CHAPITRE VIII
Jeux. — Usages. — Mœurs.
Oor <f amour. — &a confrérie de Notre-Dame du Puy d*A«nen» potBède des cène h Doullem. — Honneurs rendus aux maieurs doullennais. — Jeu du sans-vert* — Behourdis. — Fête des qvcu&t et Uu. — De* Brandons. — De sainte Raquette. — Caractère des Doullennais.
L'historien ne remplirait qu'une partie de sa tâche, s'il se bornait à la description des faits de la vie politique, militaire, publique du peuple ou de la ville qui a fait le sujet de son étude. On aime à descendre avec lui dans le détail des mœurs et des habitudes, à connaître
(I) Elle a aujourd'hui une existence propre.
tout ce qui peut compléter la physionomie des hommes et des lieux, à rapprocher les nuances, à distinguer les traits qui constituent ou modifient le caractère. En un mot» il faut au tableau un peu de couleur locale. Nous connaîtrons mieux, en effet, les Doullennais d'autrefois, après que nous les aurons suivis dans la vie de chaque jour, dans leurs habitudes et jusque dans leurs amusements.
Oui, les distractions qui faisaient les délices de nos pères sont d*autant plus à étudier, qu'elles ont à peu près complètement disparu. Et cependant elles avaient leur importance, leur raison d'être, leur conformité avec les mœurs de l'époque. Les plaisirs eux-mêmes étaient alors pris au sérieux : ils comptaient dans la vie pour une réalité; l'esprit comme le corps y avait recours, et tout amusement, toute joie était un repos, un délassement, un bien-être, une jouissance. Il était réservé à notre siècle d'entendre dire qu'aujourd'hui le monde s'ennuie. Essayons de prouver qu'on ne s'est pas toujours ennuyé à Do u liens.
S'il fut une époque souvent difficile et troublée par des désastres de tout genre, ce fut certainement le moyen-àge ; et pourtant les préoccupations de ce temps-là n'exclurent pas les jeux ni les distractions intelligentes. On y cherchait plutôt des délassements honnêtes pour faire trêve aux labeurs d'une vie étrangement mouvementée. Doullens, petite cité semblable à une ruche d'abeilles où bourdonnait si activement le travail de l'industrie, sous l'impérieuse loi de la concurrence, avait aussi ses heures de noble repos. Gomme la plupart des villes du Nord, elle vit se former dans son sein des associations poétiques et des joutes littéraires. C'était dans la rue de Y Arbre amoureux que se réunissaient, au xm# siècle, les poètes et les chanteurs du pays. Nous ignorons si cet arbre abritait sous son ombrage des danses ou autres plaisirs bruyants ; mais on croit assez généralement que sous ses verts rameaux se tenait une cour d'amour où l'on se livrait à des plaids et gieux. Là, plus d'un débutant dans la langue des trouvères essaya de redire les hauts faits des chevaliers ; plus d'un amant proposa de galantes charades à la Dame de ses pensées.
« Une notable partie des œuvres de cette association littéraire, dit M. Labourt (1), fat a conservée dans la bibliothèque du Conseiller d'Etat de Mesme et dans celle de l'avocat » Matharel, où le président Fauchet en prit connaissance. On en trouve une analyse dé- » taillée dans le recueil de V Origine de la langue française; et la pléiade est assez brillante » pour faire honneur à des villes d'une plus grande importance. Le sire des Aulhieux*
* Guilbert de Bernaville, le sire de Bretel, grand maitre des jeux-partis, Robert Ducastd,
* CuviUier, Belleperche, figurent au premier rang de ces poètes qui charmaient nos aïeux,
* et dont les noms sont encore aujourd'hui vivants dans les plus anciennes familles du
* pays (2). »
Nous admettons donc volontiers avec MM. Labourt et Dusevel que Doullens ait eu, au
(lj Dict. des Tilles de France, par M. A. Guilbert, (S) « Simon cTAatie et Beaadoin des Antiex sont
art. Doullens, par M. Labourt » connus par leurs poésies et chansons » dit D. Gre-
nier. (Int. à l'HUUgen. de la Picardie.)