‹ Mémoires. Documents inédits concernant la provinceChapitre 39 sur 70 · MO · texte numérisé non relu

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Mais au-dessous de ce gouverneur de la province» et placé sous sa, dépendance, il y avait dans; chaque ville forte et forteresse un fonctionnaire* militaire, qu'on appelait tantôt gQU* verneur particulier, tantôt capitaine ou commandant. Les attribution* dont jouissait ce fonctionnaire au sein de la cité avaient, été retranchées de la prévoie* qui, dans l'origine* cumulait les (onctions militaires et judiciaires. A Doullens, le gouverneur particulier d& la ville (ce nom fut toujours plus usité que. celui de capitaine)* a exercé souvent les mèmea fonctions dans la citadelle. Peut-être voulait-on * par ce cumul, obvie* aux conflits qui surgissent si fréquemment entre des juridictions trop rapprochées. Après les guerres de, religion, lorsque la présence des, gouverneurs particuliers fut devenue moins nécessaire» les titulaires étaient souvent absents, et cumulaient même les gouvernements de plusieurs places ; ils avaient pour remplaçants des officiers appelés lieutenants de roi. Des règlements fixaient les rapports qui devaient exister sqii entre les deux, gouverneurs, soit entre celui de la ville et le majeur et les échevins ;. et nous avons via qu'avant d'allumer le feu de joie la veille de la Saint-Jean, devant la chapelle de l'hôpital, le roaieur était tenu d'en donner avis au gouverneur, qui demeurait dans l'hôtel devenu aujourd'hui l'auberge des Bons- Enfants.

L'état militaire de la ville et de la citadelle consistait en un gpuverneu? aux appointe^ ments de 9,312 livres,, avec 500 livres d'émoluments ;t un lieutenant de roi, payé à raison de 1,200 livres, non compris 800 livres d'érrfoluroents ; un major, un aide-major, un directeur du génie, un commissaire provincial, un garde d'artillerie, deux, commissaires et un contrôleur des guerres. La garnison, dans les derniers temps de la monarchie, n'était guère composée que de quelques compagnies d'invalides, commandées par un capitaine.

L'état militaire de la ville et de la citadelle relevait de la lieutenance provinciale d'artillerie au département d'Amiens, qui comprenait la ville et la citadelle, Abbeville et Do u liens. La maréchaussée, au contraire, qui se composait d'un brigadier et de quatre cavaliers, dépendait du département d'Abbeville, siège de la lieutenance.

D'après la carte dressée, en 1631, par Tassin, géographe ordinaire du roi, le gouvernement de DoiAlens s'étendait, sur la rivière d'Aulhie, depuis le village du même nom, jusqu'à Auxi-le-Château ; vers Amiens, jusqu'à la Vicogne et Domart; vers Abbeville, jusqu'à Longvillers et Mesnil ; vers Saint-Pol, jusqu'à Frévent; vers Arras, jusqu'à ta Cou chu [{}.

Afin d'éviter des conflits, et peut-être même des rixes sanglantes, on divisa en trois parties le territoire de Doullens, pour la chasse. Toute la partie vers le nord, depuis les routes d'Abbeville et de Saint-Pol; jusqu'à la Grouche, y compris ce qu'on appelait la seigneurie de Franlieu, était abandonnée aux habitants de la ville ; celle qui s'étend de la Grouche à l'Authie était réservée aux officiers de l'étal-major et de la garnison, c'était la

(1) Plans et profil* des principalles villes de la particulières de chascun gouvernement d'icelles, par

province de Picardie, auec la carte générale et les Tassin, lr* partie.

àeigftetirte de Bruquentln ; etlfiû, la seigneurie de ta Gerbe, au-delà de la citadelle, sur la route d* Amiens, entre Bagneui et Haate-Visée-rÉplne, formait la réserve du gouverneur. Ce dernier Avait encore lé privilège de la pèche dans les fossés de la ville, où lès rivières «Je Grouche et d'Authie versaient leurs eaux ; et comme cêfe fo&éft avaient quarante pieds de largeur, le gouverneur se servait d'une barque pour s'y livrer à la pèche. Ce droit n'appartenait qu'à lui seul (1). Nous avons dit ailleurs qu'à ses émoluments il jôlghait la jouissance et l'exploitation des terrains dépendants des fortifications et appartenant à l'État, et nous avons vu qu'en 1004, Henri IY accofda en outre au gouverùeur Charles de Bambures et à se* fciecesseurs, cent deux journaux de prés communaux dans les marais de Hem (2), Occoche et Doullens. Le nom de prés du gouverneur resté à cette étendue de marais a fait presque oublier la dénomination semblable et traditionnellement dôAnée au terrain situé au confluent de la Grouche et de l'Aulhie.

Puisque la ville et la citadelle n'eurent souvent qti'uù même gouverneur, nous ne donnerons, à l'exemple du P. Daire, qu'une seule liste succincte de ces fonctionnaires militaires, sauf à les distinguer, quand nous y serons autorisé par des renseignements suffisants.

1427. Toant. La Chronique Ms. de Flandre, par Louis de Brésin, le cite en qualité de capitaine du château, au rapport du P. Daire. La Morlière mentionne aussi Tillart, comme premier gouverneur de Doullens. Il ne pouvait encore être question, à cette époque, du château qui est devenu la citadelle, mais bien du castrum, c'està-dire de la ville elle-même, dans sa partie fortifiée, qu'un bail de 1431 appelle encore forteresse, avec allées et remparts.

1436. Robert Fertel, seigneur de Sombrin et de Prouville, du chef de sa femme, Jeanne de Mailly, placé par le duc de Bourgogne. (Même observation que ci-dessus).

1451. Jean II, seigneur de Lannoy, chevalier de la Toison d'or. Il avait épousé en pre* mières noces Jeanne de Poix, dame de Brimeu, et en secondes noces, Jeanne de Ligne. Il tirait son nom de Lannoy, petite ville à trois lieues de Lille (3).

1460. Philippe de Saveuse, créé chevalier par le duc Philippe de Bourgogne. Il fut longtemps capitaine de tout l'Artois et de la ville d'Amiens, où il fonda, avec sa femme, Marie de Lully, la maison des Cla risses. Les Cordeliers de Doullens durent également leur établissement à ses aumônes et à celles de Charles d'Artois, comte

(1) En 1713 cette pêche avait cessé, à cause du limon qui remplissait les fossés. On trouve dans un état des revenus de cette année, ces mots, sous le n'Msi La pesche des Fosséa de la ville, 1501., dont

• la ville ne jouit plus depuis longtemps, ny les par-

• tieufiers, partant quant à présent, néant. »

(9) Le n* il, de rétat de 1713, porte : « Le tiers des communes, mises a vsage de foin, 500 1., dont la Tille ne joûist, comme dessus, partant aussi, quant à présent, néant »

(3) L'épitaphe de Jean de Lannoy, sn 60 vers français se trouve à la Bibl. irop.^uppl. f. 5024 fr 530. D'après cette pièce il doit y avoir erreur de date dans le P. Daire quifbre son commandement àDoullens, en 1451; car dans Fépitaphe Tannée de la mort est ainsi désignée : En Tan N. S. mil avec quatre cens, dix huit jours en mars, et plus haut:

le fus bàHU «rimWns, de par le Roy commit dudit Amies* aussi fi* capitaine mis et tout pareUlement de Doorless et cité...

d'Eu, son gendre. Il fut déplacé, en 1464, par Louis XI, malgré le traité passé avec le duc de Bourgogne, qui stipulait son maintien.

1464. Antoine de Croy, gouverneur d'Amiens, d'après le P. Daire. Nous n'avons pas trouvé de renseignements relatifs à ce gouverneur, dans ses rapports avec Doullens.

1476. De la Beluère.

1495. Claude de Bourbon-Vendôme, seigneur de Ligny, mort en ladite année d'après le P. Daire. Il avait pour femme Antoinette de Bours, dame de Saint-Michel, vicom* tesse de Lambercourt. Sous son gouvernement et celui des trois suivants de nombreuses montres et revues furent passées à Doullens.

1523. Robert de Mailly, gouverneur de la ville et premier gouverneur du château, qui avait épousé la petite-fille d'Arnould deCorbie, chevalier de France. Il entreprit de faire rétablir, à ses frais, par trois cents ouvriers, les fortifications de Doullens, ruinées Tannée précédente, et écrivit au roi François I" qu'il préferait la mort à l'humiliation de se voir refuser des secours de l'Etal pour achever son œuvre. Il mourut en 1524; et Tannée suivante, la lieutenance pourleroi, de la ville et du château, était confiée à Louis de Vendeuil, seigneur du Crocq, prévôt deMontdidier.

1526. Jean de Mailly, dit le Boiteux, fils du précédent, seigneur de Rumaisnil et autres lieux, avait épousé Jeanne de Casenave. Secondé de son fils, il se battit en duel par rapport aux limites de France et de l'Artois, contre le gouverneur d'Hesdin, qui avait également son fils pour second.

1548. Antoine de Bayencourt, seigneur de Boucbavesne. Il eut pour lieutenant Florent de Mailly, en 1550, et Pierre de la Chapelle, en 1552.

1555. Bouchars, capitaine et gouverneur du château. François Goufficr, seigneur de Crèvecœur, Bonnivet, etc., fut associe par le duc de Guise au gouverneur de la ville, Antoine de Bayencourt-Bouchavesne, pour la défendre contre les Espagnols, qui vinrent se loger sur la rivière d'Authie, au camp dit : Camp d'Amiens (1557). On sait que le nom de Boucbavesne fut substitué, peu de temps après, à celui de Bayencourt.

1559. Antoine de Bouchavesne, gouverneur de la ville et du château. Sous lui, le sieur Pierre de la Chapelle, devenu commandant du château, laissa la lieutenance à François de Cocqueville. Ce fut en cette même année 1559 qu* Antoine de Bouchavesne dut rendre au domaine royal la chàtellenie de Doullens, dont le roi François I'f lui avait fait don. Il eut encore sous lui, Bobert de Mailly, en 1560.

1562. Adrien de Tiercelin, seigneur de Brosse, placé par le duc de Mayenne. Il avait eu mission de reconduire Marie-Stuart en Ecosse. Sa femme était Barbe Rouault, fille de Thibault, seigneur de Rioux et de Jeanne de Saveuse. Le 25 juin 1562, la ville d'Amiens lui prêta quatre muids de blé.

1567. François de Cocqueville. Il fut maître de Doullens, depuis le 29 septembre 1567, jusqu'au mercredi de la semaine sainte de Tannée suivante. Le nobiliaire de Picardie cite le baron de Ligny, comme gouverneur de Doullens, en 1567. Peutêtre est-ce le suivant? Les Bourbon-Vendôme étaient seigneurs de Ligny-sur- Canche, cl l'un d'eux, Claude, fil reconstruire, en 1574, l'église Notre-Dame du châlel d'Abtevillc.

1570. Antoine de Bourbon-Vendôme, vicomte de Lambercourt, tué en duel en 1594 1576. François de Sainte-Marie, chevalier des ordres du roi, maître d'hôtel ordinaire de Sa Majesté, capitaine et gouverneur de la ville et du château. Eustachc de Prouville fut son lieutenant.

1587. Charles de Tiercelin, sieur de Saveuse, gentilhomme de la chambre du roi, capitaine de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, marié à Marguerite d'Odanfort, s'empara, pour la Ligue, du gouvernement de la ville et du château. Il fut tué deux ans après, en combattant près de Chartres. Son lieutenant fut Antoine de BloltcDère.

1594. Antoine de Blottefière, écuyer, sieur de Willencourt, qui reçut le gouvernement

de Doullens, en récompense de son abandon de la Ligue. Le duc de Longueville, qui lui en voulait, le déplaça Tannée suivanie.

1595. Léonor de Halluin, sieur de Ronsoy, placé parle duc de Longueville, soutint le siège

du château par les Esprgnols, vit son frère, le comte de Dinan, tué sous ses yeux; et lui-même, mortellement blessé, mourut quelque temps après, à Arras, prisonnier de guerre. Le sieur de LonguevaMIaraueourt commandait la même année dans la ville, et fut également fait prisonnier.

1595. Hernando-Teillo-Porto-Carrero, gouverneur pour l'Espagne.

1598. Charles-Jean, sire de Rambures, seigneur de Dompierre, d'Hornoy, deGuémicourt, et du fief de Montigny-les-Gamaches, chevalier des ordres du roi, maréchal de ses camps et armées, colonel d'un régiment de 1,000 hommes de pied, surnommé le Brave Rambures, gouverneur de la ville et du château, et aussi du Crotoy. Il mourut le 13 janvier 1633, et eut pour lieulenanl Adpien de Forceville, seigneur de Bczencourt. Sa mémoire resta chère aux religieux minimes d'Abbevillc qu'il avait aidés de ses aumônes, et donl le monastère avait été fondé en l'année 1500 par messire André de Rambures, son aïeul.

1614. Jean V' du nom, sire de Rambures, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de cent chevau-légers, succéda à son père, et mourut le 7 octobre 1637, au siège de La Ca pelle. Il avait fait nommer Philippe de La Haye, abbé de Cercamps. S<»n cœur repose à Doullens. Son lieutenant fut Charles de Tiercelin, sieur de Saveuse.

1638. François de Jijssac-d'Ambleville, chevalier, seigneur de Saint-Prcuil, maréchal de camp des armées du roi, gouverneur de la ville et de la citadelle, décapité i

Amiens, le 9 novembre 4641 (1). Son lieutenant fut Gui de Sainte-Maure, soa

beau-frère, époux de Marie-Louise de Jussac-d'Àmbleville, seigneur de Fougeray.

Cette famille de Sainte-Maure, de Monlausier, a eu un de ses membres chancelier

du roi Philippc-de-Valois, en 1331.

1642. De Monteclair, qui. devint lieutenant-général. Il eut pour lieutenant de la Font-de-

Boisguérin-Deshoulières, dont la femme est si connue par ses poésies. 1645. Louis de Vantouveaux, commissaire et gouverneur.

1650. N. de Bordamons, lieutenant du roi, s'empara du gouvernement et le quitta aussitôt

pour une chargea la cour.

1651. Guy de Bar, seigneur de Puy-Marest et de La Faurie, qui devint gouverneur des

ville et citadelle d'Amiens. Son lieutenant fut Simon de Martine, seigneur de Cornillow.

1658. Charles d'Albert-d'Ailly, duc de Chaulnes, pair de France, lieutenant-général des armées du roi, et marié à dame Isabelle Le Féron, le 11 avril 1G53. Il eut sous lui Hulix-David (Je Mazenche, seigneur du lieu de ce nom, et Louis de Vcndcuil, seigneur du Crocq, maréchal des camps et armées du roi.

1666. Augustin de Lamet de Hénencourt, marquis de Baule et de Blancfossé, maréchal de camp. Son lieutenant fut Gui de Sainte-Maure, seigneur de Monlausier.

1679. Louis Fournel, écuyer, seigneur de Bcaurcgard, de Wargnies, de Cornebotte, du fief de la prévôté de Doullens, dans la panasse de Frohen.clc, lieutenant de dragons, marré en premières noces à Urbaine d'Albret. Son fils, Charles-Gabriel de Fournel, demeurait à Outrebois et portait de gueules à un maillet d'or. Jean Despousses, chevalier, seigneur de Layraud, eut la lieutenanec dans la citadelle.

1694. Armand de Béthune, duc de Cbarost et d'Anccnis, marié à Louise-Ma rie-Thérèse de

Melun-E-pinoy. Le major s'appelait Arnoud de Fontenoy, et portait : d'argent à une pomme de pin d'azur.

1695. Pacl-François, duc de Béthune et de Charost, pair de France, maréchal de camp,

capitaine des gardes du corps de Sa Majesté. Lieutenant de roi, François Picquet,

en 1724.

172& Claude de Bernay, seigneur de Favaucourt, chevalier de Saint-Louis, capitaine d'une

compagnie d'élite de la maison du roi, avait le commandement delà citadelle. Son

tombeau se trouve dans l'église d'Halloy, près de Grandvilliers. 1753. Le comte d'Allemans. Lieutenant, N. de Baroil. 1777. Jean-François de la Rue, comte de Lai>noy, chambellan du duc d'Orléans. Il eut aussi

pour lieu tenant Jean-François Picquet, seigneur du Quesnel.

(1) La sentenee, en date du $ noTcmbre!64i, por- (TArras et de Doullens. (François de Jussae d'Amble-

tait qu'une partie de ses biens serait appliquée en *ille, etc., par M. Janvier, p. 104.)

œuvres pics aux hôpitaux d'Amiens, d'AbbevUle,

Après te comte de Lronoy, on ne vit plus à Doullens que des commandants de place. Malgré nos recherches et des renseignements puisés à diverses sources, nous ne pouvons donner ici qu'une liste très-incompUHe de ces fonctionnaires militaires. Les cosaques, qui se sent emparés de la citadelle en 1814, et en ortt brûlé les archives, sont la principale cause des lacunes que présente l'histoire de celte forteresse. Voici les noms qui ont survécu :

1790. Le comte de Digoine, major commandant de la ville et de la citadelle.

4793. Bouchotz, qui alla expier sur la guillotine de Lebon la commisération dont il avait fait preuve en faveur des prisonniers confies à sa garde.

1798. Cassine.

1814. Cauvel.

» Benoit.

1915. De Montreuil.

1824. De Vaubert de Genlis.

1826. Reboul.

1830. Leclerc.

1850. Poujol.

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