‹ Mémoires. Documents inédits concernant la provinceChapitre 35 sur 70 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Citadelle.

Son origine. — Son agrandissement successif. — Lettres à M. de Bretenil, intendant de Picardie. — Description de cette place. — Elle est convertie en prison cTEtat. — Principaux prisonniers. — Détails sur leur captivité. — Affectation actueUe de la citadelle à usage de maison de réclusion pour femmes.

L'histoire de la citadelle de Doullens est trop liée à celle de la ville elle-même, pour qu'il soit possible de l'en séparer. Gréée pour protéger et abriter la petite cité assise à ses pieds,

la forteresse eut presque toujours avec sa vassale des destinées communes. Elle repoussa les mêmes, ennemis que le voisinage de la frontière semblait multiplier sans cesse, et souffrit des mêmes dangers, des mêmes revers, des mêmes malheurs ; obéit aux mêmes maîtres, excepté dans quelques rares circonstances. Nous avons donc cru qu'il convenait d'intercaler dans notre récit les faits qui concernent la citadelle, d'autant plus qu'en les réservant pour un chapitre particulier, nous eussions tronqué la narration des principaux épisodes. Mais si nous n'avons plus à faire l'histoire militaire de cette forteresse, disons un mot de son agrandissement sous Louis XIV, de sa physionomie et du rôle qu'elle a joué dans ces derniers temps, comme prison d'Etat.

La citadelle de Doullens est, sans contredit, l'une des plus vastes de la France; mais qu'il y a loin de ses imposantes proportions d'aujourd'hui, aux humbles et modestes conditions de son berceau, c'est-à-dire à ce château de terre que « avoit faict faire le êegnéur de » Pent-de-Remy, » et que François I" commença à bastion ne r l Ce château, qui forme un trapézoïde armé d'un bastion à chacun de ses angles, et fut achevé par Henri IV (I), est maintenant enclavé dans la forteresse ; c'est ce qu'on appelle la vieille citadelle. Ses deux bastions de droite se nomment : celui en avant, bastion de Beau regard ; celui en arrière, bastion du Gouverneur ; les deux à gauche sont les bastions de la Reine et d'Amiens. La nouvelle citadelle est un ouvrage à courtine et à trois bastions, entrepris par Henri IV, en 1598, continué sous Louis XIII, et terminé sous Louis XIV. Ses trois bastions : Richelieu, Royal et Dauphin ont, dans les nouveaux plans, les noms de Gézaincourt, Couronné, de Beau val, et on nomme les demi-lunes : de la Porte royale, de Rouval, de Gézaincourt, de Secours et d'Amiens. « Les fronts des divers bastions furent construits, les uns suivant le » système d'Erard, et les autres selon celui du chevalier de Ville. Les flancs du front qui » regarde la ville sont perpendiculaires aux lignes de défense et semblent avoir été exécu- * tés d'après les principes de Pagan ou de Vauban. » Le tout forme un octogone assez régulier qui comprend une superficie d'environ cinquante hectares.

C'est vers Tannée 1674, alors que le roi Louis XIV avait contre lui la caolition de presque toute l'Europe, que ce monarque chargea son ministre Colbert de la fortification des places de la Picardie, et en particulier de celle de Doullens, qui reçut à partir de cette époque de vastes développements. Voici la première lettre de ce ministre à l'intendant de Picardie, chargé de la surveillance et de la direction des travaux.

t) Monsieur,

» J'apprends par la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, le 19* de ce mois, que » vous avez commencé de visiter avec M» de Bouille (2), les travaux de Saint-Quentin, et

(1) Ces bastions primitifs en grès sont arrondis des (2) Rouillé du Coudray, intendant de Picardie (1671-

flancs aux laces, au lieu d'être anguleux; comme les l W4).

battions modernes.

» à conférer ensemble sur tout ce qui concerne les fortifications des places de Picardie ; » comme ces affaires 6 ont à présent de grande conséquence, je vous prie de bien profiter » du séjour qu'il fera encore sur les lieux, etc.

* Pour Doullens, aussitôt que le sieur Ferry sera de retour de Calais, il doit aller faire » les plans et devis des ouvrages à faire aux demy-lunes et i la contrescarpe des deux

• citadelles de lad. place de Doullens, afin que vous en puissiez passer les marchez dans » les formes accoutumées, et y faire travailler aprez que vous en aurez reçu les ordres de

* Sa Majesté.

» Je suis, Monsieur, vostre très-humble et très-affectionné serviteur.

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