‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich. Publiés par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunisChapitre 99 sur 118 · L'INSURRECTION NAPOLITAINE, ETC · texte numérisé non relu

L'INSURRECTION NAPOLITAINE, ETC

de Carignan*, qui, par la circonstance que M. le duc de Genevois** était absent, s'est trouvé porté à la régence du Royaume, n'a pas tardé à sentir tous les embarras de sa situation. Forcé de promettre et de jurer la Constitution des Cortès, et de créer une junte provisoire révolutionnaire (ce qui n'entrait nullement dans ses plans ni dans ceux de quelques officiers ambitieux qui s'étaient réunis autour de lui), ce prince s'est adressé à M. le duc de Genevois, et l'a prié avec instance de revenir prendre les rênes du gouvernement, qui lui étaient dévolues par l'abdication du Roi. M. le duc de Genevois, qui était alors à Modène, s'est non-seulement refusé aux instances de M. le prince de Garignan, mais il n'y a répondu que par une proclamation énergique. Il a écrit en même temps aux deux Empereurs, pour réclamer leurs conseils, leur assistance et leur appui. La réponse des deux augustes Souverains a été ce qu'elle devait être dans la circonstance, mesurée, sape, noble, et conforme en tout aux principes qu'ils professent. Ils se sont décidés en même temps à envoyer un courrier à leurs ministres à Turin, avec ordre de se présenter chez M. le prince de Cai'ignan, de lui faire le tableau des malheurs auxquels allait se trouver exposé le pays sur lequel il était appelé à régner un jour, de l'engager à réfléchir sérieusement à sa situation personnelle, d'en appeler à ses sentiments, à ses devoirs comme premier prince du sang et à son honneur, pour le porter à jouer dans cette circonstance importante le seul rôle qui lui convenait, celui de faire rentrer dans le devoir quelques groupes égarés par des factieux, et de rendre la tranquillité à son pays. Ces conseils étaient accompagnés de la déclaration que les deux Empereurs étaient bien déterminés à ne jamais reconnaître l'œuvre de la révolte. Nous ignorons encore le résultat qu'aura eu cette démarche, mais nous savons par les nouvelles que nous recevons journellement de Milan, que la marche de cette révolution est très-incertaine, que les embarras de M. le prince de Carignan augmentent, qu'Alexandrie

* Qui fut plus tard le Roi Charles-Albert. (Note de l'Editeur'.)

** Qui monta sur le trône sous le nom de Gharles-Féli.K. (Note de l'Éditeur.)

est devenue le point de ralliement des révolutionnaires dans le sens anarchique, que Gênes et Novare tiennent encore pour le Roi, que plusieurs régiments sont fidèles, que d'autres se sont dispersés et sont rentrés chez eux, que le Roi est généralement regretté, et qu'il n'existe point dans le pays de mouvement national. En attendant le développement de cette crise, M. le comte de Rubna, commandant général de Lombardie, se meten mesure d'en imposer aux factieux; il a dans ce moment, outre les garnisons des places fortes, une armée déjà plus que suffisante pour couvrir nos provinces italiennes, et qui s'augmente journellement. Milan jouit de la plus parfaite tranquillité, et l'opinion publi(|ue s'exprime de la manière la plus satisfaisante en faveur du Gouvernement.

Un nouvel événement, qui doit, dans ce moment de crise générale, contribuer puissamment à agiter les esprits, c'est l'insurrection des Grecs dans l'Empire ottoman. L'Empereur Alexandre en a reçu tous les détails par un courrier qui lui est arrivé ici le 19, et ils nous ont été confirmés par nos agents.

Le prince Ypsilanti, général-major au service de la Russie, s'est mis à la tète de cette insurrection, et le prince Soutzo, hospodar de Moldavie, s'est déclaré pour elle ; il convient luimême qu'elle est l'ouvrage d'une société secrète, qui depuis deux ans en a préparé les matériaux. Cette société est la même que celle des carbonari, et depuis longtemps nous l'avions signalée au Gouvernement ottoman, qui n'y avait attaché aucune valeur.

Dans cette nouvelle occasion encore, l'Empereur Alexandre a donné la mesure de son noble et loyal caractère ; ses vues et ses principes se sont trouvés entièrement conformes à ceux de l'Empereur mon auguste Maître.

Dans un conseil qui a été tenu en présence de Leurs Majestés, il a été décidé « que l'événement serait abandonné à luimême » .

L'Empereur Alexandre casse et fait rayer des tableaux de son armée tous les militaires grecs qui prennent part à linsurrection.

Sa Majesté refuse tout appui et secours aux Grecs insurgés.

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