ENTREVUE DE METTERNICH ET DU ROI A TEPLITZ (1819). 2T
Je prolongerai mon séjour ici jusqu'au 2 août, parce que le chancelier d'Etat m'en a pressé vivement. Comme il se trouve ici avec des défenseurs de la bonne cause , il est animé d'excellentes intentions. Du reste, il est presque tombé en enfance, non sous le rapport de l'esprit, mais sous celui du caractère. Le Roi quittera Teplitz le 1" août.
Tout ce qui pourra être fait de bien , je ne manquerai pas de l'assurer, et, dès que nous aurons obtenu une base solide, j'aurai l'honneur d'exposer en détail mes vues à Votre Majesté.
A Berlin, les gens bien pensants, — et c'est le grand nombre,— sont dans l'enthousiasme en voyant le premier acte de sévérité que le Gouvernement ait osé faire depuis longtemps; c'est ce qui donne aussi plus de courage au chancelier. Les ournaux allemands font tout ce qu'ils peuvent pour abuser le public sur la vérité de la situation. II faut commencer par les faire taire.
Metternich à l'Empereur François. Teplitz, le l""" août 1819.
352. Le rapport que j'ai eu l'honneur d'adresser avant-hier à Votre Majesté (n° 351) l'aura sans doute suffisamment édifiée sur le point où en sont mes négociations actuelles.
Je suis à même aujourd'hui de soumettre respectueusement à Votre Majesté le résultat définitif de mes démarches.
Conformément au désir exprimé par le Roi de Prusse , j'ai conféré avec le prince de Hardenberg, le prince de Wittgenstein et le comte de Bernstorff, à l'effet de nous entendre aussi complètement que possible sur la base de la marche à suivre dans le moment si important que nous traversons. J'ai invité le comte de Zichy à prendre part à ces conférences.
Mon plan comprenait, d'une manière générale, les points suivants :
1° La conduite louche jusqu'à l'invraisemblable qu'ont
tenue la plupart des Gouvernements allemands (et, sous ce
rapport, le Gouvernement prussien tient la tète) a donné
un tel essor à l'esprit révolutionnaire en Allemagne que nous
sommes arrivés peut-être à la dernière période où le mal puisse encore être combattu avec succès.
Autrefois les révolutionnaires allemands étaient séparés les uns des autres comme les Etats dans lesquels ils vivaient ; les conspirateurs ne tardèrent pas à voir que , dans de telles conditions, il était impossible de frapper un coup qui portât. Le parti militaire prussien commença par songer à agrandir la Prusse au moyen de la conquête ; le parti civil se borna à tourner ses efforts du côté de la transformation de la Prusse. Bientôt quelques hommes (qui, — chose remarquable, — appartenaient presque tous à l'enseignement) allèrent plus loin ; ils suivirent la véritable voie, si l'on se place au point de vue révolutionnaire . Ils visèrent à la réunion des Allemands en une Allemagne !
La génération déjà élevée ne pouvait pas leur servir à atteindre ce but; ils jetèrent donc les yeux sur la génération à élever. C'était là un plan qui laissait un champ encore assez large même aux esprits impatients ; car les générations d'étudiants se succèdent de quatre en quatre ans tout au plus. Or, il a déjà passé plus d'une de ces générations depuis qu'on travaille systématiquement la jeunesse en vue de ce but criminel ; aussi y a-t-il aujourd'hui toute une classe de futurs employés de l'État, d'instituteurs du peuple et de savants en herbe gui est mûre pour la révolution.
Si l'on songe maintenant que, dans l'administration publique de la Prusse, la plupart des emplois, et précisément les j)lus importants, sont occupés par de francs révolutionnaires, et cela au centre du Gouvernement aussi bien que dans les provinces (et c'est particulièrement le cas pour les provinces rhénanes), il ne faut pas s'étonner si l'on peut considérer la Prusse comme étant tout à fait mûre pour la révolution.
Deux circonstances ont concouru, dans une mesure que l'on ne peut pas encore apprécier, à la réussite de ce plan aussi vaste que profond: c'est, d'une part, la licence de la presse dans son ensemble , licence qui s'est élevée jusqu'au délire, et, d'autre part, l'introduction de constitutions franchement démagogiques dans l'Allemagne du Sud. Ce que la