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HISTOIRE LITTÉRAIRE ET BIOGRAPHIQUE

Les sciences et les lettres ne furent point étrangères à Doullens, dans les siècles passés, et elles y produisirent quelques hommes qui ont honoré le lieu de leur naissance. Il est juste de rappeler leurs noms.

'Déjà nous avons parlé de la cour d* amour de Doullens au xiii* siècle, et des luttes littéraires et poétiques qu'y soutenaient les poètes et les chanteurs du pays. Nous avons vu figurer aussi dans la représentation des mystères et des jeux-partis, des noms qui se retrouvent encore à Doullens, tels que ceux des sires de Bretel, de Bellepcrche, etc. Nul doute que des Doullennais n'aient fait partie de ces hommes de la gaie science.

Thomas de Doullens, fut chanoine de Saint-Firmin, à Amiens ; il se fit connaître par son mérite; et en 1245, il était officiai du diocèse.

Girard II, abbé de Dommartin, en 1360, était de Doullens. C'est ee que nous apprend le G allia Christian a.

Gilles, de Doullens, de l'Election de Picardie, procureur de la faculté des Arts, dans TUniversité, en 1380.

Pierre d'Ostrel, naquit à Doullens, rue Saint-Ladre, hôtel des Croissants (l),de Philippe d'Ostrel. Héritier d'un des plus beaux noms de la cité, il y joignit l'éclat du mérite et l'illustration de la vertu. En l'i86, il était ablé du célèbre monastère de Corbic.

Corbeiensis adest Petrus Dottrclius abbas

Qui Dullndiaea traxit ab urbe genus.

Tics menses supra viginti rexil aristas.

Pierre d'Ostrel ne jouit pas toujours à Corbic du calme et de la tranquillité de la retraite. Il vit son monastère envahi par des soldats bretons (1492), qui le forcèrent lui-même à aller chercher un refuge à Paris. En 1 499, il acquit la terre et le domaine de Varloy. Son nom, resté en bénédiction dans le pays, se rattache à la restauration de l'église de Corbie, qu'il commença en 1501.

Exonerans tcmplum cui nova jura dédit (2).

Il mourut avant d'avoir pu achever son œuvre, en 1506.

Guillaume d'Ostrel, frère du précédent, était, à la même époque, abbé d'Anchin.

Eloi d'Ostrel, autre enfant de la môme famille, dirigeait, en qualité d'abbé, le monastère de Saint-Thierry, près de Reims,

A la tète du vocabulaire d'Antoine de Nébrissa, en date de 1511, on lit : Cujusdam Picardi Dullendiensis adjuvenes exhorlatoria monitio Ce ne sonl que huit vers assez bien frappés, dit le P. Dairc, dont l'auteur excile la jeunesse à l'amour de la vertu.

Dans le même siècle, une carie du Barrois, du Vcrdunois, du Laonnais, de la Tiéraehe, d'une partie de la Champagne et d'une partie du duché de Luxembourg parut à Doullens. « Cette carte fut l'œuvre de Lemcreicr, procureur du roi à Doullens, dans le lemps où les » magistrats se délassaient avec le compas des géographes et se plaisaient parfois à couvrir » leurs tables et leurs pièces de procédure avec de grandes cartes de velin ; celle-ci, qui ne » ferait pas tort à un homme de l'art, fait grand honneur à un procureur du roi. »

Jean Bitharne, canonnier ordinaire du roi, parait être né à Doullens. Il y résidait, lorsqu'en 1543, il composa le Livre de guerre tant par mer que par (erre, et l'opération du feu grégeois. Cet ouvrage doit se trouver à la bibliothèque impériale, Coll. Colbert, n° 1688. M. L. Lalanne a donc tort de dire, dans une noie de ses Recherches sur le feu grégeois, Paris, Corréard, 1845, qu'aucune dissertation sur celte matière n'a été publiée en France,

(1) Si cette désignation donnée par M. Dusevel est qu'elle eut son hôtel devant le puits du Bourg.

«acte, il faut admettre que la famille d*Oôtrel avait (%) Gai lia Christxana.

changé de demeure, car nous ayons trouvé preuve

avant 1778. Jean Bitharne est, au contraire, le premier qui a traité ce sujet, comme le fait remarquer M. Pou y, dans ses Recherches sur l'Imprimerie dans le déparlement de la Somme, pages 163-66.

Nicolas d'Haupas, médecin à Doullens, s'y distingua dans sa profession, tant par son habileté pratique que par ses écrits. On a de lui le Livre de la contemplation de la nature humaine, contenant la formation de l'enfant au ventre maternel. Paris, chez Michel Vascosan, in -8% 1555. Cet écrit, de trois feuilles d'impression, contient vingt chapitres (1).

Nicolas Monasse, né également à Doullens, où ce nom existe encore, fut religieux du monastère royal des Célestins de Paris. Après avoir professé la philosophie et la théologie, il se livra avec succès à la prédication, et mourut sous-prieur, en 1631.

Le P. Gabriel, de Doullens, religieux capucin et prédicateur de quelque renom, dans la province de Paris, était versé dans la philosophie et les mathématiques. On a de lui : Tabulœ Ambianenses in quibus datur nova melhodus supputandi motus planetarum. Parisiis, 1648, in-4* ; cl Tabulœ Ambianenses, seu theoriœ planetarum tam in forma tychonicâ quam Copernicâ Plano-Geometrica delineatio. Parisiis. 1638 (2).

Jean-Baptiste Prévost, procureur du roi, natif de Doullens, qui laissa sur sa patrie des mémoires manuscrits, sous la date de 1C09. Les registres du bailliage et de l'HAtel-de- Ville d'Amiens mentionnent souvent ce nom, qu'on trouve à Doullens, dès Tannée 1 2i3.

René Prévost, né à Doullens, en 1644, fut nommé curé de Saint-Maurice, dans la banlieue d'Amiens, le 25 mars 1705, et mourut le 21 décembre 1736, doyen de la communauté des curés de la même ville. Il laissa un Phèdre et un Térencc chargés de notes et nombres.

» Sous Louis XIV, un Doullennais se fit connaître et comme artiste, et comme ami des » Muses, par un magnifique recueil où l'on remarque une épitre au grand roi, et des son- » nets en l'honneur de Monsieur, du prince de Condé, des ducs d'Enghicn cl de Guise. Les » ccus des princes qui figurèrent au grand carrousel de bague, exécuté à Paris, le 5 juin » 1662, ornent ce recueil et lui donnent un très-haut prix. M. Paulin Paris,*qui le cite » dans ses manuscrits français de la Bibliothèque du roi, ajoute que l'écriture de ce volume » et ses armoiries sont parfaitement exécutées (3). »

François-Adrien Daullé, né le 8 septembre 1713, était fils de François Daullé, notaire et procureur à Doullens. Ayant commencé ses études à Amiens, il fut bientôt forcé par son peu de fortune à les interrompre, pour apprendre un métier. Il choisit celui de tailleur d'habits et y acquit de l'aisance. Mais l'ambition étant venue avec le gain, il voulut être échevin, y parvint en achetant les suffrages des maicurs de bannières, et se ruina, tant pour payer les frais de joyeux avènement que pour donner des repas à ses collègues. Réduit à l'indigence et devenu insolvable, il mendia la protection de M. Prévôt d'Olincourt, fermier général, son compatriote, qui lui procura une commission dans les fermes. L'ana-

(1) Daire. (S) Ibid. (S) 11. Dusevel. Notice sur Doullens, 1855.

^gramme du nom du duc de Chaulnes, qu'il présenta à ce prince, en 1753, 'et quelques autres pièces de vers, auraient dénoté chez lui, paraitnl, une imagination facile et quelque talent pour la poésie.

Joseph Dufresne de Franoheville naquit à Doullens le 19 septembre 4704. Ses études, •commencées à Amiens, non sans succès, furent achevées à Paris, au collège Louis-le-Grand, sous le'P. Porce, jésuite, qui y professait la rhétorique. Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, le jeune Franchcville dut bientôt abandonner son cours de théologie, polir obéir à son père, ancien lieutenant de cavalerie, pourvu en 1725 de l'emploi de receveur des douanes à Sainl-Valery-sur-Somme, qui l'envoya travailler dans les bureaux des finances. A vingt-quatre ans, il conçut le projet d'une Histoire générale des Finances, qui devait avoir 40 volumes in-4°. 11 n'en parut toutefois que trois volumes, de 1738 à 1740. Le cardinal de Fleury fit arrêter l'impression de l'ouvrage, malgré le concours et les démarches du chancelier d'Aguesseau, «protecteur et parent de l'autour. Celui-ci eût quittera Franèe ^dès ce moment, si MM. Daguesseau ne l'avaient retenu quelque terrips encore. Il mit alors au jour Yllistoire des premières expéditions de Charlemagne, etc. Amsterdam. Paris, 1741, in-8°. Ce n'élait qu'un roman, il est vrai, mais l'intérêt qu'il offrait fit sa vogue. Et puis ♦Frdncheville l'avait dédié à Frédéric II, roi de Prusse ; aussi, sur l'invitation de ce monarque, il se décida à quitter la France pour aller se fixer à la cour de Berlin. Accueilli avec bonté, il se remit à l'œuvre, composa Y Espion turc, et fut attaché au service du roi, le 5 octobre 1742, avec le titre de conseiller antique, et une pension annuelle de 240 écus, comme homme de lettres. Il se montra digne de ces honneurs; car, deux ans après, il publia la Traduction de la consolation philosophique de Boëce, 2 vol. in-12. La Haye. 1744. Admis à l'Académie de Berlin, il y lut plusieurs dissertations savantes sur la Pourpre des anciens, sur (a manière d'adoucir le fruit du maronnier d'Inde, etc. En 1756, il entreprit une Gazette politique qui ne se soutint pas ; et en 1704 il commença une Gazette littéraire qui eut plus de succès.

Franchcville était extraordinairement laborieux, et sa science égalait son activité. C'est sous son nom que Voltaire publia les premières éditions de son Siècle de Louis XIV. Les mémoires de l'Académie de Berlin prouvent qu'il savait joindre à une littérature facile le mérite plus important d'une érudition étendue. 11 mourut à Berlin le 9 mai 1781, des suites d'une apoplexie, laissant une nombreuse famille. Le secrétaire d'Académie, qui fit son éloge funèbre, nous apprend que sa physionomie, des plus heureuses, portait V empreinte de son excellent caractère et de la gaieté de son esprit.

Les principaux ouvrages de Franchcville, que nous n'avons pas cités dans cette notice, extraite en partie du Journal encyclopédique, juillet 1781, sont :

Histoire de la compagnie des Indes, 1738, in-4°.

Histoire héroïque pour l'instruction d'un, jeune prince, 1739, in-12.

Le postillon français, 1739.

Récit édifiant du martyre d'un Arménien, 1741, in-8v

^dations cnrieuaes de différents pay fi. 1741, in-8v

Eésais d&cotwtfiMtion* $jut) toutes, sortes de matières, 1741*.

Le Spectateur en Allemagne >, {1À3, in-12*

L'QbtervaUur Holitndais, 1745* in- 8*

lia Fiefatre d* rai de Prusse à Fwedbergy, poème* 1745*

ha Victoire dp roi de Fruste q>Sohry od«v 1748*.

Atsfot'rt du Tarif de 1G64, 2 vol. in-4°.

Nouveau Catalogue de* bons fruits, 1753, in-42.

Le Bombix ouïe vers-à-soie, poème, 1754, in-12.

Dissertations diverses sur l'ancienne île de Tarseis d'Ophir ; sur les navigations autour de V Afrique, depuis Van du monde? 3425, jusqu'à Van III de Jésus-Christ ; sur V origine de Pmtnbre; sur les jumeaux de tous le* temps; sur la naissance de Clovis; sur les Quades ; sur Vart de la teinture chez les anciens,; sur les titres y dignités et rapports entre l'ancienne marque de noblesse et Us armoiries modernes. (Voir Mémoires de V Académie de Berlin, t. I, de la France littéraire, 1760. — Daire, Bisl. du doyenné de DouUens, page 159. — BibHotk. imp. D. Grenier, p. 103 — Biographie des Hommes célèbres du dép. de la Somme, 1836;.

Gosset, médecin à Amiens, était également originaire de Doullcns. « II préconisait cer- » certains remèdes universels appelés : Esprit de vin éthéré philosophique circulé de » Paracelse et autres, de science cabalistique. Il prétendait avoir trouvé un spécifique » pour la gangrène. Louis XIV, en ayant été informé, avait fait demander, pendant sa » dernière maladie, Gossct par un exprès ; mais lorsque ce médecin arriva à Versailles, il » était trop tard, le grand roi n'était plus! Cette fâcheuse circonstance, dit Gossct, de » n'avoir pu y être plus lot, pour soulager Sa Majesté, ne doit rien diminuer de la bonté » du remède, dont la cour m'a ordonné sept cents livres pour mon voyage.

» Le fait peu connu du voyage de Gosset a sa valeur historique et prouve que le royal » malade ne négligeait aucun remède, même ceux que Gosset aurait pu lui indiquer, et que » l'Académie de médecine n'aurait certainement pas approuvés.

» Gosset a publié les Révélations cabalistiques d'une médecine universelle tirée du vin, » avec une manière d'extraire le sel de rosée, et une dissertation sur les lampes sépulcrales, » par le sisur Gosset, médecin d'Amiens. Cet ouvrage in-12 de 215 pages, a été imprimé à * Amiens, aux dépens de Fauteur en 1735. Il se trouve des exemplaires de ce livre rare, » avec un autre titre portant : AUtrecht, ches Gwende-Water et Jean Van-Poolsum, 1735, ». i lu sphère. » (Extrait des Recherches syr VImprimevie et la Librairie, à Amiens, par M. Fd ?ouy, pages 137 et 138).

Jjacques Bienaimè, auteur de plusieurs opuscules en prose et en vers, les uns inédits, les atltrçs imprimés. Né à Doullens, il y pipurut en 1823. On a de lui ui* Mémoire tendant à faire extraire le charbon minéral à Bouquemaison, près Doullcns, par Bienaimé, homme de lettre*, 1809. Quinquenpqix. ta poésie était l'occupation favorite de cet auteur. « Il

» célébra, dit M. Dusevel, pendant plus de dix ans, les victoires et conquêtes de Napo- » léon Ier. » Le3 essais poétiques de M. Bienaimé ont été en partie imprimés à Amiens. Comme c'était presque toujours en latin qu'il rimait sur l'Empereur et ses glorieux exploits, nous donnons ici le titre d'une de ces pièces datée de 1802 : In laudem Bonaparlce primi consulis, Galliarum, totius universi orbis, genlium demum cunctarum, generosi, modesti, pacificatoris, supremi, indicibilis, rcdemploris simul et regeneraloris. Ad primum GaUim consul em.

Marcel-Jérôme Rtgollot naquit à Doullens le 30 septembre 1786. Son père, après avoir exercé la médecine à Doullens où il s'était marié et où ses services lui avaient mérité le titre de pensionnaire de cette ville, vint se fixer à Amiens, et il y acquit de la célébrité dans sa profession. Devinant de bonne heure les heureuses dispositions de son fils, il donna à son éducation les soins les plus éclairés. C'est dans l'école centrale d'Amiens que le jeune Rigollot fit ses études. A l'âge de 17 ans il suivait déjà à Paris les cours de l'école de médecine, et bientôt il fut employé comme chirurgien sous-aide à l'hôpital militaire. Quelque temps eprès, vers sa SO"* année, il fut attaché, au même titre, à la 32Bf* demi-brigade d'infanterie de ligne. En 1809, il abandonna le service des armées et se présenta aux épreuves du doctorat qu'il soutint d'une manière brillante. Sa thèse est remarquable par un grand nombre de traits qui caractérisent le médecin instruit et le naturaliste habile et intelligent. L'année suivante, il revint à Amiens où, pendant trois ans, il pratiqua son art.

Mais la lutte gigantesque que soutint la France en 1813 contre la conjuration de l'Europe entière, appela de nouveau les services du jeune Rigollot, qui rejoignit la grande armée en qualité de médecin de première classe, et donna ses soins successivement aux malades et aux blessés des hôpitaux de Gorlitz, de Waldhcim et de Dresde. Après la bataille de Lcipsick, il organisa le service de l'hôpital de la Douane, àMayence, où le typhus faisait d'affreux ravages. Rentré en France en 1814, il fut attaché aux hôpitaux de Metz, de Château-Thierry et de Meaux, tout dévoué à ses. malheureux frères d'armes que la valeur et le génie avaient été impuissants à sauver. Exténué lui-même par la maladie et des privations de toute espèce, M. Rigollot rentra à Amiens qu'il ne devait plus quitter.

Nommé médecin du dépôt de mendicité, il y resta jusqu'en 1820, où il fut appelé aux fonctions de médecin ordinaire de l'Hôtel-Dicu, en même temps qu'à la chaire de matière médicale de thérapeutique de l'école de médecine d'Amiens, dont il devint directeur en 1854. M. Rigollot était surtout médecin consultant. Doué d'un jugement sûr, d'une décision prompte, il avait foi dans son art ; et les nombreux élèves qui assistaient à ses visites l'entouraient d'une entière confiance mêlée d'une sympathie respectueuse. La société médicale, les conseils d'hygiène et de salubrité l'appelèrent dans leur sein, et il laissa la preuve écrite de ses connaissances variées, de ses vues droites et pratiques dans toutes les branches de l'art de guérir. Son travail sur la refonte de la législation médicale servit même, de l'aveu du minisire, en grande partie de base à l'organisation nouvelle.

La carrière de M. Rigollot, comme médecin, a donc été bien remplie. Mais à côté du dit-

ciple d'Hippocrale, il y avait encore l'homme de lettres, l'archéologue, le numismate, l9ap^ préeiateur éclairé et plein de goût des œuvres d'art. L'écrivain s'est révélé par quelques articles fournis à la Revue encyclopédique, de 1825 à 1830. Puis de loin en loin, des notices aussi intéressantes que judicieuses accusèrent un talent qui grandissait chaque jour et des connaissances qui se multipliaient en numismatique, en ethnographie, en esthétique. Son essai historique sur les arts du dessin en Picardie lui a fourni l'occasion de faire connaître plusieurs de nos monuments et bon nombre d'œuvres d'art peu appréciées jusque là. Ce travail valut à son auteur des encouragements flatteurs et devint le point de départ d'une Histoire des arts du dessin en Picardie, depuis V époque romaine jusqu'au xvi* siècle (ouvrage posthume).

Tant d'œuvres sérieuses avaient marqué la place de M. Rigollot dans les principales sociétés savantes de France. Il appartenait, en effet, comme correspondant, au Comité historique près le ministère de l'instruction publique, aux sociétés des Antiquaires de France, de l'Ouest et de la Morinie, aux Académies de Rouen, d'Arras, d'Abbcville, de Saint- Quentin et de Blois. L'Académie d'Amiens s'honorait de ses lumières et de ses connaissances. A diverses reprises il fut nommé président de la Société des Antiquaires de Picardie, à la fondation de laquelle il avait concouru et dont il resta l'un des membres les plus actifs et les plus capables. La croix de la Légion-d'IIonncur récompensa les services divers rendus par lui soit à la science, soit à la cité, comme associé à son administration pendant 23 ans; et l'Académie des Inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France couronna par le titre de correspondant, le jour même où il cessait de vivre, 29 décembre 1834, une existence toute consacrée à de sérieuses études et à tant de travaux utiles.

Voici la liste bibliographique de ces travaux :

!• Essai sur les méthodes de classement employées en histoire naturelle, suivi de propositions sur les classifications nosologiqucs, présenté et soutenu à la Faculté de médecine de Paris, le 12 août 1809, par M. J. Rigollot. docteur en médecine. Paris, 1809, Didot jeune ; in-4°, 78 pages.

2* Mémoire sur l'ancienne ville des Gaules qui a porté le nom de Samarobriva ; par M. J. Rigollot fils. Amiens, 1827. Caron-Duque^ ne ; in-8°, une carte, 38 pages.

3* Second mémoire sur l'ancienne ville des Gaules, qui a porté le nom de Samarobriva, suivi d'éclaircissements sur Ver m and, capitale dc.Veromandui; par M. J. Rigollot fils. Amiens, 1828. Boudon-Caron ; in-8*, 46 pages.

4# Notice sur une feuille de diptyque d'ivoiro représentant le baptême de Clovis; par M. J. M. R. Amiens 1828. Boudon-Caron ; in -8% une planche, 14 pages.

5* Discours sur les Académies, par M. Rigollot, lu dans la séance publique du 8 septembre 1835.

Mémoires de V Académie des sciences, arts, commerce, agriculture et hellesAettres du département de la Somme. 1835, 14 p.

6' Essai sur une monnaie d'or frappée sous les mérovingiens et portant le nom de régi i se de St-Martin-aux-Jumeaux d'Amiens ; par M. Rigollot.

Ibid. 2 pl„ 28 pages.

7* Monnaies inconnues desévèques des innocents, des fous, el de quelques autres associations singulières du même temps, recueillies et décrites par M. M. J. R., d'Amiens ; avec des notes et une introduction sur les espèces de plomb, le personnage de fou et les rébus dans le moyen-âge, par M. G. L. (Leber). Paris, 1837. Merlin; 1 vol. in-8% 46 pi, cxxxix et 220 pages.

8* Eclaircissements historiques sur quelques points de géographie ancienne concernant la Picardie ; pnr M. Rigollot. 10 pages.

9° Note sur les substances contenues dans un miroir métallique trouvé au faubourg de Beau vois et analysé par M. Reynard, pharmacien ; par M. Rigollot. 4 pages.

40° Notice sur des monnaies trouvées à, AUonville ; par M. Rigollot.

Ces 3 notices dans les H4m. de la Soc. d'archéologie du département de la Somme. Tom. I.

11° Epitrcs farcies telles qu'on les chantait dans les églises d'Amiens au xin* siècle; publiées pour la première foi? d'après le manuscrit original ; par M. M. J. R, Amiens, 1838. Caron-Vitet ; in- 8°, 38 pages.

A la suite de fiswi sur la vie et les ouvrages du P. Daire, par M. de Cayrol, Amiens, 1838. Caron-Vitet, in-8*,

12° Notice sur quelques monnaies gauloises inédites. 8 pages, une pi.

Revue numismatique française, 1838. P. 237-242. PI. 8. 13° Monnaies de Montreuil-sur-Mer. 8 pages. Ibid. 1839. P. 48-56. PI. 2,

14° Discours prononcé par M. Rigollot, président, à l'ouverture de la séance générale du 8 juillet 1848. 8 pages.

Mém. de la Soc. des Antiquaires de Picardie. Tom. II. P. 17-24.

48° Mémoire sur le manuscrit de Froissart de la bibliothèque de la ville d'Amiens, et en particulier sur le récit de la bataille deCrécy ; par M. Rigollot. Amiens, 1848. Alf. Caron, in-8°, 84 pages.

JMd.Tom. III, p. 129 à 184.

16° Essai historique sur les arts du dessin en Picardie, depuis l'époque romaine jusqu'au xvift siècle ; par M. Rigollot. Amiens, 1840. A. Caron, in-8\ 196 pages et 40 planches.

Ibid. Tom. III. P. 278 à 296.

17* Discours prononcé par M. Rigollot, président, à l'ouverture de la séance publique du 42 juillet 1840. Ibid. Tom. IV, p. xxix-xxx.

18* Notice sur une découverte de monnaies picardes du x\* siècle, recueillies et décrites par Fernand Mallet et le Dr Rigollot. Amiens, 1841. Alf. Caron ; in-8*, 84 pages etÔ pi.

Ibid. Tom. IV. Supplément.

10° Notice sur M. Cocquerel, par M. Rigollot.

Mém. de l'Acad. du dép. de la Somme. 1841. p. 40 à 50,

20* Mémoire sur une monnaie du xn* siècle frappée par l'autorité municipale de la ville d'Amiens ; par M. le Dr Rigollot. Amiens, 1842. Duval et Herment ; in-8\ 16 pages et une pi.

Mém. de la Soc. des Ant. de Picardie. Tom. V. P. 335-347.

21° Discours prononcé dans la séance publique de rentrée de l'école préparatoire de médecine et de pharmacie d'Amiens, pour l'ouverture de Tannée scolaire 1843-1844. (Hist. de l'école). Amiens, 1843. Duval et Herment ; br. in-8°.

22* Rapport sur le concours de 1842 ; par M. le Dr Rigollot.

Ibid. Tom. VI. P. 203-211.

23* Mémoire sur une petite statue de Midas ; par M. le Dr Rigollot. Amiens, 1846. Duval et Herment ; in-89, 16 pages et une pi.

Ibid. Tom. VIII. P. 303-316.

24° Mémoires sur de nouvelles découvertes de monnaies picardes ; par M. le Dr Rigollot. Amiens, 1846. Duval et Herment ; in-8*, 24 pages et 2 planches.

Ibid. P. 355-476. PI. 9-10.

25° Catalogue de l'œuvre de Léonard de Vinci ; par M. le Dr Rigollot. Paris, 1849. Dumoulin ; in-8% XXXIX et 112 pages et une pi. 26° Mémoires sur les monnaies des comtes de Saint-Pol.

Revue numismatique française, 1850. P, 203-230 PI. 5-6.

27° Recherches historiques sur les peuples de la race teutonique qui envahirent les Gaules au ve siècle, et sur lo caractère des armes, des boucles et des ornements recueillis dans leurs tombeaux, particulièrement en Picardie ; par M. le Dr Rigollot.

Mém delà Soc. des Ant. de Picardie. Tom. X. P. 121-127. PI. 6 à 12.

28° Discours prononcé par M. le Dr Rigollot, président, dans la séance publique du 19 août 1849. Amiens, 1849. Duval et Herment ; in-8», 16 pages.

Ibid. Tom. II, p. 1 à 15.

29* Essai sur le Giorgion ; par M. le D* Rigollot. Amiens, 1852. Duval et Herment ; ia-8*, 36 pages.

Mém. de VAcad. du dép. de la Somme, 1851-52-53. P. 229-261.

30* Esquisse de l'histoire de la thérapeutique et de la matière médicale au xîf siècle.

Discours prononcé, le 4 novembre 4835, à la séance de rentrée de l'école préparatoire de médecine et de pharmacie d'Amiens ; par le professeur Rigollot. Amiens, 1854. Caron et Lambert; in-8°, 20 pages.

31° Discours sur la confrérie de Nolre-Dame-du-Puy d'Amiens, par M. Rigollot, président ; lu dans la séance publique du 10 juillet 1853.

Mém de la Soc. des Ant. de Picardie. Tom. XIII. P. 663-680.

32° Mémoire sur des instruments en silex trouvés à St.-Aclieul, près d'Amiens, et considérés sous les rapports géologique et archéologique ; par le Dr Rigollot. Amiens, 1854. Du val et Hermcnt ; in-8°, 2 feuilles et demie et 7 pi.

Ibid. Tom. XIV.

33° Les œuvres d'art de la confrérie de Notre-Dame-du-Puy d'Amiens, mémoire posthume du Dr Rigollot, revu et terminé par M. A. Brcuil. Amiens 1858.

Ibid. Tom. XV.

31° Histoire des arts du dessin, depuis l'époque romaine jusqu'à la fin du xvi* sièclo, par le Dr Rigollot. 2 vol. in -8°, avec atlas de 58 planches. Paris, 1863 (1).

Picrre-Théophilc-Robcrl Dinocourt, néà Doullcns, rue Saint-Ladre, le 4 décembre 1781. Son père y était sergent royal. Après des études classiques assez brillantes, le jeune Dinocourt alla à Paris, où il composa un certain nombre de romans et d'ouvrages dramatiques cités. Un traité de morale qui était à la fois une œuvre de courage, fut couronné par l'Académie française. Mais ces succès ne l'empêchèrent pas de mourir pauvre; et M. Jules Janin, son ami, jeta sur sa tombe quelques mots d'éloges.

Eugène Dusevel, né à Doullcns, y est revenu mourir en 1848. 11 s'occupa de travaux historiques, et fut couronne deux fois par l'Académie d'Amiens, pour deux Mémoins sur les anciens monuments et l'agriculture de l'arrondissement de Eoullens. 11 a laissé des Fragments historiques et littéraires (manuscrits) sur Doullcns, sa patrie.

Hyacinthe Dusevel, frère du précédent, inspecteur des monuments historiques du département de la Somme, membre de plusieurs sociétés savantes, auteur d'une Ilistoire de la ville d'Amiens, de plusieurs histoires locales de l'ancienne Picardie, de divers opuscules intéressants sur l'histoire, la biographie des hommes célèbres du département, l'archéologie, etc. (2).

(1) Cet article biographique et bibliographique est extrait en partie de la Notice sur M. le docteur Rigollot, que M. Garnier a publiée dans la Revue de la numismatique belge, t. V, 2e série.

(2) Délecloy, né à Lucheux, notaire à Doullens, trouva dans les circonstances politiques qui agitèrent la fin du siècle dernier, un rôle tout tracé à son ambition. Nomm édéputé à la Convention nationale en 1792, il vota la mort du roi avec sursis ; il fut réélu en 1795

et fit partie du Conseil des Cinq-Cents. Réélu encore, il siégea deux ans, dans le même conseil ; et de 1797 à 1799, il fut nommé membre du Conseil des Anciens. Enfin, il se retrouva sur les bancs du Corps législatif, dans les premières années de ce siècle.

L. A. Labourt, né Poitevin, procureur du roi à Doullens, de 1823 à 1830, est devenu maire de la viUe de 1853 à 1861. 11 s'occupa avec persévérance d'histoire et d'archéologie, fit paraître divers Mémoires, et

Comme on le voit, la pléiade n'est pas sans éclat ; les beaux arts ne paraissent pas avoir élu domicile dans la cilédoullennaise; car l'architecture, la sculpture, la peinture, la gravure, la musique n'y furent jamais» que nous sachions, représentées. Quelques essais de poésies légères et fugitives ou, pour mieux dire, des moralités riraées caractérisent à Doullens comme dans la plupart des autres villes, le mouvement littéraire du moyen-Age. Nos pères, dans leur simplicité naïve, se contentaient du bagage loger des hommes de la gaie science, et ne demandaient qu'à être récréés autant par le spectacle de la mise en scène, que par l'allusion des paroles ou le sens moral de la pièce. Plus tard, le développement intellectuel amena d'autres exigences, et la fille du ciel ne descendit plus inspirer la plume des Doullennais. S'il est vrai que les rives de TAuthie fournirent à M"e Deshoulières l'idée de quelques-unes de ses charmantes et fraîches idylles, elles ne furent fécondes que pour elle, et M. Dinocourt lui-même quitta de bonne heure son berceau pour aller s'inspirer ailleurs.

Nous dirons volontiers de Doullens ce que M. de Beauvillé dit de Montdidier, à savoir que l'ancienne société y a influé fortement sur les études. Les établissements religieux, qui dominaient alors, entraînaient les esprits dans un courant d'idées sérieuses et maintenaient autour d'eux un niveau d'uniformité. L'état ecclésiastique était intimement lié à la carrière de l'enseignement, et celte étroite union formait un cercle dans lequel s'encadraient* surtout dans les petites villes, et les mœurs et les idées. Non pas certes, qu'il entre dans notre pensée de souscrire à tous ces grands mots d'asservissement de l'esprit humain, de compression et d'obscurantisme par lesquels se sont traduites et la jalousie de l'impiété et la mauvaise foi de l'esprit soi-disant libéral de ces derniers temps. Nrn, sous ce rapport,, au contraire, nous reconnaissons que plus d'une page de l'histoire moderne est à refaire; nous voulons dire seulement que les idées et les mœurs sérieuses des âges passés, fallut-il les rattacher au développement de l'élément religieux, laissaient peu de place aux esprits légers et badins, aux intelligences superficielles, comme peu d'espoir de succès à la médiocrité. Et où est le mal ?

De plus, comme on ne peut échapper au caractère général et dominant du pays que l'on habite, comme on se fait, bon gré mal gré et insensiblement à son image ; comme les mœurs générales déteignent toujours sur les individus, il en est résulté que les rares auteurs que Doullens revendique comme ses enfants, et qui y ont vécu, ont emprunté quelque chose à ce qu'on a appelé : Genius loci. Outre que les guerres ont créé à la petite cité, à toutes les époques, une existence étrangement mouvementée qui laissait peu de place aux méditations de l'esprit ; outre que l'horizon rétréci de la ville était peu propre à renouveler les objets et les faits qui engendrent les idées, il faut constater que l'esprit municipal a été le caractère

entre autres Un Essai sur r origine des villes de Pi- rieux et infatigable, qui a rendu à l'histoire du pays de

cardie, qui fut couronné par la Société des Antiquaires réels services, mais à qui on reproche, avec raison,

de Picardie en 1839 et imprimé dans le tome IV des des hardiesses étymologiques peu acceptables. Mémoires de cette Compagnie. C'était un auteur labo-

particulier, exclusif même de Doullens. C'est là son individualité persistante à travers les siècles, individualité s'accusant autrefois comme aujourd'hui par des luttes sans nombre. Delà donc une trempe de caractère qui exclut l'imagination, une nature positive, peu faite pour le brillant et l'éclat, un esprit froid, observateur, capable de recherches patientes et laborieuses. Une disposition raisonneuse, une pente à la critique peuvent faire des historiens; combinées avec l'amour du pays, elles firent à Doullens, de remarquables essais d'histoire locale.

Enfin, pourquoi ne dirions-nous pas que le défaut d'imprimerie a été l'une des causes qui ont laissé sous le boisseau la cité doullennaise ? Combien d'initiatives avortées, parce qu'elles n'ont pas trouvé à s'essayer sur place! Combien de mémoires et de fragments divers sont restés dans un éternel oubli pour n'avoir pu se faire jour 1 N'y a-l-il pas des talents timides qui redoutent la grande publicité, et qui ont besoin, pour s'enhardir, d'entendre murmurer d'abord autour d'eux, sans retentissement, les encouragements de voix amies?

Ce ne fut, en effet, que le 3 décembre 1794 qu'une imprimerie permanente fut établie à Doullens, par M. Maurice Quinquenpoix. On en comprit, parait-il, l'importance, car l'on en voulut faire l'inauguration avec quelque solennité. M. Delecloy, représentant du peuple, accompagné de toutes les autorités locales, a tiré le premier coup de barreau. Trente ans plus tard environ (1826-1827), une autre presse, celle du sieur Hénce, fonctionnait avec une fécondité merveilleuse chez M. Scrvatius, à Saint-Sulpice. Mais comme il est écrit que celui qui fuit la lumière cherche à mal faire, on ne tarda pas à se demander pourquoi Saint- Sulpice s'entourait de mystère et de silence, et l'œil de la justice y découvrit, malgré les précautions prises, une presse clandestine qui fuyait effectivement la lumière pour faire deux fois mal, d'abord en violant les lois du pays, et puis en éditant de préférence des ouvrages qui n'avaient pas précisément pour but de fortifier les bases de l'ordre social. Il est vrai que le poison était envoyé aux Anglais, et cependant cette circonstance très-atténuante ne fut pas admise parle tribunal.

A cette même époque, le 4 janvier 1825, parut à Doullens le premier numéro d'un journal hebdomadaire, publié par M. Quinquempoix, sous le nom de Feuille de Doullens. Elle fut accueillie avec plaisir, et plusieurs Doullennais répondant à l'appel de l'éditeur, y firent paraître quelques fragments d'histoire locale. Nous y avons puisé des données utiles et qu'on ne trouve pas ailleurs.

La Feuille de Doullens, arrivée à bout de sève, et veuve de ses abonnés, se transforma, le 7 septembre 1844, et devint YAuthie, ou journal des intérêts divers de l'arrondissement, rédigé par M. Vion, licencié ès-lettres, aujourd'hui membre de l'Académie d'Amiens. C'est plus que jamais une feuille d'annonces, le seul produit typographique de Doullens.

assez curieux du Voyeul Caniereine de La Varennc, peu distant de Canteleu, Cantilupus, et de la rue Cantercine, à Amiens, conduisant à l'église SainULcu.

La Varenne eut quelque renom, à cause de l'importante et riche confrérie de Saint-Nicolas, qui y eut son siège et sa chapelle, à peu près au lieu où les archers de Saint-Sébastien se réunissent pour tirer Y oiseau. Un pré de quatre journaux y fut affecté par la ville, ajoute le P. Dairc, aux divertissements et promenades des habitants, et un beau jeu de paume y offre encore aujourd'hui à la jeunesse un exercice trop dédaigné. La fontaine Saint-Ladre, citée en 1312, est à peu près comblée.

Guillaume III, comte de Ponlhieu, énuméranl les avantages qui devaient être pour les bourgeois de Doullcns la conséquence de la concession d'une banlieue, dit : « Je leur con- » cède, pour en jouir à perpétuité et paisiblement, tous les us et coutumes, tou3 les » Waquiers (Wasqueta), inhérents à la jouissance des marais et des eaux : In pascuis et in » aquis, qui existent dans retendue de celte banlieue. » Le mot H 'asqueta ne se trouve pas dans le Glossaire de Du Cangc. Il désignait évidemment autrefois les communaux. Cependant, ajoute avec raison M. Bouthors, « c'est à une certaine nature de biens communaux » que cette expression doit s'appliquer. Les Waquiers nous paraissent une partie de pâtu- » rage exclusivement réservée aux bètes à cornes, car, même encore aujourd'hui, dans le » patois picard, on appelle vaquiers ceux qui gardent les vaches en troupeau. »

M. Labourt s'empare aussi de ces mots : in aquis, qu'il traduit par nappes d'eau, afin d'y trouver ce lac domanial, Dominicum lacum, qui a valu, selon lui, à Doullens, sa dénomination. Nous n'admettons pas cette opinion de M. Labourt, et nous ne traduisons pas in aquis par nappes d'eau, mais plutôt par cours d'eau ou rivières, ainsi qu'a voulu dire l'abbaye de Saint-Vindicien, au Mont-Saint-Eloi, lorsque par transaction de 1165, elle déclarait céder à l'abbaye d'Anchin tout ce qu'elle possédait sur le terroir de Luchucl, terres, bois, prés, eaux et moulins : Quidquid possidebat in terrilorio de Luceolo, in terris, silvis,pratis, aquis et molendinis.

AuTHIEUUB.

Authieule, Autiola, AUesilva, Âtteiola, est le village le plus près de Doullens, de tous ceux que comprenait son ancienne banlieue. On a dit, sans le prouver, que les Romains y avaient, du temps de César, des autels consacrés aux idoles, d'où serait venu le nom d'autels, Altaris urbs. « Et il y a encoire plusieurs autres villaiges prez led. Doullens, dit le » Carlulaire rouge de la ville, qui ont estez nommez pour lesdicts faietz et actes que feist » led. Julius César, comme... Aulhieulz ou Authelz qui est dict en latin de Altarubia, ou » les dietz iu'olles et aultres simulacres furent ensemble mis durant son séjour pour estre d voeuz générallcment par ceux de sa suite lorsqu'il sacrifioit à la mode de ce temps. *

Sans attacher plus d'importance que de raison à cette opinion, nous dirons que l'origine d'Authicule parait remontera une haute antiquité. On le trouve mentionné sous le nom îVAttciola, dans la Relation des miracles de saint Angilbert, rédigée en 1110, par Anscher

d Marie de Grouches, sa femme, et à cause d'elle, seigneurs dqdit lieu (1) ». Parmi lesfiefi assis sqr le terroir d'Àulhieulc, ou comptait celui de Reni amont, appartenant» en 158of à Jean Dufrènc, ecuyer, seigneur de Boisbergue (2)» qui fut inhumé aux Cordeliers de Doul» lens; ceux A' ffeudrimonl, de Co mi amont, de Cujamont% de Cvjaval, de La Vicogne et de Haule-Visée-V Épine, etc., ces deux derniers, cités dans la charte de commune de Doullens, Les titres mentionnent encore sur le même terroir, un moulin à drap, la fontaine de la Cressonnière, et celle de Belioal, dénomination que, sans doute, elle doit, dit M. Dusevcl, aux associations de brigands connus, dans le xiv6 siècle, sous le nom de grandes compagnies et que le peuple appelait fils de Bélial : Filii Déliai. M. Warmé trouve, au contraire, que Belioal veut dire : belle eau, et nous sommes de son avis.

Le château d'Authicule était situé sur la gauche du chemin qui conduit & Ampliers9et par conséquent un peu en dehors du village, qui a subi lui-même un déplacement par suite des ruines qu'y ont accumulées les efforts des ennemis sur Doullens, à toutes le* époques. La principale rue de ce village ?e nomme encore Vavenue du Château. Nous avons vu que les habitants avaient logé, pendant les guerres, leurs bestiaux dans l'église du prieuré de Saint-Sulpice (3), et que le 14 mai 1662, le prieur obédiencier avait été obligé de les sommer de nettoyer ce lieu saint depuis longtemps profané. L'église d'Authicule elle-même était tombée en ruine; et, le 9 juillet suivant, l'évèquc d'Amiens rendit une ordonnance pour la construction d'une église et d'une sacristie. Nous ignorons si celte ordonnance eut son effet, mais il est certain que l'église actuelle, lourde, écrasée, sans style aucun, est d'une construction récente.

Un pouillé de la fin du xvue siècle porte les renseignements suivants sur l'église et la paroisse d'Auih'eule :

Patron : le Chapitre Saint-Nicolas d* Amiens.

Seigneur : les héritiers de M. de Lagrénée.

Décimateur : une partie usurpée par le prieur de Saint-Sulpice et le curé.

Revenu : 200 livres, en dimes. (Déclaration faite au clergé de France 36 ans après, 3651.).

Revenu de la fabrique : Nul ; quelques bourgeois de Doullens s'en sont emparés.

Eglise tombée en ruines.

Curé : Augustin de Tcmpleux.

Authicule est aujourd'hui une commune qui compte une superficie territoriale de 45$

(1) Voir M. Bouthors, Coutumes locales. T. Il, p.

($) U était Irisaient de Dufreane Du Cange. $e&$s, petits-&> et arrière-petits-fils, furent prévôts de B.3Wquesne, pendant plus d'un siècle.

(S) Nous avons dit ailleurs que M. Warmé s'est gravement trompé dans l'exposé des motifs qui ont annexé, selon lui, Saint-Sulpice avec ses terre» sur

Authieule, à l'abbaye de Corbie. Les dates qu'il cite, antérieures à 156i, sont également erronées (Voir Hist. de Doullens, p. 159). Quant à la raine d'An* thieule, qu'il attribue aux Espagnols, lors de la bataille de 1595, nous répondons que les titres officiels rapportés par nous dans la première partie de cette histoire ne nous permettent pas d'être aussi que cet auteur, à la page 860.

venaient y demander la préservation ou la guérison de la gale. Un cordelier de Doullens s'y transportait dès l'aurore, le jour de la fête du saint, pour réciter des évangiles sur la tète des pèlerins, et avait bien soin de leur recommander de ne point danser, l'après-midi, sur la pelouse située vis-à-vis de la fontaine où ils étaient venus se laver si dévotement le matin (1). Aujourd'hui encore, quoique déshéritée de sa chapelle, la fontaine Saint-Julien est restée en honneur. Aux fêtes de Pâques, et dans les premiers jours du mois de mai, on continue à venir demander à son eau vénérée une vertu anti-dartreuse, et la souplesse pour les jambes des enfants qu'on y plonge. Mais c'est encore un souvenir qui s'en va. Pauvre petite chapelle de Saint-Julien, cachée sous le lierre et le feuillage ! Humble sanctuaire de foi naïve, foulé par les pas de générations successives, il ne faisait pourtant de mal à personne 1 Mais les dénicheurs de saints ne comprennent pas la poésie des croyances populaires.

Vois des Pbes.

Ce hameau qui contient vingt-cinq maisons, sur la rive droite de l'Âuthie, est de la commune de Doullens quoique incorporé à la paroisse d'Authieule, dont il n'est même, à vrai dire, qu'une rue. Son nom lui vient de ce que, autrefois, celte rue était un chemin ou une voie conduisant dans les prés de ce côté de la banlieue, ou waquiers, c'est-à-dire pâturages. Le village d'Authieule qui a subi un déplacement et s'est rapproché de Doullens, a fini par s'étendre sur cette voie et en a fait une rue qui n'est pas sur son territoire.

Gezaihcoubt.

Des haies d'Ampliers, usque ad hayam de Ampliers, du fief de la Vicogne, usque ad Viconiam, affecté, comme Hamancourt, au logement des gens de guerre, la limite de la banlieue de Doullens passait aux haies de Terramcsnil, au-delà de la ferme de Sery, per totam Seri, appartenant à Saint-Sulpice, et du fief de Béhen ; de là, revenant en deçà des haies de Beauval, elle enclavait le territoire de Gézaincourt.

Gézaincourt, Gézainecourt, Gézini Curlis, sur la rivière de ce nom, est un village situé derrière la citadelle de Doullens. Robert Frétiels (2), qui en était le seigneur, accorda

(1) M. Dusevel.

(2) On trouve sur ce Robert Frestiaus (ailleurs Frétiels, Fertel) le renseignement suivant, aux archives de Lille, 1er cart. d'Artois, pièce 147. « Le roi » Philippe ni déclare que Robert, comte d'Artois, » s' étant plaint de ce que le baiUi du roi à Amiens » prétendait soumettre à la justice du roi les fiefs de » Robert Frétiaus et de Guyot de Courcbelles, bien » qu'il eut été décidé jadis que le comte d'Artois « devait avoir la justice sur les fiefs mouvants du » comté de Ponthieu depuis le milieu de la rivière » cPAutbie, et depuis cet endroit usque ad Aubeletum,

» de Dourlan vers Hesdin, il a été jugé par la cour du » roi que la jusUce doit appartenir au comte d'Artois, » selon les bornes déclarées, sauf les droits de chacun. » (Janvier 1 278.)» Bulletin de la Société des Antiq uairts de Picardie, année 1857.

Nous allons dire que Robert Frestiaus possédait un fief à Hem, sur l'Authie ; c'est précisément celui dont U est ici question. Quant au fief de Guyot de Courchielles, U était situé à Beauvoir, sur le quemin qui maint de Aussi à Doullens et passe la rivière iïAutkie. Catal. de M. Gocheris. Y. Doullens).

aux habitants une charte de commune, au mois d'avril de Tannée 1240. Cette charte, modelée en grande partie sur celle de Beau val, paraît plus libérale dans la plupart de ses dispositions. M. Bout hors a fait, du rapprochement de ces deux titres, l'objet de réflexions sages et judicieuses (1). Ne pouvant entrer ici dans les détails nous renvoyons à cet auteur, qui a posé dans quelques pages consacrées à l'examen de la charte de Gézaincourt les jalons d'une étude intéressante. Nous avons parlé ailleurs des démêlés que l'échevinage de Doullens eut avec ce Robert Frestaus (ou Frétiels) « qui feist fortereche dedans la banlieue de » Dorlcns à Gézaincourt. » Des lettres du roi Philippe-le-Bel, en date de 1287, déclarèrent que le seigneur du lieu y avait toute justice. La charte de commune y réservait, comme à Doullcns, le droit de l'église, du seigneur et de ses héritiers.

Un autre Robert Frestias était seigneur du lieu en 1367. Le 16 mars, il servit au roi à cause de son château de Doullcns, l'aveu et le dénombrement d'un fief qu'il avait à Hem, et à l'occasion duquel il avoil sept homes que on dist de main-ferme. Le 12 mars 1377, Jean de Gary, dit Lancelot, écuyer, sire de Gésainecourt, fit de même pour son fief de Gésainecourt. Le 17 juillet 1582, hommage fut fait de la terre de Gézincourt, par Charles de Crouy, prince de Cimay.

L'échevinage de cette commune rédigea sa coutume locale en 38 articles, le 29 septembre 1507. « Les soubz signans qui y ont apposé leurs saings ou marques » sont au nombre de onze, parmi lesquels sire Martin Belle t, curé. La seigneurie appartenait alors t noble et puissant feigneur, Adrien de Brimeu, chevalier, seigneur de Humbercourt, Contay et Mcghen. La coutume de Gézaincourt est la reproduction presque littérale de sa charte de 1240.

Vers la fin du xvii* siècle, la seigneurie avait passé de la famille de Caderousse et de Polignac à celle de Fouquesolles, et était toujours tenue du roi en pairie à cause du château de Doullens (2). Suivant un titre de 1581, elle relevait aussi du bailliage d'Amiens, par X livres parisis de relief et 100 sols de chambellage. Il y avait une chapelle castrale du patronage du seigneur. Quant â l'église paroissiale, elle avait pour patron et décimateur le prieur de Bagneux. On vit longtemps dans le hois de ce village, un orme antique, sous lequel Henri IV se reposa, dit-on, lors du siège de Doullens.

Le registre de visites épiscopalcs de l'année 1690 environ, porte :

Patron : Le prieur de Bagneux.

Seigneur : Duc de Caderousse.

Décimateur : Le prieur.

Revenu : Portion congrue.

Communiants : 250. Trois hameaux : Bagneux, Bretel, Longuevillette.

(I) Coutumes locales, t. II, p. M et suivant. ; 169 et (S) Nous avons dit ailleurs que, en 1718, Jacques de

suiv.; 182 et suit. Fouquesolles se qualifiait vicomte de Doullens; titre

qu'ont pris aussi des seigneurs de Villert-Bocage.

Revenu de la Fabrique : i journal de terre.

Curé : Antoine Boully.

Plus tard, en exécution de la déclaration de l'assemblée du clergé de France de 4726, ces chiffres furent modifiés, et on trouva :

Portion congrue 300 I.

Du prieur de Bagneux 120 1.

De l'abbé du Gard 401.

De l'abbé de Saint-Riquicr 40 1.

Casuel 30 1.

Plus 70 1. et 30 se tiers de blé.

Aujourd'hui Gézaincourt est une commune qui compte 785 habitants» et une étendue territoriale de 697 hectares. Son église, dédiée à Saint Martin, et nouvellement reconstruite, n'est pas faite pour attirer les regards, qui se portent de préférence sur le château que vient d'y faire élever M. Lallart de Le Bucquières , gendre de M. le vicomte Blin de Bourdon, et sur sa belle chapelle construite d'après les dessins de M. Lassus, architecte de Paris.

Bretel, (Braietel t La Mothe- Bretel), situé sur la rivière de Gézaincourt et annexe de ce lieu, est un hameau de quelques maisons. Son origine parait très-ancienne, et M. Labourt y a vu une braie gauloise, dont les habitants ont quitté peu à peu les bas fonds fangeux pour grimper sur la hauteur et y former un nouveau centre d'habitations. Le cartulaire rouge de la ville répand aussi sur ce lieu une teinte romanesque, lorsqu'il nous parle du géant du bois de Bretel, qui assassinait les voyageurs traversant le Val-Dollen$. Enfin» Malbrancq en fait, pour ainsi dire, le prolongement de la ville, dont la partie haute s'étendait selon lui, jusque-là. Quoi qu'il en soit, Bretel s'écrivait Braietel, en 1202. Nous avons parlé ailleurs de ce fief tenu de Beau val, de ses seigneurs et de leurs différends avec l'échevinage de Doullens, qui y avait toute justice. Le seigneur, en qualité d'avoué de l'abbaye de Corbie, était investi par l'anneau d'or (1), tenu à X livres de relief et à donner le manteau de chambellan (2). C'était Henri de Biauval qui, en 1318, possédait le fief de Bretel. Dans un dénombrement servi au roi, le 3 février de la dite année, à cause de sa chàtellenie de Doullens, le sieur de Biauval fait mention du moulin de Braietel qui ad présent est gasté. (Arch. Imp. sect. ad. p. 137).

La coutume de la ville, terre et seigneurie de Bretel a été rédigée le 29 septembre 1509 par Golart Roussel, bailli du seigneur Pierre Lescuyer, et porte onze signatures. On voit que Bretel avait quatre échevins avec scel aux causes, et qui se renouvelaient chaque

(1) Vanneau, comme dans le mariage, était le signe (1) Le manteau de vassal, offert en nommage an

par lequel on épousait une église, une abbaye, un suzerain, était abandonné par celui-ci à ton

duché etc. lan. C'était le droit de chambeUage.

année, aux fêtes de Pâques. Le droit de quiefmez ou d'aînesse y est stipulé, et Fart. XXV

dit que tout étranger qui prend femme à Brelel doit payer au seigneur, le jour de ses noces,

Il deniers ; et en cas de délai ou de refus, une amende LX sols. L'usage où Ton est encore,

en certains villages de la Picardie, d'imposer, sous peine de charivari, le vin du mariage

aux étrangers qui y viennent contracter alliance, pourrait bien èlre, dit M. Bouthors, un

dernier vestige de cette coutume. En 1700, le seigneur de Brelel était le comte de Lannoy,

résidant à Àrras.

Baqitcux.

Bagneux , Bagnolet, Balneolum, tout petit hameau dépendant de Gézaincourt, ne dut sa célébrité qu'à son prieure, dont l'abbé avait la seigneurie du lieu. Nous avons dfjà dit l'origine de ce prieuré élevé sur l'emplacement consacré à des bains publics chez les Romains, d'après D. Grenier. Nous avons rapporté aussi l'opinion qui attribue à Bagneux, dans ce passé lointain, une importance stratégique. La chapelle qui s'y est fondée originairement sous le vocable de Notre-Dame, fut donnée par Gervin, évoque d'Amiens, à l'abbaye de Molesme, vers Tan 1100, et l'évèque saint Geoffroy, par charte datée du 12 des kalendes d'août 1200, confirma l'érection du prieuré duc aux bienfaits de Foulques de Donion, de Doullens, qui du consentement de sa femme, y attacha sa terre de Bagneux.

« Le prieur de Bagnculx avait une partie de tous les droitz des dismes de tous les grains » venans à meurisons et despoulléi sur le terrain de Fieffés et Bonneville allencontre du » surplus appartenant au commandeur et au chapellain de Fieffés..., et se devoit amener » ledit droit par le reddevablc sur le lieu que on dit le Cay au dit lieu de Fieffés (1470). » Déplus, le même « prieur de Baigneux donne lettre pour le Candas, comment il doibl on » eeitier d'avoine pour cause d'une voye d'aler à se grange, et se il ne paye au jour de la » Sainl-Bemi, il doibt l'amende à l'hospital de Fieffés (septembre 1255). »

Le XVI* jour d'août 1507, furent rédigées les « coutumes locales et particulières du » prioré de l'église Nostre-Dame-de-Bagneulx, lez la ville de Doullens, ensemble la seigneu- » rie d'icelluy prioré, ses appartenances et appendances, dont possesse présentement vén&- » rable religieuse personne frère Jehan» de Bichebourg, à présent prieur d'icelluy prioré » deBagneulx. » L'article premier dit « quedegrant antiquité le dit prioré est noble- » ment fondé et amorly sous le roy notre sire et est le dit prioré membre deppendant et * sous l'église et abbaye Saint-Robert de Molesmcs, de l'ordre de M*r Saint Bcnoist.... » On peut voir les autres articles dans les Coutumes locales de M. Bouthors, t. II, p. 61. Un état des revenus de cette église, dressé en 1573, prouve qu'ils étaient considérables et se composaient notamment des dîmes de Gandas, de Fienvillers, de Bernavilte, des Àulbeux, de Vis, d'Outrebois, d'Humbercourt, de Coing, de Gézaincourt, de Longnevillette et autres paroisses (1). Le curé de Bagneux, en 1507, avait nom : Malle t.

(1) Le prieuré de Bagneux avaii 2,000 livres de revenu. — Ou voit encore aujourd'hui un bout de mur qui faisait partie de la chapelle des religieux.

Les eaux qui fixèrent. à Bagneux l'attention des Romains et peut-être les hommages des druides, attirent encore les regards des curieux. Ce sont des sources assez abondantes qui s'échappent du coteau appelé le Pied-de-Bœuf (ou pied de Beu), et à des hauteurs variées, et forment un ruisseau capable de faire tourner un moulin à peu de distance de là. C'est un effet hydraulique tout naturel et facile à expliquer par la position de Bagneùx au-dessous du niveau de la nappe d'eau souterraine ; mais la proportion que prennent, à certaines époques, ces sources d'ailleurs remarquables, a donné naissance à des fables entretenues par la crédulité publique. Il y a aussi, en ce lieu, des carrières qui remontent à une époque reculée ; car dans un aveu du 3 février 1378, il est parlé d'une pièce de terre sise as avennes deseure les karrières de Baigneux.

LiOHGUmriLLETTE»

Longuevillette, Longa-villa, est un hameau autrefois dépendant de Gézaincourt, devenu commune en 1705, et aujourd'hui annexe de Hem. On lui donne une origine très reculée, et on croit qu'il y avait une riche maison de Templiers. La tradition du pays l'affirme, et on montre encore l'emplacement de constructions qui auraient appartenu à ces religieux, entre le village et le bois voisin. Nous regardons cette tradition comme inexacte, et nous pensons qu'il n'y eut jamais à Longuevillette d'autres religieux que ceux de la maison de Fieffés qui y avaient une censé et d'importantes propriétés, données en partie, sans doute, par Gaudefroy de Doullens. Ce seigneur, dans l'abandon qu'il fit, en 1204, aux frères hospitaliers de Fieffés de sa terre de Fienvillers, s'engagea à ne pas élever de forteresse à Longuevillette : in territoriis de Fienviler,de Longuevile, de la Hoche, nullam poleril facere firmitatem. Nous avons trouvé également, à la date de 1208, un titre qui fait mention delà sixième partie de la dixme de Longueville, qui apparlenoil aux Templiers de Fieffés. Enfin, parmi les lieux-dits anciens de Longuevillette, on cite Roquemonl; or, une charte de W. abbé de Saint-Riquier, qui remonte à la fin du xue siècle et relative aux frères de Fieffés, parle de dimes sur les terroirs de Roselflos, Ville et Rochemont.

Mais ce qui n'est pas moins certain, parce que nous en avons trouvé la preuve dans le Cartulaire du Gard, c'est qu'au xiue siècle l'abbaye du Gard possédait la maison et censé de Longuevillette (1), près Doullens, contenant en maison, grange, édifices, cour, jardins, palis etpourpris, 18 journaux avec 94 journaux ou environ de terres labourables y appendant et tant bonnes que mauvaises, dont y en a grande partie en riez et la plupart qui doivent champart et rentes ; en laquelle maison, censé et pourpris la dite église (du Gard) a toute justice et seigneurie, selon la coutume du bailliage d'Amiens, auprès de laquelle y a un moulin à vent, qui sert à moudre blé; le tout évalué en argent se montant à 300 livres tournois. La dite église du Gard possédait encore une pièce de bois située au terroir de

(1) L'abbaye du Gard avait près de Fienvillers une maison dite de Bouqueville, qui devait dîme aux frères hospitaliers de Fieffés.

fun fief silu4 en la banlieue de Doullens, terroir de Hem (i). Enfii, Antoine d'Ainval acheta, le 97 novembre 1609, de Marie Le Scellier, femmcd'Antoine Lefebvre, seigneur de Milly» celte terre et seigneurie qui, au commencement du siècle dernier, était aux mains de Nicolas de Saisseval, chevalier, époux de Marie-Catherine-Coleltc Dragon.

Au milieu do ces autorités rivales, la commune de Hem avait vu s'en aller ses droits et privilèges. Doullens, surtout, avait dû les confisquer en absorbant celle enclave de sa banlieue. C'est pourquoi le roi Henri IV octroya à ce village une charte de commune aa mois d'octobre 1604. Le premier maire fut, à ce qu'il parait, M. de Saisseval, qui administrait conjointement avec la commune de Doullcns. J. Monart était vice-gérant de la paroisse, en (507.

L'église, dédiée à la Vierge, et nouvellement rebâtie dans de gracieuses proportions, était autrefois du patronage de l'abbe&se de Berteaucourt, qui en avait les dîmes.

Habdivtal.

Hardi n val, Hardini vallis, hameau dépendant de Hem, était de la seigneurie de l'échevinage de Doullens. Liénor-le-Jumclle, fille de feu le Jumcl, écuyer, demoiselle de Harieu (2) etc., présenta au roi, le 4 décembre 1378, l'aveu et le dénombrement de son fief de Hardoingval. I/abbesse de Bertaucourt dimait sur ce village ; et dans le siècle dernier, la famille de Saisseval y avait, comme à Hem, seigneurie foncière, ainsi que la commune de Doullens.

RlCQUEMBBHIL.

Rîcquemesnil, sur la rive gauche de l'Authic, était autrefois un hameau de dix à douze maisons, qui fut vendu en 1180, à l'abbaye de Bertaucourt, par Christophe deRicquemesnil; et le 10 mai 1285, Grars son successeur, reconnut que le corps de ville en avait la seigneurie foncière, consistant en deux fiefs égaux, dont l'un relevait du roi, i cause du château de Doullens, par X livres parisis de relief et 40 sols de chanibeHage ; l'autre du seigneur de Beauval, pur 60 sols de relief et 20 de chambellage.

Il y avait dans ce hameau un fief noble, sous le nom de vicomte, appelé manoir de Hons, qui n'était qu'un démembrement de la seigneurie de Hem. Edmond Dragon, capitaine du fort castel de Lucheux, en était le seigneur en 1460, et reconnut que le corps de ville y avait toute justice. Pierre Dragon le possédait, en 1645. Nous avons vu que l'échevinage de Doullens eut plus d'un procès à soutenir contre les différents personnages qui avaient seigneurie à Ricquemesnil.

(1) Arch. irttp. sect. adm. p. 187. Recueil de M. Cochéri*, V. DpuUena. -* CormnumcàtUm particulière de

(ft) Elle était femme de Robinet de Crésecqvet, seigneur de Long, Longpré, etc., et avait aussi, comme cous Favpoafi dit, seigneurie à HamancoqitV

Occoche.

Après avoir touché barre aux Autheux, la banlieue de Doullens s'en allait enclaver le vieil Occoche, en tout ou en partie, usque ad vêtus Aucoch, où se trouvait le moulin de la Fosse, mentionné dons les titres. Ce village, d'origine très-ancienne, et qui n'a d'abord été qu'un groupe de quelques maisons, parait avoir fait partie du comté de Saint-Pol. L'un de ses premiers seigneurs fut Hugues d'Occoche dont une descendante transporta la seigneurie à la famille de Bailleul. Puis on vit à Occoche la maison Quiérct et la famille d'Ostrel de Doullens. Une charte de l'année (300 nous parle aussi d'Isabelle d'Àucoch, de la famille de Beauval, qui possédait dans la ville un hôtel, rue Saint-Martin ; et nous avons vu, en effet, que le seigneur Robert de Beauval, chevalier, qui avait la seigneurie d'Occoche (1), dut reconnaître avec les habitants de cette dernière localité que la banlieue de la ville, sa juridiction, sa justice municipale et sa seigneurie s'étendaient jusqu'à Occoche (1er mai 4364),

L'année suivante, ayant subi l'humiliation de l'amende honorable en présence de l'échevinage doullennais, il voua sans doute une profonde rancune à ses voisins ; et comme en cette même année, le comte de Saint-Pol dut à son tour abandonner Doullens, qui faisait retour à la couronne et redevenait le chef-lieu de prévôté, on profita de celle circonstance pour obtenir en faveur d'Occoche une charte communale, soit dudit comte de Saint-Pol, soit du roi Charles V. La nouvelle commune, dotée d'un échevinage, sous la présidence de son maieur, Jean Grault, commença donc à s'administrer en dehors du corps de ville de Doullens, qui conserva néanmoins sur elle ses droits de banlieue ; et comme ces droits paraissaient devoir être méconnus, le parlement se chargea de rappeler aux échevins cl habitants d'Occoche qu'ils n'étaient pas encore indépendants à ce point de leurs anciens maîtres (1373).

En 4442, Isabeau de Beauval était devenue veuve, et par elle s'éteignit la branche des Beauval d'Occoche, dans la maison de Leroy, sieur de Chillon, etc. Puis, Pierre Samson Moucques nous apparaît, en 4484, comme seigneur du grand et du polit Occoche.

Le 43 septembre 4507, ont été rédigées a les coutumes locales de la terre et seigneurie » d'Occoch, appartenant à noble homme Guyon Leroy, seigneur de Chillon, de Villeroy et » dudit lieu d'Occoche, à cause de demoiselle Isabeau de Beauval, sa femme ». L'article premier dit « que ladite terre et seigneurie d'Occoche, qui est tenue noblement en deux fiefs, » l'un du roy nostro sire, à cause de son chasteau de Doullens, et se nomme le fief de » Yauchelle, et l'autre de noble et puissant seigneur Monseigneur de Morœul, à cause de » Madame sa femme, et de leur terre et seigneurie de Beauval, qui se nomme le fief » d'Occocb, icelluy seigneur de Chillon a toute justice et seigneurie haute, moïenne et » basse, avec bailly, prévost, procureur, rccepveur, sergens et autres officiers pour icell*

(1) Beaval ou Biaval était aussi le nom d'une masure sise à Occoche.

» sa dite justice gouverner et garder ; et sy a droit de confiscation comme hault justicier ; » et sy a ville d'arrest et se font lesdits arretz par ledit prévost » Le maire et les échevins s'opposèrent à cet article, en objectant qu'ils étaient en possession de prérogatives qui en détruisaient en partie les prétentions. Pareille opposition fut faite par eux à divers autres articles. Ces coutumes, rédigées en présence de vingt personnes, ne portent que dix signatures, entre autres celles de Leboin, procureur de la prévôté de Doullens ; de Donnez, curé d'Occoch ; d'Ancel le Baillu, mayeur d'Occoche, et des échevins.

Douze jours après, c'est-à-dire le 25 septembre, furent aussi rédigées « les coutumes » locales notoirement tenues, gardées et observées en la ville, eschevinage et banlieue » d'Occoch.... par les mayeur et eschevins dudit lieu ». On y voit que les maire et échevins ont la justice et la seigneurie vicomlière dans toute l'étendue de leur banlieue et échevinage, qui n'a d'autre limite que celle du fief d'Occoche. Aussi l'article cinquième ne manque pas de dire que « ont lesdits mayeur et eschevins accoustumé d'avoir de tous » temps et anchienneté prisons, chep, pillory et carcan, pour mettre et pugnir les mal- » faietcurs, quant le cas y eschiet ». L'article XII fait mention des chartes des mayeur et eschevins ; mais ce pacte fondamental a sans doute été perdu. Les coutumes de l'échevinage d'Occoche portent seize signatures, parmi lesquelles celle deRohault, procureur pour office et procureur des religieuses abbesse et couvent Saint-Miehel-en-Doullens.

Au xvu* siècle, la seigneurie d'Occoche était passée aux mains de M. Monck de Penille (1), descendant de Monck, duc d'Albemarle (Angleterre). Le 18 janvier 1745, Anne-Charlotte Monck l'apporta, à son tour, en dot au vicomte Malet de Coupigny. Mais au milieu de ces vicissitudes, l'ancien château, vieux manoir sans beaulé, avait disparu, pour être remplacé, il y a environ un siècle, un peu plus loin dans la partie élevée du village, par celui qui existe encore aujourd'hui, et que la famille Melin possède à titre d'acquisition faite en

L'église d'Occoche, qui n'offre rien de remarquable, rattache sa construction à l'année 1519, et est dédiée à saint André. L'abbaye de Corbie en fut le patron, à raison des droits attachés au prieuré de Saint-Sulpice, annexe de cette abbaye depuis 1562.

Occoche possède de beaux marais contigus à ceux de Hem et de Doullens. On sait déjà que Henri IV en avait pris trente-quatre journaux à chacune de ces communes pour en donner la jouissance au gouverneur de Doullens, Charles deRambures, et à ses successeurs (octobre 1604). Le roi Louis XIV annula cette concession dès les premières années de son règne, et les dits marais en retinrent le nom de Prés du Gouverneur. La population de la commune est d'environ 300 habitants, et l'étendue territoriale de 708 hectares.

Neuvillette (Nova-Villa).

Du Vieil-Occoche, la banlieue de Doullens allait passer à Hunort-Fosse : usque ad Hunort fosse. On prétend assez généralement que cette limite de la fosse Hunort n'enclavait pas le

(1) Warmé. Bist. de Doullens, p. 494.

village, mais seulement trois maisons qui se trouvaient en deçà et situées au midi. Nous avons vu cependant au chapitre intitulé : Luttes de l'échevinage, que le corps de ville fit condamner le seigneur de Neuvillette comme coupable de s'être approprié quelques arbres renversés par le vent (1327-1434), et condamna lui-même le curé du lieu, qui s'était permis d'abattre un cerisier sur le flégard, au lieu dit le presbytère, sans la permission des maieur et échevins de Doullens (29 janvier 1436). Or, le lieu dit le Presbytère avait son siège à côté de l'église et de Ux maison des malades, vers le nord. Donc, si la banlieue passait à Hunorl-Fosse, vers le midi, elle donnait aussi a|i corps de ville des droits de voirie sur la partie nord.

Le premier document qui nous parle de Neuvillette, est la bulle du pape Alexandre III, en date de 1170, qui confirme les biens de la maladrerie, et la donne comme une annexe de celle de Doullens. Nous avons parlé ailleurs de cet établissement dont on ne voit plus que quelques vestiges, c'est-à-dire des restes de fondations, et le clocher actuel qui fut celui de l'ancienne chapelle. Gauthier Marchnye, seigneur du lieu, est connu pour avoir donné un fief aux religieux, et fondé dans l'église paroissiale la chapelle de la maison hospitalière.

Un fief de ce village dépendait de la chàtellenie de Beauval, ainsi que l'explique le dénombrement suivant, fourni en 1404, par Jacques Brédoul, seigneur du lieu :

« Je tiens et avoue tenir noblement en fief et à pleine foi et hommage ma dite terre de » Neuvillette, de demoiselle Barbe deChàlillon, femme de Jehan de Soissons, demoiselle de » la terre, seigneurie et chàtellenie de Beauval, tenu du roi notre sire, lequel je tiens par » 60 sols parisis de relief, d'hoirs et autres, 30 sols parisis de chambellage, 60 sols parisis » d'aide et vente de quint deniers, quand le cas y échoit, et avec plaid de quinzaine en » quinzaine, en la cour de mon dit seigneur châtelain de Beauval (1) ».

Nous avons dit ailleurs que le seigneur de Beauval, Guillaume, également seigneur de Ricquemesnil et de Neuvillette. voulant fréquenter en ligne directe l'une et l'autre de ces terres, demanda au corps de ville de Doullens et obtint l'autorisation de jeter un pont fermé sur l'Authie, en. 1456.

Jehan Papin, bailli du fief dont nous venons de parler, rédigea, le 4 septembre 1507, les « coustumes localles et particulières dont on en use en la ville de Neufvillette, en ce » qui est tenu de Mademoiselle Marie Brunel, veuve de feu Jacques Bresdoul, laquelle terre » ladite demoiselle tient noblement en ung fief de la terre et seigneurie de Biauval (2). » Ce fief passa ensuite aux mains de Robert d'Aubourg, qualifié écuyer et seigneur de Neuvillette par l'arrière-ban d'Amiens, de 1557.

Le 24 septembre 1507, B. Le Viesier, bailli d'un autre fief, rédigea, à son tour, « les » coustumes localles de la ville, terre et seigneurie de Nœufvillette (3), appartenant à noble

(i) M. Warmé. Hist. de Doullens, p. 4M. (3) lbid. M. Warmé a confondu ces deux fiefe. Ibid.

(2) M. Bouihow. Coutumes locales, T. II, p. 144. 484.

* homme Pierre de Boffltas, escuycr ». Et cinquante ans après, Florin*»* de Boffles est aussi qualifié écuyer et seigneur de Ncuvillelte par l'arrière-ben d'Amiens.

Nous avons vu encore que le sieur Dabancourt, qui se disait descendre des fondateurs de la maladrcrie, et qui en était le créancier, se fit adjuger, en 4674, cette maison hospitalière avec ses biens et le fief que lui avait aumAné Gauthier Marchaye. Puis apparurent à Ncuvillelte les familles de La Houssoye et Goycr de Sennccourt.

Au milieu du siècle dernier, la ville de Doullens voulant soumettre Nèuvillette en qualité de banlieue, au tarif de son octroi, le seigneur et les habitants de ce village refusèrent le paiement de cet impôt, en excipant des termes de la disposition suivante d'un arrêt, en date du 27 septembre 4756 :

a Et seront lesdits droits payés tant par les villes et bourgs y dénommés, que dan» tous » les faubourgs, hameaux et écarts en dépendant, qui sont sujets aux charges et imposi-

* tions desdi les villes ».

La contestation ayant été portée devant la juridiction locale, la demande du régisseur de l'octroi fut rejetée, et cette première sentence a été confirmée par l'arrêt de la cour des Aides etc., du 8 juillet 4779 (4). %

La commune de Ncuvillelte compte 700 habitants, et 343 hectares de superficie territoriale.

Ravbabt.

Bansart, Roiumsarl dans la bulle d'Alexandre III, confirmative de l'abbaye de Saint- MicheMes-Doullens, ailleurs Roicnsart, Ramsart, est un tout petit hameau voisin de Neuvillctte et de sa paroisse, mais appartenant à la commune de Doullens, et ayant été de sa banlieue. Les quatre fermes qui le composent servirent originairement à l'exploitation du vaste domaine que la riche abbaye de Cercamps possédait en ce lieu, avec des droits seigneuriaux semblables aux droits vicomtiers. Or, cette abbaye tenait ces biens des Campd'Avesne, dont voici la filiation :

Hue Camp-d'Avcsnc, comte de Saint-Pol, fondateur de la dite abbaye de Cercamps, en 4437, eut de sa femme Béatrix, pour fils cadet (2) Guy de Camp-d'Avcsne, seigneur de Ransart, Frévent et Cercamps en partie, lequel épousa Mahaut, dame de Beauval, et du quint de Doullens, fille d'Ibert de Doullens. De ce mariage est issu Hugues Camp-d'Avcsne, seigneur des dits lieux, époux de Mahaut, dame d'Auxi, qui donna naissance à Hugues Camp-d'Avesne, seigneur de Beauval, du quint de Doullens et de Ransart. Ce dernier eut de Mabille, sa femme, Beaudoin, qui suit, et une fille qui devint dame de Ransart et fut mariée à Pierre d'Amiens, seigneur deCanaples. Beaudoin Camp-d'Avesne, dont les enfants plaidèrent en Parlement, comme noua l'avons dit, contre leur mère Agnès, fut le père de

(1) M. Wanné. Ibid. Pol, fat seigneur de Lâchera, et cette ligne tomba en

(S) Le fils aine Anselme, tige des comtes de Sain!» quenouille dune la maison de ChAtillon.

Robert Camp-d'Avesne* seigneur de Benuval et du quint de Doullens fils cadet et héritier d'Etienne, son frère aîné. C'est ce Robert %ui., en 4265, donna à l'abbaye de Cercamps sa part dans la terre de Ransart.

Nous avons suffisamment parlé ailleurs des démêlés de l'échcvinage avec cette abbaye, qui par décision judiciaire basée sur la charte de commune de Doullens, devait tenir sa cour dans la ville pour le jugement des délits commis sur ses terres de Ransart et de Bouquemaison.

Nous avons mentionné aussi, au chapitre de l'abbaye de Saint-Michel de Doullens, la chapelle paroissiale de Ransart érigée en l'église de cette abbaye par lettres de l'évêque d'Arras, Aluisi«s (4), en date de 1442, et qui ne fut supprimée qu'à la fi* du siècle dernier. Elle produisait 500 livres, d'après la déclaration faite à l'assemblée du clergé de France.

BOUQUEMAISOW.

Bouquemaison, villa But ci, dont l'origine remonte au-delà du xn° siècle, était encore dans la banfieue de Doullens. L'échevinage de la ville y avait toute justice et seigneurie, avec le droit d'ordonner la fête du lieu et d'y connaître des crimes de larcin, d'effusion de sang et des actions pour les épaves et forfaitures. L'abbaye de Cercamps avait, pour le reste, des droits seigneuriaux pareils à ceux des seigneurs vicomtiers. La commune de Doullens se rencontra plusieurs fois devant les tribunaux avec les seigneurs fonciers de Bouquemaison. Nous avons rapporté quciques-ups de ces démêlés. On trouve mentionnés dans les titres, le fief Grebert, tenu du roi, à cause du château de Doullens par 60 sols de relief et 20 de chambellage ; du grand et du petit Erpin, ce dernier s'étendant dans la banlieue, et le fief d'Humiires. L'un de ces fiefs, composé de 25 journaux de terre, appartenait à Jehan Amant, demeurant à Bouquemaison, qui en présenta au 'roi le dénombrement, à cause de son château de Doullens, le 4 juin 1372, et le 19 novembre 1378. L'église, sous le vocable de Saint-Pierre, était du patronage de l'abbé d'Anchin, puis de l'abbé de Corbie, comme grands-prieurs de Sainl-Sulpice-les-Doullens. L'abbaye de Cercamps, celle de Saint-Michel de Doullens et le seigneur partageaient les dîmes avec la fabrique, qui n'avait guère que 100 livres de revenu. Le curé, en 1507, s'appelait Berrogny ; et en 1690, Antoine du Clay.

Le village, composé vers la fin du dernier siècle, de 630 habitants, en a aujourd'hui 1060, avec une superficie territoriale de 715 hectares. Il y eut une fosse d'où l'on avait commencé, parait-il, à extraire du charbon. Nous avons vu que telle a été la croyance des membres de rassemblée du département de Doullens, qui, dans sa séance de 2 juillet 1788, accusa la

(1) Aluisius ou Al vise avait été abbé d'Ancbin avant Mais ce pieux évoque, dont SU Bernard fit l'éloge an

de monter sur le siège d'Arras. Louis VII remmena pape Innocent II, mourut à Philippopolis, enTnrace,

avec lai à la croisade dans le dessein de le laisser an- le 6 septembre 1148. (Odon de Deuil.) près de l'Empereur Manuel en qualité d'ambassadeur.

société d'exploitation de s'être laissé acheter par les actionnaires des mines de Yalencîennes. De nouvelles tentatives furent faites, en 1838, mais elles ne produisirent pas de plus heureux résultats.

Haute-Vis£b»ije-Beau.

Haute-Visée-le-Beau, ainsi nommé à cause de sa situation sur la montagne, et traversé par la route de Saint-Pol, est un hameau de cent cinquante-trois habitants, appartenant à la commune et à la paroisse de Doullens. Il dépendit de Notre-Dame, et parait avoir été autrefois plus considérable qu'il n'est aujourd'hui, s'il faut en juger par d'assez nombreuses fondations découvertes par le soc de la charrue, vers le chemin d'Hesdin.

Grouches.

La limite de la banlieue, quittant Bouquemaison, passait au bois de Robertmont, enclavait les bois Labbesse et Colin, ce dernier, de 70 journaux, appartenant à l'abbaye de Saint-Michel ; le bois de la Prumeroye, ou bois du parc et Grouches. Ce village donna son nom à la noble et célèbre famille de Grouches, par Thierry, seigneur de Grouches, Luchuel et Brévillers en 1190, dont les descendants ont contracté alliance avec les Bayencourt- Bouchavesne, les Gribauval, les de la Rivière, de Chepy, etc.

En 1377, le seigneur reconnut n'avoir qu'une justice foncière dans l'étendue de sa seigneurie, mouvante du roi. Le 2 décembre 1378, Robert du Pré, dit le Borgne, écuyer, sire de Grouches et du Souich, présenta au roi l'aveu et le dénombrement de son fief de Grouches tenu noblement de la couronne à cause du château de Doullens. Puis les seigneurs eurent noms : de Chambery, de Vorme et de Saint-Florentin. La seigneurie était éteinte en 1680.

« Les usaiges et coustumes de la terre et seigneurie de Grouches, notoires aux manans, d subjeetz et habitans du 'dit lieu » ont été rédigés en 4507, par Jehan Daullé, bailli, quoique cette rédaction ne porte pas de date. Elle est en 21 articles qui contiennent des dispositions dignes de remarque. Ainsi, l'art. XVIII dit que tous les héritages cottiers des père et mère appartiennent! l'ainé des enfants ; et la part des puinés est restreinte aux acquêts, selon que le prescrit la coutume du bailliage d'Amiens. L'article XIX ajoute qu'en recueillant un héritage à titre de succession, on n'est point chargé des dettes du défunt. Ailleurs, art. VI, il est dit qu'un coup de main garnie et à sang est puni de 60 sols d'amende, tandis que pour laid dit et simple coup, on ne paie que VII sols, VI deniers (1).

Grouches, qui a donné son nom également à la rivière au-dessus de laquelle le village est situé, dépendait autrefois de la paroisse Saint-Martin de Doullens. Une église y ayant été construite au commencement du xvi* siècle, la paroisse fut constituée, et la nouvelle église placée sous le vocable de Saint-Martin. Le vice-gérant de la nouvelle paroisse s'appelait,

(1) Bouthors, Coutumes locales, p. 4SI, t. If.

en 1507, J. Daullé. Aujourd'hui, la commune de Grouches compte, avec ses annexes, 953 habitants et une étendue territoriale de 900 hectares.

LuCHUBL.

Luchuel, Lucheul, Luceolum, annexe de Grouches et assise sur la rive gauche de la rivière, appartenait, au xmc siècle, à la famille de Grouches. Nous avons vu l'abbaye de Saint- Vindicien, au mont Saint-Eloi, abandonner par transaction de 1465, à Saint-Sulpice, tout ce qu'elle possédait sur le terroir de Luchuel ; puis vinrent les donations de Beaudoin, d'Alond et d'Alulfe de Luchuel. Ce dernier se qualifie, en 1224, vassal du seigneur de Beau val, qui avait, en effet, la mouvance de sa seigneurie. En 1367, les seigneur et dame du lieu ont reconnu que toute justice foncière y appartenait au corps de ville. En 1560, la seigneurie était à M. de Banaste, et plus tard à M. d'Aldebert. L'église, dédiée à Saint- Brice, a été donnée avec les dimes au prieuré de Saint-Sulpice, par l'évoque d'Amiens, en 1222. Elle eut pour patron l'abbé d'Anchin, puis l'abbé de Corbie. Le curé, en 1507, s'appelait Rainteler. Elle jouissait, au siècle dernier, de 180 1., dimes en blé ; de 60 1., dimes d'avoine ; de 25 1., dimes de lins et chanvres ; de 8 1., dimes diverses, et de 6 I. de casuel. Le seigneur était M"e de Luchuel, et le curé Charles Sarrasin.

Au-dessous de l'église, on voyait autrefois une chapelle dédiée à Notre-Dame de Liesse, et non loin de là, il y avait aussi au xiv* siècle le moustier Saint-Martin de Luchuel.

Bout-des-près est un hameau assis sur la rivière, dépendant de la paroisse de Grouches et en partie de la commune de Doullens.

HlIXT.

Milly est également un hameau assis sur la Grouche, écart de la commune et annexe de la paroisse de Doullens. Il renferme environ deux cent quatre-vingt-douze habitants, sur la route d'Avesne-le-Cointe. Le Grand-Milly est une ferme qui avait pour seigneur Jean Lefebvre, en 1784.

On trouve encore dans ce hameau quelques traces du protestantisme conservé par Louis Duméril, de Grouches, qui, après s'être réfugié à Naours, en fut enlevé en vertu d'une lettre de cachet, et enfermé à Bicètre, près Paris (Rossier, Hist. du Protestantisme).

Beaubepaire.

La banlieue enclavait le hameau de Beaurepaire, Belrepaire, Biaurepaire, Bellorcdditus, composé de quatre fermes du territoire et de la paroisse de Doullens, situé sur la route d'Arras. Tenu autrefois de l'abbaye de Saint-Sauve de Montreuil, il devint la propriété du monastère d'Anchin, puis de Corbie. On y distinguait le fief de Ligny et celui du champ

Saint-Martin, érigé en 1423, et tenu en plein hommage du prieuré de Saint-Sutpice. Nous avons parlé ailleurs plus en détail de ce hameau.

Telle était dans l'origine la banlieue de Doullens, dont les limites furent reculées plus tard, dit le P. Daire. Nous voulons bien accepter de confiance l'assertion de cet auteur qui eût mieux fait pourtant de la baser sur des preuves et de nous donner les dernières délimitations. Aujourd'hui, le territoire de Doullens ne confine plus au Pas-de-Calais qu'au delà de l'annexe de Beaurepaire.

Fin,

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