COLBERT
« A Saint-Germain, le 2 novembre 1674.
* M. DE Breteuil. *
Nous nous sommes demandé pourquoi l'intendant de Picardie avait indiqué à Golbert le bois du comte d'Egmont, berr d'Auxi, pour s'y approvisionner des bois nécessaires à la construction des fraises et palissades de la citadelle. Le voisinage plus rapproché de la belle forêt de Lucbeux offrait, ce semble, plus d'avantages et surtout plus d'économie dans les frais de transport. Nous n'avons pu trouver aucune preuve du motif de cette préférence, mais nul doute qu'elle n'ait eu en sa faveur quelque raison déterminante, puisque le monarque l'accepta et voulut même la consacrer par une lettre de sa main :
« Monsieur de Breteuil, ayant résolu de continuer à fortiffier la place de Doullens, et
» pour cet effet d'y faire employer le nombre de fraizes et palissades qu'il sera nécessaire
» pour mettre les ouvrages en estât d'estre bien deffendus, je vous écris seulement ce mot
* pour vous dire que mon intention est que vous fassiez couper dans le bois d'Auxi, appar- » tenant au sieur comte d'Egmont, la quantité d'arbres qu'il faudra pour faire lesd. fraizes » et palissades ; et comme je ne doute pas que vous ne vous conformiez ponctuellement en
* ce qui est en cela de ma volonté, je ne vous feray la présente plus longue que pour prier
* Dieu qu'il vous ayt, Monsieur de Breteuil, en sa sainte garde. Escrit à Versailles, le » i3* octobre 1674. » Louis.
» Golbert. »
Au dos : « A Monsieur de Breteuil, commissaire départy pour l'exécution de mes ordres » en la généralité d'Amiens. »
Cependant l'intendant de Picardie avait mené à bien l'adjudication qu'il paraissait d'abord tant redouter ; et le conseil de Colbert lui avait été utile, car il avait trouvée Arras tous les renseignements propres à le guider dans la sauvegarde des deniers publics contre la coalition des entrepreneurs. Aussi était-il triomphant lorsqu'il informa le ministre du succès obtenu. Celui-ci le félicita à son tour des précautions qu'il avait su prendre, et lui envoya de nouveaux fonds afin de conduire rapidement à leur fin les travaux de fortifications de la citadelle :
» Monsieur,
* J'apprends par votre lettre du 29e du mois passé, les conférences que vous avez eues » avec les sieurs de Barle et de Lalonde, ingénieurs à Arras, et que vous êtes fort satisfait » des lumières que le sieur de Laloade vous a données ; je ne doute pas que cela ne serve
» à votre instruction... Vous pouvez sans difficulté faire employer à Doullens l'inspecteur » que led. de Lalonde vous a offert à 50 ou 60 livres par mois ; mais à l'égard du sieur de * Ricquemainil, je vous advoue qu'il a esté si peu mis de ma main que jusques à présent » je n'en ai pas entendu parler. Pour ce qui est de la nouvelle adjudication du remuemeat » et transport dep terres de Doullens, que vous avez faite à la folle enchère de l'entrepre- » neur. qui en avait passé le marché à 25*, il ne se peut rien de mieux que les seuretez » que vous me marquez avoir prises pour les deniers du roy,et pour ad van ce r les ouvrages » avec diligence.
» Sur ce que vous me marquez que les 40 m. 1. qui ont esté envoyez jusques à présent » à Doullens sont consommez, je dois vous dire que j'ai donné ordre d'y remettre 50m. 1., » et qu'ainsy il est nécessaire que vous sachiez du commis du trésorier des fortiffication3 » qui est sur les lieux ce que sont devenues les 10 m. 1. dont il ne vous a pas esté rendu y> compte, avant que je vous envoyé de nouveaux fonds...
d Touchant les bois qui vous sont encore nécessaires pour les fraizes et palissades de p lad. place, l'intention du Roy est que vous vous serviez de ceux des bourgeois de » Valenciennes que vous me marquez n'estre éloignés que d'une lieue et demy ou deux r> lieues de lad. place de Doullens ; pour cet effet, il faudra que vous les fassiez visiter au » plus tôst, et à mesme temps que vous donniez les ordres nécessaires pour faire couper » ceux qui vous seront propres pour lesd. fraizes et palissades...