DÉPARTEMENT DE LA SOMME
A Sa Majesté Charles X.
Celle de gauche portait ces mots :
Vive le Roi !
Vivent les Bourbons !
C'était l'œuvre de l'administration départementale. Au bas de la côte, le roi trouva à sa rencontre la garde nationale de Doullens, la garnison, les deux compagnies de Saint- Sébastien avec leur musique, et les conseils municipaux de plusieurs communes de l'arrondissement, chacun groupé autour d'un drapeau blanc, sur lequel, au-dessous des mots : Vive le Roi! était inscrit le nom du corps auquel il servait d'étendard. A l'entrée de la ville s'élevait un arc de triomphe, d'une beauté peu commune, couronné des armes de la ville et de nombreux drapeaux ; il était dû au zèle de M. Hémery, juge au tribunal. Sur la corniche on lisait les mots :
A notre Roi bienaimé!
C'est là que le conseil municipal reçut et harangua Sa Majesté, qui se dirigea ensuite vers l'hôtel de la sous-préfecture où elle daigna accepter un bouquet de fleurs offert par de jeunes demoiselles de la ville. Tout offrit au Roi la physionomie d'un triomphe ; et, lorsqu'il passa au pied de l'Hôtel-de-Ville pour continuer son voyage vers Amiens, il put lire au frontispice cette belle inscription :
Charles X, Amour, Fidélité (1).
Ce fut le 5 novembre 4829 que le feu de joie d'usage, en l'honneur de la fête du roi, fut allumé pour la dernière fois au parvis du beffroi, par les autorités de la ville, le corps municipal et les principaux fonctionnaires, tous réunis à cet effet par invitation du maire, M. Maille. Ce magistrat dont le nom restera parmi les plus honorables de la cité, termina son administration par quelques travaux utiles. Au mois de mars 1830, il fit planter toute la partie du boulevard qui s'étend depuis la porte de Lucheux jusqu'à l'Authie, sur laquelle il avait fait jeter, l'année précédente, le pont vert destiné à faciliter la circulation de ce côté de la ville. M. Maille tenait à honneur de tomber avec la Restauration.
Le trône était donc encore une fois miné par le libéralisme envers lequel Louis XVIII avait signé dans la charte des obligations qui furent ensuite peut-être trop méconnues. Aussi le régime avait-il perdu les sympathies de la bourgeoisie aigrie par ses déceptions. En vain le Roi appela-t-il la gloire militaire à couvrir l'impopularité de son gouvernement ; en vain la conquête d'Alger fit-elle vibrer la fibre la plus délicate de l'honneur national, les haines de l'intérieur n'abdiquèrent pas vis-à-vis de la victoire à l'extérieur. Le 29 juillet, on apprit à Doullens que les Parisiens avaient pris les armes contre les troupes royales pour
(1) Un habitant de Doullens composa pour la circonstance le distique suivant :
Bxoptatu» admt dtctmut rem Carobu! Mue
Bue venit, et felix fUbt erU u»qtàê memor.
s'opposer à l'exécution des ordonnances' du 25. Alors Doullens revit les: jours d'agitation dont il était déshabitué ;'Je 31, ses rues sont sillonnées par les 1", 25% 38% 44* régiments de ligne, et le 43e léger, marchant du camp de Saint-Omer sur 'Paris. 170 carabiniers venant d'Arras traversent aussi la ville pour se rendre à Amiens, en tout plus de 2,000 • hommes! Le lendemain; 1er août, plusieurs habitants se disant gardes nationaux» réorganisés parcourent les rues, armés de fusils de chasse, aux cris de : Vive la charte, pendant que le drapeau tricolore flotte sur la filature de Rouval, et que les ouvriers se divertissent, à cause des événements de la capitale. La garde nationale attend encore un jour pour changer de cocarde, de même que la municipalité pour arborer le drapeau aux trois couleurs. Pendant quelque temps l'agitation continue ; les hommes aux idées libérales mettent leurs actes et leurs paroles d'accord avec leurs espérances ; le vieil esprit d'opposition se retrouve tout de suite en harmonie avec les circonstances: Enfin, le 22 août 1830, M. Housiaux, le nouveau maire, proclama Louis-Philippe l*r, roi des Français. C'était plus qu'un changement d'homme ; à Doallens, comme ailleurs, ce fut un revirement complet dans les idées ; ce fut une nouvelle étape de la révolution.