‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 65 sur 118 · ENTREVUE DE METTERNICH ET DU ROI A TEPLITZ · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE METTERNICH ET DU ROI A TEPLITZ

essayer (Farrêter le torrent, mais seul il ne voudra jamais s'exposer au danger de faire naufrage. Avant d'intervenir, il faut que l'Empereur voie clair; il faut qu'il sache quels sont les Gouvernements dignes de ce nom qui sont capables de concevoir et d exécuter un plan, La question s'applique à la Prusse ellemême. Ce pays a Lien son Roi, mais nous y cherchons en vain la puissance royale; si le Roi laisse libre carrière au mal qui menace son tronc et même sa personne, ainsi que le prouvent les enquêtes dirigées contre les conspu'ateurs, il faut que l'Empereur se replie sur lui-même et suive, dans l'intérêt de son propre salut, une marche bien différente de celle qu'il avait adoptée jusqu'à ce jour.

« Vous savez, me répondit le Roi, que personne ne veut le bien plus que moi. iSIais ma situation est difficile; car ce (yx'v me manque, ce sont des hommes. 11 faudra pourtant que ce qui est possible se fasse ; c'est pourquoi je compte que vous m'aiderez à concerter avec l'Empereur la marche qu'il convient de suivre. »

Je répliquai au Roi qu'en sondant la plaie et en étudiant avec le plus grand soin les moyens de la guérir, je ne ferais que mon devoir; que cependant il y avait une telle différence entre le choix et la mise en pratique des moyens curatifs, et que je connaissais si exactement la situation intérieure de l'administration prussienne, qu'à parler franchement, je ne comptais guère sur le succès. « Je puis parler ouvertement à Votre Majesté, ajoutai-je, car Elle a toujours bien accueilli ma sincérité. Je dirai donc librement ma pensée comme jadis, puisque vous m'v invitez expressément. Tous les conseils donnés jusqu'ici à Votre Majesté étaient mauvais en principe ou défectueux dans l'application. La conjui'alion découverte n'est quel'aclionqui suit toujours la théorie. Cette conjuration a son origine et son siège en Prusse : les conjurés de rang inférieur sont connus aujourd'hui; les chefs ne le sont pas encore, mais ils appartiennent certainement aux plus hautes sphères et se trouvent parmi vos propres serviteurs. Votre Majesté sait quelle est mon opinion sur le prince chancelier d'Etat; il a rendu à Votre Majesté les services les plus signalés; mais aujour-

d'hui il est vieux, il est affaibli d'esprit aussi bien que de corps. Il veut toujours le bien et ne soutient que trop souvent le mal.

(i — Vous savez, répondit le Roi, que je connais parfaitement le prince de Hardenderg; ce qui fait son malheur, c'est son entourage , dans lequel il y a des hommes très-singuliers.

« Pourquoi Yotre Majesté tolère-t-elle ces gens-là?

Pourquoi avez-vous laissé le champ libre à toute institution notoirement mauvaise et dangereuse ?

« — A'ous avez mille fois raison, repartit le Roi, mais voilà ce qui arrive quand les gens se font vieux. Je désire que, pendant que vous serez ici, on arrête des principes qui seront ensuite rigoureusement appliqués. J'aimerais vous voir les fixer définitivement avec le chancelier d'Etat.

« — Toute la question se réduit à un point, répliquai-je. Si A^otie Majesté est décidée à ne pas introduire de représentation nationale dans son Royaume , qui se prête , du reste , moins que tout autre État à une innovation pareille, le mal peut être conjuré. Hors de là, point de salut. Vous pouvez tenir la promesse que vous avez faite, tout en restant dans la voie du salut; mais eussiez-vous même promis autre chose, peu importe : l'heure actuelle ne comporte plus ce qu'admettait l'heure passée. Je suis prêt à développer mes vues au chancelier d'État; mais je prie Votre Majesté de convier également à cette conférence ses ministres, le comte de Bernstorff et le prince de Wittgenstein.

« — J'en avais déjà l'idée, me dit le Roi; tâchez de lier ceux auxquels vous aurez affaire par des engagements écrits ; vous pouvez compter d'une manière absolue sur le prince de Wittgenstein. «

J'ai développé à Votre Majesté les points principaux de ce long entretien, afin de Lui faire connaître aussi exactement que possible la situation du Roi aussi bien que celle de l'administration de l'État dans les plus hautes sphères. Là où. l'on parle ainsi, il n'y a plus guère de Gouvernement ; la faiblesse a envahi tout le monde ; il n'y a plus de ressort dans les individus ; le prince de Wittgenstein est le seul qui, dans les derniers temps, ait agi avec vigueur

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