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de la détermination au moins inutile delà différence qui existe entre les États sous le rapport delà superficie de leur territoire et du chiffre de leur population, c'est-à-dire de l'indication de deux faits dont L» valeur politique peut être augmentée ou diminuée, voire même complètement annulée à des points de vue purement politiques par la position géographique du pays, parles influences de climat auxquelles ils sont soumis et par les degrés de culture de leur population. Est-ce qu'au moyen âge les petits territoires de Venise et de Gênes, et même les territoires hanséatiques, n'auraient pas pu prétenrlre avec raison au rang de grandes puissances? Qui pourrait conte-ter le rang de grandes puissances à des Empires comme l'Autriche, la France, la Russie, l'Angleterre, même comme les États-Unis de l'Amérique du Nord? Est-ce qu'au dix-septième siècle la Suède n'a pas joué le rôle d'une grande puissance européenne? Par conséquent, à quoi bon cette dénomination pompeuse qui ne contribue en rien à la force effective des Empires?
Le mot de « grande puissance » ne s'applique donc qu'au terrain moral, et sur ce terrain il ouvre la porte à l'abus. L'abus conduit à des prétentions injustes sur le terrain du droit, au mépris de l'égalité des droits des corps politiques indépendants, abstraction faite de l'étendue des États. Que l'on examine les actes de ma longue carrière politique, et l'on n'y verra pas que j'aie fait usage du mot « grandes puissances » ; on trouvera, au contraire, que je me suis toujours élevé contre l'emploi de ce terme. J'ai toujours repoussé cette expression, parce qu'elle est inutile et que, pour cette raison, elle fournit matière à des idées fausses. La différence entre les forces matérielles des corps politiques est suffisamment iiidiquée par la différence qui existe entre les idées de puissance et d'État, tandis que l'étendue des possessions ne pourrait motiver aucune différence entre les idées du droit sans compromettre celles-ci. La réflexion de « parva sapientia » du vieil Oxenstierna trouve une nouvelle confirmation dans le fait que la dénomination de grandes puissances a d'abord été em[)Ioyée par les Cabinets des États de second et de troisième ordre, et
cela dans des cas où ces Gouvernements se sont trouvés induits à se soustraire à des oblifjations quelconques.
L'opinion publique (1S52).
1991. Je lis dans la Volskshalled\i 30 janvier 1852 les lignes suivantes :
« Tout le système représentatif n'est qu'un mensonge révolutionnaire ; il ne peut se soutenir que par le mensonge. C'est s'abuser que d'en attendre autre chose. On s'abuserait de même en supposant que dans le système représentatif on tient compte de l'opinion publique. En général, on en est encore à se demander si l'idée de l'opinion publique par elle-même n'est pas une chimère révolutionnaire comme l'idée de la souveraineté du peuple. »
Comme je suis en mesure de répondre d'une manière définitive aux questions effleurées ici, je parlerai de l'idée qui doit nécessairement servir de base au mot « opinion publique » , car tout mot a besoin de reposer sur une base tangible, sous peine de n'être plus qu'un vain son.
Entre les sentiments et les opinions il y a une différence capitale. Les premiers sont la plupart du temps soumis à des influences extérieures, tandis que les autres trouvent exclusivement leur point de départ dans le fond de l'esprit humain. Toute gène comme tout soulagement est ressentie même par les individus les plus grossiers et par les masses les moins sensibles; mais l'opinion sur les moyens d'écarter ce qui gêne et de faire durer des sensations agréables et bienfaisantes n'est conçue par les individus que rarement dans la bonne direction; même la manière de la concevoir échappe entièrement aux masses populaires. Ici il y a, de plus, une grande différence entre les moments où une opinion se forme. A priori, les opinions courent toujours risque d'être difigées contre le but à atteindre ou du moins d'allonger au lieu de raccourcir le chemin à suivre pour l'atteindre; a posteriori, l'opinion se transforme en un produit de l'expérience, et, comme tel, elle
peut certainement obtenir la valeur qu'a la vox populi dans le véritable sens du mot.
Le droit historique (1852).
1992. Le Lloyd du 18 février 1852 soutient la thèse suivante : «En 1815, après les guerres de Napoléon, on créa à Vienne un nouveau droit historique pour l'Europe; en 1852, après que la Révolution eut été étouffée dans la même ville, surgit un nouveau droit historique pour TAutriche ou, pour mieux dire, une nouvelle loi pour TAutriche , une loi qui ne s'élèvera à la valeur du droit historique que si le gouvernement a la force de la maintenir pendant une longue période. »
Ces paroles sont du galimatias pur.
En 1815, on n'a pas fondé un nouveau droit historique au Congrès de Vienne; on s'inspira de l'ancien droit, parce qu'il n'y en a pas d'autre, parce qu'il ne peut pas y en avoir d'autre dans l'Etat chrétien , et sur les bases de ce droit, ou du moins en en tenant compte, on régla les questions du jour, des questions politiques, partant changeantes de leur nature.
« Il ne peut y avoir », continue l'auteur de l'article, « que deux partis dans l'État : l'un, qui veut conserver l'ordre politique tel qu'il existe; l'autre, qui veut le renverser.»
Celte allégation est inexacte en général et ne peut s'appliquer à la situation actuelle de l'Autriche en particulier. A un point de vue général, il existe, indépendamment des partisans ou des adversaires d'un ordre politique donné, encore d'autres partis qui prennent une position intermédiaire entre ces opinions absolues. Ces partis prennent facilement une importance supérieure de fait à celle des partis franchement dévoués ou franchement hostiles à la cause qui est en question.
Mais la situation dans laquelle l'Empire d'Autriche se trouve encore actuellement n'offre point par elle-même des bases à la formation de partis pareils, car ceux du « pour et du contre v n'ont pas d'objet devant eux, c'est-à-dire un édifice à conserver ou à détruire.
MÉLANGES (l852). 581
Les Rois libéraux (1852).
1995. Le Lloyd du 28 mars 1852 dit dans un article de fonds : « Pourquoi a-t-on chassé Charles X en 1830? Pourquoi a-t-on chassé Louis-Philippe en 1848? Pour fonder finalement un régime qui montre clairement par ses actes que Charles X ainsi que Louis-Philippe ont été des Souverains par trop libéraux ! »
Il y a dans cette affirmation une incontestable vérité, dont Taccent toutefois doit porter non sur les personnes , mais sur la chose, c'est-à-dire sur le libéralisme, qui est vide de sa nature, si Ion veut qu'il soit autre chose qu'un lieu commun. S'il s'agit de personnes, ce reproche s'adresse aussi bien à Louis XVI et à Louis XVIII qu'à tout autre Souverain du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, quand même les conséquences funestes du défaut «d'avoir été trop libéral» n'ont pas atteint également les princes tout en se faisant sentir dans les Etats. Le libéralisme est de sa nature un non -sens, une noix creuse, un vain mot. Personne ne peut s'appuyer sur des formules pareilles; or, gouverner, c'est se tenir debout et marcher!
Le mobilier de l'église Saint-Paul (1852).
1994. On trouve une preuve frappante des caprices de la destinée dans le sort final du mobilier du Parlement de Francfort, que les feuilles publiques nous apprennent (août 1852).
Il y a quelques semaines, les sièges, bureaux, etc., de l'église Saint-Paul furent vendus à l'encan à Francfort. La tribune a été achetée par la commune catholique de Burgelsur-le-Mein; celle-ci l'a fait transformer en une chaire qui a été inaugurée par une mission de Jésuites.
Concessions et non-concessions (1852).
1995. Dans un discours à ses électeurs, sir James Graliam, un des leaders du peelisme , mais qui depuis peu penche vers le radicalisme, a prononcé les paroles suivantes :
582 RECUEIL DE DOCLMENïS (1850-1858).
o L'expérience m'a appris que la plus grande sagesse de l'homme d'État ne consiste pas seulement à savoir quelles concessions il doit faire , mais encore à discerner le moment où elles s'imposent à lui. »
En ce qui concerne la chose elle-même, mes idées d'homme d'Etat ne sont pas d'accord avec l'allégation de sir James Graham. Le vrai mérite d'un homme d'Etat ne tient pas à la qualité dont parle l'orateur; il consiste dans le talent d'épargner au pouvoir suprême la nécessité de faire des concessions. Pour bien comprendre la direction que suit mon esprit dans cette grave question, il faut savoir exactement se rendre compte de ce que c'est qu'une concession.
Je prends comme point de comparaison la différence qui existe entre un capital et ses intérêts. La concession à faire peut porter sur le capital lui-même ou sur l'intérêt qu'il produit. Dans le premier cas, elle atteint le capital ; dans le second, elle équivaut à l'emploi d'un bien disponible. Ce que l'esprit de parti veut obtenir du pouvoir suprême à titre de concession équivaut à un empiétement sur les droits de ce pouvoir, ou bien se réduit à une question d'intérêt général. Il faut que les détenteurs du pouvoir repoussent les empiétements, car ils diminuent le capital des forces protectrices et conduisent à la ruine des Empires, de même que tout individu qui vit en dépensant son capital finit par la banqueroute.
Entretien entre Thiers et mol (1852).
1996. ^J" Indépendance belge du 20 septembre 1852 contient l'anecdote suivante :
« M. Thiers, que nous nous plaisons à citer souvent, parce qu'il a joué le plus grand rôle dans les derniers temps de nos troubles politiques, M. Thiers, dans ses récents voyages, eut l'occasion de causer avec le prince de Metternich sur tous les grands événements qui se sont succédé en Europe. M. Thiers interrogeait sans cesse le prince sur sa politique. Le prince de Metternich lui répondit : « Je n'ai jamais eu d'autre poli- « tique que la politique du bon sens. — Vous êtes bien heureux » ,
a lui répondit M. Thiers ; je voudrais bien pouvoir en dire « autant de la mienne. » ^I. Thiers a bien assez d'esprit pour être sincère et modeste. »
Il y a dans ce récit du vrai et du faux. Il est vrai qu'en 1850, pendant que je passais l'été à Bruxelles, M. Thiers est venu me voir pour me demander de l'éclairer sur quelques points historiques qu'il lui importait de connaître exactement pour son Histoire du Considai et de l'Empire. Après lui avoir dit que j'étais prêt à lui donner les renseignements désirés, je le priai de me poser par écrit ses questions, auxquelles je répondrais de même.
M. Thiers me posa douze questions; je pus répondre immédiatement à dix d'entre elles, sans éprouver le besoin de recourir aux Archives. Quant aux deux autres, je promis à M. Thiers de consulter les documents officiels et de lui faire connaître le résultat de mes recherches au bout de trois semaines, époque qu'il m'avait indiquée comme devant être celle de son retour de Bade à Bruxelles.
J'ai tenu ma promesse, et, lors de notre dernier entretien, M. Thiers m'adressa la question que rapporte V Indépendance belge. Mais ma réponse fut différente :
« Je me suis fait une loi de toujours m'appuyer sur un principe et de ne jamais le fausser dans son application, à l'égard de laquelle le bon sens m'a toujours semblé le meilleur guide. Aussi n'hésiterais-je pas à jeter un défi à quiconque voudrait prouver que dans une occurrence quelconque je me serais écarté de la ligne de mes principes.»
Là-dessus M. Thiers me répliqua :
«« Vous avez raison , et si vous aviez besoin d'un associé , je m'engagerais dans voire défi. Voilà la différence entre votre position et la mienne. J'ai souvent changé de principes *. »
Le chifTre de i\a[JoIéon III (1852).
1997. Dans sa réponse à la proclamation du nombre de
* Voir sur le même sujet la note Je la page 253, tome I"',
( Sole de l'Éditeur.)
r.84 RECUEIL DE DOCUMENTS (1850-1858).
voix qui appelait Louis-Napoléon à la dig^nité impériale, celui-ci s'exprima, vis-à-vis du Sénat et du Corps législatif, sur la désignation de Napoléon III, dans les termes suivants :
« Plus j'accepte tout ce que depuis cinquante ans l'histoire nous transmet avec son inflexible autorité, moins il m'était permis de passer sous silence le règne glorieux du chef de ma famille, et le titre régulier, quoique é[)hémère, de son fils, que les Chambres proclamèrent dans le dernier élan du patriotisme vaincu. Ainsi donc le titre de Napoléon III n'est pas une de ces prétentions dynastiques et surannées qui semblent une insulte au bon sens et à la vérité. C'est l'hommage rendu à un Gouvernement qui fut légitime, et auquel nous devons les plus belles pages de notre histoire moderne. Mon règne ne date pas de 1815, il date de ce moment même où vous venez de me faire connaître les suffrages de la nation ! »
Tout dans ces paroles est faux ; des affirmations comme les suivantes :
« J'accepte tout ce que l'histoire transmet;
« Le patriotisme vaincu (en 1815);
« Des prétentions dynastiques et surannées;
« Un Gouvernement qui fut légitime » , sont illogiques, car on ne peut pas repousser les faits relatés par l'histoire. Il n'en est pas de même du bien et du mal, de la justice et de l'injustice dans les situations. On peut ne pas tenir compte de celte critique; mais le titre de Napoléon III n'en résiste pas mieux à l'examen.
Le chiffre III ne peut reposer que sur une base dynastique ou sur le principe de la souveraineté du peuple.
Dans l'ordre de la succession dynastique, et notamment dans un ordre sanctionné dans la famille des Bonaparte parla décision du peuple souverain (1804), Louis-Napoléon ne peut être sous ces deux noms que le premier, et sous celui de Napoléon tout court, que le cinquième.
Si Ton tient compte du verdict rendu par la souveraineté du peuple, Louis-Napoléon ne peut être ni le troisième ni le cinquième. Le peuple souverain l'a appelé en 1848 à être le président de la République; il a prouvé ainsi qu'il considérait
le plébiscite de 1804 comme n'ayant plus d'effet. S'il en avait été autrement, il aurait suffi que le peuple demandât à Louis- Napoléon de reprendre son droit de succession dynastique. Mais Louis-Napoléon lui-même, par son acceptation de la présidence de la République, a reconnu que ce droit n'existait plus.
L'enthousiasme d'une population ou « un vote naïf et spontané » , inscrit sur quelques arcs de triomphe et sur quelques drapeaux de village, ne changent rien à la question de droit qui, dans le cas dont il s'agit, s'unit à la question historique. <' Rien » ne peut être en même temps vivant et mort. Louis- Napoléon ne peut compter sa dignité impériale que du 1" décembre 1852, et non de l'année 1804. Comme Empereur d'Allemagne, l'Empereur d'Autriche François I" s'appelait François II. Comme Empereur d'Autriche, il n'aurait pas pu s'appeler ainsi.
La France n'a pas ressuscité l'ancien Empire, elle en a fondé un nouveau. Si dans de pareilles questions il s'agissait du nombre de Souverains du même nom (désignation qui peut s appliquer également aux formes de gouvernement les plus diverses), Louis -Napoléon aurait pu se donner le titre de R Louis XX » .
Sur le parlementarisme en Anjjlelerre (1852).
1998. La chute du ministère Derby fournit une nouvelle preuve de la situation critique dans laquelle se trouve l'Angleterre, malgré sa puissance matérielle. On ne saurait exposer les causes de cette situation en quelques lignes jetées à la hâte sur le papier; aussi je ne songe pas à une pareille entreprise. Je me borne à indiquer un fait qui agit profondément sur la situation de l'Angleterre, et que je n'ai pas encore entendu citer dans les termes dont je me sers pour l'exposer.
L'Angleterre n'est pas seulement l'État modèle pour la vie politique qu'on ajipelle représentative ou constitutionnelle; le mot lui-même de « régime parlementaire » appartient en propre à l'Angleterre. Ce pays a vécu pendant des siècles sous
ce régime. Au dix-huitième siècle, la France l'a signalé comme modèle à l'Europe, mais sans savoir se l'approprier à ellemême. Dans ce pays, le régime parlementaire s'est changé en caricature; il est devenu le parlementarisme théorique, cette chose qui ne peut avoir d'application dans la vie réelle.
Ce non-sens a passé la Manche, et il empoisonne la vie politique dans la patrie même du régime parlementaire.
Par quoi se manifeste la différence entre les deux pays?
Dans la vieille Angleterre, les choses seules ont de la valeur, et les hommes n'ont que la valeur de simples représentants des choses.
Dans le parlementarisme français, les personnes prennent la place des choses, qui n'ont plus que la valeur de mots d'ordrr.
La France paisible (1853).
1999 Dans un article de fonds du Constitutionnel du 9 janvier 1853, Granier de Cassagnac écrit ce qui suit :
« La France n'est pas de sa nature un pays révolutionnaire.
« Quelques meneurs de Paris faisaient, la France regardait faire.
« Paris lui-même, quoique le centre, le foyer et le mobile des agitations, est au fond une ville essentiellement et forcément liée à la cause de l'ordre, du calme et de la paix.
« Autre chose est Paris, — autre chose sont les éléments qui l'influencent, qui l'égarent et qui l'agitent. Maîtrisez l'action de ces éléments, et Paris restera laborieux et calme. Paris n'est ni une ville irréligieuse ni même une ville révolutionnaire. Quand elle s'enflamme, c'est que d'autres mains que les siennes y ont mis le feu. »
Il n'y a rien à objecter contre la vérité que contiennent ces phrases. Mais qu'est-ce qu'elles prouvent? Rien que ce fait démontré par l'expérience, que, pour n'être pas entraînées, des masses ne doivent pas être ébranlées dans les bases qui leur servent de point d'appui, ni être placées sur des plans inclinés.
Toutes les révolutions trouvent leur point de départ dans le
désordre qui amène le bouleversement de Tordre social, parce que les pouvoirs protecteurs ne tiennent pas compte de cette vérité, soit par suite de leur faiblesse, soit à cause des erreurs grossières où ils se laissent entraîner!
Les révoltes trouvent leur point de départ dans les couches inférieures de la société. Les révolutions proviennent toujours des fautes des Gouvernements.
Considérée comme corps social, la France n'est pas révolutionnaire; elle est avant tout conservatrice, comme tous les corps de cette espèce qui ont de la vitalité. Tel est aussi le cas de la capitale de l'Empire. Gomme point oià se rencontrent les tendances de tout genre, Paris, ainsi que toutes les capitales, ressemble aux endroits où les matières les plus hétérogènes se trouvent en contact et donnent lieu à des fermentations et à des explosions. Il faut surveiller ces points-là; or c'est contre les précautions prises à leur égard que regimbent les partis qui ont besoin de l'agitation pour ari'iver à leur but.
Les partis en Angleterre (1853).
2000. « La glorieuse époque de la tactique parlementaire d'autrefois est passée» , écrit l'^conoAnz^/e, journal fort respectable de Londres, « l'époque de Walpole, de Chatham et de Pitt, où la Chambre des communes se composait de deux armées opposées l'une à l'autre. »
Ce fait, dont les conséquences sont si regrettables pour l'Angleterre, s'explique par trois causes qui priment toutes les autres, comme j'ai pu m'en convaincre personnellement pendant les soixante années qu'a remplies ma carrière publicpie (1793-1853). Les points de départ de ce mal si plein de dangers sont, à mes yeux, les suivants :
1" Le contre-coup de la Révolution française sur la Grande- Bretagne, contre-coup qui ne s'est fait sentir, par une conséquence logique, qu'après la paix politique générale, et qui est devenu de jour en jour plus sensiMe ;
2° Les impôts écrasants dont vingt années de guerre ont accablé le Royaume britannique, et l'incroyable essor que
l'industrie a pris en Angleterre pendant les trente dernières
années:
3* La politique personnelle de M. Ganning, le bill de réforme de lord Grey, et l'administration féconde à bien des égards de sir R. Peel.
Si la réforme de lord Grey, conçue dans un esprit libéral et doctrinaire, a ouvert la porte aux transformations du régime parlementaire dans le sens du parlementarisme français, la disparition des tories et des whigs comme partis visibles et palpables a eu pour conséquence de briser la force de résistance des éléments conservateurs qui avaient leurs racines dans les deux partis. L'Angleterre est encore en possession de ses vieilles formes parlementaires; mais le pays est ébranlé dans ses bases constitutionnelles, et, par suite, il se trouve placé sur une pente dangereuse.
L'Etat cbrétien et l'Etat païen (1853).
2001. Jamais le contraste qui existe entre l'Etat chrétien et l'Etat païen n'a été mis en évidence aux yeux de la foule plus que cela n'a lieu aujourd'hui. Qu'est-ce que la foule y entend? Dans les discussions polémiques elle ne saisit que les mots; n'y a-t-il pas une autre voie meilleure et plus courte pour faire comprendre à la foule des ignorants et des gens qui pensent peu, la différence qui existe entre ces deux formes de la vie d'un État?
Le moyen d'y arriver consiste, selon moi, à exposer simplement la différence des résultats triomphants que la doctrine chrétienne obtint en mettant sur la même ligne les droits et les devoirs, par opposition à toutes les autres doctrines reli- ^gieuses. La doctrine chrétienne ne connaît aucun droit qui n'ait pour corrélatif un devoir; elle présente, pour cette raison, des garanties égales à celui qui commande et à celui qui obéit : au premier, dans le devoir de l'obéissance qui s'impose à ses subordonnés; au second, dans le devoir imposé à celui qui commande de ne pas abuser de son pouvoir; l'accomplissement de l'un et de l'autre de ces devoirs restant d'ail-
leurs soumis à la responsabilité envers Dieu. Cette seule maxime ne renferme-t-elle pas la base de Tordre social, qui est lui-même la seule base possible de la véritable liberté?
La guerre sur la base de l'orthodoxie russe (1853).
2002. Dans une correspondance de Paris, publiée par le Llojd de Vienne du 31 juillet 1853, je trouve des considérations sur la teinte religieuse dont l'Empereur Nicolas colore sa conduite à l'égard de la Porte.
Le correspondant se prononce contre la possibilité du retour de guerres de religion comme celles d'autrefois.
« Aujourd'hui, c'est-à-dire à une époque où la philosophie •et la littérature ne tiennent plus le sceptre du monde, on parle dans certains cercles russes d'une guerre de religion.
«Est-ce que ces ardents lioyards ont mûrement réfléchi aux ■conséquences du mot redoutable qu'ils osent prononcer? La guerre est toujours un malheur. Les g^uerres d'aujourd'hui ne peuvent et ne doivent se rattacher qu'à des intérêts vivants, à des idées et à des sentiments émanant de la civilisation nouvelle. C'est ainsi que l'honneur national, la prépondérance politique, le développement du commerce, même le progrès des peuples, peuvent conduire à des hostilités. Mais la guerre de religion est-elle une idée de notre temps? Une guerre de ce genre serait donc aujourd'hui une anomalie, un anachronisme qui nous ramènerait brusquement à l'époque des croisades. Où se cache donc en Russie ce nouveau l'ierre l'Ermite? Où sont les Godefroy de Bouillon, les émules de ce Roi qui, à Jérusalem, mit sur sa tète la couronne d'épines? Où sont ces Tancrède, ces Raymond, les comtes de Toulouse? Est-il en Russie un poète, un seul, qui se sente la vocation d'écrire la Jérusalem délivrée avec la piété du Tasse?» Mots sonores et, en réalité, mots vides de sens que tout cela.
L'esprit religieux, qu'il marche dans la voie de la vérité ou dans celle du mensonge, représente une force qu'on peut employer dans l'une ou dans l'autre direction dans un but religieux, ou qui peut servir à masquer d'autres desseins. Vouloir
chercher dans les préceptes changeants de la philosophie et de la littérature des raisons de se rassurer contre la possibilité de nouvelles guerres de religion, c'est de la folie pure.
A une époque où la société civile est ébranlée jusque dans ses fondements, il est plus facile de trouver et de faire valoir des prétextes de tout genre pour troubler la paix politique qu'il ne le serait en des temps calmes. Le fanatisme est un moyen vieux comme le monde de troubler la paix politique; ce qui est important, c'est le choix de la direction dans laquelle le fanatisme vient se mettre au service de ceux (\m poursuivent un but politique; sous quelque forme qu'il se présente, il peut toujours servir à quelque chose.
La question de religion joue sur le terrain de la politique russe un rôle unique, un rôle qui diffère essentiellement même de celui que le Souverain de l'Angleterre joue relativement à l'Église.
Depuis Pierre le Grand, les Czars ont revendiqué la position de chefs de l'Église russe. Vis-à-vis de l'Église d'Orient, qui se donne le nom d'orthodoxe, cette prétention ne peut se soutenir, et à cet égard la position des Souverains de l'Angleterre est meilleure dans l'Église anglicane, car elle leur donne le droit de suprématie, droit que n'ont pas les Czars dans l'Église d'Orient.
En toute circonstance s'affirme l'influence de la position mal définie des Czars dans l'Église dont relève leur Rmpire, et c'est pourquoi l'élément religieux s'introduit dans leur politique. Celle-ci leur commande de ne jamais perdre de vue cet élément, car il leur sert d'appui dans leur propre Fmpire, bien que cet appui ne repose que sur une prétention, et que, par conséquent, il révèle la faiblesse inséparable de droits imaginaires par opposition à des droits réels.
Par l'empiétement qu'il s'est permis sur le terrain ecclésiastique, Pierre le Grand a commis une faute fertile en conséquences. Il aurait assuré à ses successeurs un terrain plus pur, partant plus fort, s'il s'était contenté de leur laisser la position de protecteurs de l'Eglise orthodoxe armés de la puissance séculière la plus étendue. En leur assignant dans l'Église une
position non définie, il a placé l'Empire russe en dehors de l'Église d'Orient. Les conséquences de cette faute politique éclateraient le jour où la Russie réussirait à s'emparer de Constantiuople. Le conquérant devrait-il laisser subsister le patriarcat de Constantinople avec ses antiques privilèges? Dans ce cas il faudrait qu'il rendît un patriarcat à la Russie, ou bien qu'il fît ressortir la position scbismatique de cet Empire en ne nommant pas un chef visible de l'Eglise russe.
L'une ou l'autre révolution entraînerait l'amoindrissement de la position actuelle des Czars dans leur propre Empire.
La remarque faite par le correspondant de Paris que notre époque repousse les guerres de religion, n'est pas rationnelle. Les questions religieuses fournissent el fourniront toujours la plus ample matière à des luttes dans la société humaine. Des luttes peuvent avoir une origine sérieuse ou être exploitées comme de simples moyens d'animer l'esprit de parti par des meneurs animés de cet esprit. La chose, c'est-à-dire la lutte, est et reste la même. Les moyens d'en hâter le dénoûment différeront seuls. Plus la matière est riche, plus elle offrira de ressources, et dans la même proportion où les projets des partis s'éloigneront du droit incontesté, la société se ressentira des conséquences des luttes engngées. C'est ce qui arriverait dans le cas d'une guerre qui aurait son origine dans les prétentions de l'autocratisme russe.
L'Empereur Nicolas a commis une autre faute grave en favorisant, lors de la dernière guerre de l'indépendance, la création d'un Etat grec, création que ne compense pas l'augmentation d'influence que la paix d'Andrinople accorde à la Russie sur les destinées de l'Empire ottoman. Au^si longtemps que le Péloponèse, l'Altique et les îles ont été placés sous la souveraineté du Sultan, le rôle des Czars comme protecteurs de I Eglise d'Orient était assuré. Sur le terrain ecclésiastique, la nationalité grecque, affranchie par son émancipation même du joug de la Porte, et venant se placer au nombre des puissances chrétiennes, a été reconnue indépendanle et, par suite, soustraite à la protection russe. Dans l'Église grecque, le sentiment national grec jouera dans le nouvel ordre de choses le
rôle d'un adversaire dangereux de l'Eglise russe, et n'abandonnera pas la suprématie à cette dernière ; la Grèce libre et indépendante a des droits plus sérieux à la succession de l'Empire d'Orient que la puissance russe, qui est bien plus jeune, tout en étant plus grande. Bien qu'on ne puisse pas prévoir l'issue de la lutte, quand une fois elle sera engagée, cette incertitude ne diminue en rien la faute de la politique russe.
L'association catholique d'Allemagne (1853).
2005- L'association catholique d'Allemagne est aujourd'hui réunie en assemblée à Vienne; les séances dureront du 21 au 23 septembre 1853. En même temps, le synode ecclésiastique protestant est réuni à Berlin.
Le 4 septembre, le général Gortscbakoff passa une revue à Bucharest. Dans un ordre du jour, le prince s'est exprimé en termes flatteurs sur la tenue de l'armée. Cet ordre du jour se termine par les mots suivants : « La Russie est appelée à détruire le paganisme ; quiconque essayerait d'entraver l'accomplissement de cette sainte mission périrait comme les païens. Vive le Czar et le Dieu des Russes! »
L'époque actuelle présente vraiment un singulier mélange (qui est heureusement rare dans les annales du monde) de bonnes et de mauvaises situations, de besoin d'ordre et d'agitation malsaine, de folles chimères et d'institutions dangereuses de fait.
L'Église, qui est bâtie sur un rocher, trouvera toujours plus de force dans l'organisation hiérarchique qui lui est propre et dans les simples idées que personnifient son chef et ses membres, ainsi que dans l'idée d'obéissance à la discipline ecclésiastique, que dans des associations qui ne sont qu'une copie du Gouvernement de la foule par elle-même et qui appellent à leur aide et représentent les fidèles comme des corporations délibérantes. Cette observation se rapporte surtout à l'association générale catholique, par opposition à des associations plus étroites du genre de celles de Saint-Boniface, de Saint-Severin et d'autres associations placées sous la sur-
veillance des autorités diocésaines loc;des et du Gouvernement. Le résultat logique auquel des institutions de ce genre n'échappent jamais, par suite de leur extension au delà d'une mesure déterminée, c'est de donner de la force aux mauvais éléments que renferment toutes les choses humaines, au détriment des bons et du but que ceux-ci poursuivent.
Si cette vérité est confirmée par l'histoire de tous les temps, elle prend une valt^ur particulière par suite des sentiments qui animent aujourd'hui la société tout entière. Le droit et le fait de l'association font partie des mots d'ordre du jour devant lesquels tout s'incline. Des associations sont des forces; à ce titre, elles doivent avoir un but réel.
Des associations générales comme l'association catholique aujourd'hui réunie à Vienne, portent le cachet du meetin/^ incarné dans les traditions anglaises, et, quelque sacré que soit leur but, elles comprennent un public des plus mêlés.
Ces associations ne sont-elles formées que d'individus animés d un sincère dévouement à 1 Église? On ne peut pas mettre des associations de ce genre sur la même ligne que des 7nissions, car dans les missions il n'y a que des gens qui enseignent et des gens à instruire. Les missionnaiies sont des ecclésiastiques qui ont fait leurs preuves devant les autorités supérieures de 1 Eglise et qui ont été spécialement désignés par elle pour enseigner. Dans les missions, il n'y a ni controverse ni libre discussion. Dans les associations catholiques, les membres du clergé et les laïques jouissent de droits égaux; il y a dans cette égalité un encouragement à la confusion des pouvoirs, et, d'un autre côté, la forme des séances rappelle les usages représentatifs de la France.
Une r(;soluti(jii du syiiode cvan{]élicjuc de Berlin (1853).
Îi004. Dans la Nouvelle Gazette de Prusse du 22 septembre 1853, je lis ce qui suit :
« C'est avec un battement de cœur que nous avons franchi l'enceinte sacrée (du synode de Berlin), et nous avons éprouvé une vive inquiétude et une grande émotion lorsqu'on a voulu Tiii. 38
commencer à parler de la confession d'Augsbourg comme du symbole fondamental de TEglise e'vange'lique d'Allemagne dans toutes ses subdivisions, et qu'on a essayé de faire entrer tous les chrétiens évangéhques dans le cercle étroit d'un christianisme symbolique confessionnel, etc.
« Celui qui écrit ces lignes s'est senti soulagé lorsqu'il a vu adopter à la presque unanimité la proposition du comité, relative à l'adoption de la confession d'Augsbourg comme base de toute l'Église évangélique d'Allemagne dans toutes ses subdivisions, proposition à laquelle on a encore ajouté un correctif. »
Comprenne qui pourra le sens de cette résolution. Quant à moi, je me déclare incapable de concevoir une Église, je dirai même une communauté religieuse, sans la base d'une confession permanente, d'un symbole. Une communauté sans point de départ arrêté, une association qui doit poursuivre un but commun à condition que cbacun de ses membres sera libre de choisir les moyens d'atteindre ce but, est une chimère et ne peut pas être autre chose.
Déclarer que la confession d'Augsbourg doit former la base des différentes confessions évangéliques, c'est ne rien dire du tout, particulièrement si Ton veut tenter ainsi d'offrir aux idées dissolvantes du protestantisme une base qui, avec la réserve du libre examen, aboutit à n'être que le point de départ de l'incrédulité, une base qui est loin d'avoir la valeur d'une base pour la foi et qui est en contradiction flagrante avec une base de ce genre. Examiner et croire sont des idées tout opposées. Dans l'ordre logique, la foi, ainsi que le savoir, peuvent être le résultat de l'examen; mais l'inverse n'est pas vrai, et il est impossible de trouver une autre base pour la foi religieuse que les vérités révélées et une interprétation authentique de ce que commande la révélation.
Les saint-simoniens (1853).
2005. Les renseignements suivants, concernant la position sociale actuelle des chefs du saint-simonisme, me fournissent l'occasion de rappeler brièvement les détails que voici.
Je ne sais pas comment, à l'époque où le saint-simonisme commençait à se répandre en France, j ai pu faire croire à ses chefs que je pouvais être (jajjné à cette cause. La preuve qu'ils avaient cette illusion m'a été fournie par un écrit du Père Enfantin, qui, à la suite d'une résolution de la commission supérieure qui se donnait le nom de « saint synode » , m'envoya la collection complète des documents relatifs à la secte. Je mis simplement ces pièces ad acta.
En 1835, j'étais à Kœni(jswart. Quelques jours après mon arrivée dans cette ville, je reçus une lettre de M. Michel Chevalier, datée de Carisbad, dans laquelle il me demandait si je lui permettais de venir me voir. Michel Chevalier avait occupé une position éminente dans la secte, qui avait été dissoute depuis quelques années, et il était au service de l'Etat en France. Je lui ^donnai rendez-vous chez moi, et après les premiers compliments, auxquels il répondit en disant que le désir de faire ma connaissance avait été le motif de son voyage en Bohême, je lui posai nettement la question suivante : « Veuillez m'aider à nous placer l'un en face de l'autre dans une position claire et nette, et pardonnez-moi une question qu'à cet effet je me sens le besoin de vous adresser : Gomment un homme doué d'un esprit aussi lucide que l'est incontestablement le vôtre, a-'-il pu donner dans une folie telle qu'est démontré avoir été le saint-simonisme? »
M. Michel Chevalier me répondit : « Ma réponse se trouvera dans un simple exposé des faits. Moi et mes complices, nous sommes entrés, à l'époque de la Restauration, à l'École polytechnique. L'enseignement dans cet institut a eu pour objet de nous inspirer la haine de Dieu et de la Royauté ; il a révolté nos esprits et nous a fait chercher la vérité en dehors de l'Ecole. Doués d'un esprit ardent et privés d'une saine direction, un certain nombre d'entre les écoliers se sont voués à la recherche d'une base pour l'édifice social que ne nous offrait pas l'enseignement stupide de nos professeurs. Nous nous sommes appliqués à la recherche d'une religion et d'un ordre social aptes à remplacer la religion catholique et la Monarchie, que l'on s'attachait à nous représenter comme
596 RECUEIL DE DOCUMENTS (l8àO-1858).
usées dans la pratique. Voilà notre point de départ. Celui de l'arrivée a dû se ressentir de notre pleine ignorance. Aujourd'hui, je suis catholique et royaliste, et je n'ai rien à ajouter à mon récit. »
Je n'hésitai pas à remercier M. Michel Chevalier des renseignements qu'il m'avait donnés et que je jugeais suffisants.
Sur la liste des saint-simoniens figurent les noms d'hommes qui ont montré, dans les différentes directions de la vie, qu'ils étaient sinon des individus absolument remarquables, du moins des gens d'esprit.
Le saint-simonisme n'existe plus sous safoî'me primitive, mais ses doctrines fausses subsistent sous d'autres dénominations.
La réconciliation des princes d'Orléans avec le chef de la Maison de Bourbon (1853^.
2006. Le Lloyd du 30 novembre 1853 contient un article qui discute la réconciliation des princes de la Maison d'Orléans avec le chef de la branche aînée des Bourbons; cet article épuise en peu de mots, et de la façon particulière à M. Edouard Warrens, la matière que cet événement offre à la discussion.
Personne ne sait mieux que moi comment cela s'est passé. Les rapports que j'ai eus en Angleterre avec les chefs du parti orléaniste, de 1848 à 1849, et à Bruxelles en 1850 et 1851, d'une part, et, d'autre part, les relations que j'ai eues en tout temps avec la Cour légitimiste de Frohsdorf, m'avaient mis à même de suivre on ne peut mieux toutes les phases de l'événement. Ce n'est qu'en 1849 que se réveilla chez les chefs du parti orléaniste, chez MM. Guizot, Duchàtel, Salvandy, le sentiment du manque total d'une base sur laquelle l'orléanisme pût s'appuyer, une fois dépossédé du trône. M. Guizot me parla pour la première fois pendant l'été de 1849 « de la nécessité dC une fusion des intérêts des deux branches de la Maison de Bourbon » . En réponse à ses paroles, je fis remarquer à M. Guizot qu'en se servant de l'expression « la fusion » , il émettait une idée fausse, qu'il ne pouvait être question « d'une
MÉLANGES (l85i). 597
fusion " à Frohsdorf, et qu'il ne devrait pas en être question à Glaremont, attendu qu'une fusion conduirait au mépris du principe de droit sans qu'il y eût sur le terrain des faits une compensation pour ce principe. M. Guizot essaya de défendre Je mot de « fusion » en l'expliquant par la nécessité de « sauver l'honneur du Roi Louis-Philippe » . Je me souviens d'avoir répondu à cette argumentation de M. Guizot : « Vous voulez engager la lutte entre un fait et une chimère; la partie est inégale, et vous la perdrez à Frohsdorf. » Mes prévisions ont été confirmées par Tévénement.
Après la mort de Louis-Philippe, j'ai trouvé les mêmes hommes placés sur le seul terrain pratique, sur celui de la sounjission.
Je ne pourrais ajouter à l'article de M. Warrens que les mots ci-dessus : « Cet article épuise la question telle que je la comprends personnellement. »
L'émigration irlandaise (185V).
2007. Parmi les symptômes de l'époque, qui n'est qu'une période de transition agitée par les mouvements les plus désordonnés qui puissent se produire dans la situation sociale, les faits qui se passent en Irlande forment une péripétie remarquahle dont le continent européen ne tient pas suffisamment compte. L'Ti'lande émigré! elle émigré aux États-Unis de l'Amérique du Nord, dont elle augmente la population, et ofîre à la race anglo-saxonne une place qui se vide et que celle-ci sait occuper. 11 ne s'agit pas ici de faire des théories philanthropiques et humanitaires. Du reste, en Angleterre, ces théories tiennent généralement une bien plus grande place parmi les produilsyb;* e.r/^or^rtf /on que parmi les articles destinés à la home consiimption. Aujourd'hui, le protestantisme complète en Irlande les victoires qu'il a remportées en Angleterre, et cela moins par instinct confessionnel que dans ses directions politiques et matérielles.
« Comme l'abîme appelle l'abîme, comme 1 or attire l'or, ainsi l'émigration appelle l'émigration. »
Cet axiome parfaitement vrai est confirmé aujourd'hui par le fait qui se passe actuellement en Irlande, fait qui constitue un chapitre presque inaperçu dans la confusion générale du dix-neuvième siècle. Au temps 5ew/ appartiennent le droit et le pouvoir de montrer et de régler les résultats de grandes choses. Quelle sera la situation de l'Irlande au point de vue moral, religieux et matériel? Qu'on pose cette question au vingtième siècle. Alors la réponse sera plus facile qu'aujourd'hui. Il en est d'ailleurs de même pour l'Angleterre et pour beaucoup d'autres Empires.
Une opinion du Constilutionnel (1854).
2008. Si l'on peut constater dans ces feuilles une lacune dans l'expression de mes sentiments sur certaines questions aujourd'hui pendantes, cela tient à la marche que suivent les complications européennes (auxquelles on donne le nom à^ orientales)^ marche où l'on remarque surtout l'absence de la lumière sans laquelle les'choses les plus simples s'embrouillent et les choses les plus faciles à comprendre deviennent inintelligibles. La marche des événements, à partir du moment où le prince Menschikoff est intervenu à Gonstantinople jusqu'à la fin de l'année 1854, restera une énigme pour l'histoire, car elle n'a pas de donnée pour la calculer. L'idée d'une confusion sans bornes est la seule qui caractérise la situation; or, la confusion ne présente aucune mesure qui puisse servir de base au calcul.
Le Constitutionnel du 23 décembre 1854 — le Constitutionnel est un journal inspiré par le Cabinet français — contient le passage suivant :
« Parmi nous, le sang de bien des hommes coule plus vite et le cœur tressaille au souvenir de 1812, et notre génération tout entière a appris de ses pères quel compte horrible elle avait à régler avec le Moscovite et le Cosaque. Remercions le Ciel d'avoir fait venir le jour de l'expiation, et, puisque l'Europe nous y convie, ne manquons pas à son appel. »
Accorde qui pourra cette exclamation avec le sens que les deux puissances maritimes prêtent à leur levée de boucliers contre les empiétements de la Russie. Réduite à sa plus simple expression, la thèse de la feuille officielle veut dire ceci :
« Napoléon T' a attaqué la Russie en 1812, et la Russie a su se défendre; la France peut, Dieu merci, punir la résistance à son attaque! L'Europe invite la France à tirer cette vengeance de la Russie; la France ne fera pas défaut à son appel! ))
Où trouver ici une trace du plus simple bon sens?
Paroles prononcées à un banquet par le prince Napoléon (\ 855).
2009. Dans un banquet donné par les membres du jury international de l'Exposition universelle de Paris au prince Napoléon Bonaparte, le 24- juillet, le prince a prononcé dans un toast les paroles suivantes :
« Nous, — la France, — nous sommes une nation de démocratie et d'égalité, par nos mœurs, nos institutions, et surtout par notre but. Chez nous, l'employé devient ministre; l'ouvrier, industriel; le paysan, propriétaire; le soldat, général; le peuple entier se couronne en élevant au trône une dynastie de son choix. »
En interprétant ces paroles dans le sens le plus modéré, on trouve qu'elles se réduisent à des lieux communs qui ne sauraient donner à la France aucune supériorité sur les autres États en ce qui concerne les usages, les mœurs et les lois, et qui, par conséquent, portent le cachet de prétentions que rien ne ju.stifie.
La morale de ces absurdités est contenue dans la phrase finale.
« La nation se couronne elle-même en élevant au trône une dynastie de son choix. » Voilà un non-sens qu'on n'avait pas encore imaginé jusqu'à présent.
Napoléon I" a dit : « La nation , en m'appolant au trône, et en établissant le droit de succes«îon au trône dans ma famille, a exercé un droit de souveraineté. >»
Il était réservé au neveu de transformer l'idée de Toncle, en ce qui concerne sa valeur morale, en celle d'une action matérielle, ou, ce qui revient au même, de changer une énonciation téméraire en absurdité pure. Et c'est de pareilles niaiseries que se payerait « la nation la plus spirituelle du monde » î
On ne peut répondre à cette question que par Taffirmative. L'esprit français est léger, extrêmement mobile et entreprenant. Le Français traduit ses sentiments en action, sans se préoccuper des détails accessoires ; il s'engage dans toute entreprise qui le tente, sans calculer le résultat de l'aventure, et il compte, pour réussir, sur son adresse et sur la chance.
Le renversement de l'ancienne royauté a donné aux Français une infinité de moyens d'arriver à la considération et à la fortune, et l'histoire de tous les temps ne pourrait guère présenter un second exemple de carrières fournies aussi rapidement dans des circonstances données que celle des maréchaux français.
La visite de la Reine d'Angleterre à Paris (1855).
2010. La Gazette autrichienne du 3 septembre 1855 contient, relativement au voyage de la Reine d'Angleterre à Paris, le passage suivant : « On ne saurait contester au rapprochement entre l'Angleterre et la France l'importance qui ressort de la démonstration elle-même. Ce rapprochement fiévreux renferme la preuve que chacun des deux Gouvernements poursuit un but différent qu'il ne croit pas pouvoir atteindre seul. Car si le but était commun, on n'aurait pas besoin de faire si grand bruit de l'entente qui règne entre les deux pays et d'embellir leur bonne amitié par tant de grandes phrases. Si le but était commun, on aurait pu le formuler depuis longtemps, tandis que jusqu'à présent personne n'a encore pu s'expliquer la véritable cause de la crise actuelle. Une idée nettement exprimée serait probablement réalisée depuis longtemps, car ce n'est qu'au moyen d'une idée de ce genre qu'on peut réussir à faire d'alliés diplomatiques de véritables alliés. La lutte contre
la Russie, telle qu'elle est engagée, n'offre pas une explication suffisante, car Sébastopol ne vaut pas le prix qu'on a déjà payé et qu'il faudra payer encore. »
Ces réflexions sont parfaitement conformes à la vérité, et les faits allégués impliquent un reproche fondé contre la signature de l'acte du 2 décembre 1854 parle Cabinet autrichien. Ce Cabinet savait-il alors ce que voulaient les deux puissances maritimes P Il ne pouvait pas le savoir, car aujourd'hui même le mystère n'est pas encore éclairci. Par suite de cette ignorance, le Cabinet impérial s'est réservé formellement dans le traité une certaine liberté d'action. Un traité conclu en présence d'une réserve de ce genre n'a pas la valeur d'une alliance. Il ne peut rien sortir de bon d'une situation pareille!
L'histoire du percement de l'i.sllime de Suez (1855).
2011. Je consigne la notice suivante, qui concerne une des plus grandes questions qui intéressent le monde et dont la solution amènera des résultats qui échappent encore au calcul, je la consigne, dis-je, dans ces feuilles que j'ai écrites à la hâte et qui n'ont d'autre but que de renseigner exactement ceux qui viendront après moi sur ce que j'ai pensé, sur ce que j'ai cru, sur ce que, pendant la longue carrière que j'ai fournie sur le terrain social, j'ai maintenu en principe avec une constance inébranlable.
Je parle du percement de l'isthme de Suez, c'est-à-dire d'une question qui vient d'entrer (à la fin de l'année 1855) dans sa seconde phase, d'une question à l'apparition de laquelle j'ai joué un des principaux rôles, et à laquelle je ne déroberai pas mon concours, même après ma retraite de la vie |)ublique.
La valeur de l'entreprise est évidente par elle-même. Quelle influence l'exécution de cet immense travail exercera-t-clle sur le commerce du monde et particulièrement sur celui de notre Empire? Il est inutile de s'étendre sur cette question. Tricste et Venise deviendront des marchés considérables et seront les intermédiaires du commerce d'importation entre tous les pays
d'Allemagne et le Nord, d'une part, et l'Inde, la Chine et l'océan Pacifique, d'autre part, positions qui ne peuvent risquer d'être exposées à aucune vicissitude, car la nature elle-même a créé pour cette mission les points dont il s'agit; la destination de ces pays dérive de leur position géographique, et, pour cette raison, ils ne peuvent la perdre d'une manière durable.
Lorsque vers 1840 Méhémet-Ali eut l'idée de faire percer l'isthme de Suez, son coup d'œil si sûr lui fit entrevoir, à côté des avantages qui en résulteraient pour l'Egypte, bien des difficultés que l'exécution de l'entreprise pourrait rencontrer sur le terrain politique. La confiance personnelle que Méhémet- Ali me témoignait depuis plusieurs années, le porta à me faire part de son projet et à m'inviter à lui dire ce que je pensais des moyens à employer pour écarter les objections politiques possibles contre l'entreprise.
Je chargeai le consul général d'Autriche en Egypte de répondre en mon nom à Méhémet-Ali; dans ce but, j'adressai au consul Laurin une lettre qui contenait les matériaux nécesssaires pour lui permettre d'expliquer clairement mes idées. Je résumai ma manière de voir de la façon suivante :
1" L'entreprise que Méhémet-Ali se propose d'exécuter présente un intérêt général et mérite, à ce titre, d'être appuyée par la Porte et par les puissances européennes;
2" Pour que l'exécution en soit possible, il faut avant tout que Méhémet-Ali s'entende avec la Porte ; cette entente obtenue, l'affaire sera placée sur la base des droits de souveraineté du Sultan, qui régissent incontestablement le droit de libre circulation en dedans des limites du territoire ottoman (l'isthme qui relie l'Egypte aux parties orientales de rP2mpire ottoman et aux côtes où aboutira le percement);
3" Cependant les droits de souveraineté de la Porte ne suffisent pas pour garantir l'exécution de l'entreprise. Bien que celle-ci intéresse le commerce du monde, il se présente des considérations d'ordre politique avec lesquelles il faut compter, ne fût-ce que pour en avoir raison si elles venaient à être mises en avant.
L'Angleterre (mais l'Angleterre seule) peut prendre en considération les trois questions suivantes :
a. Est-ce que, par suite du percement de l'isthme de Suez, les relations commerciales existant entre l'Europe et particulièrement entre le Royaume-Uni et ses possessions dans l'Orient ne subiront pas une perturbation préjudiciable à l'Angleterre?
b. Le commerce maritime de l'Angleterre ne risquera-t-il pas de faire de grandes pertes?
c. Les possessions que l'Angleterre a dans les Indes orientales ne seront-elles pas exposées à des dangers politiques par suite de l'ouverture d'une voie navigable reliant la Méditerranée à la mer Rouge ?
De ces trois considérations, la dernière seule mériterait d'être examinée; encore perd-elle beaucoup de sa valeur si l'on garantit que les vaisseaux de guerre seront exclus de la voie navigable à ouvrir.
Pour assurer cette exclusion dans le cas où l'Angleterre la demanderait, le moyen le plus simple serait de faire signer un traité de neutralité pour l'exploitation du canal de Suez, traité qui serait accepté par toutes les puissances maritimes et par la Porte.
Mébémet-Ali partagea mes vues; des embarras politiques et les révolutions de l'année 1848 amenèrent un temps d'arrêt dans l'entreprise. Le Gouvernement anglais profita de cet intervalle pour construire une ligne de chemin de fer destinée à relier le Caire et Suez dans son intérêt particulier.
Méhémet-Saïd, le pacha d'Egypte actuel, a repris l'idée de son père. Comme il était au courant de mes vues, il s'est mis en relation avec moi aussitôt après son avènement, afin de faire avancer l'entreprise. Il arrivera à son but*.
* Du reste, nous renvoyons le lecteur aux documents pulilié* dans le t. VI, p. 7Q2; il y trouvera la lettre à Laurin, mentionnée ci-dessus.
(lYote de rÉditeur.)
Mort de Henri Heine (1856).
2012. Henri Heine vient de mourir (17 février 1856). On s'expli(]ue très-bien les ju^jernents contradictoires des contemporains sur un poète placé si haut par Fesprit et tombé moralement dans un bourbier par sa dépravation. Heine était un grand poète, une personnalité placée au dernier degré de l'échelle morale, mais douée de grandes qualités intellectuelles, et avant tout un cynique renforcé. Je croirai volontiers, d'après ses propres aveux, que, pendant la dernière période de sa maladie, il a plus penché vers le spiritualisme que vers le grossier matérialisme ; mais, d'autre part, il est certain pour moi que son cœur ne savait pas s'élever jusqu'au sentiment religieux.
Une des réflexions les plus absurdes parmi celles que la mort de Heine a provoquées chez les libres penseurs, c'est bien la suivante, qui émane d'un de ses amis français, qui était en même temps son frère en irréligion : « Quel deuil de voir un de ces microcosmes plus vastes que l'univers et contenu dans l'étroite voûte d'un crâne, brisé, perdu, anéanti! Quelles hautes comlnnaisoiis il faudra à la nature pour former une tète pareille! »
Il est impossible au matérialisme de tomber dans une aberration plus grossière que lorsqu'il accouple les idées de « hautes combinaisons » et de nature, et confond l'idée du Créateur avec celle de la créature!
Sur la conférence de Paris (1858).
2015. L'idée de placer l'intégrité de la Porte sous la garantie des puissances européennes est absolument fausse. Elle devient juste si on la chan^je en celle de l'obligation réciproque de s'interdire tout empiétement sur les possessions territoriales du Sultan. Telle qu'on la conçoit aujourd'hui, l'entreprise repose sur une petitio principii. Toute garantie implique une subordination à une puissance étrangère et est, par conséquent.
un empiétement sur rindépendance souveraine, qu'elle tend à restreindre.
Si l'on jette un coup d'œil critique sur les délibérations de la conférence de Paris actuelle, on est frappé tout d'abord de ce qu'd y a de singulier dans leur marche.
N'ayant pas de [)rogramme arrêté, n'ayant pas précisé la question qu'il s'agit de traiter, cette réunion s'agite dans un cercle sans issue, dont le centre est une tâche non définie, ce qui arrive toujours quand on met en avant de grands mots qui peuvent se gonfler jusqu'à l'infini. Aussi la conférence ne s occupe-t-elle jamais de la question elle-même, ainsi que le prouvent les discussions de chaque jour; par contre, elle étudie la manière de la faire avancer; elle n'examine pas la question an, mais seulement le quomodo.
En procédant ainsi, on relègue forcément le fond de la question au second plan, et l'on se borne dans les discussions à rechercher des moyens qui, dans la plupart des cas, au lieu de conduire à la solution du problème, ne font que le rendre plus compliqué.
Sur la tendance ;i pousser l'Autriche \ ers l'Orieut (1858).
2014. L'idée d'engager l'Autriche en Orient Joue le rôle d'un article sléréotvpé dans la littérature des journaux et des brochures, et cela non-seulement dans les derniers temps, mais depuis une trentaine d'années.
Ce fait provient des calculs auxquels se livrent les partis les plus divers, sur le terrain social aussi bien que sur le terrain politique.
Par suite de son importance et de sa position géographique, l'Autriche forme un centre de gravité au milieu du continent européen. Suivant les circonstances, ce point apparaît tantôt comme une grandeur négative, tantôt comme une grandeur positive. Dans l'une comme dans l'autre hypothèse on est obligé de compter avec l'existence d'un Empire qui pèse d'un grand poids dans la balance.
L'Autriche a été de tout temps uu obstacle à la politique
toujours envahissante de la France et aux efforts révolutionnaires des partis qui se démènent sous prétexte de réforme ou de renversement de l'ordre de choses existant, et il en sera de même tant qu'il y aura un grand Empire au centre du continent. Là où les partis sociaux et politiques ne peuvent pas se flatter de l'espoir de renverser la puissance qui les gène, leurs menées tendent nécessairement à affaiblir moralement et matériellement le corps dont la présence les importune.
Un moyen d'arriver à leur but, c'est de pousser l'Autriche vers l'Orient, moyen qui coïncide avec V élimination de l'Autriche de l'Occident.
La presse considérée comme l'expression de l'opinion publique (185S).
2015. La presse est une puissance si dangereuse parce que, d'une part, elle cherche en elle-même ce qui est en dehors d'elle et que, d'autre part, elle croit trouver en dehors d'elle quelque chose qui pourtant n'existe qu'en elle. Ses aveugles adorateurs lui reconnaissent le droit à la direction des affaires publiques, tandis que son influence sur elles est plutôt perturbatrice que salutaire, ne fût-ce que parce qu'elle ne peut jamais agir comme une puissance unie. Ces adorateurs honorent la pre'sse du nom d' « écho de l'opinion publique » , et pourtant chaque écrit n'est que l'expression des idées particulières de son auteur. Ici l'on voit apparaître journellement une anomalie palpable. Attribuera-t-on jamais à une publication émanant d'un gouvernement quelconque, même d'un gouvernement républicain, la valeur d'une expression de l'opinion publique? Assurément non! Par contre, il n'est pas d'obscur journaliste qui ne revendique pour ses produits l'honneur de représenter l'opinion de tous. Quelle confusion ne trouve-t-on pas ici dans les idées !
La foi religieuse (1858).
2016. La décadence des Empires va toujours de pair avec les progrès de l'incrédulité.
La foi religieuse, qui est la première des vertus, est précisément pour cela la plus grande des forces. Elle seule règle Tattaque et rend la résistance invincible. La foi ne peut pas diminuer chez une nation sans entraîner Taffaiblissement de cette dernière; or, la chute des Etats ne suit pas une progression arithmétique comme la chute des corps, elle ne tarde pas à conduire au néant.