BRIGHTON
(du 15 SEPTEMBBE 1848 AU 23 AVRIL 1849.)
1701. Installation à Brighton. — Etienne Széchényi devenu fou. — Désordres à Vienne et à Berlin. — Combat dans les rues de Francfort. — Mort de Félix Lichnowsky et d'Auerswrald. — Félix Schwarzenberg ;\ Vienne. — Mort de Laniberg à Pesth. — Soulèvement d'octobre à Vienne. — Jellachicb sous les murs de Vienne. — Envoi de troupes fédérales à Vérone. — L'Empereur Ferdinand à Olmiitz. — Windiscbgrsetz nommé généralissime de l'armée. — Arrivée de la princesse de Lieven. — Curieux propos d'Andrian. — Soumission de Vienne. — Violences de Kossutb. — L'état de siège à Berlin. — Bencontre de Guizot. — Perspectives plus favorables. — Nau- Irage d'un navire allemand près de Bamsgate. — Triste disposition d'esprit la veille de la fête du Prince. — Assassinat de Rossi. — Abdication de l'Empereur Ferdinand. — Avènement de 1 Empereur François-Joseph I*'.
— Proclamation de la République en Hongrie. — Nomination de Hummelauer comme secrétaire particulier de l'Empereur Ferdinand. — Mission de Gagern à Berlin. — On vient de tous les côtés demander conseil au Prince.
— Cinq millions de voix données à Louis-Napoléon. — Palmerston s'efface.
— Visite cbez Wellington. — Projet d'une conférence de délégués des Etats moyens de l'Allemagne. — Guizot. — Lettre d'hommnge à Sa Majesté l'Empereur. — Situation de liechberg. — Mauvaise humeur de lady Palmerston. — M. Macaulay. — Une affaire de journal de Kossuth. — Lettre de Félix Schwarzenberg. — Rupture entre l'Autriche et la Prusse. — Reproches des gens bien pensants. — La Constitution de mars. — Inquiétudes |)rovoquées par la proclamation de Radelzky. — Victoires des insurgés en Hongrie. — La couronne d'Empereur d'Allemagne offerte au Roi de Prusse.
— Départ de Biighton. — Faits [lersonnels.
1701. Le 15 septembre , nous allâmes nous installer à Brighton; la première impression que fît sur nous cette nouvelle résidence fut bonne et relativement heureuse. Le soleil,
* Nous reproduisons les félicitations adressées par Metternich à Radetzky victorieux, ainsi que la lettre de remercîment de ce dernier. Le prince de Metternich écrivit de Londres, le 18 août 1848 : ■ Mon cher et honoré feld- . maréchal, aujourd'hui que vous êtes arrivé au terme de vos glorieuses victoires, je ne puis résister au sentiment qui me pousse à vous adresser mes félicitations. Recevez- les de la plume d'un vieil ami, d'un ami éprouvé. Non-seulement vous avez conquis les palmes de la victoire sur les champs de bataille, mais encore vous avez su assurer le triomphe de la cause du
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dont nous avions été privés pendant de longues semaines, brillait de tout son éclat. La mer était calme, mais magnifique. Je retrouvais Dieu dans cette immensité , et avec lui la foi et l'espérance, ce qui m'a redonné du courage pour l'avenir. Le J7, nous avons reçu l'affreuse nouvelle qu'Etienne
droit. Un homme ne saurait faire plus que vous n'avez fait, et jamais punition plus méritée n'a atteint l'injustice et le mensonfje.
« Vous recevrez ci-joint l'expression de la joie et les félicitations d'un (glorieux compagnon d'armes. Témoin des sentiments qui l'animent, j'ai été prié par le duc de Wellington de vous faire parvenir sa lettre. S'il ne vous le dit lui-même, vous apprendrez par moi qu'il considère votre campagne, depuis le premier jour jusqu'à la fin, comme une des plus remarquables de tous les temps.
« Que Dieu vous conserve longtemps encore, mon cher feld-maréchal ! J'exprime ce vœu non-seulement à titre d'ami personnel, mais encore comme ami de l'Empire, auquel j'ai voué ma longue carrière et mes services, ainsi que les sentiments qui m'accompagneront dans le tomheau. Conservez-moi votre amitié. « Metïersich. h
Le 27 août, le Feld-maréchal répondit |)ar la lettre suivante, datée de son quartier général à Milan :
« Prince, la lettre que Votre Altesse a bien voulu m'adresser le 18 de ce mois, m'a donné une heure de bonheur véritable; vous m'avez toujours témoigné tant de bonté, que de nulle main plus chère que la vôtre ne pouvait me venir un souvenir à l'occasion des victoires que je viens de remporter sur nos ennemis.
« Je ne m'étais pas attendu à assister encore, sur la fin de mes jours, à des révolutions comme celles que nous avons traversées; néanmoins, je ne désespère pas encore du sort de notre Monarchie. Il y a encore tant de bon esprit, particulièrement dans l'armée, qu'il suffit d'une volonté énergique pour consolider l'Etat à l'intérieur, comme nous y avons réussi, je l'espère, au dehors. Mes ad\ersaires m'étaient bien supérieurs en nombre; mais j 'ai eu confiance dans notre bon droit et dans l'excellent esprit de mes troupes, et celte confiance ne m'a pas déçu.
« La lettre du duc de Wellington m'a fait grand plaisir : le jugement flatteur ipia porté sin- mes opérations le premier capitaine de son temps embellira encore mes dernières heures; après un pareil témoignage, qui oserait encore me contester mes faibles mérites?
« Il m'est imj)ossiblc de renoncer à l'espérance de pouvoir encore, avant ma fin, offrir à Votre Altesse mes hommages sur le sol de ma j>atrie. Votre Altesse a eu la bonté de m'envoyer la lettre du duc de Wellingtcm ; je me permettrai de même de La charger de transmettre ma réponse au duc.
M Que Votre Altesse daigne recevoir, avec mes remercîments réitérés, l'assurance de mon attachement inaltérable et de mon prctfond lespect.
« Le très-obéi-isant serviteur de Votre Altesse,
" IUdetzky. »
Széchényi était devenu fou. Le pauvi^e homme a été frappé de cette terrible maladie après avoir vu refuser son concours contre Jellachich, qui est entré en Hongrie à la tète des Croates. Il est maintenant dans l'asile de Gœrgen. Il connaît son état et en parle très-ouvertement.
Le désordre qui règne à Vienne paraît être effrayant ; il ne fait qu'augmenter de jour en jour. A Francfort, il y a eu dans les rues un combat acharné, pendant lequel Félix Lichnowsky et Auerswald ont été massacrés dans des circonstances épouvantables. Lichnowsky a été littéralement déchiré en morceaux, et il est mort au milieu des plus atroces souffrances. Nous avons reçu cette nouvelle le 22; bien que je sente que l'ordre ne peut être rétabli qu'au prix d'horribles catastrophes , ces scènes sauvages remplissent mon cœur d'amertume. Combien de larmes couleront encore ! Il est affreux de se dire que nous ne sommes encore qu'aux premières scènes de cette effrayante tragédie.
Les journaux annoncent que Windischgraetz a été appelé à Vienne. Il paraît que l'orage va éclater à Berlin, en Allemagne, et surtout à Vienne.
Félix Schwarzenberg est arrivé à Vienne pour faire au Gouvernement et à la Cour un tableau exact de la situation en Italie, et pour travailler à faire ouvrir, non pas à Vienne, mais à Inspruck, les négociations des puissances relatives à la pacification.
Lalour se montre assez énergique. Jellachich pousse vigoureusement en avant. La révolution semble perdre du terrain.
Octobre.
La catastrophe se déroule. A Pesth, Lamberg a été mis en morceaux par la populace. Eugène Zichy a été pendu. Les étudiants de Vienne empêchent le départ d'un régiment de grenadiers pour la Hongrie. Latour a été assommé et pendu. L'Empereur quitte Schœnbrunn sous bonne escorte, et lance une proclamation énergique qui lui est renvoyée et que les ministres refusent de contre-signer. Vienne est en pleine in-
surrection et en possession de toutes les munitions de guerre, ainsi que des canons qui se trouvaient dans les arsenaux. Les troupes restées fidèles occupent le Belvédère. Le Parlement à Vienne demande l'éloignement de toutes les troupes, l'amnistie pour les meurtriers de Latour, le bannissement de l'Archiduchesse Sophie et celui de l'Archiduc Louis. L'insolence de cette assemblée dépasse toutes les bornes. Nos trois sauveurs, Windischjjraetz, Radelzky et Jellachich, relèveront, je l'espère, la pauvre Monarchie. La crise que j'avais toujours prévue semble être arrivée. Dieu veuille qu'elle conduise au salut, et non à la ruine de notre pauvre Monarchie!
Notre vieux domestique Joseph arrive à l'instant de Vienne, qu'il avait quittée avant l'insurrection , et nous fait un tableau épouvantable de la situation. Il nous a raconté que des ouvriers ont voulu abattre tous les arbres du Prater, et que, lorsque la garde nationale voulut empêcher cet acte de vandalisme, deux des miliciens furent enterrés vivants dans le Prater. Voilà ce qu'est devenue l'heureuse et paisible population de Vienne!
On ignore la résidence actuelle de l'Empereur et de Wessenberg. On ne sait pas non plus grand'chose de la Hongrie. Mais partout on tremble. La plus affreuse guerre civile vient d'éclater sur tous les points.
Jellachich, arrivé à Sinimering, est, dit-on, déjà en contact avec Auersperg. La Bohême se déclare pour l'Empereur; le Parlement sera, paraît-il, convoqué à Prague. Cela nous mettrait entre les mains des Slaves, ce qui n'est pour moi qu'une mince consolation.
L'Archiduc Jean parait vouloir envoyer les troupes fédérales à Vérone , alin de contenir les Italiens. Clément trouve cela parfaitement correct. J'avoue que le déploiement des forces allemandes dans cette direction me fait peur.
Le 27 , nous avons appris que des troupes de Bohême , de Moravie et de Oalicie entourent déjà Vienne. Dans les environs de cette ville, la garde nationale a été désarmée. Plus de cent mille personnes, dit-on, ont quitté Vienne. V^essenberg est avec l'Empereur à Olmiitz. Windischgraetz est nommé général en chef de l'armée.
Novembre.
La princesse de Lieven est arrivée. J'ai eu avec elle un entretien de deux heures. Elle m'a raconté que Louis-Philippe et Guizot reconnaissent aujourd'hui les droits légitimes de Henri V. Il n'est plus question de la singulière prétention d'exclure les enfants que pourrait avoir Henri V de la succession au Irône au profit du comte de Paris.
La princesse de Lieven, qui voit tout le monde, a reçu aussi le baron Andrian. Ce dernier lui a raconté que les affaires d'Allemagne ne donnent lieu à aucune complication; que dans trois semaines les petits Souverains allemands seront chassés, et que leurs Etats seront incorporés à l'Empire d'Allemagne.
« Ah! dit la princesse, et que ferez-vous des Gobourg?
— Leur tour viendra en dernier, à cause de leurs hautes parentés.
— Et les Rois?
— Les Rois? On évitera jusqu'à nouvel ordre de s'attaquer à leur personne; mais on leur prendra leur Fortune et leurs droits, de manière qu'ils se dégoûteront d'un titre purement honorifique, et qu'ils seront heureux d'abdiquer. Le Roi de Prusse sera nommé Empereur d'Allemagne, et l'Autriche gardera, pour le moment, ses provinces allemandes. »
Le baron Andrian a terminé ces singuliers aveux en affirmant que tout cela arriverait bientôt. Voilà ce que raconte la princesse de Lieven. Je ne garantis pas l'exactitude de sa version.
Au ministère des affaires étrangères , on a reçu la nouvelle que Vienne s'était rendue le 30. Avant ce moment, dit-on, une députation de la bourgeoisie s'était rendue auprès de Windischgraetz. Elle se prétendait envoyée par le comité du Conseil municipal pour le prier de poser des conditions moins rigoureuses. Ensuite, les députés sont revenus secrètement le trouver pour le prier d'être bie« sévère , parce que la situation n'était plus toi érable à Vienne. Ils disaient que Vienne
était au pouvoir d'étrangers qui payaient les étudiants et les ouvriers pour exercer sur les honnêtes gens un affreux terrorisme; qu'on ne pouvait pas agir assez tôt; que l'anarchie avait atteint son apogée, etc., etc.
Kossuth a encore fait pendre un brave homme, un président de comitat, nommé Kuditz, que Clément a bien connu, ainsi qu'un prêtre. En général, il fait pendre, dit-on, tous ceux qui n'acceptent pas son papier-monnaie , pendant que lui-même ne se fait payer qu'en ducats.
En Allemagne, les événements se précipitent. On ne veut plus du Roi de Prusse comme Empereur, et l'on prétend ériger le pays en République.
En France, Gavaignac et Louis Bonaparte se disputent les chances d'arriver à la présidence.
Htibner, qui était allé avec Félix Sclnvarzenberg d'Olmûtz à Vienne, nous écrit des détails intéressants. Le cabinet oiJ , pendant trente-cinq ans. Clément a eu l'honneur de travailler pour l'Autriche et de maintenir la paix, paraît complètement détruit. Le palais Kolowrat est brûlé; par un curieux hasard, notre villa, dit-on, a été épargnée.
L'exemple de Vienne semble avoir donné du courage à Berlin. On a proclamé 1 état de siège dans cette ville, et le général Brandenburg (frère de la duchesse de Cœthen) se trouve à la tête du Gouvernement.
Je suis allée avec Clément faire une visite à la princesse de Lieven. Nous y avons trouvé M. Guizot, qui espère une solution prochaine et croit Louis Bonaparte capable de rétablir l'ordre. Il parle avec beaucoup d'esprit de l'état de confusion générale.
Je lève la tête avec une légère nuance d'orgueil de[)uis que je vois que nos armes recommencent à inspirer du respect à tout le monde. On s'étonne des grandes et fortes armées dont on est à même de disposer chez nous partout où Ton en a besoin , et l'on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'au moment du plus grand danger l'Autriche est grande et puissante. Dieu veuille qu'il se rencontre un grand esprit qui soit à la hauteur des circo»istances, capable de rétablir la paix chez
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nous, une paix basée sur l'ordre et garantie par des institutions qui assurent l'avenir !
Le 17 , nous avons appris qu'un navire allemand venait de faire naufrage près de Ramsgate , port situé à quelques lieues d'ici. Clément s'est décidé à y envoyer Richard et Hiigel , afin de distribuer un peu d'argent aux pauvres naufragés et de leur porter aussi vite que possible les secours dont ils ont besoin. La duchesse de Gloucester, que j'en ai priée, a aussi envoyé son obole.
Clément est assiégé de jour en jour davantage par des gens qui viennent lui demander conseil. Il est, du reste, curieux de voir comme l'opinion a changé ici. Les feuilles publiques en sont la preuve.
Le 22 au soir, c'est-à-dire la veille de la fête de mon mari, nous avons présenté nos vœux à Clément. Nous étions dans une disposition d'esprit fort triste. Jadis on lui souhaitait une longue vie dans l'intérêt du repos de l'Europe et de la gloire de la Monarchie; aujourd'hui il est exilé, et sa patrie parle de lui comme de son plus grand ennemi. N'aurions-nous souhaité si vivement sa conservation que pour voir son cœur blessé , brisé par la plus noire ingratitude?
Parmi les membres de la famille royale , la duchesse de Oloucester et tous les Cambridge sont si aimables et si prévenants pour mon mari et pour moi, que je ne puis leur en être assez reconnaissante.
Décembre.
Ce mois a débuté par nous apprendre l'assassinat de Rossi. Le Pape s'est vu forcé de composer un nouveau ministère. II est abandonné de tous; il est l'objet d'une surveillance rigoureuse, comme pourrait l'être un prisonnier; ce n'est que grâce à la protection de l'envoyé de Bavière qu'il a pu être mis en sûreté.
Si Louis-Philippe et Guizot ont été chassés parce qu'ils refusaient de nouvelles concessions, si le prince de Metternich a été abandonné de tout le monde parce qu'il défendait un
JOURNAL DE LA PUINCESSE MÉLANlIi (l848). 39
système conservateur, pourquoi donc le Pape a-t-il été forcé de fuir, lui qui avait fait toutes les concessions possibles, lui qui n'a rien refusé à son peuple qui l'adorait? Il n'y a rien de plus absurde que la Révolution, et pourtant les gens la regardent comme une œuvre de génie.
Le 8, nous avons appris l'abdication de l'Empereur Ferdinand, la renonciation de l'Archiduc François-Charles à ses droits â la couronne; tous deux se sont retirés en faveur du jeune Archiduc qui monte aujourd'hui sur le trône avec le titre de François-Joseph \". Cela nous a fourni matière à bien des réflexions et à des suppositions diverses 5 nous nous sommes demandé notamment si l'on tirera un parti convenable de cette grande et suprême mesure.
On nous a écrit que Félix Schwarzenberg représente dans le ministère les principes conservateurs, que Kraus et Bruck sont les forces actives du Cabinet, et que Thienfeld et Ilelfert auraient à assumer la lourde tâche de soutenir la lutte dans le Parlement. Cordon a été nommé ministre delà guerre, parce que ni Windischgraetz ni Radetzky n'ont voulu consentir à rendre compte de leurs actes devant l'Assemblée. Dans ces circonstances, le ministre de la guerre pourrait bien n'être qu'un homme de paille. Celte image me paraît parfaitement jusle; mais comment les choses iront-elles s'il règne si peu d'harmonie au centre? Comment un Empereur de dix-huit ans pourra-t-il agir au milieu de forces si hétérogènes? Je tremble quand je pense à lui, la dernière espérance qui nous reste encore. Que Dieu lui donne sa bénédiction et lénergie nécessaire , ainsi qu'à ses conseillers l'expérience dont ils ont besoin !
Les ministres paraissent être plus souvent en chemin de fer qu'autour de la table du Conseil , car ils font toujours la navette entre Vienne, Olmiitz, où séjourne l'Empereur, et Kremsier, où est réuni le Parlement.
On dit que la République a été proclamée en Hongrie avec Kossuth pour dictateur. Ce dernier s'est, paraft-il, adressé au consul américain pour le prier de demander une amnistie à Windischgraetz. En cas de refus, Kossuth solliciterait l'intervention de l'Amérique. Le consul s'est borné à envoyer la lettre
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de Kossuth au feld-maréchal , qui lui a répondu qu'il ne pouvait pas en^jager des néfjociations avec des rebelles.
Je n'ai appris que plus tard qu'à Vienne Stadion avait échappé à un danger qui le menaçait personnellement. Il était sur la liste de ceux qu'on devait faire disparaître.
Au milieu de tous ces tristes événements, il y a aussi plus d'un incident comique. On a fait venir Hummelauer de Vienne avec l'ordre d'emporter son uniforme de gala. Hummelauer, qui ne manque pas d'ambition , s'est imaginé qu'on lui destinait une place importante dans le nouvel ordre de choses. Il a appris, à sa grande déception, qu'il avait été nommé secrétaire particulier de l'Empereur Ferdinand,
L'Archiduc Jean, dit-on , ne peut pas tenir plus longtemps à Francfort, et est résolu à retourner le plus tôt possible dans ses montagnes.
D'après des iiouvelles de Saint-Pétersbourg, un jeune homme, qui avait passé une soirée chez nous, aurait, dans cette ville , exprimé son admiration pour Clément en termes pleins d'éloquence. Il le trouvait calme, plein d'idées, et surtout indulgent plus qu'on ne saurait l'être et sans aucune amertume. Je suis heureuse de voir qu'un homme qui nous est tout à fait étranger a rendu justice à Clément, et qu'il vante son abnégation, qui devrait inspirer du respect même à ses ennemis.
Lorsque Gagern se rendit à Berlin afin d'obtenir la retraite du ministère Brandenburg, il ne fut pas, à ce qu'il paraît, reçu par le Roi d'une façon Irès-gracieuse. D'abord Gagern demanda simplement la retraite du ministère, ce qui lui fut refusé; ensuite il insista pour obtenir des promesses formelles relativement à la couronne impériale d'Allemagne, ce qui fut également repoussé. Le Roi lui répondit qu'il savait ce que valait ce titre, et qu'il ne désirait nullement s'en parer. Làdessus, Gagern le menaça de la République. Le Roi répliqua qu'il acceptait le défi, sur quoi le délégué de Francfort s'en retourna furieux dans cette ville.
Un curieux symptôme du temps, c'est que, pendant que tous les hommes de valeur se groupent autour de Clément, on
lui offre tous les journaux pour la divulgation de ses idées , de ces idées qu'on semble aujourd'hui estimer au-dessus de tout : c'est à tel point que lord Palmerston se plaint de ne plus pouvoir disposer d'aucun journal. Quoi qu'il en soit, les Princes d'Allemagne semblent aussi vouloir demander conseil à mon mari. Le Roi des Belges est le premier qui ait envoyé à Clément son ministre plénipotentiaire Van der Wever, que nous n'avions pas encore vu une seule fois depuis notre arrivée, afin de lui demander ce qu'il pensait de la situation et ce qu'il y avait à faire. Le Roi de Bavière lui a fait adresser la même question par Rechberg; le Roi de Hanovre en a fait autant par l'intermédiaire du comte de Kielmansegge.
Cavaignac a perdu la confiance qu'il avait dans le suffrage universel, attendu qu'il n'a eu qu'un million de voix, tandis que Louis-Napoléon en a obtenu cinq millions. Rien ne me paraît plus ridicule que cet exercice du droit de suffrage universel en faveur d'un homme que jusqu'à présent on n'a appris à connaître par aucun bon côté, et qui n'a pour lui que le nom de son oncle. Il paraît que la comédie ne laisse pas de devenir très-sérieuse. Louis-Napoléon est aujourd'hui toutpuissant en France. Thiers, Bugeaud et beaucoup d'autres hommes de poids se sont inclinés devant cette nouvelle étoile.
Palmerston est venu nous voir à Brighton. Je l'ai trouvé bien changé. La princesse de Lieven prétend qu'il a bien baissé le ton. Louis-Napoléon le gêne; il en est de même du Pape sur le sol napolitain. Le premier semble vouloir s'unir étroitement à la Russie, qui parait entrer dans ses idées. Palmerston en est très-tourmenté , se prononce nettement contre cette union, et blesse déjà ainsi le sentiment national de la Russie et de la France.
Aberdeen a l'air de ressentir, à l'égard de Palmerston, une animosité qui m'a surprise; je ne croyais pas qu'il pût sortir à ce point de son caractère, lui qui sait toujours rester calme et se posséder si bien. Lady Palmerston a été très-aimable pendant que lord Palmerston occupait Clément de questions sérieuses, notamment au sujet des personnalités dirigeantes de l'Autriche actuelle.
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Le 18, nous sommes allés à Strathfield-Saye,cbez le duc de Wellington , où nous sommes arrivés à six heures du soir. Le maître de la maison nous a fait un accueil très-aimable. Nous avons trouvé là ses deux fds, lord Douro avec sa femme, qui est fort belle, mais un peu trop sérieuse , et lord Charles Wellesley et sa femme, ainsi que lord Strangford ; enfin le couple Neumann. Kielmansegge et Hiigel, qui étaient venus avec nous , y sont restés encore un jour.
Le 23, nous avons quitté Stratbfield-Saye. Mélanie et Richard sont retournés à Brighton. Nous avons encore fait et reçu quelques visites à Londres. Le 24 au soir, nous sommes rentrés à Brighton, où j'ai arrangé un arbre de Noël pour mes enfants.
Par les lettres que nous recevons , je vois que ceux qui sont à même d'approcher le jeune Empereur sont enchantés de lui.
En attendant , on ne semble pas encore avoir repris conscience de soi-même en Autriche, et sentir ce qu'on a perdu en Clément; tandis qu'ici tous ceux qui le voient l'admirent, surtout aujourd hui , et disent tout haut qu'ils le trouvent encore plus grand dans le malheur, si c'est possible , qu'il ne l'a jamais été dans toute la plénitude de son activité et au milieu de sa glorieuse carrière.
Janvier 1849.
Nous voyons beaucoup la princesse de Lieven. Elle nous tient au courant de tout ce qui se passe à Paris. Elle est en train de se convertir à Napoléon. TjC Parlement est en déconfiture à Francfort. Il paraît que le Roi de Hanovre a conçu un plan qui lui était inspiré depuis longtemps déjà par mon mari : on veut réunir une conférence de délégués des Etats secondaires, afin de battre en brèche les menées de Francfort. Tous les professeurs, tous les intrigants politiques en sont abasourdis. Le nom du prince de Metternich commence à reprendre faveur. C'est ce que confirme un article paru hier dans la Gazette universelle d'Aiigshourq.
Le baron Audiian est revenu ; il a rayé sur ses cartes de A'isite le titre de délégué extraordinaire du ministère de l'Empire, et Ta remplacé par le simple titre de chambellan autrichien.
Guizot, que j'ai vu chez la princesse de Lieven, parle d'une manière charmante; mais il me paraît un peu doctrinaire, et se fait illusion jusqu'à un certain point. 11 est convaincu, notamment , qu'un beau discours bien entraînant pourrait sauver le monde. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il se croit probablement l'orateur destiné à accomplir ce prodige.
Nous avons vu aussi le duc de Montebello; c'est un homme aimable et charmant; il a passé chez nous la soirée du 11 , et sa conversation, qui est pleine d'intérêt, a fait grand plaisir à Clément.
Le prince de Fûrstenberg, dit-on, s'exprime d'une manière touchante sur notre compte à Vienne.
Clément me disait un jour : « Il faudra pourtant que je fasse une démarche auprès de notre Cour, parce qu'il faut que je sache où poser ma tète pour mourir et où mes enfants doivent chercher un asile. Bien que je sois résigné d'avance à tous les sacrifices, je crois devoir insister pour obtenir, sinon une satisfaction, du moins une explication. Je suis sur la terre étrangère comme un criminel; le fait d'être accusé par de malhonnêtes gens n'a rien de déshonorant pour un honnête homme, mais on ne peut pas laisser peser sur moi le soupçon qu'il existe des raisons secrètes de nature à justifier le traitement dont j'ai été l'objet. »
Nous avons réfléchi à ce qu'il y avait à faire. Faul-il écrire ou se taire? se plaindre ou se réjouir du changement survenu? C'est encore l'àme généreuse de Clément qui a tranché la question. Il a écrit à l'Empereur * pour le féliciter de son
* Cette lettre à Sa Majesté est datée du 17 janvier 1849; elle est ainsi conçue : » Assurément Votre Majosté Impériale ne doute pas de la part que j'ai j>iise à Son avènement au trône; je me suis associé à cet événement de tout mon esprit et de tout mon cœur. Le fait lui-même est d'une importance si considérable en ce qui concerne Votre personnalité et la situation de l'Empire; ce dernier, de son côté, exerce une iuHuence si manjuée sur les
avènement. Il a écrit aussi à Félix Scliwarzenberg et lui a parlé de la situation actuelle, mais seulement d'une manière générale et sans s'immiscer dans les affaires.
A peine ces lettres étaient-elles expédiées que j'en ai reçu une de ma sœur Széchényi , qui était à Olmiitz; on lui avait parlé de nous avec intérêt, et l'on avait remarqué que noire fuite était une honte pour le pays. On espère nous voir revenir. On s'est beaucoup plaint de la faiblesse du Gouvernement qui s'est retiré, et l'on a beaucoup parlé des espérances que le nouveau pouvoir justifiera après tant d'inquiétudes, après tant de cruelles angoisses. En somme, ma sœur paraissait trèscontente.
L'Archiduc François -Charles a dit qu'il n'attendait que notre arrivée en Bohême pour nous assurer de son dévouement; il semble attendre un témoignage de sympathie de notre part, à l'occasion de l'avènement de son fils.
Rechberg est à Olmiitz; il y occupe une position à côté du prince Félix Schwarzenberg. On dit qu'il est chargé des affaires d'Allemagne, et l'on a informé ma sœur qu'on avait
destinées du monde, qu'il absorbe tout ce qui, en {fénéral, a la valeiir d'un sentiment. Je n'ai pas besoin de dire combien je suis personnellement sensible à ces considérations. Il me serait impossible de dire en peu de mots ce que j'éprouve. Que Votre Majesté agrée donc l'expression de mes sentiments telle que je la Lui présente.
« La Providence a de bonne heure appelé Votre Majesté à résoudre des problèmes bien difficiles. La droiture de Votre esprit et la pureté de Vos sentiments vous indiqueront la bonne voie. Choisissez comme conseillers des hommes capables, car ce n'est qu'avec de pareils instruments qu'on peut suffire à la lourde tâche du gouvernement. Ne croyez pas que ce choix soit plus difficile aujourd'hui qu'autrefois. Il n'en est pas ainsi. Si les temps ne sont plus les mêmes, — et je le dis en pensant à l'fîmpire même de Votre Majesté, — cette différence se manifeste dans un sens inverse. L'Empire doit à des leçons tellement graves l'expérience de la nécessité d'être gouverné, que le véritable peuple se groupera autour du Tnjne si celui-ci sait faire connaître avec autant de prudence que d'énergie le droit et la puissance dont il dispose.
« Que Votre Majesté daigne accueillir favorablement ces quelques paroles sortant de la plume d'un homme qui éprouvera jusqu'à sa dernière heure le sentiment de la fidélité la plus absolue pour Elle, et recevoir l'hommage du profond respect, etc. « Metternicu. »
La lettre adressée en même temps au prince Félix Schwarzenberg se trouve dans l'Appendice. Voir : « Indications pour le ministre des affaires étrangères. » (JSote de l'Éditeur.')
choisi Colloredo pour le poste d'ici. Rechberg nous a foit dire aussi que le général Sunstenau, qui était gouverneur d'Olmiitz lors de notre passage, et qui ne nous avait pas laissés entrer, vient d'être mis à la retraite.
Ici il faut que Clément se détende contre les obsessions du parti conservateur, qui voudrait lui faire jouer un rôle plus ou moins actif dans ses affaires particulières. Il ne veut plus s'occuper d'affaires, notamment de celles qui sont étrangères à son pays.
Lady Palmerston est venue ici pour chercher sa fille, lady Ashlev. Le 1" février a lieu l'ouverture du Parlement. Ladv Palmerston paraît très-inquiète, parce qu'elle sait que son mari sera l'objet d'attaques violentes. Elle a dit à la princesse de Lieven qu'elle n'ignorait pas que l'Autriche voulait lui créerdes embarras, mais que cela ne mènerait à rien; qu'elle était, du reste , très-contente qu'on n'envoyât pas un Archiduc pour notifier Tavénement au Trône, que cela coûterait beaucoup d'argent. Elle ajouta que si l'Autriche voulait garder l'Italie , c'était notre affaire, mais qu'elle croyait que nous avions tort.
Nous avons appris plus tard que Félix Schwarzenberg a fait écrire ici par Ponsonby que l'Autriche ne pouvait pas envoyer un Archiduc , parce qu'on ne voulait pas l'exposer au danger de se trouver en face du plus grand ennemi de son pays, et que plus tard il a adressé à Ponsonby une lettre dans laquelle il déclarait que l'Autriche était résolue à ne pas céder un pouce de ses possessions ni dans la Lombardie ni ailleurs : lord Palmerston avait l'air de vouloir faire revivre le mot de Louis XIV : « L'État, c'est moi » ; mais on ne croyait pas que l'Angleterre s'ideniifîàt avec Palmerston; du reste, si l'Angleterre voulait la guerre, l'Autriche avec ses alliés ne chercherait pas à l'éviter.
Voilà comment on parle aujourd'hui chez nous, et c'est ce qui explique suffisamment la mauvaise humeur que nous témoigne Jady Palmerston.
J'ai fait chez la princesse de Lieven la connaissance d'un homme célèbre, l'historien Macaulay; il m'a dit une foule de choses que j'ai trouvées au moins singulières. Il m'a affirme
que les Anglais avaient horreur du sang, et que, pendant les révolutions qui ont eu lieu dans ce pays, ils ne s'étaient jamais rendus coupables d'un véritable crime. Je lui ai demandé ce qu'il pensait de la mort de Charles 1"; il me répondit que ce Roi avait été jugé par le pays. Entre autres assertions paradoxales, il dit que, selon lui, le Pape devrait habiter un quatrième étage à Paris, où il pourrait continuer d'être le chef de l'Église sans avoir aucune souveraineté temporelle, de même que le Pape Hilaire. Il a relevé aussi le fait que la République française se disait la fille de l'Eglise romaine après que les Rois de France avaient porté le titre de fils aînés de l'Église. Il S'éleva entre nous une vive discussion à ce sujet, et je constatai que cet historien, le premier de l'Angleterre, ignorait que ce titre eût été conféré au Roi Glovis. Je n'osais pas affirmer le fait; mais, à peine rentrée chez moi, je consultai mes livres et j'écrivis sur ce point à lord Mahon, afin d'être sûre que ma lettre serait lue à qui de droit.
Quelqu'un qui a rencontré à Londres les envoyés de Kossuth et qui leur a parlé, nous a raconté que ces messieurs prétendaient que si leur parti n'avait pas depuis longtemps triomphé, c'était le prince de Metternich qui en était cause, car Kossuth, qui était allé à Vienne pour solliciter la permission de créer un journal, avait reçu l'autorisation demandée du comte de Kolowrat, mais celui-ci lui avait dit : Vous aurez dans cette circonstance un seul ennemi à combattre, c'est le prince de Metternich. Il faut espérer qu'un jour nous saurons la vérité surtout cela; Clément ne pourra qu'y gagner*.
* L'incident auquel il est fait allusion ici remonte probablement à l'année 1844. A cette époque-là, Kossuth, après avoir été éloigné de la rédaction du Fe<:ti Hirlap, avait l'intention de fonder un journal et voulait obtenir l'autorisation nécessaire. L'affaire fut conduite par le secrétaire aulique Wirkner, auquel Kossuth a communiqué par lettre les résultats de son audience chez le chancelier d'Etat. Le prince de Metternich avait aussi rédigé une note sur sou entretien avec Kossuth, note destinée à Wirkner, et qu'il a envoyée à celui-ci. Les deux documents ont été publiés dans l'ouvrage publié tout récemment par Wirkner sous le titre de Souvenirs (Presbourg et Leipzig, 1880, 2* édition). jNous prenons donc la liberté de renvoyer les lecteurs ,que cette affaire pourrait intéresser, au livre en question, qui donne des éclaircissements complets sur l'attitude observée par le chancelier d'État dans cette question de la
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Février.
Une lettre de Rechberg, datée de Munich, semble indiquer que les affaires d'Allemagne se compliquent de jour en jour davantage ; il fonde cependant les meilleures espérances sur la fermeté de notre Gouvernement.
Betty Rothschild est venue nous voir; c'est une aimable femme, qui a gardé pour mon mari une affection vraiment touchante.
Il nous a fallu rester pendant quelques jours à la maison, parce que le peintre Philipps fait le portrait de Clément.
Le 26, Colloredo est arrivé ici. lia parlé longuement à Clément et lui a apporté une lettre de Félix Schwarzenberg *. Colloredo raconte que le ministère actuel a le mal existant à combattre, et de plus à réparer les fautes du Cabinet précédent.
Je vois par une lettre de Mimi ^leyendorff (sœur du comte de Buol-Schauenstein) que son mari (envoyé de Russie à Jîerlin) est très-inquiet de la rupture qui vient d'éclater entre l'Autriche et la Prusse. On l'explique par le fait que le Roi Frédéric-Guillaume voudrait obtenir de la main de l'Autriche la couronne d'Allemagne. Ce qui est certain, c'est que le Roi est tombé malade dans l'intervalle.
Le 27, je suis allée à Londres afin de trouver pour Tété une maison de campagne dans le voisinage de la ville. J'y suis arrivée à deux heures, par un temps magnifique, et j'ai trouvé chez Flahault une chambre qu'il avait fait arranger pour moi. Brunnow est venu aussitôt après le déjeuner; l'amabilité toute particulière qu'il m'a témoignée, m'a fait supposer qu'il avait reçu de Saint-Pétersbourg des instructions sur la manière d'en user avec nous.
fondation d'nn journal. Dès cette époque, le prince de Metternich reconnaissait fort Lien la portée de l'opposition politique de Kossutli et n'attachait à ses protestations de loyauté pas |)lus d'importance qu'elles n'en méritaient; il n'est pas besoin de relever le fait après ce qui s'est passé dans la suite.
(iVo/e de l'Editeur.') * Voir dans l'Appendice : •• Sur une Constitution en Autriche ».
(^A'ote de l'Éditeur.)
Je suis allée avec Hùgel à Richmond, où nous avons visité une douzaine de maisons. J'ai fini par en trouver une convenable.
Après mon retour à Londres, j'ai eu une longue conversation avec Colloredo, qui ma dit entre autres choses que tous les gens bien pensants reprochent à mon mari de ne pas s'être emparé entièrement du pouvoir et de n'avoir pas exclu ceux qui ont créé la situation actuelle. Ce jugement des gens bien pensants ou prétendus tels prouve qu'ils ne connaissent pas Clément, et qu'ils ignorent qu'il est toujours resté inaccessible à l'ambition, ce qui ne l'a pas empêché d'être regardé de travers par ceux qui prétendaient avoir non-seulement le droit, mais encore les facultés nécessaires pour exercer le Gouvernement.
En général, il est difficile d'écrire sérieusement l'histoire quand on ne sait que les choses que l'on voit et qu'on ne connaît pas le dessous des cartes. 11 est tout aussi malaisé pour d'honnêtes gens de conserver leur réputation intacte quand on ne veut pas dévoiler les fautes de ses collaborateurs.
Mars.
Le 1", je suis revenue de Londres.
Nous avons appris par les journaux anglais du 11 que, le 7, l'Empereur a octroyé une nouvelle constitution, que le Parlement de Kremsier a été dispersé, et qu'on a arrêté quelques députés. Le public de Vienne paraît aussi enchanté de la nouvelle constitution que du renvoi des malheureux députés. Vienne a illuminé spontanément. Nos journaux parlent beaucoup d'un différend entre Windischgraetz et Jellachich. Les opérations militaires avancent très-lentement en Hongrie.
Nous avons été très-inquiets à la suite d'une proclamation adressée par Radetzky à ses ti'oupes, parce que toutes les lettres de Londres et toutes les feuilles anglaises parlaient avec dédain du style et des rodomontades du vieux feld-maréchal. D'autre part, des lettres de Vienne nous disaient que Félix Schwarzenberg lui-même déplorait le langage napoléonien de Radetzky; enfin, au bout de huit jours, nous avons reçu l'heureuse nouvelle de la complète défaite de l'armée piémon-
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taise et de l'abdication de Charles-Albert, ce qui a relevé notre courage. Radetzky avait dit que ce ne serait qu'à Turin qu'il dicterait les conditions qu'il lui plairait déposer. Malheureusement il a évité d'aller à Turin après l'abdication de Charles-Albert, afin de ne pas créer de trop grands embarras au nouveau Roi Victor-Emmanuel. Je doute que ce dernier soit plus correct que son père. Je crains que la générosité de Radetzky ne soit payée d'ingratitude. Les victoires que nous avons remportées en Italie dans l'espace de huit jours ont mis Palmerston dans un grand embarras. Sa politique s'écroule de tous les côtés. De plus, les armes anglaises ont essuyé, juste en ce moment, de grandes défaites aux Indes.
En Hongrie, la situation est encore bien mauvaise. Nos troupes avec le petit renfort russe ont été battues. Par suite, la révolution relève la tête.
Hiibner a été envoyé à Paris pour négocier avec le Président sur les affaires d'Italie.
Avril.
Ma santé commence à s'altérer. J'ai dû m'adresser à plusieurs médecins anglais. INÏalheureusement je ne puis pas dire qu'ils m'inspirent confiance.
Les nouvelles d'Allemagne s'embrouillent de plus en plus. On offre la couronne de l'Empire d'Allemagne au Roi de Prusse, qui ne sait que faire. S'il l'accepte, il perd sa véritable couronne pour l'échanger contre le bonnet rouge de la Révolution allemande; si! la refuse, on le menace de le renverser. Il penche vers la non-acceptation, mais le pauvre Roi n'a pas seulement à combattre énergiquement les intrigues démocratiques à l'intérieur, il est encore obligé, paraît-il, de lutter contre des personnalités influentes qui travaillent de toutes leurs forces à le pousser à l'abdication.
Le 17, j'ai quitté Brighton avec Clément et Richard. Le
baron Wydenbruck (secrétaire d'ambassade) nous attendait à
la gare de Londres; il nous a conduits à l'hôtel de Mirvart, où
l'on nous avait préparé des chambres. Nous avons trouvé en
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arrivant de mauvaises nouvelles de Hongrie. Les insurgés ont repris Ofen.
Windischgraetz est remplacé par Welden.
Stadion ne fait plus partie du ministère.
L'Empereur de Russie envoie à Radetzky un aide de camp chargé de lui apporter sa nomination de feld-maréclial russe et de colonel d'un régiment.