‹ Mémoires. Documents inédits concernant la provinceChapitre 36 sur 70 · GOLBERT · texte numérisé non relu

GOLBERT

» A Versailles, le S5* août 1674.

» M. DE Breteuil (1). »

Louis XIV, dont l'active intelligence s'étendait à tout, ne fit pas attendre longtemps ses ordres. Six jours après, son ministre les transmettait au même intendant de Picardie, en ces termes :

» Monsieur,

» J'ai esté bien aise d'apprendre par vos lettres des 25 et 28 de ce mois, qu'après que » vous aurez pris une connaissance entière de tout ce qui concerne les travaux de Saint- » Quentin, etc., vous partirez pour aller visiter Péron ne, Doullens, et toutes les places » fortes du costéde la mer : je vous prie de faire tout ce qui pourra dépendre de vos soins » et de votre application pour faire pousser avec toute la force et toute la vigueur possible » tous les ouvrages que le roy a ordonné de faire cette année à chacune des dites places; » et comme je ne doute pas que vous soyez bien informé à la fin du mois prochain de Testât » auquel ils seront, prenez la peine, s'il vous plaist, de m'en envoyer un mémoire exact, » afin que j'en puisse rendre compte à Sa Majesté.

» Touchant lad. place de Doullens, le roy a résolu d'en faire reprendre le travail dez le » moment que le sieur Ferry aura dressé les plans et devis des ouvrages à y faire, et que » vous aurez fait l'adjudication dans les formes accouslumées, c'est pourquoy je donne » ordre aussy aud. trésorier des fortiffications d'y envoyer une somme de 10 m. 1. afin de » pouvoir obliger l'entrepreneur à mettre la main à l'œuvre. Je suis, etc.

» Colbert,

« Versailles, le 31 août 1674.

» M. de Breteuil. »

La promptitude d'exécution réclamée par le roi rencontra toutefois quelques difficultés, et l'adjudication des travaux paraissait se devoir faire dans des conditions désavantageuses aux finances de l'Etat. Les soumissionnaires s'entendirent entre eux, afin d'empêcher

• (I) Le Tonnelier de frètent), intendant de Picardie, (1674-1684).

toute concurrence, et d'exploiter à leur profit commun, et sans rivalité, la circonstance, tant il est vrai que les calculs du monopole sont de vieille date, et que la tribu des entrepreneurs avait alors, comme aujourd'hui, l'intelligence de ses intérêts et la pratique des mêmes moyens plus ou moins délicats ; c'est la rouerie bien connue et traditionnelle du métier. Mais on avait compté sans l'œil exercé de l'intendant de la province, qui perça à jour cette trame secrète, et la dénonça au ministre lui-même, afin de mieux abriter sa responsabilité. Il en reçut la réponse suivante :

» À l'égard des monopoles que vous avez reconnu que les entrepreneurs veulent faire » dans l'adjudication des ouvrage* de Doullens, il faut sans difficulté les empescher, et

* pour cet effet vous servir des moyens que vous estimerez les plus convenables et les plus

* avantageux pouf passer les marchez des ouvrages ajuste prix, et ensuite faire travail-

* 1er avec une grande diligence. Je rendray compte au roy de la proposition que vous

* faites de prendre des bois pour les palissades et fraizes de la place de Doullens dans les » bois d'Àuxi, qui appartiennent au comte d'Egmont,et en cas que Sa Majesté l'approuve, » je vous le ferai savoir dans peu.

» Je vois par le mémoire que vous m'avez envoyé la quantité de mines que le sieur » Castellan a fait faire à la place de Doullens ; il n'est pas à propos que vous fassiez rien » payer pour ce travail sans en avoir reçu un ordre exprez...

» GOLBBRT.

« Versailles, le 28° septembre 1674.

» M. de Breteuil. »

L'intendant n'était pas rassuré : malgré sa vigilance il ne pouvait déjouer la conjuration delà ruse ; il avait affaire à forte partie, et voyait bien que les entrepreneurs allaient lui imposer la loi. Pour comble d'embarras, les mêmes difficultés se représentaient dans les autres adjudications qu'il avait à surveiller et à diriger : aussi écrit-il lettres sur lettres pour signaler le danger qui menace les intérêts publics, et peut être craint-il que le résultat qu'il entrevoit n'implique pour lui-même la défaveur. Il demande une règle de conduite, un conseil à suivre, une mesure de garantie à prendre. Le ministre lui indique les moyens qu'il doit employer, et stimule de nouveau sa prudence :

» Monsieur,

« Pour répondre à vos lettres des 26, 29 et 31 du mois passé, il n'y a rien à quoy vous

* deviez vous appliquer avec plus de soin qu'à destruire les monopoles que vous soubçon- » nez se pratiquer dans les adjudications des ouvrages des places de Picardie, et que je » sçay de science certaine estre establies depuis assez longtemps. Pour cet effet il est

* nécessaire, lorsque vous serez à Àrràs, que vous vous informiez exactement du prix de » tous les ouvrages qui s'y font, afin de les conférer avec ceux desd. places de Picardie,

* n'y ayant pas de moyen plus asseuré que celuy-là pour estre certain de la juste valeur » desd. ouvrages, et se garantir de toutes les surprises des entrepreneurs...

* ... Cependant je vous prie de tenir toujours la main que les travaux de Saint-Quentin, » Péronne et Doullcns s'advancent avec toute la diligence et la solidité possible.

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