaché à faire à tous les égards de rintérét priissieJi la base de la Confédération, tandis que moi en Autriche, dans TÉtat qui avait la présidence à la Diète, je n'ai même pas pu réussir, dans l'espace de trente-deux années, grâce aux difficultés soulevées par les autorités intérieures, à obtenir la publication officielle, dans les foimes voulues par la loi, des prescriptions fédérales! Par suite des menées de la Prusse et de la négligence de l'Autriche, les forces désorganisatrices avaient beau jeu sur le terrain de l'existence légale de la Gonfédéiation. La plus puissante de toutes les entraves a été l'union douanière, à laquelle l'administration des finances impériales n'a pas accordé l'attention qu'elle méritait, et à laquelle on n'a pas donné de contre-poids, en dépit de mes avertissements*.

Lorsqu'en 1819, les excès de la jeunesse universitaire d'Albniagne eurent abouti à l'assassinat de Kotzebue, les Gouvernements allemands s'effrayèrent, et je profitai de l'occasion pour provoquer la Conférence de Carlsl)ad, d'où sont sorties quelques mesures de police indispensables et les premières conférences ministérielles de Vienne, qui avaient pour objet un développement plus complet de la Confédération, qui jusqu'alors n'était assurée que dans ses principes essentiels.

La révolution de juillet 1830, qui ébranla l'Allemagne jusque dans ses fondements, amena les secondes conférences ministérielles de Vienne, dont les résultats furent tels que, pour assurer l'existence du corps fédéral, on n'aurait plus eu besoin d'autres lois fondamentales, c'est-à-dire de lois qui, d'après l'acte fédéral, ne pouvaient être votées qu'à l'unanimité.

La période écoulée entre les dernières conférences ministérielles et le printemps de l'aimée 1848 a prouvé une fois de plus combien les lois sont inutiles quand on ne les applique pas ou qu'on les applique à faux. La législation fédérale donnait, sous tous les rapports, aux Gouvernements allemands un degré de force qui leur faisait défaut s'ils restaient isolés.

* Voir V Union douanière prussienne, t. V, p. 517. (Note de P Editeur. )

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La peur qu'avaient les uns de paraître même sacrifier la moindre parcelle de leur indépendance souveraine; le désir des autres de devenir plus forts chez eux par la popularité ; le manque absolu de surveillance sur le terrain de Tordre moral et l'absence de tout acte de vigueur sur celui des conditions matérielles du repos intérieur, tout cela complétait la situation lorsque le changement de règne eut lieu en Prusse et que le Roi Frédéric-Guillaume IV répandit à flots les éléments du renversement de tout l'ordre de choses actuel, non-seulement dans son royaume, mais encore dans toute la Confédération des Etats germaniques.

A partir de l'avènement de ce prince, il faut regarder l'^/Zemagne comme transformée à tous les égards. De tout ce que le Roi rêvait en silence depuis des années et qu'il réalisa après être monté sur le trône, rien n'a répondu à ses espérances ; au contraire, tout a donné des résultats contraires à ceux qu'il voulait obtenir. Les errements du Roi et leurs conséquences ont, à tous les points de vue, agi d'une manière perturbatrice sur le reste des Etats allemands. Malgré leur hostilité réciproque, les éléments dissolvants devaient, par des raisons toutes naturelles, se rencontrer sur le terrain de la Confédération germanique et travailler en commun à la destruction « de ce qui existait », sans s'inquiéter « de ce qu'amènerait l'avenir » .

La révolution de Février qui a éclaté en France a fait pencher la balance d'une manière décisive. Elle a été suivie des révolutions de mars qui ont eu lieu à Vienne et à Berlin, et dont les résultats forment la yiouvelle phase dans laquelle est entrée la situation.

in. — Les résultats des faits survenus depuis le printemps

dernier.

Pour comprendre la situation actuelle de l'Allemagne, il faut avant ttjut se rendre un compte exact des éléments dont elle est formée. Je citerai les suivants.

U y SL des révolutions de diflérents genres; les plus dange-

reuses sont celles qui présentent un double caractère ou un caractère multiple.

Les plus fertiles en conséquences sont les révolutions sociales et les révolutions politiques. En Allemagne, les deux se trouvent réunies sur le même champ de bataille.

Parmi les réformateurs de la Confédération germanique, il y a deux courants parallèles : l'un conduit à la forme républicaine, l'autre à la forme soi-disant monarchique de la Confédération. Je parle d'un courant soi-disatit monarchique, parce que ceux qui sont à la télé de ce mouvement s'unissent à la gauche en admettant comme elle \e principe de la souveraineté du peuple.

En restant fidèle au maintien de ce point de départ, le parti ■ républicain, bien que plus faible numériquement, est plus fort sur le terraui logique, plus conséquent et partant^plus puissant que l'autre.

Dans la première partie du présent travail, j'ai indiqué la position que le Cabinet Impérial s'était imposé de prendre, depuis le commencement jusqu'à la révolution de Mars, comme étant celle qui correspondait aux bases de la Confédération germanique. Pour moi, ces bases sont les suivantes:

Le principe de la souveraineté monarchique ;

Le principe de la réunion des pays allemands en une confédération d'Etats.

Le principe de la souveraineté du peuple est en contradiction absolue avec celte position, et celui d'un Etat fédéré est en contradiction relative avec elle.

Attendu que des principes ne peuvent pas être éludés dans leurs effets et qu'ils conservent toujours leur autorité quand on veut échapper aux conséquences de leur application, la situation actuelle de l'Allemagne ne peut mener qu'à des conflits. Partant de cette hypothèse, je crois devoir examiner les sentiments qui dirigent les combattants sur le champ de bataille. Les plus dignes d'attention me paraissent être :

a. Les Souverains allemands, ensuite les villes libres comprises avec eux dans la Confédération d'Étals, et le peuple allemand considéré d'une manière abstraite.

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b. Les intérêts particuliers des pays qui forment la Confédération.

Ad a. Je n'admets pas qu'à la suite de l'abandon d'une partie de leur puissance, les princes puissent de nouveau bénéficier du principe de la souveraineté monarchique. Ce qu'il y a d'incompréhensible dans la marche des événements et en même temps l'élément décisif qui a présidé à leur cours, élément qui dépasse la mesure de mon in!elli(jence, consiste pour moi dans la reconnaissance d'un droit quelconque accordé par les Gouvernements allemands au Parlement préliminaire qui s'est convoqué lui-même, reconnaissance qui s'est manifestée aussitôt par les relations que la Diète fédérale a eues avec lui et dont les élections pour l'Assemblée nationale constituante de l'Allemagne, préparées par les Souverains allemands, ont été une sorte de conséquence logique.

On ne saurait concevoir des assemblées nationales constituantes sans le point de départ, qui est la souveraineté du peuple. Tout ce que les Gouvernements allemands pouvaient donner eux-mêmes, ils s'en sont laissé dépouiller; l'autre manière de procéder ne leur aurait pas coûté plus cher que cette façon d'agir ne leur a déjà coulé.

Les peuples seront-ils disposés de même à subordonner leurs intérêts particuliers à la théorie de l'unité? C'est une question que l'avenir décidera.

Ad b. Les intérêts particuliers forment trois catégories suivant les trois groupes d'Etats dont se compose rAllema|;ne, c'est-à-dire l'Autriche, la Prusse et les autres pays allemands. Ces intéi êts ne pourraient sans doute différer entre eux plus que la nature des choses ne le veut.

L'orgain'sation intérieure de l'Autriche, sa subdivision en nationalités, ne lui permet pas de s'approprier le plan qui forme la base de la politique prussienne et qui donne à celle-ci une marge que l'Autiiche n'a pas. Le plan prussien pouvait (aire entrevoir Vabsorplion de la Prusse par la Confédération cjernigue à condition que la ConJ-édération serait absorbée par la souveraineté prussienne ; aussi est-ce là le planque les représentants de cette politique ont suivi depuis la paix généiale

avec beaucoup d'habileté' et au mépris de tout droit, et qu'ils se proposent de faire arriver aujourd'hui à sa maturité. Les représentants les plus avancés de cette direction politique sont le baron d'Arnim et M. de Bunsen.

Le plan suivi par la Prusse — lors même que le Gouvernement impérial ferait abstraction de toute politique de principes, manière d'agir qui est tôt ou tard condamnée par les événements — est, ou bien complètement irréalisable pour l'Autriche, ou bien admissible tout au plus pour la moindre partie de l'Empire ; il est inutile de le démontrer. La situation des deux puissances n'est pas la même; ni le point de départ et le point d'arrivée, ni les termes moyens du problème ne se ressemblent. L'Autriche ne peut pas se laisser absorber par l'Allemagne sans renoncer à sa propre existence, et si, à la suite d'un pareil suicide, elle abandonnait ses provinces allemandes à ce corps germanique, la Prusse, bien plus forte, saurait recueillir cette succession.

L'absorption au profit d'une unité allemande ne tente aucun des grands États de l'Allemagne, et les populations doivent partager ce sentiment avec les Souverains. La transformation de l'Allemagne en plusieurs républiques n'est pas une idée qui sourit à la grande majorité du peuple, tandis que celle d'une république allemande une et indivisible, comme celle de la monarchie unitaire, sont des utopies de la plus triste espèce.

En jetant sur les questions allemandes un coup d'oeil d'ensemble, on trouve qu'elles présentent des contradictions qui font voir la situation générale sous le jour d'une lutte entre des efforts passionnés, égoïstes, et des intérêts évidents; ce conflit livre la patrie commune allemande à ces vicissitudes naturelles aux situations anarchiques, qui ouvrent un champ à l'expérience, mais non au calcul, et mettent les intérêts aux prises entre eux.

Le jour où les Gouvernements allemands ont négligé de tenir compte de la différence qui existe entre « la Confédération d'États et un État fédéré » , il s'est ouvert une arène pour des conflits qui s'arrêteront on ne sait à quel point. Sans le sacrifice des droits de souveraineté des différents

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