CURE D'EAUX A CARLSBAD
de repos plus convenable que ne Test le tombeau qui existe dans la paroisse de Kœnigswart. Je compte faire construire un lieu de sépulture qui nous renfermera un jour tous. Quand on ne devrait point être séparé dans ce monde , il faut au moins ne plus isoler les dépouilles les unes des autres. J'ai ordonné que l'on tienne des obsèques dans toutes les paroisses, tant ici qu'à Ochsenhausen et en Moravie. Si mon père avait besoin de prières pour trouver sa place dans l'autre monde, les vœux des siens ne lui manqueront pas *.
Adieu, ma bonne maman; que Dieu vous conserve longtemps, et faites-vous un douloureux devoir d'une raison qui ne doit jamais vous abandonner, même dans les moments les plus difficiles. Je charge tous les miens, qui ne sont pas moins les vôtres, des devoirs que je désirerais remplir moimême.
Metternich à sa femme. Kœnigswait, ce 26 août.
237. Je VOUS écris, ma bonne chère Laure , peu d'heures avant mon départ. J'en éprouve un véritable regret. Tout ce qui m'éloigne de vous m'est pénible, et je sens tous les jours davantage la privation de ma bonne petite famille ; je voudrais toujours vous avoir avec moi, ou ne pas quitter Vienne. Peu de vies fatiguent autant que celle qui s'écoule sur les grands chemins et au milieu d'affaires importantes et compromettantes. Anciennement, on faisait ces affaires dans une situation tranquille; combien ma carrière présente de difficultés et de cotés différents de celle de tous les ministres passés, et peutêtre même des ministres à venir !
Je serai le 29 à Francfort. J'y passerai deux jours bien occupés. J'aurai la Diète entière sur les bras; je sais déjà que la plupart des ministres y tremblent de mon apparition; sur mes quarante-huit heures , j'en prendrai pour le moins douze à quinze pour faire la leçon aux bien intentionnés et pour faire justice de ceux qui ne le sont pas. Mes deux jours à Francfort
* Voir, relativement au même sujet, le n" 28.3. (Note de l'Éditeur.)
en vaudront, au reste, pour le moins une centaine, au point de vue des affaires.
Le 1"^, j'irai voir le duc de Nassau chez lui, et de là au Johannisberg. Le duc a eu pour moi plusieurs attentions qui méritent pour le moins ma visite. On m'écrit de Francfort qu'il fait travailler des centaines d'ouvriers pour faire établir une chaussée jusqu'au château, du point où l'on quittait jusqu'à présent la grande route. Les moines de Fulda avaient eu le soin de laisser la route impraticable , de peur d'attirer trop de convives. Mes caves étant vides, je ne cours pas le même risque, et j'aime mieux quelques toises de bon chemin que quelques bouteilles de vin. Il a ordonné, de plus, que ses chasseurs me fournissent tout le gibier, et ses jardiniers tous les fruits de ses forêts et jardins. Comme je n'y resterai vraisemblablement que peu de temps, je ne ferai point de dégâts ni dans les unes ni dans les autres.
On me mande également que depuis que les habitants des l)ords du Rhin ont appris que l'Empereur descendra le fleuve, ils font des apprêts immenses le long de son cours. C'est sans contredit le point de l'Europe où l'Empereur est le plus aimé, plus même que dans nos propres pays. Le coup d'oeil sera une chose admirable. L'Empereur descendra avec une véritable flottille. II n'y a plus ni un yacht ni un bateau à louer; tous sont arrêtés par les riverains , et la population entière sera sur les bords. J'ai prévu la chose, et je tiens à ce qu'elle réussisse; ces démonstrations prouvent, plus que les feuilles d'Iéna, quelle est l'opinion du peuple. Nous aurons un bel article pour VObse7'valeîi7\
Je voudrais que vous fussiez tous avec moi , mes bons amis.
VOYAGE AUX BORDS DU lUlIN (I8I8). 111