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ci, dans sa satisfaction, voulait perpétuer le souvenir. Mais quelle était la came de ce* honneurs? C'était, dit M. Labourt, l'acquit d'une dette de reconnaissance, parce que la confrérie d'Amiens jouissait de cens et 'surcens provenant originairement d'une société littéraire fondée à Doullens, dite des Gieux sous V or mil (4). Et se mettant en devoir de prouver cette assertion, il prend pour les donateurs véritables des dits cens et surcens les maieur et écbevios de Doullens qui, au contraire, n'en avaient consenti que la saisine, par la raison que ces cens relevaient de la ville. Rétablissons les faits avec M. Darsy : € Le 28 juillet 1301, noble boinme, sire Jehan Bertin, écuier grenetier de la ville d'Â-
* miens, l'un des confrères, bailla à la confrairie pour la fondation de deux messes perpé* » luelles, chacune semaine dont elle fut ch&rgié, des cens qui lui appartenoient sur plusieurs » maisons et héritages estons en la ville et banlieue de Doullens. Au mois de septembre sui- » vant, le maire et les échevins de la ville, dont relevaient ces cens, consentirent la soi- » sine, ou autrement l'investiture, la prise de possession au profit de la Confrérie. Us firent » donc un simple acte de juridiction, mais non une libéralité. »
C'est ce que prouvent abondamment et l'intitulé de la pièce : a Saisine donnée pairies 9 maire et échevins de Doullens aux confrères de Notre-Dame du Puy d'Amiens, » et les lignes qui la terminent : « Ce dont ledit Jehan Berlin s'est tenu content, ain«i qu'il résulte » de sa déclaration faite entre les mains du mayeur et des esehevins de Doullens, comme » seigneurs des franches tenues de Doullens. En conséquence de quoi, les dits mayeur et
* esehevins accordent la saisine et possession, taille foncière et propriété (2). »
Les cens dont il s'agit s'élevaient à 14 * 7e 6d, et se percevaient sur treize maisons, on jardin et deux prés assis, savoir : le jardin, en dehors de la porte Saint-Ladre ; l'un des prés, au lieu dit neuf-moulin; l'autre, vers la poterne de Saint-Souplis, hors de la ville ; cinq des maisons, rue Saint-Michel; la 6e, rue de la Garenne; la 7% au cul-de-sac, que le P. Daire appelle rue au Sacq,en la Varenne ; la 8e, devant l'église Notre-Dame ; la 9e, rue de Routequeue, tenant à une ruelle qui mène à Saint-Souplis; la 10% rue des Juifs; la 11* et la 12e, rue Taillie; enfin, la 13e, rue du Bourq (3).
De tout cela, il résulte que nous gommes dans une ignorance complète sur l'importance qu'a pu avoir la Cour d'amour de Doullens, sur sa durée, sur la manière dont elle a pris fin, qu'elle ait été transformée ou non en confrérie religieuse. M. Dusevcl parait croire qu'il est permis d'y rattacher l'origine du jeu du sans vert, qui existait encore à Doullens, au commencement du xixe siècle, et il donne, d'après un poète du pays, la description de ce jeu singulier :
«t Le sans-vert de Doullens, espèce de jeu en raison duquel on est tenu de porter, pendant » un certain espace de temps, une feuille de rosier ou d'autre plante. Celui qui est surpris » sans cette feuille aux heures du jour où il doit en être pourvu paie, à titre d'amende, une
(!) Nous ne comprenons pas que M. Labourt ait (8) II. Darsy. loc. cit. — II. Warmé a reproduit
écrit Gieux avec un i. l'erreur de. il. Labourt (V. Hist. de Doulkmt, p. 488
(I) Arch. dép. Carton N.-D.-didP*y% et 849.)
• tomme convenue que l'on met à la masse ; et avec le montant de cette masse on fait, à la , » fin 4u*an*-wrf, un joyeux festin auquel viennent s'asseoir tous ceux qui ont pris part à » ce jeu. * Le poète doullcnnais cite ensuite les couplets assez faibles que Ton chantaU pendant ce festin, et que M. Duscvel a reproduits (1).
Mais si les poètes et les chanteurs de la population doullennaise avaient, au moyen-âge» leurs gievx sous VormelH leurs festins du sans-vert, hs autres habitants n'étaient pas privés de prendre leurs esbattemenls; seulement leurs jours de divertissements publics retentissaient d'une joie plus bruyante. Nous voulons parler des fètes du Béhourdis, qu'on peut nommer l'escrime en général. D. Grenier nous dit (2) que ces jeux, en usage dans la Picariie, sont une image ou plutôt des restes des luttes gymnastiques qui firent les délices des Grecs et des Romains. Or, c'était aux eaux thermales qu'avaient lieu d'ordinaire ces sortes de jeux. Pourtant, quoique Bagneux ait été sous les -dominateurs de la Gaule un lieu de bains publics, et qu'il ait du aux eaux du Pied de Bœuf son ancienne importance, nous ne nous tentons pas assez hardi pour rattacher à ce souvenir l'existence des jeux du Béhourdis à Doullcns dans le xm* siècle.
Quoi qu'il en soit, les joutes ont été de bonne heure en usage dans la Picardie ; et par ee nom, ajoute D. Grenier, il faut entendre tous les exercices qui furent partagés par le peuple comme par la noblesse. Tout le monde sait combien les seigneurs picards étaient passionnés pour les tournois ; la chronique d'Albéric nous apprend même que l'exercice de la table ponde, qui comprenait des joutes, réunit, à Hesdin, en 1235, les barons de Flandre; mais nous n'avons trouvé preuve, pour Doullens, à cette époque, que du tournoi ou escrime, dit Béhourdis. En effet, la charte citée par nous, sous la date du mois d'avril 1243, nous dit que Raoul de Beauval s'engage à s'acquitter, envers le corps de ville, avant le tournoi proishain, infra hastiludium proximo venlurum (3). (Test d'après cette charte que D. Grenier, à la suite de Du Cange, mentionne que le jour du Béhourdis, premier dimanche de carême, faisait époque à Doullens dans les actes publics ; et on disait même le 2*, le 3* et le 4* dimanche du Béhourdis. L'acte de vente des fiefs de Hem, de Hardinval et d'Àuricourt, en 4278, acte rédigé par le maieur et les échevins de Doullens, cite aussi le Bouhourdiich comme une date remarquable. C'était un jour de divertissement et de régal, et les frais de Js fête étaient payes par la commune ou échevinage (4).
Ce nom de Béhourdis était devenu si usité, qu'il avait fait presque oublier celui de Branéems, qui était l'ancien nom de ce dimanche. Et pourtant la fête des brandons était autre-
(1) Notice sur Doullens, 1855. p. Î6.— Scarron parle (S) Introduction à l'histoire générale de la Picardie.
i du ton&vert dans sa Gigantomachie ; U dit : — Béhourt signifiait autrefois une joute, un tovrnoi
Ainsi quand Corsie Ht pris r 3) Voir Pièces justif., n» 5, de la première partie.
O. dit ,M «•**»>«• «*» (4) Dm. m déBombrement de Tabla,, de Su*
Ordonnèrent qu'on lit des grill» . v . , '
Pour se garantir des sosdriiles **hcl> dtt Mye 8lècle' û e9t P**16 attMl du tottrao1
De ledoutable Jean de Wert fAmphers comme terme de paiement.
Qsi les irait pris soit-txrf .
fois célèbre et générale ; l'époque à laquelle elle avait lieu avait une telle fixité qu'on la trouve citée, aussi bien que les tournois, comme date dans les actes civils et ecclésiastiques : Die dominica in brandones, dit une charte de 1264 ; sabbato ante Brandones, lit-on également dans un litre de 1284. Toutefois, l'usage des Brandons ne se perdit pas en traversant les siècles, et nous en avons vu un reste, il y a peu d'années encore, dans des villages voisins de Doullens. Le premier dimanche de carême venu, des jeunes gens de lout âge s'en allaient de ferme en ferme, quêter de la paille pour Béhourdir les prés des fermiers. Puis ils formaient des torches qu'ils allumaient; et dansant autour des pommiers, ils chantaient : Béhourdi, Béhourdi, Monsieur Saint-Christophe, envoyez-nous des pommes grosses, des cafignons pour les garçons, des rougettes pour les filleUes. Le jeu se terminait par une ronde autour des brandons mis en tas, et se consumant dans un seul foyer.
Un autre usage ancien ne peut offrir qu'un spectacle bizarre aux étrangers qui en sont témoins lorsqu'ils traversent Doullens, vers la mi-octobre. « La veille de la fêle de Milly, » hameau sans chapelle, qui dépendait autrefois de la paroisse Saint-Pierre, et peut être » considéré comme l'un des faubourgs de la ville dont il délimite le territoire, une foule de » jeunes garçons parcourent les rues, sur le soir, tenant à la main des tiges de bouillon- » blanc trempées dans l'huile, qui jettent une vive lumière. D'ordinaire, l'un d'eux ayant
* une espèce de mitre en tète, et la face rougie, est promené dans une charrette par ses
* camarades qui crient : Voilà le Saint 1 Le vulgaire n'aperçoit dans cet étrange spectacle » qu'un divertissement nocturne ; mais les personnes qui s'occupent d'histoire et d'archéo- » logie ont cru y reconnaître, les uns, un reste de la fête des Brandons, d'autres un débris *> traditionnel d'institutions payennes. » Citons d'abord l'opinion vulgaire, telle que nous l'avons recueillie à diverses sources :
Doullens, avons-nous dit, possédait autrefois trois paroisses, celle de Notre-Dame, celle de Saint-Martin et celle de Saint-Pierre. La paroisse de Notre-Dame allait célébrer sa fête hors des murs de la ville, là où il y avait feuillage et gazon, c'est-à-dire qu'ils allaient s'égaudir avec les habitants de La Yarenne, sur la verte pelouse de. ce faubourg où se trouvait la chapelle de Saint-Nicolas, et où le P. Daire mentionne un pré de quatre journaux servant de lieu de promenade et de divertissement. Les habitants de Saint-Pierre se rendaient, pour fêter avec plus d'entrain leur patron, dans le hameau de Milly, qui dépendait de la paroisse, mais sans chapelle particulière. Enfin les paroissiens de Saint-Martin ne fêtaient qu'entre eux et sans aucun compagnon de la banlieue, ce qui leur valut le surnom de vilains de la part de ceux de Saint-Pierre. Ils se vengèrent du sobriquet en ridiculisant l'étrange habitude d'aller à Milly célébrer la fêle d'un saint qui n'y était pas, et ils allumèrent des torches la veille du deuxième dimanche du mois d'octobre, pour se mettre à la recherche du saint que leurs voisins devaient aller fêter à Milly. La plaisanterie fit fortune, gagna peu à peu toute la ville, et s'çst perpétuée jusqu'à nos jour3 (1).
(1) Voir VAuthie, journal de Doullens, n* du 5 octobre 1845.
et, parmi les villageois d'alentour, celui qui voulait offrir un témoignage de bon souvenir, ou tenait à honneur de parer l'image du patron de son église, ne manquait pas d'acheter des romarins de Doullens. Cette pratique simple et naïve s'en est allée, comme tant d'autres* avec les mœurs dont elles étaient une si touchante manifestation.
Aujourd'hui, Doullens est une ville qui s'ennuie. La société est réduite à quelques personnes ; presque toutes les anciennes familles sont éteintes ou ont émigré, et sur toutes oes ruines règne l'élément fonctionnaire ou officiel. De rares dîners d'apparat, peu de réunions* quelques promenades, moyens insuffisants de fusion, voilà ce qui constitue la société. Les habitants sont généralement affables aux étrangers, d'un commerce facile et d'un caractère ouvert et jovial. Us ont de l'originalité, du trait dans l'expression qui dégénère bien quelquefois en causticité et en satire. Mais le cachet particulier et le plus accusé chez les jeunes hommes, c'est l'esprit frondeur, politiqueur, indépendant dans les opinions ; sous ce rapport, le cœur vaut mieux que la tète. Toujours fils de leurs ancêtres, ils ont hérité jusqu'aux défauts de leurs qualités ; et leurs idées, plus taquines qu'ardentes, se traduisant par une opposition traditionnelle et séculaire, sont toujours prêles à gouverner l'Etat et à réformer le monde.
Compagnie de l'Arc
Ce qu'étaient les francs archers, — Leurâuppressioii. — Ils deviennent des corporations joyeuses. — Les archers de Doullens. — Leurs statuts. — Leur reconnaissance authentique. — Opinion erronée d'un auteur. — Arba» létriers. — Siège, anciens usages, coutumes nouvelles et schisme des confrères de Saint-Sébastien.
On sait que les francs archers furent la première infanterie régulière du royaume. L'exercice à l'arc remonte, en effet, en France, à une époque assez ancienne. Charles V, par son ordonnance du 3 avril 1369, avait défendu tous jeux qui n'exerçaient point les hommes au maniement des armes , sous peine de 40 sols parisis d'amende, et recommandé spécialement le jeu de lare. Charles VI, vingt-cinq ans après, renouvela la même défense et la même recommandation. Charles VII, voulant se créer une infanterie, en 1448, ordonna que chaque paroisse lui fournit un archer à pied, tout équipé et bien entretenu, qui serait franc de toutes tailles et subsides, d'où est venu à la compagnie qui en fut formée le nom de francs-archers, corps imposant de 16,000 hommes que Louis XI supprima en 1480, pour le remplacer par 6,000 Suisses et 10,000 Français. Toutefois, il laissa subsister les archers bourgeois et leurs exercices militaires. Malgré cette suppression, l'arc fut encore utile dans la guerre, et nous avons vu que, en 1522, les quarante ou cinquante archers doullennais firent merveille contre 1,200 lansquenets.
Après avoir été composés de corps militaires qui rendirent de grands services dans la défense des villes» les archers se transformèrent en corporations joyeuses, et leurs exercices ne fureut plus qu'un jeu ou délassement. Doullens avait dès la fin du xv* siècle, ou plutôt en 4502, une société semblable, dont les membres recevaient une solde régulière. Le 6 octohre 1887, l*Hdtel-de-Ville leur paya 9 écus 4 sols; en 1594, 27 liv. 4 s. et en 1630, un à-compte de leurs gages, de 6 livres. On les distinguait donc, à ces différentes époques, de la milice communale qui ne recevait aucune paie.
Les archers de Doullens se livraient au tir dans un jardin (I) situé dans la rue qui portait leur nom. Leur compagnie était composée de quarante hommes commandés par un capitaine, avec un lieutenant et un prévAt. Ces dignitaires portaient l'habit écarlate, le chapeau galonné d'argent et l'épéc au côté. Les archers reconnaissaient pour patron saint Sébastien, et avaient une chapelle de ce nom érigée en l'église Notre-Dame. En rappelant ici les principales dispositions de leurs statuts, nous connaîtrons suffisamment le détail de leur organisation et de leurs exercices. Ces statuts portaient trente-deux articles, dont le premier obligeait tous les archers à venir, avec l'épée au celé, à l'église Notre-Dame, assister aux offices le jour de saint Sébastien et de l'Oiseau ; le second imposait la même obligation pour le jour de la fête du Saint-Sacrement, et surtout pour la procession ; le troisième interdisait le jurement du nom de Dieu, à peine de 60 sols d'amende, et de renvoi en cas de récidive. L'article quatrième rendait obligatoire aussi l'assistance à l'enterrement d'un chevalier défunt, à peine de 30 sols d'amende ; le cinquième commandait l'obéissance absolue au capitaine ; le sixième voulait que chacun conservât le rang qui lui avait été assigné par les chefs, et le huitième formulait l'ordre de se rendre aux incendies en armes et au son de l'alarme. Par les articles onzième et douzième, il était dit que celui qui abattrait l'oiseau, serait roi, porterait l'écharpe et jouirait de diverses exemptions ; le lendemain, le connétable devait lui remettre tin prix de 16 livres, sur laquelle somme le r&i donnerait 60 sols pour le vin, 14 verres de cristal, deux cartes blanches, etc. Nul n'était reçu dans la compagnie a moins d'être d'honnête famille, de bonnes vie et conversation el de professer la religion catholique (art. 19). Chaque chevalier devait se pourvoir à ses frais d'un équipement complet, consistant en épéc, mousquet, faandoullière à cordon rouge, aurore, bleu et blanc ; poudre et balles pour le service du roi et de la ville ; brassart d'ivoire et flèches (art. 21). Les armes du chevalier restaient à la compagnie (art. 25). Chaque dimanche, après la prédication, on se rendait au jardin pour tirer les verres (art. 26).
Ces statuts avaient reçu l'approbation du roi Louis XII ; mais les titres s'étant trouvés égarés, le roi Louis XV fut prié de délivrer à la compagnie un nouvel édit de confirmation. En voici l'abrégé :
(1) Le jardin des Archers s'appelait : Pré au denier Un. (Dntevel).
et était tenu à flO s. de cens envers l'église SainMIar-
a Vu les statuts et règlements dressés par les dits grands archers de la compagnie, et
* pour l'exécution desquels ils supplient de leur accorder nos lettres de confirmation....
» A ces causes ; voulant marquer aux exposants la satisfaction qu'ils méritent, le zèle
* avec lequel ils se sont distingués, ainsi que leurs prédécesseurs, dans les occasions qu'ils » ont eues de signaler leur courage et leur valeur pour la défense de ladite ville, et les » maintenir dans la jouissance des biens, droits, avantages et privilèges dont la dite » compagnie est en jouissance depuis plusieurs siècles ;
» Nous avons, de notre grâce spéciale, pleine jouissance et autorité royale, approuvé, » confirmé et autorisé, et par les présentes signées de notre main, approuvons, confirmons » et autorisons l'établissement des chevaliers, confrères de Saint-Sébastien, de la corapa- » gnie des grands archers de Doullens, en Picardie ; ce faisant, voulons et nous plait que » la dite compagnie soit maintenue... conduite et disciplinée suivant les statuts et régle- » ments contenus en trente-deux articles ci-attachés... lesquels statuts et règlements... » approuvons et confirmons...
» Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel » à ces dites présentes, données à Versailles, au mois de may, l'an de grâce 1720, de notre
* règne le xive. Signé : Louis. »
Ces lettres ont été confirmées par arrêt du parlement de Paris, le 22 novembre suivant, et visées à la mairie de Doullens, qui les enregistra le 3 décembre.
D. Florent de Naudin, grand prieur de l'abbaye royale de Saint-Médard, de Soissons, vicaire général du cardinal de Bernis, archevêque d'Albi, etc., maître et juge souverain des chevaliers de l'ordre de Saint-Sébastien et de la compagnie du noble jeu de l'arc dans toute l'étendue du royaume, reconnut par charte authentique en date du 23 juin 1786 la compagnie privilégiée des chevaliers et grands-archers de la ville de Doullens, dont le chiffre de quarante membres avait été particulièrement fixé en 1755.
Un auteur qu'on doit supposer instruit, puisqu'il a voyagé et publié ses voyages, dit en parlant des archers de Doullens, les absurdités suivantes : <c 11 y avait autrefois à Doullens » une institution fort singulière: plusieurs personnes s'étaient réunies sous la bannière » de Saint-Sébastien, et s'étaient formées en une compagnie militaire de chevaliers qui, » tous les dimanches, s'exerçaient au maniement des armes, en attendant que quelque roi » pénitent, enflammé d'un saint zèle, vint les chercher pour aller à Jérusalem. Ces pieux » chevaliers ont attendu longtemps, et attendraient sans doute encore, si la révolution » n'était venue dissoudre une société dont le but était si louable et surtout si utile. » Qu'on ose dire encore que les voyages ne sont pas le complément obligé des études, et qu'on ne voyage pas pour mieux savoir !
Doullens comptait, en outre, une compagnie d'arbalétriers dont le jardin touchait au monastère de Saint-Michel, dans la rue Grard-Mouzet. C'était un autre corps de milice bourgeoise qui, comme celui des archers, figurait dans toutes les entrées solennelles des rois, des princes et autres personnages de qualité. Mais cette dernière société est toujours
restée la plus florissante. La maison qui en était le siège fut vendue le 8 juillet 1793, comme bien national, moyennant la somme de 1,530 livres en assignats, représentant en numéraire, d'après l'échelle, 960 livres. L'un des archers, M. Nourtier s'en rendit adjudicataire et la remit à la société.
Aujourd'hui encore, c'est la compagnie du jeu de Tare qui continue cette ancienne corporation. Elle a un président, un vice-président et un secrétaire ; le nombre des membres n'est pas limité ; ils ont un règlement de quarante-quatre articles à observer, et jurent, à leur réception, de ne jamais tuer ni tourterelles ni pigeons blancs. Chaque année, il y a concours entre eux à La Varenne pour deux prix. Celui qui abat l'oiseau (le guai) et gagne le premier prix, obtient un couvert d'argent et est exempt de garde et de logement pendant un an. Les réunions et exercices de cette société ont lieu dans un petit édifice situé rue des Archers ou des Buttes.
Autrefois les confrères de Saint-Sébastien de Doullens s'exerçaient avec les compagnies étrangères qui leur portaient un défi. Au jour fixé, ils se rendaient chez les agresseurs avec quelque solennité ; si la victoire leur était restée, ils revenaient triomphants et joyeux pendant que leur musique, à leur rentrée en ville, exécutait l'air : Nous lui avons percé les flancs. Si, au contraire, ils avaient été vaincus, ils se bornaient, dit la chronique, à faire entendre cet autre air : Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ?
A l'occasion d'une rivalité mesquine, un schisme divisa les confrères, en 1826, et partagea la société en deux fractions. Ainsi périssent les institutions du passé, ainsi s'en vont tous les souvenirs.