ENTREVUE DE METTERNICH ET DU ROI A TEPLITZ
faiblesse avait, pendant des années, préparé en Prusse, la Bavière Ta réalisé d'un seul coup, le Grand-Duché de Bade l'a imité , et le Wurtemberg cherche aujourd'hui à l'étendre encore .
2" Pour compléter l'œuvre, il ne reste plus aujourd hui qu'à introduire une constitution démocratique en Prusse. Si la mesure n'est pas encore comble, cela tient uniquement à l'aversion personnelle du Roi pour cette innovation, et, — je ne crains pas de le dire hautement, — aux efforts suivis que je me suis imposés depuis des années, pour réussir à détourner le Roi de toute démarche qui aurait pour conséquence inévitable et prochaine le renversement définitif de toutes les institutions existantes. Dans ce but, j'ai dû inspirer à ce prince et même à l'administration supérieure de son Rovaume une confiance absolue dans l'amitié réelle de Votre Majesté, et me concilier la confiance personnelle du Roi. Les résultats obtenus aujourd'hui montrent jusqu'à quel point j'ai réussi.
3" Une fois le premier pas fait, grâce à la marche suivie personnellement par Votre Majesté dans les affaires de l'Allemagne et à sa conduite particulière à l'égard du Roi , j'ai profité de la dernière réunion des Cours à Aix-la-Chapelle pour entrer en plein dans la question de l'organisation i?itérieiire de la Prusse *. Votre Majesté daignera se rappeler peutêtre les démarches que j'ai faites alors auprès du Roi lui-même, afin de l'éclairer sur sa situation vis-à-vis de son peuple ou plutôt vis-à-vis de son administration, et pour le rendre attentif à la ligne de démarcation qui séparait les principes qui lui coûteraient fatalement le trône et ceux qui pourraient encore le sauver. C'est donc des conférences d'Aix-la-Chapelle que datera peut-être le salut de la Monarchie prussienne.
Tout mal qui s'étend porte aussi en lui-même les germes de sa destruction : c est ce qui est arrivé pour la Prusse. Les
* Le prince de Metternich veut sans doute parler ici des documents adressés à Wittjenstein, documents qui se rapportentà l'oqjanisation intérieure de la Prusse, et qui ont été impriuiés plus haut sous les n"'* 304 à 306.
[Note de l'Édileiir.)
affections morales aussi bien que les affections physiques, quand elles ne sont pas conjurées dès le début ou du moins dans la première période , atteignent toujours un tel degré d'intensité qu'elles finissent par frapper même celui qui n'avait pas su voir le mal. L'illusion disparaît, la décomposition imminente devient palpable ; mais le malade le plus abattu reprend souvent courage à la dernièi'e heure , quand il voit venir le secours, et il est heureux dans son désespoir de trouver encore des chances de salut.
A^oilà dans quelle situation se trouve aujourd'hui le Roi de Prusse. Votre Majesté sait que, par un de ces heureux hasards qui se présentent souvent dans la vie des Etats comme dans celle des individus , mon voyage de Carlsbad a coïncidé avec le moment où la Prusse avait à prendre une résolution suprême. Je regardais l'heure actuelle comme la plus importante pour r Allemagne tout entière : je l'ai prouvé depuis longtemps à Votre Majesté par le plan que j'avais conçu, non-seulement de me rendre à Carlsbad en ce moment même,, mais encore d'y voir de près les ministres des principales Cours d'Allemagne. Mais une bonne intention amène ordinairement plusieurs bons résultats à la fois ; c'est ce qui est arrivé ici.
Pouvais-je prévoir que la grande conspiration qui s'étendait sur toute l'Allemagne serait démasquée en ce moment même ? Cela m'était d'autant moins possible qu'il entrait dans mes projets de ne la dévoiler qu'à Carlsbad. De même , l'idée qu'a eue Votre Majesté de retourner à Vienne au lieu d'aller à Milan était une de ces inspirations qu'il faut appeler providentielles quand on les juge par leurs suites.
4" Je me suis rendu ici sur l'invitation formelle du Roi. Ainsi que Votre Majesté aura daigné le voir par le dernier rapport que j'ai eu l'honneur de lui adresser, j'ai trouvé ce Prince, contrairement à son habitude, bien disposé et plein de confiance. Grâce à mes efforts, ces bonnes dispositions n'ont fait que s'accentuer davantage; j'en ai eu hier la j)reuve la plus frappante. Avant-hier j'avais prié le Roi de m'accorder encore une audience. Hier matin, il est venu en personne chez moi, accompagné du prince de Wittgenstein. J'ai eu