‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 64 sur 118 · ENTREVUE DE METTERNICII ET DU ROI A TEPLITZ · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE METTERNICII ET DU ROI A TEPLITZ

avant le 20. Mais, d'ailleurs, je n'attends pas Votre Altesse avant ce terme.

P S. J'apprends avec un plaisir infini que Votre Altesse jouit d'une santé excellente et qu'elle est d'une humeur parfaite. Rarement, sans doute, une bonne provision de l'une et de l'autre a été plus nécessaire qu'en ce moment; l'heure actuelle exige l'emploi de toutes les forces dont on peut disposer, car il ne s'agit de rien moins que de prévenir la dissolution imminente et dans certains cas inévitable de tout le corps politique allemand , par conséquent une des plus formidables révolutions européennes. Pendant les quatre dernières semaines , les symptômes sont devenus plus alarmants de jour en jour ; aussi je crains fort que nous ne soyons obligés de recourir à des moyens héroïques, même à certaines amputations, pour réussir à sauver les parties qui ne sont pas encore attaquées.

Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer, quand, ce matin, un honnête négociant m'a dit que jusqu'à présent il avait toujours cru qu'on attachait trop d'importance à ce qui se passe en Allemagne , mais qu'aujourd'hui il ne lui restait plus aucun doute sur la grandeur et sur l'imminence du danger.

Durate, et rébus vosmet servate secundis : tel est le vœu que j'adresse tous les jours au Ciel à l'intention de Votre Altesse.

ENTREVUE DE aiETTERNICH ET DU ROI FREDERIC- GUILLAUME IH A TEPLITZ.

PRÉLIMINAinES DES CONFKRESCKS DE CARLSB.VD.

351. Metternicli à l'Empereur François (llapport), Teplitz, le SOjuillot 1819. — 352. Metternich à l'Empereur François (l{ap|jort), Teplitz, le 1"'' août 1819. Résolution souveraine de Sa Majesté. Schœnbrunn , le 7 août 1819.

551. Je suis à Teplitz depuis avant-hier soir. Aussitôt après mon arrivée , le Roi de Prusse m'a fait dire qu'il me recevrait

le lendemain matin chez lui. Ce fait ne présente rien de particulier, si ce n'est que, depuis qu'il est ici, le Roi n'a reçu absolument personne chez lui et qu'il a donné toutes ses audiences, même les audiences d'affaires, dans le jardin Glary. Quelques heures après moi, le chancelier d'État prince de Hardenberg; est arrivé ici, venant de Berlin.

Hier matin, je me rendis chez le Roi, qui me reçut avec beaucoup d'amitié , s'informa avec intérêt de la santé de Votre Majesté, et me dit ensuite : " Vous venez me voir dans un moment bien difficile; il y a six ans, nous avions à comljattre rennemi en rase campagne ; à présent il tourne autour de nous masqué. Vous savez que j'ai pleine confiance en vos vues. Vous m'avez averti depuis longtemps, et tout ce que vous m'avez prédit s'est réalisé. »

Je répondis au Roi que je connaissais les sentiments de Votre Majesté, et je lui donnai l'assurance que toutes les vérités que je lui avais dites depuis longtemps et particulièrement à Aix-la-Chapelle étaient aussi évidentes pour Votre ^Majesté que pour moi-même. J'ajoutai qu il devait être instruit déjà de la brusque résolution prise par Voire Majesté de renoncer à se rendre dans le Lombard- V^énitien, sans tenir compte de I intérêt bien entendu de cette province ; que Votre Majesté était habituée à aller toujours au plus pressé ; que l'état des choses en Allemagne absorbait toute son attention au double point de vue du bien commun des Etats allemands et du bien particulier de son propre Empire. L'Empereur, lui dis-je, est convaincu que le désordre a atteint un tel degré d'intensité en Allemagne, que le jour est venu de prendre une décision suprême : ou bien il faut se mettre en état de légitime défense , ou bien il faut s'abandonner tout à fait, c'est-à-dire consentir à la mort politique. L'Empereur a prouvé quels sont ses sentiments à l'égard de la Prusse; il prêtera son assistance à Votre INIajesté, cela ne fait l'objet d'aucun doute, pourvu que Votre Majesté veuille se défendre Elle-même. Mais, avant tout, l'Empereur a de grands devoirs de Souverain à remplir. Sa tache est particulièrement pénible aujourd'hui : en unissant ses forces à celles des autres puissances, il jieut

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